Le blogue de l'édito

Archive du 24 septembre 2010

Vendredi 24 septembre 2010 | Mise en ligne à 16h58 | Commenter Commentaires (93)

Portrait intime de nos anglos

Photo David Boily, La Presse

Photo David Boily, La Presse

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Statistique Canada a publié jeudi dernier un portrait détaillé, fondé notamment sur le dernier recensement, de la minorité anglophone du Québec. Il en ressort une image beaucoup plus nuancée que celle que se font de cette communauté la plupart des francophones. On y constate que les anglo-Québécois sont en grande majorité bilingues, envoient en grand nombre leurs enfants à l’école primaire française ou en immersion, parlent très souvent français lorsqu’ils sont dans des commerces ou des établissements institutionnels. Tout en étant très attachés à leur langue, les anglophones d’ici semblent fort bien intégrés au Québec français des années post-loi 101.

«Nos» anglophones sont cependant inquiets pour l’avenir de leur communauté. Bon nombre d’entre eux estiment que la présence de l’anglais a diminué depuis dix ans dans la municipalité qu’ils habitent et s’attendent à ce que cette tendance se maintienne. Les autres données de l’étude ne semblent pas justifier cette inquiétude: la grande majorité des anglophones vivent dans des villes où l’anglais est omniprésent, s’informent à l’aide de médias de langue anglaise, travaillent en anglais (de même qu’en français, souvent), se font soigner en anglais, etc.

En vrac, quelques statistiques intéressantes:

- Malgré tout ce qu’on entend sur la menace pesant sur le français, il n’y a péril en la demeure. Depuis 1971, le pourcentage d’anglophones au Québec est passé de 15,9% à 11,9%, tandis que le pourcentage de francophones a grimpé de 81,9% à 84,2%.

- Au cours des quatre dernières décennies, la proportion d’enfants vivant dans des familles où l’un des parents est anglophone et l’autre francophone a presque doublé, atteignant 45%. Or, dans ces familles, c’est le plus souvent la langue française qui est transmise aux enfants comme langue maternelle.

- Bien que la proportion reste petite (10,6%), de plus en plus d’anglophones de langue maternelle parlent aujourd’hui le français à la maison. C’est ce qu’on appelle un transfert linguistique, dans ces cas-là en faveur du français. À l’opposé, à peine 1% de Québécois dont le français est la langue maternelle ont adopté l’anglais comme langue d’usage.

- De 1971 à 2006, le nombre de Québécois parlant anglais à la maison a chuté de 100 000; durant la même période, le nombre de Québécois parlant français à la maison a grimpé de 1 215 000 .

- des personnes ayant immigré au Québec avant 1961 qui ont effectué un transfert linguistique, 74% ont choisi l’anglais. Toutefois, les immigrants les plus récents qui ont effectué un transfert linguistique ont très majoritairement choisi le français. La Charte de la langue française a porté fruit.

- 69,8% des anglo-Québécois estiment être en mesure de tenir une conversation en français, tandis que seulement 36% des francophones disent pouvoir faire la même chose en anglais. Ce faible taux de bilinguisme des Québécois francophones vient appuyer l’avertissement lancé par l’ancien président de la Société des alcools et de Loto-Québec, Gaétan Frigon. Dans un texte publié samedi dans La Presse, M. Frigon écrit: «Que l’on soit d’accord ou pas, nos jeunes seront éventuellement perdants s’ils ne maitrisent pas l’anglais tout simplement parce que les jeunes d’ailleurs, eux, vont le maîtriser. Il va falloir qu’en tant que peuple, nous soyons assez matures pour mettre de coté l’anglais symbole de la domination britannique et adopter l’anglais devenu par la force des choses la seule langue internationale. (…)  Sinon, on deviendra tout simplement un ghetto francophone sans avenir.»

- Autre motif d’inquiétude pour les Québécois de langue française: la proportion de jeunes adultes anglophones détenant un diplôme universitaire reste plus élevée que celle des jeunes francophones (38% contre 26%).

Les anglophones du Québec ont beaucoup oeuvré, au cours des dernières décennies, pour s’intégrer au Québec français moderne. Il n’est pas certain que nous, les Québécois francophones, ayons fait notre bout de chemin pour mieux comprendre les anglophones de chez nous, et pour s’en faire des alliés plutôt que des adversaires, héritiers de Wolfe et de Durham.

Lire les commentaires (93)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

  • Calendrier

    mai 2012
    L Ma Me J V S D
    « avr    
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    28293031  
  • Archives

  • publicité