Le blogue de l'édito

Archive, juillet 2010

Samedi 31 juillet 2010 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (16)

Oka: la sagesse de la Ville

Photo François Roy, La Presse

Photo François Roy, La Presse

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Le conseil municipal d’Oka a fait preuve d’une grande sagesse, la semaine dernière, en bloquant tout développement sur un terrain de 1,2 hectare revendiqué par les Mohawks de Kanesatake. Le conseil a adopté à l’unanimité l’imposition d’une réserve foncière de deux ans sur le terrain en question, situé à proximité des terres qui avaient déclenché la crise d’Oka il y a 20 ans. Un promoteur immobilier avait acheté le terrain et voulait y construire des maisons, projet qui a soulevé la colère des Mohawks. L’insistance de l’entreprise Norfolk  à développer ces terrains menaçait de faire éclater une nouvelle crise.

Le patron de Norfolk, Robert Ducharme, jure avoir vérifié auprès de la Ville au moment où il a acheté ces terrains, en 2009; on lui aurait dit qu’il n’y avait pas de problème. Vrai ou faux? En tout cas, une fois que le promoteur a réalisé ce qui se passait, il aurait dû s’empresser de lever le drapeau blanc et de négocier avec les autorités responsables au lieu de menacer d’entreprendre les travaux.

Les conseillers municipaux de la Ville ont trouvé une arme juridique pour mettre un terme aux fanfaronnades du promoteur en question. Au cours des deux années pendant lesquelles le terrain sera réservé, Oka tentera d’acheter le terrain de gré à gré. Si c’est impossible, elle procédera à l’expropriation. «Je veux rassurer tout le monde: personne ici n’est intéressé à revivre les événements de 1990», a dit le maire Richard Lalonde. Bravo!

Le chef mohawk, Gordon Oke, a accueilli favorablement le geste de la ville: «Ça ne règle pas tout, mais au moins ça empêche le promoteur de faire du trouble à cet endroit.» Non, ça ne règle pas tout. D’abord, Norfolk a fait savoir vendredi qu’elle ignorerait la réserve foncière décidée par la Ville. Et puis, 20 ans après la crise d’Oka, on n’est pas beaucoup plus avancé sur le fond du dossier. Le fédéral a acheté des bouts de terre pour améliorer l’assise territoriale de Kanesatake, des ententes ont été négociées sur la gouverne de la communauté, sur la police, sur l’école… «Des pas de géant», dit le maire Lalonde. Mais le principal litige, soit la revendication des Mohawks sur l’ancienne Seigneurie des Deux-Montagnes (600 hectares), reste entier.

Il y a deux semaines, le gouvernement fédéral a nommé un haut fonctionnaire à la retraite, Fred Caron, qui jouit d’une vaste expérience dans ce genre de négociations, pour entreprendre des pourparlers avec les Mohawks de Kanesatake. Selon le communiqué émis par le ministre des Affaires indiennes,  Chuck Strawl, «cette nomination démontre l’engagement du gouvernement fédéral à poursuivre les discussions à la table des négociations afin de régler la revendication particulière de Kanesatake». Souhaitons que cet engagement soit sincère, de part et d’autre. Car la situation à Oka-Kanesatake, on le sait, est particulièrement complexe, du fait de l’urbanisation du milieu, de l’histoire mouvementée de la Seigneurie et des divisions déchirant la communauté mohawk de la région.

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Vendredi 30 juillet 2010 | Mise en ligne à 5h32 | Commenter Commentaires (32)

Passer le sel, ou s’en passer?

Sel renversé

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Ariane Krol

Les Canadiens consomment trop de sodium. Deux fois plus que nécessaire, et presque 50% plus que la quantité à ne pas dépasser si l’on veut éviter les risques pour la santé. C’est fâcheux, car la consommation excessive de sodium est une cause majeure d’hypertension, un problème qui augmente considérablement les risques de maladies cardiovasculaires, d’AVC et de maladies rénales. L’excès de sodium accroîtrait aussi les risques de développer un cancer de l’estomac et de faire de l’ostéoporose ou de l’asthme.

Malheureusement, il ne suffit pas de faire l’impasse sur la salière pour régler le problème. Plus des trois quarts de l’apport en sodium provient des aliments transformés en usine ou au restaurant. Beau casse-tête.

C’est pourquoi l’objectif du Groupe de travail sur le sodium sera si difficile à atteindre. Le comité, qui avait été créée par le ministre fédéral de la Santé il y a près de trois ans, vient d’accoucher d’un rapport ambitieux, qui vise à réduire la consommation moyenne du tiers en six ans. Autrement dit, que chacun se contente de ce qu’on appelle l’apport maximal tolérable (2300mg de sodium par jour) au lieu de 3400mg comme c’est le cas actuellement.

Le hic, c’est que le comité recommande une approche volontaire. Autrement dit: l’industrie et les restaurants ne seront pas obligés de changer leurs recettes, mais on aimerait bien qu’ils le fassent. Vont-ils jouer le jeu? Certains fabricants le font déjà parce qu’ils voient un avantage à annoncer que leur produit « contient maintenant moins de sodium». Mais tous ne font pas le même calcul,  loin de là.

Comme je l’explique en éditorial, Ottawa devra mettre de la pression. Mais ça dépendra aussi des consommateurs. Si les gens boudent ou dénoncent les produits inutilement salés, l’industrie va réagir. Mais sinon, je ne donne pas cher des beaux objectifs de Santé Canada.

Et vous, qu’en pensez-vous? Est-ce que cette stratégie est une bonne chose? Ou trouvez-vous, comme certains l’ont déjà indiqué dans ce blogue, que le gouvernement se mêle trop du contenu de notre assiette?

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Marc Bellemare, jeudi, au Palais de Justice de Québec (Photo Le Soleil)

Marc Bellemare, jeudi, au Palais de Justice de Québec (Photo Le Soleil)

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André Pratte

Depuis qu’il a lancé quelques grenades dans le champ politique québécois, l’ancien ministre de la Justice, Marc Bellemare, refuse de témoigner devant toute autre instance que les médias de son choix, au moment de son choix. Le Directeur général des élections? Un «mercenaire servile» du gouvernement Charest. La Commission Bastarache? Une «clique» proche des libéraux. En somme, une fois ses grenades lancées, M. Bellemare est allé se réfugier dans son abri, refusant d’engager le combat en terrain neutre avec ceux qu’il a attaqués.

Jeudi matin, le juge Yves Alain, de la Cour supérieure, a rappelé Me Bellemare à l’ordre. Il a qualifié d’«abusif» le recours aux tribunaux avant même que l’ancien ministre ne sache quelles questions le DGE veut lui poser. D’autant plus que le DGE a annoncé qu’il souhaitait interroger Marc Bellemare sur les déclarations publiques que ce dernier a faites concernant le financement du Parti libéral. Par nature, a dit en substance le juge Alain, les déclarations publiques ne sont pas couvertes par les règles de confidentialité imposées aux membres du Conseil des ministres. Aux yeux du magistrat, il est clair que la manoeuvre de l’avocat de Marc Bellemare ne visait qu’à gagner du temps.

Après avoir essuyé ce soufflet, M. Bellemare a accepté, en théorie, de rencontrer l’enquêteur du DGE le 20 août prochain. D’ici là, son avocat va faire appel du jugement. Il pourrait alors demander de surseoir au sub poena conviant son client à répondre aux questions du DGE, jusqu’à ce que la Cour d’appel ait rendu jugement sur le fond de l’affaire.

D’ailleurs hier après-midi, l’ancien ministre ne s’est pas montré plus enclin à répondre aux questions de l’enquêteur du Directeur général des élections.  «On trouve ça inacceptable d’avoir à aller devant le DGE avant que la question du serment et de la politique de confidentialité ne soient tranchés, a-t-il dit. On va demander que le jugement du juge Alain soit cassé, d’un bout à l’autre.»

Ce jugement du juge Alain n’est donc que la première étape de ce qui promet d’être un véritable saga judiciaire et politique. Ça va prendre beaucoup de temps, coûter beaucoup d’argent, et il se peut qu’au terme du processus, on n’en sache pas plus sur la véracité ou la fausseté des allégations de Marc Bellemare. C’est le grand avantage de la tactique choisie par l’ancien politicien: salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose.

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