Le blogue de l'édito

Archive, septembre 2010

Jeudi 30 septembre 2010 | Mise en ligne à 15h13 | Commenter Commentaires (37)

Pendant ce temps, en Absurdistan…

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

NDLR (bis): Dans ce qui suit, les personnages sont fictifs. Toute ressemblance avec des personnes ou situations réelles ne peut être que coïncidence.

Mario Roy

ROM03_042-palais-du-ceausescuDans les bureaux feutrés du parlement absurdistanais, le premier ministre dit à son chef de cabinet :

-Demain, nous allons frapper un grand coup ! Notre gouvernement va prouver qu’il est capable d’agir et de régler les vrais problèmes !

Le chef de cabinet :

-Ah oui ? Extraordinaire, monsieur le premier ministre ! Vous allez enfin régler le problème des urgences ?

-Euh… non. Pas ça. Vous savez très bien que nous en sommes totalement incapables. Et puis, quelle importance ? Nos électeurs ont à attendre, certes, mais ce sont des gens patients… patients ! Vous saisissez ?

(Grands éclats de rire)

-Bon alors, vous allez annoncer le début des travaux du grand méga giga big hôpital, c’est bien ça ?

-Mais non…  Vraiment, vous me décevez. Vous savez bien qu’on n’y arrivera jamais. Et puis quelle importance ? Vous et moi n’aurons pas de problèmes à nous faire soigner, n’est-ce pas ? Même s’il faut pour cela aller chez les voisins, les Améristanais.

-C’est vrai, monsieur le premier ministre. Alors, je ne vois pas… Ah si ! Vous allez lever la première pelletée de terre à l’échangeur Turbo, c’est bien ça ?

-Vous allez me cesser ces folies, monsieur le chef de cabinet ! Comment voulez-vous que nous puissions faire une telle chose aussi rapidement ? Il nous reste 12 rondes de consultation à mener, 18 rapports à recevoir, 24 manifestations citoyennes à réprimer, avant de pouvoir même songer à penser à peut-être demander une… étude de faisabilité ! Vous voyez bien que nous sommes loin de pelleter de la terre !

-C’est vrai, c’est vrai… Alors, je ne sais pas, moi… Vous allez annoncer un nouveau toit éjectable pour le stade ? Un train à ressort vers l’aéroport ? Des wagons neufs à bestiaux dans le métro ? Un tramway sur Broadway ? Des parcs de moulins à vent à Ènediji ? Un nouveau casino avec le cirque du sommeil ? Une usine à gaz schismatique au Surmoi ? Des écoles accrocheuses sans décrocheurs ? Des poules sans nids de route ? Je ne sais pas, moi…

199815-organisations-criminelles-asiatiques-livrent-plus-Rien, rien, rien de tout ça n’est faisable, vous le savez bien. Et, par conséquent, nous n’en ferons rien. Non. Nous allons plutôt arrêter et incarcérer les gens qui fument dans leur voiture avec des mineurs ! En fait, monsieur le chef de cabinet, je n’exclus pas la peine de mort. Ça, nous pouvons le faire et nous en serons félicités : qui peut s’y objecter, en effet ? Les huit conducteurs (peut-être même neuf, à ce nos agents secrets nous en disent) que l’on a aperçus l’an dernier faire une telle chose seront traqués et emprisonnés, même s’il faut pour cela monter une Police-du-tabac-dans-les-voitures-avec-mineurs  de 1000 officiers ! Nous agirons, je vous le promets!

(Et le premier ministre de donner un grand coup de poing sur son bureau.)

-Aaaah ! Monsieur le premier ministre ! Quelle homme d’action vous êtes ! Voyez, plus bas, toutes les félicitations que nos concitoyens absurdistanais vous adressent déjà !…

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Mercredi 29 septembre 2010 | Mise en ligne à 14h35 | Commenter Commentaires (48)

Ouvrir les maisons closes ?…

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Mario Roy

203358Une juge de la Cour supérieure de l’Ontario a donné un grand coup dans les lois sur la prostitution, en particulier à trois articles du Code criminel, qu’elle estime inconstitutionnels. Pour faire court, il s’agit des articles touchant la sollicitation, les maisons closes et les souteneurs («vivre des fruits de la prostitution», dit le Code). On sait que la prostitution en elle-même est légale -bizarre, bien sûr…

Sont en faveur de l’abolition de ces articles théoriquement décrétée par la juge :  ceux qui estiment qu’il faut civiliser la pratique du plus vieux métier du monde en la rendant plus sécuritaire ; ainsi que les travailleuses du sexe, représentées à Montréal par l’organisme Stella (qui se prononce ici). Sont contre le jugement : des mouvements féministes et le gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui portera sans doute le jugement ontarien devant la Cour suprême du Canada (des années d’avocasseries à venir !).

Bref, le jugement n’est pas effectif et les trois articles demeurent pour l’instant intacts, y compris en Ontario. Mais il est clair qu’on vient d’ouvrir un gros débat de société.

A priori, deux choses (outre la «morale», mais qui peut parler de «morale» sans rire, sinon les preachers de toutes obédiences ?…). Un, personne n’empêchera jamais la prostitution. Deux, cela étant, vaudrait mieux s’organiser pour que les femmes qui en vivent ne se fassent pas assassiner (pensez au tueur en série Robert Pickton) ou agresser, que l’environnement de travail soit digne et que les conditions sanitaires soient correctes.

Cependant… deux choses aussi. Un, je ne suis pas convaincu que l’application du jugement Himel modifiera en profondeur les conditions de sécurité, de dignité et de salubrité de l’exercice du métier. Deux, je ne suis jamais à l’aise lorsque les juges prennent la place des législateurs et décrètent du haut de leur banc les «choix de société» qui sont à leur goût. Dangereux en diable.

Comment vous trouvez tout ça, vous ?

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NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

François Cardinal

Le gaz de schiste pose problème au Québec? Bof… Ce n’est qu’un problème de communication.

Si les Québécois se braquent, c’est parce qu’ils ne comprennent pas encore, ils ne sont pas suffisamment informés.

Vite, faisons appel à National et tout rentrera enfin dans l’ordre…

C’est du moins ce que soutiennent les partisans d’une exploitation accélérée de cette filière énergétique.

Pour la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, tout ça est essentiellement un «défi» d’information.

Pour le patron de l’Association de l’industrie pétrolière et gazière, André Caillé, le problème réside dans la formule des campagnes d’information.

Il y a cohue à chaque assemblée d’information? C’est parce que les experts en relations publiques n’ont pas bien fait leur travail, selon M. Caillé. «Va falloir qu’ils me trouvent autre chose pour qu’on puisse mieux expliquer aux gens ce qu’on fait», a-t-il lancé à La Voix de l’Est.

Malheureusement, Mme Normandeau et M. Caillé ont tout faux. Ils confondent manifestement communication et argumentation.

Il ne suffit pas de dire, comme l’a fait M. Caillé, qu’«il n’y aura pas de diminution de la qualité de l’eau ou de sa disponibilité». Il faut prouver, démontrer, détailler ce qui permettra aux entreprises de ne pas gâcher les sources d’eau des riverains.

Il ne suffit pas non plus de répéter que les «meilleures pratiques possible» seront privilégiées, il faut expliquer, montrer en quoi cela est vrai, comparer avec ce qui s’est fait en Pennsylvanie pour convaincre que les choses se feront différemment ici.

Bref, il faut des études, du temps et de l’énergie (sans jeu de mots), autant de choses que la précipitation actuelle  ne permet pas.

Les Québécois sont visiblement inquiets. Ils ont de nombreuses questions. Et tout ce que le lobby des hydrocarbures a trouvé comme réponse, c’est un «programme de communication». Tout ce que le gouvernement a trouvé, c’est un BAPE sans étude d’impacts préalable.

Comme s’il suffisait de distribuer des brochures en couleurs pour convaincre les sceptiques…

Existe-t-il un site web où les inquiets peuvent poser leurs questions et obtenir des réponses? Pourquoi la page «faits saillants» de l’Association pétrolière et gazière est-elle vide? Que feront les citadins de leurs interrogations lorsque les audiences publiques s’ouvriront en région?

Pourquoi a-t-on l’impression que les questions posées sont autant de mouches agaçantes que le lobby souhaite voir disparaître?

«Au jour un de la production, on sera les meilleurs», se contente de répéter M. Caillé. Mais que penser de tous ces cafouillages liés à l’exploration? De ces entreprises qui n’ont pas cru nécessaire d’informer la ville, le maire ou les citoyens de leur présence?

Que penser de cette mère de famille ayant refusé à deux reprises que des tests sismiques aient lieu sur son terrain et qui s’est réveillée un beau matin avec des explosifs dans sa cour?

«Un représentant, raconte-t-elle dans l’Actualité, a invoqué une erreur de communication»…

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