Le blogue de l'édito

Archive, octobre 2009

Samedi 31 octobre 2009 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (81)

Changements climatiques: le dilemme politique

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Photo Reuters

André Pratte

Vu du Québec, la politique canadienne en matière de changements climatiques paraît simple: il suffit que le gouvernement fédéral rende la vie dure aux provinces productrices de pétrole et de gaz, en particulier l’Alberta et ses sables bitumineux. Pourquoi ça ne se produit pas? Bien des gens blâmeront Stephen Harper, dont la base politique se trouve en Alberta. Pourtant, avant lui, les libéraux se sont montrés tout aussi hésitants à prendre des mesures qui ralentiraient la production de pétrole et de gaz. Et il y a quelque temps, le chef libéral, Michael Ignatieff, a pris la défense de l’industrie pétrolière, notamment des sables bitumineux: «C’est une industrie très importante, pas seulement pour l’Alberta, mais pour tout le pays.»

Une étude publiée ces jours derniers par la banque TD permet de comprendre pourquoi les politiciens fédéraux ont tant de mal à concevoir une politique de réduction des gaz à effet de serre. L’étude (financée par la TD mais réalisée par deux groupes écologistes crédibles et par une firme spécialisée en modélisation économique) conclut qu’entre 2010 et 2020, l’atteinte des cibles fixées par le gouvernement Harper aura un effet de frein sur l’économie du pays. Cet effet sera toutefois relativement modeste.

Le problème, c’est que les provinces de l’Ouest verraient, elles, leur économie décimée. Ainsi, dans la plupart des provinces, la croissance économique diminuerait très légèrement ou pas du tout. Par contre, l’Alberta verrait sa croissance tomber de 57% à 38% pour la décennie, la Colombie-Britannique de 30% à 24% et la Saskatchewan de 26% à 16%.

Ils polluent, qu’ils paient! direz-vous. Facile à dire mais, pour le gouvernement du Canada, impossible à faire, à moins de renoncer à tous les sièges dans les trois provinces touchées. Mettons-nous à la place des Albertains: comment réagirions-nous si une politique du gouvernement fédéral avait pour effet de couper la croissance du PIB du Québec du tiers?

Il faudra donc trouver un juste milieu, ce qui signifie que les populations des autres provinces, dont le Québec, devront faire un peu plus que leur part dans la réduction des émissions de GES. Injuste? Non, pas si l’on admet que l’industrie pétrolière de l’Ouest nous profite aussi, notamment parce qu’elle finance en bonne partie le système de péréquation dont le Québec est un grand bénéficiaire. Si l’on admet aussi, mais ça c’est difficile, que comme membre d’une fédération, il nous faut parfois faire des compromis pour le bien de l’ensemble.

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Vendredi 30 octobre 2009 | Mise en ligne à 12h56 | Commenter Commentaires (27)

Santé: on attend moins

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Photo François Roy, La Presse

André Pratte

Le gouvernement du Québec dépense aujourd’hui 6 milliards de plus qu’il y a 6 ans dans le réseau de la santé. Est-ce que les choses se sont améliorées? Bien des Québécois répondront que non.

L’Institut Fraser vient de publier son étude annuelle sur les temps d’attente au Canada. Or, cette étude révèle que depuis 2003, l’attente pour un rendez-vous avec un spécialiste, puis l’attente pour un traitement ont diminué au Canada, notamment au Québec. Ainsi, il faut au total 16,5 semaines (attente médiane) entre la visite chez un omnipraticien et le traitement; il s’agit d’une amélioration de 2 semaines en un an, soit de 2008 à 2009. Le Québec est aujourd’hui la province où l’attente pour un traitement est la moins longue, après l’Ontario et le Manitoba.

Au Québec, l’attente entre la rencontre du spécialiste et le traitement n’avait cessé d’augmenter de 1994 à 2003. Depuis cette année-là, elle a baissé graduellement pour atteindre un peu plus de 8 semaines (médiane), contre 10,7 semaines en 2003. Il reste que les médecins interrogés par l’Institut Fraser jugent le délai actuel trop long; à leur avis, une attente médicalement raisonnable tournerait autour de 6 semaines.

On pourrait dire que c’est grâce à tel parti ou à cause de tel autre, mais en réalité, les choses évoluent à peu près de la même façon dans plusieurs provinces, notamment dans l’Ontario voisin, où l’attente est moins longue qu’ici.

Malgré l’amélioration récente, l’Institut Fraser souligne que partout au pays, l’attente pour un traitement est encore plus longue aujourd’hui que lorsqu’il a publié sa première étude, en 1993. Pendant cette période, l’attente médiane a augmenté de 7 semaines. Ce qui fait dire au responsable de l’enquête, Nadeem Esmail: «Il est temps que les Canadiens cessent de payer des sommes exagérées pour un système qui ne fonctionne pas et puissent obtenir un accès en temps opportun aux soins de santé dont ils ont besoin, qu’ils méritent et pour lesquels ils paient déjà. »

Que des changements soient encore nécessaires pour rendre le système plus efficace, j’en suis convaincu. Mais la comparaison faite par l’Institut Fraser entre 1993 et 2009 me semble bancale. Depuis 1993, en effet, le nombre de personnes âgées et la demande de soins ont beaucoup augmenté, tandis que l’on fait face à des pénuries de médecins et d’infirmières. On compare donc des pommes et des oranges.

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Vendredi 30 octobre 2009 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (104)

Vaccin: arrêtez la cohue !

andre-tremblay_m.jpgPhoto André Tremblay, La Presse

Ariane Krol

«Mais on ne refusera personne.» En entendant les responsables de la santé publique répéter ce message chaque fois qu’ils parlaient des priorités de vaccination, j’ai compris que ça allait être le bordel. Et ça n’a pas raté.

 

À chaque séance de vaccination, des dizaines et des dizaines de gens qui n’ont absolument rien à faire là se pointent dans l’espoir d’être immunisés le plus vite possible. Des personnes âgées. Des parents avec leurs enfants. Des égoïstes, ajouterais-je s’il n’y avait pas eu ce message absurde des autorités. On ne refusera personne. Difficile d’en vouloir à la population après ça.

 

Mais maintenant qu’on a vu ce que ça donne, est-ce que chacun pourrait respirer par le nez et attendre son tour?

 

«Au cours de la semaine du 25 octobre 2009, la vaccination contre le virus de la grippe A(H1N1) s’adresse uniquement aux travailleurs de la santé.» Est-ce assez clair ? J’espère qu’aucune infirmière n’a été forcée de rebrousser chemin parce qu’un angoissé avait pris sa place. La santé publique d’ailleurs émis un rappel à l’ordre hier.

 

Une mère qui vient faire vacciner son enfant de trois ans pourra être immunisée en même temps. Mais pas un autobus de personnes âgées qui débarqueraient sans raison d’une région voisine, a précisé le Dr Alain Poirier à ma collègue Pascale Breton.

 

Donc après ce sera les personnes à risque de développer des complications. Puis le reste de la population. Qu’en pensez-vous? Êtes-vous capable d’attendre votre tour? Ou allez-vous essayer de passer avant tout le monde?


 Bas de vignette : Une infirmière qui a réussi à se faire vacciner contre la grippe AH1N1 cette semaine à Montréal.

 

 

 

 

 

 

 

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