Le blogue de l'édito

Archive du 11 mars 2010

Jeudi 11 mars 2010 | Mise en ligne à 12h26 | Commenter Commentaires (4)

Sensibiliser, et après?

kristof Photoç

Ariane Krol

Le Festival des films sur les droits de la personne de Montréal présente un documentaire fascinant sur Nicholas Kristof, un chroniqueur du New York Times qui s’approche très, très près de ses sujets. Nick Kristof écrit des textes d’opinion. Mais c’est sa façon de travailler, bien plus que ses points de vue, qui étonne.

Kristof, qui a remporté deux prix Pulitzer et signé plusieurs livres avec sa femme, croit que le journalisme doit contribuer à rendre le monde meilleur. Il veut que le lecteur se sente interpelé par ce qu’il raconte. Ça vaut autant pour une ex-enseignante congolaise mourant de faim dans sa hutte que pour un enfant-soldat expliquant que le viol est acceptable en temps de guerre. Kristof est un reporter engagé, à mille lieues de ce qu’on enseigne dans écoles de journalisme nord-américaines : il prend parti pour ses sujets.

Pourtant, une fois qu’on a dit ça, on n’a rien dit du tout. Parce le type qu’on suit à l’écran n’a rien d’un militant dogmatique ou d’un doux rêveur. C’est un reporter hyper rigoureux qui doute systématiquement de ses interviewés – en particulier s’il est question de massacres et de populations déplacées.

L’intérêt du film dépasse largement la pratique journalistique. Il nous renvoie à notre indifférence d’Occidentaux surexposés à la misère-humaine-venue-de-loin, en tentant d’expliquer cette attitude sous l’angle scientifique. Effet garanti.

Reporter est présenté ce vendredi, et lundi prochain. En attendant, ou à défaut, vous pouvez voir la bande-annonce (en anglais) et en apprendre plus sur le film. Les chroniques et le blogue de Nick Kristof  sont sur le site du NYT. On y trouve aussi une petite leçon de journalisme en zone difficile. Et un aperçu de son prochain bouquin, Turning Oppression Into Opportunity for Women Worldwide.

Qu’il y existe des solutions concrète aux guerres, aux famines, à l’exploitation économique et sexuelle qu’on voit chaque jour dans le monde, je n’en doute pas un instant. Mais que vous et moi regardions cette misère avec impuissance devant notre écran – que nous soyons sensibilisés, comme on dit – est-ce que ça sert vraiment à quelque chose? Contrairement à Nick Kristof, je n’arrive pas à y croire. Et vous?

Photo : Jackie, une enfant de sept ans qui a été violée au Libéria, saute à la corde dans un foyer pour fillettes de Monrovia. (Image prise par Nicholas Kristof, tirée du site du New York Times)

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Jeudi 11 mars 2010 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (14)

Doit-on en finir avec les cocktails de financement?

normandeau_s

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Nathalie Collard

Les échanges étaient musclés, lundi, à l’Assemblée nationale. La vice-première ministre, Nathalie Normandeau, était furieuse à la suite des accusations du député Bertrand St-Arnaud. Le député de Chambly est revenu à la charge à propos d’un cocktail de financement qui a eu lieu en octobre 2008, et au cours duquel Mme Normandeau avait amassé 43 000 $ pour le Parti libéral.

C’est Christian Côté, dirigeant d’une filiale de la firme de génie-conseil Dessau (impliquée dans le scandale des compteurs d’eau à Montréal)  qui avait organisé l’événement. Mme Normandeau assure qu’il l’a fait à titre personnel et que Dessau n’avait rien à voir dans la planification du cocktail.

Le financement des partis politiques est au coeur des débats ces jours-ci. Depuis le 16 février ont lieu les audiences publiques entourant le projet de loi 78 sur les régles de financement des partis politiques.

Vision Montréal présentait son mémoire hier après-midi. Mardi ,c’était Québec Solidaire ainsi que le Directeur général des élections du Québec, Marcel Blanchet.

Ce dernier estime que le problème des prête-noms constitue la principale faille de la loi électorale. En effet, comme la loi interdit aux entreprises de contribuer à la caisse des partis politiques, elles demandent à leurs employés de signer des chèques qui leur seront remboursés par la suite.

M. Blanchet déplore cette situation, mais affirme qu’il existe sans doute d’autres moyens que d’envoyer des enquêteurs pour éplucher la comptabilité d’une entreprise.

Lesquels? Bien sûr, on ne peut pas ériger un mur parfaitement étanche entre les entreprises et les partis politiques mais il existe sans aucun doute des façons de resserrer les règles d’éthique. Le financement populaire est une avenue. Le respect du registre des lobbyistes aussi (on sait que ce ne sont pas toutes les entreprises qui s’y inscrivent…). On peut également songer à abaisser le plafond des dépenses électorales permises.

Faut-il le rappeler, la tenue d’une enquête publique aurait permis d’exposer toutes les pratiques douteuses actuellement en cours qui, sans être illégales, sont parfois à la limite de l’éthique. Malheureusement, les voix qui réclament une telle enquête sont de moins en moins nombreuses.

Les consultations sur le projet de loi 78  se terminent le 17 mars.

(Photo Le Soleil)

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