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André Pratte
Un sondage publié vendredi matin par Le Devoir indique que l’exploitation du gaz de schiste fait face à l’opposition d’un nombre croissant de Québécois. En effet, la moitié des personnes interrogées sont contre le développement de cette nouvelle industrie; le mois dernier, la proportion d’opposants était de seulement 35%.
Le gouvernement Charest et les entreprises impliquées ont donc une pente abrupte à remonter pour convaincre les Québécois qu’on peut puiser le gaz se trouvant dans le sous-sol de la province sans nuire à l’environnement. D’autant que la campagne d’information pilotée par le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, André Caillé, n’a fait qu’accroître la méfiance des citoyens à l’endroit de l’industrie. Comment relancer la débat public sur une base plus saine, de sorte que la décision d’aller de l’avant ou non sera prise sur la base de faits et non sur celle de perceptions?
Une avenue me semble prometteuse: l’industrie devrait annoncer qu’elle s’impose elle-même un moratoire sur l’exploration et l’exploitation jusqu’à ce que, sur la base du rapport du BAPE, le gouvernement aura mis au point un cadre législatif, réglementaire et financier approprié. L’industrie ferait ainsi la démonstration de son respect pour les inquiétudes des citoyens et de son désir de procéder de façon à préserver l’environnement.
Il serait difficile pour le gouvernement Charest d’imposer ce moratoire. D’une part, il pourrait s’exposer à des poursuites. D’autre part, cela permettrait au Parti québécois de crier victoire.
Un moratoire auto-imposé aurait bien sûr des conséquences pour les entreprises du gaz. Elles devraient attendre des mois, sinon plus d’un an, avant de reprendre l’exploration du schiste de l’Utica, donc avant de connaître le potentiel réel de ce gisement. Toutefois, déjà, certaines d’entre elles ont suspendu leurs opérations pour plusieurs mois, faute de main-d’oeuvre disponible. De plus, le prix du gaz est très bas ces temps-ci, de sorte que la rentabilité d’une éventuelle exploitation au Québec est loin d’être assurée. Bref, l’industrie ne trouvera pas de meilleur moment pour calmer ses ardeurs et, ce faisant, redorer un peu son blason.
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