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André Pratte
Depuis la présentation du budget Flaherty la semaine dernière, le Bloc québécois dénonce les sommes consacrées à l’énergie nucléaire. «Le gouvernement conservateur a décidé d’investir une partie de l’argent des Québécois pour développer la filière nucléaire. On veut créer un compétiteur à Hydro-Québec pour ce qui est de l’électricité», disent le chef et les députés bloquistes.
Voilà une bien étrange critique. Un: cet argent n’est pas l’«argent des Québécois», mais celui de tous les Canadiens. Et comme les Québécois reçoivent au total plusieurs milliards de plus que ce qu’ils envoient au gouvernement fédéral, ce sont davantage les autres Canadiens qui paient pour ce qui se fait ici (les garderies à 7$, l’assurance parentale, etc.) que le contraire.
Le Bloc s’oppose au développement de l’industrie nucléaire canadienne. Pourtant, si l’énergie nucléaire a ses désavantages, elle a aussi de grands avantages, en particulier dans la lutte aux changements climatiques. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a reconnu que le nucléaire pouvait faire partie des solutions au problème.
Dans les provinces canadiennes qui produisent leur énergie électrique avec des centrales au charbon et qui n’ont pas la chance de disposer comme nous d’imposantes ressources hydrauliques, le nucléaire pourrait certainement être une solution de rechange intéressante. Alors, pourquoi s’y opposer? Surtout que les bloquistes ne cessent de déplorer le mauvais bilan du reste du Canada en ce qui a trait aux émissions de gaz à effet de serre.
De l’avis de nombreux experts et gouvernements, la lutte aux changements climatiques est sur le point de provoquer la renaissance de l’énergie nucléaire. Accueillant lundi les représentants de 65 pays à une conférence internationale sur le nucléaire civil, le président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré: «Tout doit donc être mis en oeuvre pour sauver la maison, pour sauver la planète, pour respecter nos objectifs en termes de lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons besoin de l’énergie nucléaire. Il n’y a pas une seule personne sérieuse qui peut penser qu’on peut respecter nos objectifs avec les seules énergies renouvelables.»
Pour ce qui est de faire de l’énergie nucléaire canadienne un concurrent d’Hydro-Québec dans la vente d’énergie aux États-Unis, l’argument est peu crédible. Un: l’énergie nucléaire canadienne est à des années lumière de pouvoir exporter aux États-Unis. Deux: si elle l’était un jour, Hydro-Québec n’en souffrirait pas, la demande d’énergie propre au Sud étant bien plus importante que ce que notre société d’État peut fournir. Trois: plus le Canada peut aider les États-Unis à recourir à une énergie propre, mieux c’est pour la lutte aux changements climatiques.
(Photo AFP)
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