
Photo Le Soleil
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Nathalie Collard
Ce matin, c’était au tour du représentant syndical Bernard Gauthier de s’expliquer à la suite de la diffusion du reportage de l’émission Enquête (Radio-Canada).
Le coloré personnage a attendu deux semaines avant de répondre aux questions des journalistes. «Moi quand il y a une tempête, j’attends que la neige soit tombée avant de passer la souffleuse», a-t-il expliqué.
Première observation: les membres de la FTQ-Construction de la Côte-Nord pourraient donner des leçons de relations publiques aux dirigeants de Montréal. Structuré, clair, authentique… M. Gauthier a mené la rencontre de presse d’une main de maître, ponctuant ses propos de mots comme «pères de famille», «solidarité régionale», «fierté», etc. Du grand art…
La franchise désarmante de M. Gauthier lui a sûrement attiré quelques sympathies. Questionné à propos de son caractère bouillant, le colosse a répondu, sourire en coin: «Si ça projette cette image là, je vais travailler là-dessus, je vous le promets.»
Sur le fond, toutefois, c’était moins convaincant. M. Gauthier nie toutes les allégations contenues dans le reportage d’Enquête qu’il qualifie d’une oeuvre digne des Oscars. «Moi aussi, j’ai eu peur de moi-même quand je me suis vu à la télé…»
Le représentant syndical de la FTQ-Construction a pris le temps de refaire l’histoire des chantiers de la Côte-Nord, a parlé de l’exploitation des travailleurs et s’est présenté comme un défenseur de la veuve et de l’orphelin. On est loin du représentant syndical qui menace les travailleurs qui sortent du rang ou encore, les entrepreneurs qui n’obéissent pas à la «loi» de la FTQ-Construction. Les plaintes contre lui? «J’en ai à toutes les deux semaines depuis six ans…»
En filigrane, on comprend bien qu’il y a présentement un bras de fer entre la CSN et la FTQ-Construction sur la Côte-Nord. On comprend aussi que les représentants syndicaux de la région ont leur manière bien à eux de gérer les chantiers et qu’ils n’ont surtout pas envie que les gens de «la ville», qu’il s’agisse des médias ou d’une commission d’enquête, viennent mettre le nez dans leurs affaires.
Malheureusement pour M. Gauthier, son point de presse soulève trop de questions pour que les choses en restent là. On aimerait en savoir davantage sur le placement des travailleurs, sur les relations tendues entre les syndicats, sur la loi du silence qui semble régner malgré tout. À l’exception d’une commission d’enquête publique, je ne vois pas d’autre façon d’aller au fond des choses tout en protégeant ceux et celles qui voudraient témoigner.
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