Le blogue de l'édito

Archive, février 2011

Lundi 28 février 2011 | Mise en ligne à 17h40 | Commenter Commentaires (114)

Les bienfaits de l’immigration: un mythe?

Photo Presse canadienne

Photo Presse canadienne

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

«Économiquement et démographiquement, le Québec n’a pas besoin d’immigration.» Telle est la conclusion choc d’un essai publié cette semaine aux Éditions Boréal, Le Remède imaginaire – Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec. L’ouvrage est signé par Benoît Dubreuil, philosophe, et Guillaume Marois, démographe.

Je dois dire que j’ai ressenti un profond malaise à la lecture de ce livre. D’abord parce que, bien que les auteurs s’en défendent, leur conclusion est évidente: le Québec devrait accueillir moins d’immigrants. Si, comme ils le soutiennent, l’immigration n’entraîne pas de bienfaits économiques et démographiques, et si, comme ils le prétendent aussi, elle provoque une diminution de la place du français et une brisure entre Montréal et le reste de la province, pourquoi voudrait-on l’encourager?

Autre source de malaise: pour un non-spécialiste, la preuve que présentent Dubreuil et Marois est impressionnante. Études après études, faites au Canada et ailleurs dans le monde, démontrent que l’augmentation du nombre d’immigrants n’infléchit pratiquement pas le vieillissement de la population. De plus, parce que les immigrants ont beaucoup de mal à s’intégrer au marché du travail, la hausse de l’immigration n’est pas susceptible de combler les pénuries de main-d’oeuvre appréhendées, notamment au Québec. Se pourrait-il que fonctionnaires, politiciens et journalistes, d’un bout à l’autre du pays, se soient tous fourvoyés sur la nécessité pour le Canada d’accueillir davantage d’immigrants?

Dernière source de malaise. Tout en accusant les décideurs d’ignorer sciemment l’évidence scientifique, Dubreuil et Marois prennent eux-mêmes, à intervalles réguliers dans le livre, des raccourcis qui vont à l’encontre de toute rigueur. Par exemple, ayant remarqué qu’un grand nombre de candidats au processus québécois de sélection des immigrants obtiennent une note juste au-dessus du seuil de passage, ils écrivent: «On peut imaginer que plusieurs (responsables) – pour des raisons émotionnelles – ne souhaitent pas décevoir les candidats en les informant d’un échec.» Les auteurs supposent aussi, sans plus de preuves, que les fonctionnaires préfèrent admettre des immigrants que les refuser. Pourquoi? Parce que la justification d’un refus leur demande plus de travail!

Cherchant à expliquer pourquoi le gouvernement de Jean Charest a augmenté le nombre d’immigrants admis chaque année au Québec, Dubreuil et Marois estiment que les raisons sont partisanes: «L’appui au Parti libéral du Québec demeure proportionnellement plus fort chez les immigrants que chez les natifs. le gouvernement a donc un intérêt objectif à faire diminuer la part relative des natifs dans la population.» Voilà qui me semble fort peu scientifique. Pourquoi le nombre d’immigrants au Québec augmente-t-il rapidement depuis 1999, alors que le Parti libéral de Jean Charest n’est au pouvoir que depuis 2003? Pourquoi la hausse de l’immigration s’est-elle aussi produite dans le reste du Canada, autant sous les libéraux que sous les conservateurs?

Quoi qu’il en soit, voilà un gros pavé dans la mare. Ceux qui sont convaincus de l’utilité économique et démographique de l’immigration pourront-ils répondre de façon convaincante?

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Samedi 26 février 2011 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (58)

La grosse marmite

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Mario Roy

motsÀ côté de mon bureau, j’ai une grosse marmite (posée sur un feu de bois…) dans laquelle mijotent toujours trois ou quatre idées d’éditoriaux qui ne sont pas encore au point. Des idées un peu floues. Encore insaisissables. Je les remue de temps à autre avec une grosse louche!

Certaines possèdent le potentiel pour devenir un jour, avec beaucoup de travail et un peu de chance, presque publiables. D’autres sont à ce point inintéressantes qu’elles sont destinées à aller directement de la marmite à la poubelle -pardon: au bac de recyclage.

Un des ingrédients qui mijotent dans le moment concerne les… mots. C’est-à-dire: le remplacement graduel de la réalité matérielle par une « réalité » virtuelle de mots qui n’a aucun lien avec la première!

Uniquement au Québec, des dizaines de milliers de gens se consacrent à cette besogne.

Ainsi, remplacer l’assurance-chômage par l’assurance-emploi, ou l’assurance-maladie par l’assurance-santé, n’a aucun effet sur le réel: il y a toujours autant de chômeurs et de malades. Revoir le mode de fabrication des statistiques sur la pauvreté ou la diplomation « élimine » des pauvres et des ignares virtuels, mais pas des pauvres et des ignares réels. Idem pour le décrochage scolaire (pardon, la « persévérance » scolaire).

Et, à un niveau supérieur, lorsque l’ONU (la plus gigantesque et coûteuse manufacture mondiale de mots!) adopte au Conseil de sécurité une résolution « condamnant fermement » la violence en Libye, cela ne sauve pas dans le réel une seule misérable vie!

Bref, donnez-moi un petit coup de main avec la marmite.

Constatez-vous, vous aussi, un gouffre entre les mots fabriqués à grands frais dans toutes les bureaucraties de ce monde et la toute simple réalité?

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Vendredi 25 février 2011 | Mise en ligne à 9h51 | Commenter Commentaires (21)

Le dictateur «flyé»: la suite

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Mario Roy

273194-manifestants-reclament-depart-leader-libyenDans toute tragédie, même la plus noire, on trouvera une anecdote qui fera presque sourire. Ainsi, l’ONU se demande aujourd’hui à Genève s’il faut jeter la Libye au bas de son siège au… Conseil des droits de l’homme, dont elle est membre depuis mai 2010! Qu’en pensez-vous?…

Pendant ce temps, dans la vraie vie, le soulèvement se poursuit aujourd’hui. Dans le sang, bien entendu.

Et le problème qui se pointe à l’horizon est celui de la gouvernance post-Kadhafi, si le dictateur flyé finit par tomber, bien entendu. La ville « libérée » de Benghazi essaie déjà de mettre en place une sorte de gouvernement local, comme le décrit un passionnant papier du New York Times.

Mais gouverner éventuellement le pays, ce sera autre chose. Et c’est là qu’on voit à quoi servent des institutions diversifiées, nombreuses, compétentes, solides, lorsque surviennent des bouleversements extrêmes. En Tunisie et en Égypte, par exemple, de telles institutions existaient. Il n’y a rien de tel en Libye, sinon des pouvoirs tribaux disparates, incapables d’agir dans un cadre étatique. Même l’armée est faible (la garde rapprochée du Guide de la Révolution est largement composée d’étrangers). Par certains côtés, ça rappelle l’Afghanistan des talibans, un État sans véritable appareil étatique, mais avec beaucoup plus de fric: la Libye, elle, a du pétrole, vendu en quasi-totalité à l’Europe et fournissant 75% de son budget!

mussoliniBref, la « communauté internationale » devra probablement intervenir un jour ou l’autre en Libye. Sauf que la « communauté internationale », ça n’existe pas. Il n’y a que des pays distincts, dont chacun peut accepter ou refuser de prêter assistance.

D’où la question: le cas échéant, qui ira en Libye? Ne serait-ce pas à l’Europe à le faire, ne serait-ce que par intérêt? À l’Italie, par exemple, par intérêt et par accointance historique (photo: Mussolini en Libye en 1937)? L’un ou l’autre pays arabe serait encore préférable, mais lequel parmi eux possède suffisamment de «compétence démocratique»?…

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