
Ariane Krol
Le Festival des films sur les droits de la personne de Montréal présente un documentaire fascinant sur Nicholas Kristof, un chroniqueur du New York Times qui s’approche très, très près de ses sujets. Nick Kristof écrit des textes d’opinion. Mais c’est sa façon de travailler, bien plus que ses points de vue, qui étonne.
Kristof, qui a remporté deux prix Pulitzer et signé plusieurs livres avec sa femme, croit que le journalisme doit contribuer à rendre le monde meilleur. Il veut que le lecteur se sente interpelé par ce qu’il raconte. Ça vaut autant pour une ex-enseignante congolaise mourant de faim dans sa hutte que pour un enfant-soldat expliquant que le viol est acceptable en temps de guerre. Kristof est un reporter engagé, à mille lieues de ce qu’on enseigne dans écoles de journalisme nord-américaines : il prend parti pour ses sujets.
Pourtant, une fois qu’on a dit ça, on n’a rien dit du tout. Parce le type qu’on suit à l’écran n’a rien d’un militant dogmatique ou d’un doux rêveur. C’est un reporter hyper rigoureux qui doute systématiquement de ses interviewés – en particulier s’il est question de massacres et de populations déplacées.
L’intérêt du film dépasse largement la pratique journalistique. Il nous renvoie à notre indifférence d’Occidentaux surexposés à la misère-humaine-venue-de-loin, en tentant d’expliquer cette attitude sous l’angle scientifique. Effet garanti.
Reporter est présenté ce vendredi, et lundi prochain. En attendant, ou à défaut, vous pouvez voir la bande-annonce (en anglais) et en apprendre plus sur le film. Les chroniques et le blogue de Nick Kristof sont sur le site du NYT. On y trouve aussi une petite leçon de journalisme en zone difficile. Et un aperçu de son prochain bouquin, Turning Oppression Into Opportunity for Women Worldwide.
Qu’il y existe des solutions concrète aux guerres, aux famines, à l’exploitation économique et sexuelle qu’on voit chaque jour dans le monde, je n’en doute pas un instant. Mais que vous et moi regardions cette misère avec impuissance devant notre écran – que nous soyons sensibilisés, comme on dit – est-ce que ça sert vraiment à quelque chose? Contrairement à Nick Kristof, je n’arrive pas à y croire. Et vous?
Photo : Jackie, une enfant de sept ans qui a été violée au Libéria, saute à la corde dans un foyer pour fillettes de Monrovia. (Image prise par Nicholas Kristof, tirée du site du New York Times)
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