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André Pratte
Selon les données publiées mardi par Statistique Canada, près de 70 000 Canadiens meurent chaque année du cancer. De 2000 à 2007, dernière année pour laquelle cette donnée est disponible, le nombre de Canadiens tués par le cancer a grimpé de 11%. Pendant la même période, le nombre de personnes décédées des suites d’une maladie cardiaque a baissé de 8%.
La principale source de la hausse des décès dus au cancer est le vieillissement de la population. Les exploits de la médecine ont donc un effet pervers, effet pervers qu’elle ne parvient pas à contrôler.
Si on ne tient pas compte du vieillissement de la population, le proportion de Canadiens pour qui le cancer a été fatal a légèrement diminué. Par contre, celle des Canadiens ayant succombé à une maladie cardiaque a chuté de façon substantielle.
Un Canadien sur trois souffrira d’un cancer au cours de sa vie et le cancer est la cause de 30% des décès au pays. Bref, la guerre contre le cancer est loin d’être gagnée. (À ce sujet, on peut lire ici les textes de l’excellente série de Patrick Lagacé, publiée en octobre).
Ce n’est pas faute d’efforts. Dans une magistrale histoire du cancer qui vient d’être publiée (The Emperor of All Maladies – A Biography of Cancer, chez Simon & Schuster), l’oncologue américain Siddhartha Mukherjee rappelle que l’humanité combat le cancer depuis l’Antiquité. On connaît aujourd’hui beaucoup mieux la maladie et ses causes que les Égyptiens et les Grecs de l’époque. Cependant, le cancer continue d’imposer à ses victimes de terribles douleurs physiques et psychologiques . Et malgré les progrès de la science, on n’a toujours pas trouvé de cure ou de traitement préventif.
On peut lire quelques pages du livre du docteur Mukherjee ici. Selon ce que j’ai pu en lire et les nombreux compte-rendus publiés dans les journaux américains – notamment celui du New Yorker , le bouquin semble fascinant. Le médecin y retrace l’histoire de la guerre contre le cancer, celle des chercheurs mais aussi celle des patients. De lui vient l’idée du titre de ce blogue: le cancer est profondément ancré dans la nature humaine. «La division cellulaire permet aux organismes vivants de
croître, de s’adapter, de se remettre, de se réparer – de vivre, écrit-il. Déformée et libérée, elle permet aux cellules cancéreuses de croître, de prospérer, de s’adapter, de se remettre, de se réparer – en somme, de vivre aux dépens de notre vie. Les cellules cancéreuses croissent plus rapidement, s’adaptent mieux. Elles sont des versions plus parfaites de nous-mêmes.»
C’est parce que les cellules cancéreuses sont si étroitement liées à la vie de l’organisme qu’il est difficile de les vaincre sans en même temps détruire le porteur. Il est arrivé que des scientifiques soient si obsédés par la résistance de leur ennemi qu’ils en oublièrent le bien-être de leurs patients; le docteur Mukherjee raconte notamment le cas du chirurgien William Stewart Halsted, le pionnier des mastectomies «radicales» qui ruinèrent la vie de milliers de femmes sans parvenir à vaincre la maladie.
La médecine fonde aujourd’hui beaucoup d’espoir dans des thérapies mieux ciblées que la chimiothérapie, fondées sur la génétique. Toutefois, comme le rappelle le médecin-historien, compte tenu de tous les espoirs déçus dans le passé, le scepticisme et la prudence sont de rigueur. Et vous, croyez-vous qu’on viendra un jour à bout du cancer?
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