Le blogue de l'édito

Archive du 28 août 2010

Samedi 28 août 2010 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (48)

La faute à van Gogh

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie désormais que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Mario Roy

194623-important-perimetre-securite-ete-erigeImaginez l’affaire.

À Montréal, en plein jour et dans une rue passante, un cinéaste québécois engagé (mettez ici un nom) est atteint d’un projectile d’arme à feu, puis poignardé, un message planté au couteau dans sa poitrine prévenant qu’une députée de l’Assemblée nationale, qui est une réfugiée africaine féministe, subira le même sort. Le coupable, bientôt arrêté, est un fondamentaliste chrétien qui ne regrette pas son geste puisque, dans un de ses films, le cinéaste a offensé son dieu.

Que se passerait-il, d’après vous ? Combien de politiciens, de féministes, de cinéastes, d’écrivains, d’artistes, de journalistes, de critiques, déchireraient leur chemise sur la place publique pendant des mois en réclamant des comptes à tout ce qui bouge de chrétiens le moindrement rigoristes et en les mettant au ban de la société ?

Or, une telle chose s’est vraiment produite, en novembre 2004, à Amsterdam.

1-1-Theo-Van-GoghLe cinéaste était Théo van Gogh (photo) et il a été assassiné par Mohammed Bouyeri, un Néerlandais d’origine marocaine, fondamentaliste non pas chrétien mais islamiste ; la députée visée est Ayaan Hirsi Ali, vivant maintenant aux États-Unis sous protection rapprochée. La différence, c’est que van Gogh est mort sans qu’à peu près personne ne vienne à sa défense, fut-elle posthume. (Il est vrai qu’il n’était pas Roman Polanski, pour qui les Grandes Âmes du petit monde du cinéma trébuchaient les unes sur les autres, en 2009,  dans leur hâte à le protéger d’un procès criminel pour viol, qu’il n’a pas subi, et à défendre la liberté d’expression ainsi menacée par la justice américaine…)

Bref, en 2004, la célèbre tolérance néerlandaise en a pris un coup ! Et la situation s’est mise à dégénérer.

Quelques mois plus tard, le 27  janvier 2005, le film de van Gogh, Soumission, était retiré en panique du programme du Festival du film de Rotterdam, où il devait y avoir aussi un débat sur… la liberté d’expression au cinéma ! (Les cadres du festival avaient la chienne, ont-ils clairement avoué.) Silence radio partout.

En mai 2005, après plusieurs agressions homophobes, le Bureau du tourisme d’Amsterdam recommandait aux visiteurs gais d’être prudents dans les rues de la ville. De ne pas, par exemple, se tenir la main en public, surtout dans certains quartiers… À Amsterdam ! Dans le premier pays au monde où le mariage gai a été autorisé ! Peut-on y croire ?

Par la suite, les Néerlandais, dégoûtés de leurs élites traditionnelles occupées à ne rien faire sinon prêcher, se sont mis à voter plus à droite et à se méfier de l’immigration. Ils sont devenus islamophobes, les accuse-t-on aujourd’hui, même s’ils ont accueilli à bras ouverts une des plus fortes proportions d’immigrants musulmans de toute l’Europe (environ 15 % de la population).

Que faire, maintenant, pour rafistoler l’âme de cette admirable nation, refuge historique des penseurs et artistes persécutés, créatrice d’un art de vivre fondé sur la tolérance et qui n’avait d’égal nulle part ailleurs ?

Il n’y a pas de solution simple (si vous en avez une en tête, s’il vous plaît, oubliez-la, elle n’a probablement pas de sens).

En fait, peut-être n’y a-t-il pas de solution du tout.

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