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Archive du 12 mai 2011

Jeudi 12 mai 2011 | Mise en ligne à 17h54 | Commenter Commentaires (54)

Prix de l’essence: les sparages des politiciens

Les patrons des cinq plus grandes pétrolières des États-Unis ont comparu hier devant un comité du Congrès américain (Photo Reuters)

Les patrons des cinq plus grandes pétrolières des États-Unis ont comparu hier devant un comité du Congrès américain (Photo Reuters)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Le ministre fédéral de l’Industrie, Tony Clement, a annoncé qu’un comité de la Chambre des communes convoquera les raffineurs, distributeurs et détaillants d’essence afin qu’ils expliquent pourquoi les prix de l’essence sont si élevés ces temps-ci. « Nous sommes à l’écoute des questions et des préoccupations des Canadiens par rapport à la fluctuation du prix de l’essence, a expliqué M. Clement lors d’un point de presse à Toronto. Nous savons que le prix élevé de l’essence peut être un fardeau pour les familles canadiennes. Tous en ressentent les effets chaque fois qu’ils se rendent à la station-service. Les Canadiens veulent — et méritent — des réponses, surtout en cette période où les budgets des ménages sont déjà serrés.»

Je peux vous dire à l’avance ce qui va se passer lors des audiences dudit comité: les élus de tous les partis vont dénoncer les patrons de l’industrie pétrolière. Ils vont se scandaliser de leurs profits gigantesques et de leurs primes indécentes. Ils vont pleurer sur le sort des ménages qui, à cause de l’augmentation des prix des carburants, ne sont plus capables de joindre les deux bouts. Puis, les témoins vont retourner dans leurs tours de verre de Calgary, les députés dans leurs bureaux de la colline parlementaire. Aucune nouvelle loi, aucun nouveau règlement. Les États producteurs et les multinationales continueront d’imposer les prix qu’elles veulent.

Chaque fois que les prix de l’essence grimpent, c’est la même chose. Les automobilistes crient au vol, les commentateurs populistes s’époumonent à la radio et à la télé, les politiciens entonnent la même chanson. Du beau théâtre… qui n’a aucun effet. On l’a vu encore mercredi, à Washington. Le Comité des finances du Sénat avait convoqué les pdg des cinq plus grandes pétrolières du pays. Croyez-moi, ils se sont fait brasser. «Vous êtes complètement déconnectés de la réalité des gens ordinaires», leur a lancé un sénateur démocrate. «Vous finissez toujours par gagner», a constaté un autre, Jay Rockefeller (l’arrière petit-fils de John D. Rockefeller, créateur de la mythique Standard Oil).

Le Congrès américain se penche sur un projet démocrate visant à couper des avantages fiscaux consentis aux grandes pétrolières. La somme ainsi économisée – 2 milliards – servirait à réduire le déficit du gouvernement américain. Toutefois, en raison de l’opposition des Républicains et des Démocrates représentants des États producteurs de pétrole, il est assuré que cette mesure ne sera pas adoptée.

Pourquoi les élus ne parviennent-ils pas à mater les pétrolières? Parce que celles-ci ont le gros bout du bâton. Non seulement sont-elles puissantes et disposent-elles de toutes sortes de moyens pour influencer les politiciens, en particulier aux États-Unis. Surtout, elles vendent un produit très recherché, pour lequel la demande réagit relativement peu au prix.

Cela dit, au-delà de la collusion réelle ou imaginée, un fait est indéniable: quand on prend un peu de recul, on constate que les prix de l’essence suivent parfaitement les prix du brut. Vous ne me croyez pas? Allez sur le site de la Régie de l’énergie du Québec. Vous y trouverez deux tableaux. Le premier montre l’évolution des prix du pétrole brut et celle du prix de l’essence à la sortie de raffineries de Montréal, de 1998 à 2011. Le second montre. pour la même période, l’évolution du prix à la pompe. En superposant les deux graphiques, vous constaterez que les deux courbes se suivent fidèlement. Outre des périodes de quelques jours où les prix du brut et de l’essence vont en sens opposé, sur le long terme, le déterminant du prix de l’essence demeure le prix mondial du pétrole.

Partout dans le monde, le pétrole coûte de plus en plus cher parce que la demande est de plus en plus forte, notamment en raison du développement rapide de pays comme la Chine et l’Inde. Tant que le monde ne se libérera pas de sa dépendance au pétrole (et ça, ça dépend en partie de nous, automobilistes), les producteurs de pétrole, États et entreprises privées, pourront continuer d’imposer leurs quatre volontés aux consommateurs.

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