
Photo Érick Labbé, Le Soleil
André Pratte
Le chef libéral, Michael Ignatieff, a présenté jeudi dernier les grandes lignes de son plan pour lutter contre les changements climatiques. Dans un discours devant des étudiants de l’Université Laval, il a dénoncé, avec raison, la passivité du premier ministre Harper dans ce dossier: «Après quatre ans et trois ministres de l’Environnement, le Canada n’a toujours pas de plan, seulement des excuses et des prétextes pour ne pas agir.»
Ce constat fait (et partagé par beaucoup de Canadiens), on s’attendait à ce que le Parti libéral accouche d’un plan aussi audacieux que détaillé. Or, on a eu droit à une série d’orientations plutôt vagues. Surtout, le plan ne propose aucune cible chiffrée de réductions de gaz à effet de serre (GES). Pourquoi? «Il faut que nos cibles soient réalistes et atteignables, a dit M. Ignatieff aux journalistes. Ce n’est pas le moment de choisir un pourcentage au hasard. Il faut décider cela avec les autres pays industrialisés.»
Comment le chef libéral peut-il du même souffle dénoncer le gouvernement conservateur parce que celui-ci attend de voir les cibles américaines avant d’agir alors que lui-même veut attendre le consensus des pays industrialisés? Comment peut-il déplorer le peu d’ambition de la cible de M. Harper (-20% par rapport au niveau de 2006) alors que lui-même ne veut pas dire quel devrait être l’objectif canadien?
Michael Ignatieff soutient que la cible canadienne doit être fondée sur le niveau d’émissions de 1990 (c’est l’année repère du Protocole de Kyoto) plutôt que 2006. Toutefois, un tel choix ne signifie rien si on ne se fixe pas l’objectif.
Le plan libéral prévoit «le plus important investissement jamais vu pour développer les énergies renouvelables, les nouvelles énergies et l’efficacité énergétique.» Fort bien. Où un gouvernement libéral trouverait-il l’argent, compte tenu de l’énorme déficit qu’a creusé la récession?
M. Ignatieff prône la mise en place rapide d’un système de plafonnement et d’échange de carbone qui serait «équitable envers toutes les régions du pays.» C’est ainsi que les provinces qui ont déjà un bilan enviable de réductions de GES (notamment le Québec) ne seraient pas indûment pénalisées. Bravo! Mais que ferait un gouvernement libéral dans le dossier délicat des sables bitumineux, dont le chef libéral a dit que «c’est une industrie énormément importante, pas seulement pour l’Alberta, mais pour tout le pays»?
On comprend que du point de vue politique, il est souvent préférable de rester vague plutôt que d’être précis et prêter flanc aux critiques des adversaires. Sauf que M. Ignatieff doit frapper l’imagination des Canadiens dans l’espoir de changer la mauvaise impression qu’ils ont de lui. L’environnement est pour ce faire un dossier rêvé tellement les conservateurs le gèrent mal. En présentant un plan aussi flou, les libéraux ont raté une belle occasion. S’ils n’ont pas le courage d’établir des cibles de réductions quand ils sont dans l’opposition, comment croire qu’ils l’auront une fois au pouvoir?