Le blogue de l'édito

Archive, avril 2011

Vendredi 29 avril 2011 | Mise en ligne à 11h46 | Commenter Commentaires (55)

Couche-Tard ne répond plus

Le président de Couche-Tard, Alain Bouchard (Photo Alain Roberge, La Presse)

Le président de Couche-Tard, Alain Bouchard (Photo Alain Roberge, La Presse)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Alimentation Couche-Tard est un des fleurons de l’économie québécoise. Son fondateur et président, Alain Bouchard, suscite l’admiration générale pour sa gestion rigoureuse doublée d’audace. C’est pourquoi j’ai du mal à comprendre que l’entreprise refuse de s’expliquer sur la place publique, autrement que par de rares communiqués, sur sa bataille contre la syndicalisation de ses employés.

Dans un dossier publié vendredi dans La Presse Affaires, André Dubuc fait état des conditions de travail dans certains dépanneurs de la bannière Couche-Tard, telles que décrites par des employés qui viennent d’obtenir leur accréditation syndicale CSN. «Selon ces travailleurs, écrit mon collègue, les «chouchous» du gérant obtiennent les meilleures plages horaires, peu importe le nombre d’années de service; quand le gérant «n’aime pas la face» de l’employé, il réduit ses heures sans explications; les accidents de travail sont systématiquement contestés par l’employeur, etc.»

André Dubuc a tenté d’obtenir le point de vue de l’employeur. La porte-parole de Couche-Tard lui a fait savoir que l’entreprise ne faisait pas de commentaires sur ce dossier. Ah? Les dizaines de milliers de Québécois qui achètent régulièrement chez Couche-Tard ne sont-ils pas en droit de savoir comment sont traités les employés qui les servent?

Je comprends que Couche-Tard sente ses minces marges de profit menacées par la syndicalisation. Que les centrales syndicales n’ont pas toujours raison. Mais si les conditions de travail étaient aussi bonnes que ce que prétend la direction, la CSN réussirait-elle à faire une percée comme c’est le cas présentement?

«Nous sommes en excellente santé financière, sans être affligés de dettes importantes. Comme toujours, je m’en remets aux quelque 53 000 personnes qui partagent notre route et les remercie», écrit M. Bouchard sur le site internet d’Alimentation Couche-Tard. Ne serait-ce pas une bonne façon de les remercier que de leur assurer les meilleures conditions de travail possible? Et si les conditions actuelles sont bonnes, pourquoi M. Bouchard et/ou ses représentants ne viennent-ils pas sur la place publique pour défendre leur point de vue? Un spécialiste en communications, Bernard Motulsky, a expliqué à André Dubuc que le silence de Couche-Tard était peut-être une bonne stratégie: «S’il répond, ça alimente la polémique, tandis qu’en ne répondant pas, il n’y a pas de débat.» Peut-être. Pour ma part, j’ai plutôt l’impression qu’en matière de communications, les absents finissent très souvent par avoir tort.

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Jeudi 28 avril 2011 | Mise en ligne à 13h05 | Commenter Commentaires (13)

Ces films qui nous prennent pour des cruches

USA__m

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Ariane Krol

Je suis allée voir The Greatest Movie Ever Sold, le nouveau documentaire de Morgan Spurlock, qui sort en salle le 6 mai. Reprenant la recette «Regardez-moi bien aller» de Super Size Me, le réalisateur tâte cette fois du placement de produits, cette stratégie tout sauf subtile qui consiste, pour les entreprises, à se faire croire qu’elles peuvent nous coller leur camelote à l’écran sans qu’on s’en rende compte.

Spurlock, toujours aussi à l’aise en cobaye consentant, se met en quête d’entreprises prêtes à financer son film en échange de visibilité favorable. Voilà, vous savez tout sur l’intrigue. Pourtant, on ne s’ennuie pas une seconde. Contrairement à Michael Moore, Spurlock nous épargne l’indignation et le prêchi-prêcha. Il expose, tout simplement.

Et ce qu’il donne à voir ne surprend pas tant que ça. Car le spectateur n’est pas la cruche dont rêve l’industrie. Il le sait bien, quand la caméra s’attarde sur une montre, que ce n’est pas pour lui permettre de lire l’heure. Et il est agacé, car ça ralentit l’action. Il n’est pas dupe non plus quand les comédiens échangent 2-3 répliques hors contexte dans le seul but de vanter un quelconque machin, souvent comestible.

Pas de révélations fracassantes dans ce documentaire donc, mais un bon tour guidé de la marchandisation du cinéma et de notre vie de tous les jours. Une question, toutefois, demeure sans réponse.

Pourquoi, si les entreprises et les spécialistes du marketing croient tellement au placement de produits, ne s’y prennent-ils pas mieux? Pourquoi, alors qu’ils cherchent à rendre les produits désirables et sympathiques, le font-ils de façon aussi grossière, risible et irritante?

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Mercredi 27 avril 2011 | Mise en ligne à 16h22 | Commenter Commentaires (120)

Des vendus aux «crosseurs»

Photo Hugo-Sebastien Aubert, La Presse

Photo Hugo-Sebastien Aubert, La Presse

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André Pratte

L’ancien président de la CSN, Gérald Larose, s’est excusé mercredi pour les termes «inappropriés» qu’il avait employés en matinée au sujet des politiciens fédéralistes, notamment du chef du NPD, Jack Layton. C’est bien que M. Larose se soit excusé. Mais il est tout de même déplorable que l’insulte vienne si facilement dans la bouche de certains leaders souverainistes. Pensons au cinéaste Pierre Falardeau, devenu un héros de la cause malgré les quolibets dont il abreuvait ceux qui avaient le malheur de ne pas penser comme lui. (Déclaration d’intérêts: M. Falardeau m’a notamment qualifié de «petit prétentieux» et de «vaurien».)

Qu’a dit M. Larose? Qu’outre M. Layton, les autres chefs de parti fédéralistes étaient des «crosseurs professionnels». Pour ce qui est du leader néo-démocrate, s’il ne répondait pas aux questions posées par le président du Conseil de la souveraineté, il serait un «imposteur», «plus crapuleux» encore que ses homologues des autres partis. Les candidats bloquistes qui accompagnaient M. Larose l’ont trouvé bien drôle.

Plus tôt dans la campagne, l’auteur-compositeur de Loco Locass, Sébastien Ricard,  s’était moqué du «français de vendeur de chars» de Jack Layton. Des excuses auraient été de mise là aussi, non? Imaginez la réaction si un commentateur anglophone avait ridiculisé l’anglais de Gilles Duceppe.

Il y a des insultes qui paraissent moins que d’autres mais n’en sont pas moins inadmissibles. C’est le cas des propos tenus lundi par le chef du Bloc, Gilles Duceppe, à propos des candidats des partis fédéralistes: «C’est le prix à payer pour être un candidat néo-démocrate, libéral ou conservateur au Québec: il faut accepter de renoncer à être soi-même.» Autrement dit, tous des vendus.

Dans son communiqué d’excuses, Gérald Larose exprime le voeu «que l’exercice démocratique dans lequel nous sommes tous plongés puisse se poursuivre dans le respect mutuel de tous les participants.» Souhaitons-le, en effet. Peut-être qu’une des raisons du succès de Jack Layton dans les sondages, c’est qu’il mène une campagne résolument positive.

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