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André Pratte
Ces jours-ci, les Québécois se préoccupent beaucoup des dégâts que pourraient causer l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. De plus en plus de gens réclament un moratoire sur cette industrie. La revendication est légitime, d’autant qu’aux Etats-Unis, les inquiétudes suscitées par les techniques de fracturation du sous-sol vont croissantes.
Pendant ce temps, pratiquement personne ne parle de la croissance phénoménale que connaît l’industrie minière au Québec. Il y a bien la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, qui milite pour une exploitation plus responsable de nos ressources minières. Mais la Coalition attire beaucoup moins d’attention que les opposants à l’industrie gazière. Pourquoi ? Peut-être parce que l’industrie minière est surtout active en Abitibi-Témiscaminque et dans le Nord du Québec, dont les urbains se soucient fort peu. Peut-être parce qu’il n’y a pas eu encore de documentaire-choc sur les mines comme il y en a eu sur la forêt boréale et sur le gaz de schiste.
Quoi qu’il en soit, l’explosion des prix des matières premières dans le monde propulse à des niveaux records les investissements dans les mines du Québec. Selon les données publiées cette semaine par l’Institut de la statistique du Québec, ces investissements ont atteint un sommet historique en 2010 (2,5 milliards). Si les intentions d’investissement annoncées pour l’année en cours se concrétisent, un nouveau sommet devrait être atteint en 2011, 2,9 milliards. L’or – qui se transige ces temps-ci à plus de 1400 dollars l’once ! – a généré la moitié des dépenses d’exploration en 2010.
Pour les régions concernées, durement touchées au cours des dernières années par la crise forestière, la reprise des investissements miniers est évidemment une excellente nouvelle. Selon les projections du Comité sectoriel de main-d’oeuvre de l’industrie des mines, les mines du Québec emploieront 60% de personnes de plus d’ici 10 ans, ce qui fait 4 000 emplois supplémentaires.
Reste à savoir si la société québécoise dans son ensemble retire des bénéfices suffisants de cette industrie. À la suite des représentations des écologistes et du Vérificateur général du Québec, le gouvernement Charest a relevé le niveau des redevances exigées des minières. Il prépare aussi une réforme de la Loi sur les mines. Tout indique qu’au cours des dernières années, Québec a dépensé plus en avantages offerts à l’industrie qu’il n’en a reçu en retombées fiscales. Il faut évidemment corriger ce déséquilibre. Cependant, avant de blâmer les gouvernements qui ont mis en place ces incitatifs, il faut se rappeler qu’il y a quelques années à peine, les prix des matières premières étaient au plus bas. Sans les avantages fiscaux consentis par Québec, l’industrie aurait été beaucoup moins active et les régions concernées auraient souffert encore plus.
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