
Pauline Marois devant ses militants, à Lévis. (Photo Presse canadienne)
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André Pratte
Samedi matin, à l’occasion d’un colloque du Parti québécois à Lévis, Pauline Marois a soulevé des doutes sur l’intégrité personnelle du premier ministre, Jean Charest. Évoquant le fait que M. Charest reçoit, en sus de sa rémunération comme premier ministre, un salaire de 75 000$ par année du Parti libéral, Mme Marois a déclaré:
«La question que tout le Québec se pose est celle-ci : M. Charest, pour qui travaillez-vous? Travaillez-vous pour les Québécois qui payent votre salaire de premier ministre ou pour les amis du Parti libéral qui payent votre autre salaire? Serait-ce possible que Jean Charest hésite à mordre la main qui le nourrit? Ça expliquerait pourquoi le premier ministre refuse de déclencher une enquête publique.»
Dimanche, elle a renchéri, laissant entendre que ce salaire «payait» pour quelque chose, et que comme le PLQ recueille trois fois plus d’argent que le PQ, il y avait forcément anguille sous roche.
On peut estimer qu’une enquête publique sur l’industrie de la construction s’impose; c’est mon cas, comme celui d’une grande majorité de Québécois. On peut croire que si le gouvernement libéral refuse de lancer une telle enquête, c’est parce qu’il craint d’en faire les frais. C’est autre chose de prétendre, comme l’a fait la chef de l’Opposition officielle, que M. Charest est motivé par ses propres intérêts financiers, qu’il est acheté par des entrepreneurs. Ça revient à dire que le premier ministre est corrompu. L’accusation est très grave et aucun fait ne permet de l’étayer.
Il n’y a rien de louche à ce qu’un parti décide de verser un salaire supplémentaire à son chef. C’est l’inévitable résultat du fait que nos dirigeants politiques sont peu payés par rapport à l’ampleur de la tâche qu’ils abattent et à ce qu’ils recevraient pour un travail équivalent dans le secteur privé. M. Charest n’aurait sans doute pas accepté une telle rémunération additionnelle s’il avait eu la chance d’avoir une conjointe millionnaire.
Des attaques aussi disproportionnées aident peut-être, à court terme, la cause du Parti québécois. Mais à plus long terme, elles ne font qu’encourager le cynisme déjà considérable de la population à l’endroit de la classe politique. En tout cas, l’agressivité de Mme Marois confirme que, contrairement à ce que plusieurs prétendent, les femmes ne font pas la politique de manière moins belliqueuse que les hommes.
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