Le blogue de l'édito

Archive, août 2010

Mardi 31 août 2010 | Mise en ligne à 12h59 | Commenter Commentaires (25)

Le patron du GIEC doit démissionner

Le président du GIEC, Rajendra Pachauri, doit partir.

Le président du GIEC, Rajendra Pachauri, doit partir.

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publiera désormais que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

François Cardinal

Le GIEC, le fameux Groupe intergouvernemental d’experts qui conseille les dirigeants de la planète sur l’évolution du climat, est mûr pour une véritable réforme.

C’est la conclusion à laquelle arrive le Conseil inter-académique (IAC), vaste organisation qui rassemble 15 des principales académies des sciences mandatée par l’ONU pour évaluer les méthodes et procédures du GIEC.

Et c’est la conclusion à laquelle nous arrivons aussi.

Attaqué de toutes parts depuis un an, le GIEC doit en effet revoir ses méthodes en profondeur afin de répondre aux critiques qui lui sont faites et mériter à nouveau son Nobel.

Le «climategate» l’a mis à mal. Les erreurs et inexactitudes soulevées aussi. Mais d’abord et avant tout, sa crédibilité s’est graduellement émoussée au fur et à mesure que ses membres ont versé dans le militantisme.

De nombreux chercheurs ont effet mis de côté l’objectivité que commande leur fonction afin de contrer les climatosceptiques, ce qu’ont prouvé les courriels piratés du «climategate». Cela a miné le travail et la transparence de cette nécessaire organisation scientifique.

Sans remettre en question le consensus né des derniers rapports du GIEC, cela pousse à s’interroger sur certaines questions périphériques au réchauffement qui ne recueillent pas toujours, il est vrai, la faveur d’une majorité de scientifiques.

Cela dit, pour que le GIEC retrouve son lustre, il faudra plus qu’une réforme : il faudra aussi un changement de direction. Ce que n’ose pas dire l’IAC, qui se contente de suggérer de limiter à six ans les mandats des responsables du GIEC.

Pourtant, les problèmes reprochés au GIEC sont aussi des problèmes que l’on pourrait reprocher, personnellement, au président Rajendra Pachauri. Trop souvent, l’homme a eu des réactions impulsives, il a levé le nez sur les critiques sans même les entendre et il a houspillé ses opposants. Autant de réactions indignes du grand patron d’une organisation scientifique et donc, neutre.

Espérons que les membres du GIEC, lors de leur prochaine rencontre en octobre, accepteront de réformer leur organisation et de montrer la sortie à leur patron. La longévité de l’organisation en dépend.

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Lundi 30 août 2010 | Mise en ligne à 12h46 | Commenter Commentaires (32)

«L’Amérique idiote»

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 Mario Roy

Se moquer des Amerloques est depuis toujours une des activités préférées des «sachants» de toute la planète. Aussi, je me suis dit qu’avec un titre 195936-avec-rassemblement-droite-samedi-washingtonpareil, je ferais vraiment songé… Je signale que c’est également le titre d’un essai paru en 2009 (notre traduction) : L’Amérique idiote / Comment la stupidité est devenue une vertu au pays de la liberté . du journaliste Charlie Pierce. Il s’agit d’une charge -par moments très juste et drôle, par moments parfaitement idiote, elle aussi !- contre certains traits de la psyché américaine. En fait, on pourrait tout aussi bien écrire un bouquin sur «la France idiote» ou «le Québec idiot» (j’ai déjà accumulé quelques notes sur ce sujet, qui me serviront peut-être un jour)… Mais ça se vendrait beaucoup moins !

Brèfle, ce préambule sert à amener un témoignage personnel de profonde déprime à la vue de ce qui s’est passé, samedi, devant le Lincoln Memorial, à Washington. C’est-à-dire : une vaste manifestation (300 00 personnes, apparemment) convoquée par la pire faction des conservateurs américains s’agitant autour de Glenn Beck (photo) et de Sarah Palin. La faction conspirationniste, hyper-religieuse, réactionnaire dans le plein sens du mot, flirtant ouvertement avec une forme pernicieuse de racisme. En un mot : la faction «hurluberlu» de la droite américaine ! Et le tout, précisément à l’endroit où, il y a presque un demi-siècle, Matin Luther King prononçait son plus célèbre discours (I Had A Dream).

Cette droite d’hurluberlus est une insulte historique au véritable conservatisme américain, infiniment plus intelligent et articulé, qui a toujours été une force pour le pays dans son interaction et son alternance avec la gauche, mais dont on se demande s’il existe encore aujourd’hui (la réponse est oui, mais on ne le voit pas: pas assez spectaculaire…).

Dans son livre, Pierce décrit magnifiquement cette sorte de  droite «crackpot» que l’on a vue, samedi, à Washington (le genre à fréquenter le Musée de la création, au Kentucky, dédié au créationnisme, où on voit des dinosaures avec des selles, puisqu’ils ont cohabité avec l’homme !). Et il conclut que les États-Unis «constituent le pays par excellence pour les hurluberlus (cranks) publics. Aucune nation n’est aussi fervente dans sa conviction que, non seulement les gens ont le droit d’avoir des idées complètement marteaux, mais aussi qu’ils doivent cultiver ces idées, les polir, les vénérer et les exhiber fièrement !»

Imaginez ! Des dinosaures avec des selles ! Et des selles anglaises, par-dessus le marché, alors que tout le monde sait que les hommes des cavernes les harnachaient de selles western !

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Samedi 28 août 2010 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (48)

La faute à van Gogh

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Mario Roy

194623-important-perimetre-securite-ete-erigeImaginez l’affaire.

À Montréal, en plein jour et dans une rue passante, un cinéaste québécois engagé (mettez ici un nom) est atteint d’un projectile d’arme à feu, puis poignardé, un message planté au couteau dans sa poitrine prévenant qu’une députée de l’Assemblée nationale, qui est une réfugiée africaine féministe, subira le même sort. Le coupable, bientôt arrêté, est un fondamentaliste chrétien qui ne regrette pas son geste puisque, dans un de ses films, le cinéaste a offensé son dieu.

Que se passerait-il, d’après vous ? Combien de politiciens, de féministes, de cinéastes, d’écrivains, d’artistes, de journalistes, de critiques, déchireraient leur chemise sur la place publique pendant des mois en réclamant des comptes à tout ce qui bouge de chrétiens le moindrement rigoristes et en les mettant au ban de la société ?

Or, une telle chose s’est vraiment produite, en novembre 2004, à Amsterdam.

1-1-Theo-Van-GoghLe cinéaste était Théo van Gogh (photo) et il a été assassiné par Mohammed Bouyeri, un Néerlandais d’origine marocaine, fondamentaliste non pas chrétien mais islamiste ; la députée visée est Ayaan Hirsi Ali, vivant maintenant aux États-Unis sous protection rapprochée. La différence, c’est que van Gogh est mort sans qu’à peu près personne ne vienne à sa défense, fut-elle posthume. (Il est vrai qu’il n’était pas Roman Polanski, pour qui les Grandes Âmes du petit monde du cinéma trébuchaient les unes sur les autres, en 2009,  dans leur hâte à le protéger d’un procès criminel pour viol, qu’il n’a pas subi, et à défendre la liberté d’expression ainsi menacée par la justice américaine…)

Bref, en 2004, la célèbre tolérance néerlandaise en a pris un coup ! Et la situation s’est mise à dégénérer.

Quelques mois plus tard, le 27  janvier 2005, le film de van Gogh, Soumission, était retiré en panique du programme du Festival du film de Rotterdam, où il devait y avoir aussi un débat sur… la liberté d’expression au cinéma ! (Les cadres du festival avaient la chienne, ont-ils clairement avoué.) Silence radio partout.

En mai 2005, après plusieurs agressions homophobes, le Bureau du tourisme d’Amsterdam recommandait aux visiteurs gais d’être prudents dans les rues de la ville. De ne pas, par exemple, se tenir la main en public, surtout dans certains quartiers… À Amsterdam ! Dans le premier pays au monde où le mariage gai a été autorisé ! Peut-on y croire ?

Par la suite, les Néerlandais, dégoûtés de leurs élites traditionnelles occupées à ne rien faire sinon prêcher, se sont mis à voter plus à droite et à se méfier de l’immigration. Ils sont devenus islamophobes, les accuse-t-on aujourd’hui, même s’ils ont accueilli à bras ouverts une des plus fortes proportions d’immigrants musulmans de toute l’Europe (environ 15 % de la population).

Que faire, maintenant, pour rafistoler l’âme de cette admirable nation, refuge historique des penseurs et artistes persécutés, créatrice d’un art de vivre fondé sur la tolérance et qui n’avait d’égal nulle part ailleurs ?

Il n’y a pas de solution simple (si vous en avez une en tête, s’il vous plaît, oubliez-la, elle n’a probablement pas de sens).

En fait, peut-être n’y a-t-il pas de solution du tout.

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