
Photo Presse canadienne
André Pratte
Dans les mois suivant son arrivée au pouvoir en 2006, Stephen Harper s’était acquis la réputation d’un stratège exceptionnel. Puis est survenue la mauvaise campagne de l’automne 2008, suivie du catastrophique Énoncé budgétaire qui a failli mener au remplacement du gouvernement par une coalition des partis d’opposition. Même les militants conservateurs se sont alors mis à douter des talents stratégiques de leur chef.
M. Harper semble ces jours-ci avoir retrouvé sa touche tactique. La nomination de l’ancien instructeur Jacques Demers au Sénat a détourné l’attention de celle, simultanée, d’organisateurs et militants conservateurs. La manoeuvre de diversion a été complétée vendredi matin par la nomination du néo-démocrate Gary Doer au poste d’ambassadeur du Canada à Washington. Comment pourrait-on ensuite accuser le premier ministre de partisanerie éhontée?
Le choix de M. Doer est habile sur plusieurs plans. Personne n’osera dire, maintenant, que le gouvernement Harper ne cherche pas à créer des liens avec l’administration Obama. De plus, il sera difficile pour les néo-démocrates de dénoncer la politique d’Ottawa à l’égard des États-Unis, l’un des «leurs» étant en poste à Washington. Réagissant à cette nomination surprise, le chef du NPD, Jack Layton, n’a d’ailleurs pas ménagé ses éloges: «Le premier ministre Gary Doer est un homme d’État respecté par toute la scène politique. C’est un homme de principe pragmatique et ouvert d’esprit, et il a été un porte-parole et défendeur des politiques néo-démocrates efficace et très respecté. Sa nomination d’ambassadeur du Canada aux États-Unis aidera le Canada à avoir une bonne relation de travail avec l’Administration Obama.»
Outre l’aspect tactique, la plupart des observateurs estiment que M. Doer est un excellent choix. Premier ministre du Manitoba pendant dix ans (il a démissionné jeudi), il a cultivé ses liens et multiplié ses contacts avec les politiciens américains. Néo-démocrate de très longue date, il est perçu comme un politicien pragmatique avant tout.
Réagissant à cette nomination, le premier ministre du Québec, Jean Charest, s’en est également réjoui: «J’ai eu l’occasion de travailler avec Gary de très près dans plusieurs dossiers bilatéraux avec les États-Unis. Je sais qu’il possède une grande expertise et une grande compréhension de plusieurs enjeux qui nous touchent directement. Sa nomination est une bonne nouvelle pour le Québec».
Le choix de Gary Doer m’a fait penser à celui du libéral John Manley, en 2007, comme président du groupe d’experts sur la mission canadienne en Afghanistan. Les libéraux s’étaient retrouvés coincés, le groupe en question prenant position pour la poursuite de la mission au-delà de l’échéance de 2009. Il devint impossible pour eux de s’opposer à ce prolongement alors qu’un des membres les plus en vue du Parti libéral s’en faisait le promoteur aux côtés du gouvernement Harper.