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André Pratte
Alimentation Couche-Tard est un des fleurons de l’économie québécoise. Son fondateur et président, Alain Bouchard, suscite l’admiration générale pour sa gestion rigoureuse doublée d’audace. C’est pourquoi j’ai du mal à comprendre que l’entreprise refuse de s’expliquer sur la place publique, autrement que par de rares communiqués, sur sa bataille contre la syndicalisation de ses employés.
Dans un dossier publié vendredi dans La Presse Affaires, André Dubuc fait état des conditions de travail dans certains dépanneurs de la bannière Couche-Tard, telles que décrites par des employés qui viennent d’obtenir leur accréditation syndicale CSN. «Selon ces travailleurs, écrit mon collègue, les «chouchous» du gérant obtiennent les meilleures plages horaires, peu importe le nombre d’années de service; quand le gérant «n’aime pas la face» de l’employé, il réduit ses heures sans explications; les accidents de travail sont systématiquement contestés par l’employeur, etc.»
André Dubuc a tenté d’obtenir le point de vue de l’employeur. La porte-parole de Couche-Tard lui a fait savoir que l’entreprise ne faisait pas de commentaires sur ce dossier. Ah? Les dizaines de milliers de Québécois qui achètent régulièrement chez Couche-Tard ne sont-ils pas en droit de savoir comment sont traités les employés qui les servent?
Je comprends que Couche-Tard sente ses minces marges de profit menacées par la syndicalisation. Que les centrales syndicales n’ont pas toujours raison. Mais si les conditions de travail étaient aussi bonnes que ce que prétend la direction, la CSN réussirait-elle à faire une percée comme c’est le cas présentement?
«Nous sommes en excellente santé financière, sans être affligés de dettes importantes. Comme toujours, je m’en remets aux quelque 53 000 personnes qui partagent notre route et les remercie», écrit M. Bouchard sur le site internet d’Alimentation Couche-Tard. Ne serait-ce pas une bonne façon de les remercier que de leur assurer les meilleures conditions de travail possible? Et si les conditions actuelles sont bonnes, pourquoi M. Bouchard et/ou ses représentants ne viennent-ils pas sur la place publique pour défendre leur point de vue? Un spécialiste en communications, Bernard Motulsky, a expliqué à André Dubuc que le silence de Couche-Tard était peut-être une bonne stratégie: «S’il répond, ça alimente la polémique, tandis qu’en ne répondant pas, il n’y a pas de débat.» Peut-être. Pour ma part, j’ai plutôt l’impression qu’en matière de communications, les absents finissent très souvent par avoir tort.
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