
Les services publics vont devoir se faire à l’idée: il n’y a pas que Microsoft dans la vie. (photo AFP)
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Ariane Krol
Oups! La Société des transports de Montréal (STM), qui avait lancé un appel d’offre pour acheter près de 2600 licences Microsoft Office 2010 standard, vient de se raviser. Le c.a. a suspendu le processus pour analyser les impacts de l’implantation d’une nouvelle plate-forme de bureautique comme OpenOffice ou autres produits comparables, a indiqué la porte-parole de la STM, Odile Paradis, dans un courriel au Soleil. Sage précaution. Parce que la STM n’aurait pas eu beaucoup de chances devant les tribunaux.
Il n’y a qu’à voir comment la Cour supérieure a ramassé la Régie des rentes du Québec (RRQ) en juin dernier. La Régie avait décidé, en 2006, d’acheter pour plus de 700 000$ de licences Microsoft (Vista Business, Office Professional Plus 2007 et Visio Standard 2007). Et s’attendait visiblement à ce que ça passe comme du beurre dans la poêle. C’était compter sans Savoir-Faire Linux, un fournisseur de services informatiques spécialisé dans le logiciel libre*. Minute, a dit SF Linux: ça prend un appel d’offres.
La RRQ ne voulait rien savoir. Elle utilisait la suite Office depuis 1996 et ne voulait pas changer. Elle a prétendu que les logiciels libres ne répondaient pas à ses besoins et, donc, que c’était un cas de fournisseur unique – ce qui lui évitait d’aller en appel d’offres.
Le juge n’a pas annulé le contrat, car l’installation des logiciels Microsoft avait été complétée plus de 18 mois auparavant. Mais il a donné tort à la Régie sur toute la ligne.
Il cite le ministère des Services gouvernementaux, pour qui les logiciels libres sont «un choix adéquat comme élément de la stratégie d’informatisation d’une administration publique.» Et dénonce les manigances de la RRQ pour ne pas les considérer. Un fonctionnaire est allé jusqu’à demander à la firme CGI de l’aider à répondre au promoteur de Linux/OpenOffice… en exigeant évidemment la confidentialité.
La Régie ayant renoncé à en appeler, ce jugement marque un point tournant au Québec. Les services publics ne peuvent plus ignorer les fournisseurs qui travaillent avec ces solutions.
Pour Cyrille Béraud, le patron de Savoir-Faire Linux, la victoire n’est pas que commerciale. C’est aussi une question de valeurs. Bravo. Mais de mon point de vue très terre-à-terre, c’est également une excellente nouvelle pour les contribuables. Comme l’a noté le juge Denis Jacques, Microsoft aurait pu être retenue quand même au terme d’un appel d’offres, mais elle aurait peut-être dû réduire son prix. On n’a jamais intérêt à lever le nez sur la concurrence. Les fonctionnaires, qui paient avec l’argent des autres, ne devraient pas l’oublier.
* «Le logiciel libre est un logiciel constitué de programmes dont les auteurs ou éditeurs fournissent, sans restrictions ni coûts supplémentaires, le code source aux utilisateurs. Ils accordent ainsi aux utilisateurs le droit d’étudier, adapter, modifier, reproduire ou distribuer le logiciel en tout ou en partie sans avoir à demander d’autorisation, ni payer de droits. Le logiciel libre peut généralement être téléchargé gratuitement.» – Savoir-Faire Linux c. Régie des Rentes du Québec, 3 juin 2010
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