Le blogue de l'édito

Archive, avril 2010

Vendredi 30 avril 2010 | Mise en ligne à 5h12 | Commenter Commentaires (13)

Qu’est-ce qu’un «Produit du Canada»?

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Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publiera désormais que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Ariane Krol

Ça n’est pas si simple que ça en a l’air. Pendant des années, les agriculteurs, les fabricants et les associations de consommateurs ont dénoncé la réglementation fédérale. En effet, il suffisait que 51% du coût total d’un alimentait ait été encouru ici pour qu’il puisse s’afficher «Produit du Canada». Un fabricant pouvait ainsi importer des olives en vrac, les mettre en pot et y inscrire l’appellation convoitée, car les coûts de production dépassaient ceux de la matière première.

L’an dernier, après de nombreuses consultations, Ottawa a changé les règles du jeu. Désormais, pour qu’un aliment soit considéré comme un «Produit du Canada», 98% de ses ingrédients doivent provenir d’ici. Il suffit d’un peu de sucre, de café, de chocolat ou d’huile d’olive pour le disqualifier. Du pur délire! Les produits de Biscuits Leclerc, fabriqués dans la région de Québec depuis plus de 100 ans, sont désormais exclus. Tout comme la confiture de bleuets du Lac Saint-Jean, et un tas d’autres produits du terroir.

Devant la grogne, Ottawa a décidé d’ouvrir une autre consultation. «L’objectif est d’établir le bien-fondé d’une liste d’ingrédients exclus du calcul du 98%, et lesquels», m’a expliqué le  ministre d’État à l’Agriculture, Jean-Pierre Blackburn.

De fait, producteur de confitures de petits fruits québécois aura beau chercher, il ne trouvera pas de sucre de canne cultivée au Canada. L’utilisation de sucre importé ne rend donc pas son produit moins local. Les cornichons importés d’Inde, par contre, font directement concurrence aux cucurbitacées canadiennes. Si le fabricant souhaite s’afficher «Produit du Canada», il devrait être obligé d’acheter cet ingrédient ici.

Si le sujet vous intéresse, allez répondre au court sondage de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Et, surtout, dites-nous ce que vous en pensez.

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Jeudi 29 avril 2010 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (61)

Un litre d’eau pour aussi peu que 0,00007 $

Les embouteilleurs payeront 70 $ pour chaque million de litres puisé.

Les embouteilleurs payeront 70 $ pour chaque million de litres puisé.

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François Cardinal

Après des années et des années de promesses, Québec va finalement de l’avant avec sa redevance sur l’eau.

Dès janvier prochain, si le projet de loi est adopté, une facture sera imposée aux grands utilisateurs :

- ceux qui pompent l’eau et la revendent, sous une forme ou une autre, payeront 70 $ pour chaque million de litres utilisé;

- ceux qui pompent l’eau, l’utilisent à différentes fins, et la retournent ensuite dans l’écosystème s’en tireront avec une note d’à peine 2,50 $ le million de litres prélevé.

C’est un pas en avant, tout de même. À l’heure actuelle, l’eau est donnée, gratis, sans même que les entreprises ne soient obligées d’envoyer aux Québécois une carte de remerciement.

Mais c’est un tout petit, tout petit, tout petit pas, convenons-en.

Dans le cas d’un embouteilleur d’eau, par exemple, cela représentera une facture de sept millièmes de cent par litre. Il peut donc mettre la main sur un litre de ce «bien collectif» pour aussi peu que 0,00007 $ et le revendre pour 2 $.

Cette fois, il y a peu de chance que les consommateurs se rebiffent, même si on leur refile la totalité de la facture…

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Mercredi 28 avril 2010 | Mise en ligne à 13h26 | Commenter Commentaires (58)

Racisme ou mauvaise gestion ?

Philippin_mPhoto: Dans l’ordre habituel: Fo Niemi, directeur exécutif du Centre de recherche-action sur les relations raciales, Maria Gallardo, d’origine philippine, et son fils Luc. (Alain Roberge, La Presse)

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publiera désormais que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Ariane Krol

L’affaire avait défrayé la manchette au printemps 2006. Un élève de sept ans d’origine philippine se fait réprimander à cause de ses manières à table. La mère va à l’école pour expliquer à la surveillante qu’il est normal, dans la culture philippine, de manger à la fois avec une fourchette et une cuiller. L’échange se passe mal, une discussion subséquente avec le directeur de l’école aussi. La mère raconte son histoire aux médias, provoquant une réaction indignée de l’ambassadeur des Philippines à Ottawa et incitant même des protestataires à défiler devant l’ambassade du Canada à Manille.

Quatre ans plus tard, le Tribunal des droits de la personne vient de condamner la commission scolaire et deux employés de l’école à verser 17 000 $ de dommages à la mère. Je suis tombée des nues. Comment un incident aussi banal a-t-il pu dégénérer à ce point?

La réponse se lit en filigrane dans le jugement du Tribunal: les parties ont été incapables de s’entendre parce qu’elles ne parlaient pas de la même chose. On devine la mère outrée et blessée par ce que vit son fils, et l’école agacée par ce parent envahissant. L’une voit du racisme, l’autre une «fatigante».

Comme c’est souvent le cas dans ces chicanes, les parties se contredisent et aucune n’est en mesure de prouver que les paroles reprochées à l’autre ont bel et bien été prononcées. Ce n’est pas pour rien que la Commission des droits de la personne n’a retenu qu’un seul motif de discrimination, admettant que la preuve ne permettait pas de conclure sur le reste.

À ce stade, les deux parties auraient pu accepter l’offre de la Commission et retourner en médiation. La mère, appuyée  par le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), a préféré aller devant le Tribunal des droits de la personne.

Certains diront qu’elle a bien fait, puisque le tribunal lui a donné raison. Moi, je persiste à croire que cette histoire n’aurait jamais dû se rendre aussi loin. Qu’on aurait dû forcer les parties à régler ça sur le terrain, entre adultes.


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