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André Pratte
Le conseil municipal d’Oka a fait preuve d’une grande sagesse, la semaine dernière, en bloquant tout développement sur un terrain de 1,2 hectare revendiqué par les Mohawks de Kanesatake. Le conseil a adopté à l’unanimité l’imposition d’une réserve foncière de deux ans sur le terrain en question, situé à proximité des terres qui avaient déclenché la crise d’Oka il y a 20 ans. Un promoteur immobilier avait acheté le terrain et voulait y construire des maisons, projet qui a soulevé la colère des Mohawks. L’insistance de l’entreprise Norfolk à développer ces terrains menaçait de faire éclater une nouvelle crise.
Le patron de Norfolk, Robert Ducharme, jure avoir vérifié auprès de la Ville au moment où il a acheté ces terrains, en 2009; on lui aurait dit qu’il n’y avait pas de problème. Vrai ou faux? En tout cas, une fois que le promoteur a réalisé ce qui se passait, il aurait dû s’empresser de lever le drapeau blanc et de négocier avec les autorités responsables au lieu de menacer d’entreprendre les travaux.
Les conseillers municipaux de la Ville ont trouvé une arme juridique pour mettre un terme aux fanfaronnades du promoteur en question. Au cours des deux années pendant lesquelles le terrain sera réservé, Oka tentera d’acheter le terrain de gré à gré. Si c’est impossible, elle procédera à l’expropriation. «Je veux rassurer tout le monde: personne ici n’est intéressé à revivre les événements de 1990», a dit le maire Richard Lalonde. Bravo!
Le chef mohawk, Gordon Oke, a accueilli favorablement le geste de la ville: «Ça ne règle pas tout, mais au moins ça empêche le promoteur de faire du trouble à cet endroit.» Non, ça ne règle pas tout. D’abord, Norfolk a fait savoir vendredi qu’elle ignorerait la réserve foncière décidée par la Ville. Et puis, 20 ans après la crise d’Oka, on n’est pas beaucoup plus avancé sur le fond du dossier. Le fédéral a acheté des bouts de terre pour améliorer l’assise territoriale de Kanesatake, des ententes ont été négociées sur la gouverne de la communauté, sur la police, sur l’école… «Des pas de géant», dit le maire Lalonde. Mais le principal litige, soit la revendication des Mohawks sur l’ancienne Seigneurie des Deux-Montagnes (600 hectares), reste entier.
Il y a deux semaines, le gouvernement fédéral a nommé un haut fonctionnaire à la retraite, Fred Caron, qui jouit d’une vaste expérience dans ce genre de négociations, pour entreprendre des pourparlers avec les Mohawks de Kanesatake. Selon le communiqué émis par le ministre des Affaires indiennes, Chuck Strawl, «cette nomination démontre l’engagement du gouvernement fédéral à poursuivre les discussions à la table des négociations afin de régler la revendication particulière de Kanesatake». Souhaitons que cet engagement soit sincère, de part et d’autre. Car la situation à Oka-Kanesatake, on le sait, est particulièrement complexe, du fait de l’urbanisation du milieu, de l’histoire mouvementée de la Seigneurie et des divisions déchirant la communauté mohawk de la région.
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