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André Pratte
Les Canadiens sont-ils pour ou contre la décision du gouvernement Harper d’abolir le caractère obligatoire du questionnaire long du recensement? Ça dépend… du sondage. Un sondage Ipsos-Reid publié mercredi dernier montrait que les Canadiens étaient très divisés sur le sujet, 49% estimant qu’il s’agissait d’une bonne décision et 51% trouvant plutôt que c’était une mauvaise décision. Un sondage Angus-Reid publié trois jours plus tard indiquait plutôt qu’une pluralité de Canadiens (47%) étaient contre cette nouvelle politique, tandis que seulement 38% l’approuvaient.
Au Québec, selon le premier sondage, 62% des personnes interrogées appuyaient le gouvernement. C’est ce qui a fait dire au député Maxime Bernier que le gouvernement conservateur avait la population de son côté, que les commentateurs étaient à côté de la coche. Cependant, l’enquête d’Angus-Reid fait chuter de 20 points la proportion de Québécois favorables à l’abolition du questionnaire long (de 62% à 42%).
Comment expliquer ces différences entre deux sondages réalisés à quelques jours d’intervalle? La méthodologie ne semble pas en cause: les deux maisons font leurs sondages par internet. Une différence toutefois: les résultats d’Ipsos Reid n’indiquent aucun répondant indécis ou incertain, alors qu’il y en a 14% dans l’enquête Angus-Reid. «Nous avons imposé aux répondants de pencher d’un côté ou de l’autre», m’a expliqué un représentant d’Ipsos.
L’explication la plus probable de ce changement brusque d’opinion au sein de la population, c’est qu’au moment du premier sondage, alors que la controverse commençait à prendre de l’ampleur, les gens étaient encore relativement peu informés et leur idée sur le sujet était encore malléable. À mesure que les médias ont accordé de l’importance à cette affaire, les Canadiens en ont appris sur l’utilité du caractère obligatoire du recensement. Ils ont eu l’occasion de prendre connaissance des arguments des deux côtés du débat. Ils ont vu que le patron de Statistique Canada avaient démissionné. Ils ont constaté que la quasi-totalité des commentateurs critiquaient la politique du gouvernement dans ce dossier. Bref, dans la mesure où les citoyens s’informent au beau milieu de l’été, ils en savaient plus à la fin de la semaine dernière qu’une semaine plus tôt. Et plus ils en savaient, moins ils étaient favorables à la décision.
Selon le sondage Angus-Reid, 52% des Canadiens souhaitent que le gouvernement recule, contre 27% pensant qu’Ottawa doit garder le cap. Ces pourcentages semblent indiquer que, contrairement à ce que martèlent les conservateurs, il n’y a pas seulement l’«élite» qui s’oppose aux changements annoncés au recensement. Est-ce que ce sera suffisant pour que le premier ministre sonne la retraite?
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