
NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.
Ariane Krol
Après la cigarette, l’obésité et la grippe AH1N1, l’Organisation mondiale de la santé s’est trouvée une nouvelle cible : les effets nocifs de l’alcool. Mon collègue Mathieu Perrault publie un dossier très fouillé dans La Presse aujourd’hui. J’ai aussi un édito sur le sujet.
L’OMS a beau parler de stratégie mondiale, les interventions devront être adaptées aux réalités locales. Dans certains endroits, c’est la trop grande accessibilité de l’alcool qui pose problème. Ailleurs, il est tellement cher qu’il encourage la fabrication d’ersatz extrêmement dangereux.
Ici? J’ai l’impression qu’on vit dans dans le déni. À force de répéter qu’ils ne savent pas boire (les Ontariens et le reste des Canadiens, les Américains, bref tous les anglos du continent), on s’est convaincu que ce sont eux, et eux seuls, qui ont des problèmes. Lisez les témoignages recueillis par Mathieu: ils sont dangereusement familiers. Le Québec a beau boire plus de vin et moins d’alcool fort que n’importe quelle autre province, cette préférence culturelle ne nous protège en rien contre les effets indésirables de l’alcool.
Plusieurs chiffres montrent d’ailleurs le contraire. Presque 17% des Canadiens font une consommation abusive d”alcool*. Les Québécois? Dans la moyenne nationale. Les seuls endroits où le problème est significativement moins répandu, c’est en Ontario et en Colombie-Britannique (15,5%). Visiblement, l’amour du vin ne rend pas plus raisonnable. À moins qu’il faille le produire soi-même? Sur ce terrain, il faut reconnaître que ces deux provinces-là nous battent à plate couture, aussi bien pour la quantité que pour la qualité.
Autre phrase dont on aime se gargariser : «On boit moins, mais on boit mieux». Quand on compare des comparables, et qu’on convertit la consommation annuelle moyenne de vin, bière et spiritueux par habitant en litres d’alcool pur, ça ne tient pas la route**. Le Québécois moyen boit 8,1 litres par an, presque la moyenne nationale (8,2 l). L’Ontarien? Seulement 7,7 litres. Sa consommation a d’ailleurs diminué de 23% depuis 20 ans. La nôtre, pendant ce temps, n’a reculé que de 5%. Évidemment, on partait de moins loin, mais quand même. Un peu de modestie ne nous ferait pas de tort.
Des batailles de gars saoûls, des jeunes qui font des concours de “calage” (qui en meurent, même), des chauffards ivres, des gens qui deviennent imbuvables quand ils ont un verre dans le nez, on a ça ici aussi. Et d’une certaine façon, c’est peut-être pire. Parce que dans notre culture où l’alcool est si bien vu socialement, où l’on se fait croire que l’abus nous est étranger, ce doit être vraiment difficile pour ceux qui sentent qu’ils devraient boire moins, ou plus du tout, de rompre avec le consensus ambiant.
Qu’en dites-vous?
*Cinq consommations ou plus en une même occasion, au moins 12 fois par an. On peut ergoter sur le nombre de consommations par événement, surtout quand une soirée commence à l’apéro et se poursuit jusqu’aux petites heures du matin, mais on voit le principe.
** Les derniers chiffres de Statistique Canada (2008) ne sont pas disponibles en lignes, mais on en trouve des plus anciens ici et là (p.15)
Photo: Martin Chamberland, La Presse
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