Le blogue de l'édito

Archive, juin 2010

Dimanche 27 juin 2010 | Mise en ligne à 16h23 | Commenter Commentaires (92)

Anti-capitaliste? Non. Stupide.

Photo AFP

Photo AFP

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Comme c’était prévisible, le comportement de quelques centaines d’anarchistes radicaux a accaparé une bonne partie de l’attention des médias couvrant le sommet du G20 à Toronto. C’est dommage à la fois pour la population, qui méritait qu’on discute davantage des enjeux cruciaux abordés par leurs dirigeants, et pour les manifestants pacifiques, qui méritaient qu’on parle de leurs inquiétudes.

Les anarchistes, notamment la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC), prétendent que leurs gestes, notamment la «destruction de propriété» (des vitrines de commerces tels Burger King, Starbucks, Tim Hortons ont été fracassées) constituent des attaques contre le capitalisme. Dans un communiqué, la CLAC explique que «la plupart des cibles sont pour plusieurs les symboles de l’arriération éthique d’une société dans laquelle la richesse est systématiquement arrachée aux pauvres et aux victimes de discrimination qui la produisent, et reste concentrée dans les mains de quelques entreprises, banques et élites mondiales».

Le message politique semble cohérent – et rappelle la propagande marxiste-léniniste – mais la tactique est carrément stupide. En quoi de tels gestes de vandalisme ébranlent-ils le système capitaliste? La stratégie est celle des terroristes: forcer l’État à réprimer durement les manifestations, ce qui suscitera la colère populaire et fera croître le mouvement révolutionnaire. Sauf que ça ne marche pas du tout (malgré les dérapages fréquents des forces policières).  Au lieu de sympathiser avec les manifestants, la population ne retient qu’une chose: ce sont des voyous.

De plus, les tactiques anarchistes forcent les pays hôtes de ces sommets à dépenser des centaines de millions pour la sécurité. Et qui paie ces sommes? Les contribuables, pour le bénéfice desquels les anarchistes prétendent oeuvrer.

Cela dit, le coût des sommets de Hunstville et Toronto et la répétition de ces incidents disgracieux année après année devraient achever de convaincre les leaders des G8 et G20 qu’ils doivent s’y prendre autrement. Trouver un lieu de rencontre permanent, éloigné de la ville, facile à sécuriser. D’autant plus que les villes hôtes ne peuvent tirer de bénéfices de ces sommets. Qui peut penser que Toronto jouira de retombées positives des images de manifestants faisant éclater des vitrines ou incendiant des voitures de police?

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Vendredi 25 juin 2010 | Mise en ligne à 16h33 | Commenter Commentaires (27)

Que vont faire les infirmières?

Régine Laurent, président de la FIQ <br>(Photo Martin Chamberland, La Presse)

Régine Laurent, président de la FIQ (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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André Pratte

Le gouvernement Charest et le front commun des syndicats du secteur public ont conclu cette semaine une entente sur les questions monétaires (salaires, fonds de pension). S’ajoutant aux ententes déjà conclues sur les aspects non monétaires, cet accord signifie que les contrats de travail de 90% des travailleurs de l’État seront renouvelés pour cinq ans. Un seul syndicat ne s’est pas entendu avec le gouvernement sur les conditions de travail de ses membres, la Fédération interprofessionnelle de la santé, la FIQ, qui regroupe la grande majorité des infirmières de la province.

La FIQ se retrouve isolée. Membres d’autres syndicats, quelques milliers d’infirmières ont pourtant accepté les dernières propositions du gouvernement: primes augmentées pour les quarts de travail difficiles et les services de soins critiques, mise sur pied de comités chargés de trouver des solutions à la pénurie de personnel. Qu’est-ce qui cloche côté FIQ?

La présidente du syndicat, Régine Laurent, ne croit pas que les comités de travail donneront des résultats. Des comités pour étudier la pénurie d’infirmières, elle en a vu d’autres; or, le problème reste entier. La FIQ voudrait donc que des solutions soient adoptées tout de suite, dans le cadre de la présente négociation. Elle propose un réaménagement radical de l’horaire de travail de ses membres, dont la semaine de travail passerait à 4 jours, avec plus d’heures travaillées chaque jour. Du côté du gouvernement, on estime qu’un tel changement coûterait très cher et ne règlerait pas la pénurie. Même d’autres syndicats trouvent la proposition de la FIQ irréaliste.

Cela dit, je comprends le scepticisme de la Fédération à l’égard des comités de travail. J’ai dans mes cartons un rapport remis en 2001 à la ministre de la Santé de l’époque, Pauline Marois. Préparé par le Forum sur la planification de la main-d’oeuvre infirmière, ce «plan d’action» prévoyait toute une série de mesures visant à contrer la pénurie de personnel infirmier. «À moins que l’on mette en place un plan d’action énergique, la situation de la main-d’oeuvre infirmière, déjà difficile, le deviendra encore plus, compromettant la capacité des établissements de maintenir l’accessibilité aux soins et la qualité des services.» Depuis, il y a eu d’autres comités, d’autres consultations… et presque rien n’a changé.

En même temps, je m’inquiète du ton militant adopté parfois par Mme Laurent, qui semble mener en parallèle une lutte idéologique contre une supposée privatisation des soins de santé. Les infirmières ont déjà adopté des stratégies radicales – dont une grève illégale en 1999 – qui n’ont en rien contribué à l’amélioration de la situation dans les établissements de santé.

Pour l’instant, la FIQ ne parle pas de grève. Tant mieux. Elle compte plutôt démontrer au gouvernement, à l’aide d’exemples concrets, comment le réaménagement des horaires de travail qu’elle propose peut contribuer à résorber la pénurie. C’est une voie raisonnable.

Les négociations ne reprendront vraisemblablement qu’à l’automne. Espérons que le bon sens prévaudra et que les parties auront avant tout à l’esprit le bien-être des malades.

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Jeudi 24 juin 2010 | Mise en ligne à 14h47 | Commenter Commentaires (63)

Auto électrique: des pessimistes

Le Leaf de Nissan (photo AFP)

Le Leaf de Nissan (photo AFP)

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André Pratte

Alors que l’avenir semble appartenir aux automobiles électriques, un magazine spécialisé dans le génie et la technologie, Engineering & Technology, vient jeter une douche froide sur ces espoirs. Selon les recherches réalisées par le magazine, le jour est encore loin où les voitures électriques pourront rivaliser avec les voitures à essence ou au diesel en ce qui a trait au prix et à l’autonomie.

La voiture sport électrique Tesla jouit d’une autonomie de 400 kilomètres, beaucoup plus que les modèles tout-électriques attendus prochainement sur le marché, notamment la Leaf de Nissan (160 kilomètres). Le problème, c’est que la pile de la Tesla pèse 450 kilos, 10 fois plus qu’un réservoir d’essence permettant parcourir la même distance. Une Ford Focus peut parcourir 600 km avec un plein d’essence; une voiture électrique aurait besoin d’une pile pesant 1,5 tonne pour avoir la même autonomie. Selon E&T, la percée technologique permettant l’emploi de piles moins lourdes n’est pas en vue.

Les piles coûtent aussi très cher. Une pile permettant une autonomie de 100 kilomètres se vend le même prix qu’une Ford Fiesta. Le prix diminuera avec le volume de production… à condition que ce volume augmente, c’est-à-dire seulement si les automobilistes achètent des véhicules tout-électriques en grand nombre. L’incertitude est là. Même si la plupart des consommateurs conduisent de courtes distances chaque jour, accepteront-ils d’acheter une voiture qui ne leur permettrait pas de faire Montréal-Québec sans avoir besoin d’une recharge… en supposant qu’une station de charge existe.

Peut-être les ingénieurs interrogés par le magazine se trompent-ils. Sinon, on peut penser que les voitures hybrides prendront le dessus. Nous demeurerons dépendants du pétrole mais les émissions de gaz à effet de serre causées par le transport seront beaucoup moins importantes.

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