André Pratte
Certains blogueurs se plaignent que leurs commentaires ne sont pas publiés. Ils crient à la censure. Toute personne de bonne foi analysant le contenu du Blogue de l’édito admettra que toutes les opinions y trouvent leur place, y compris les critiques parfois dures adressés à l’équipe éditoriale de La Presse. Le dialogue, le débat: telles sont les raisons d’être d’un blogue éditorial.
Cependant, nous ne tolérons pas les insultes et les propos diffamatoires, qu’ils concernent un autre blogueur, un éditorialiste ou toute autre personne. Il s’agit non seulement de maintenir un ton respectueux, propice aux échanges, comme le désire la grande majorité des lecteurs et participants. C’est aussi une obligation légale, comme vient de le rappeler la juge Danielle Richer, dans un jugement rendu la semaine dernière.
La mairesse de Rawdon, Louise Major, était la cible privilégiée d’un site internet critiquant son administration. Les participants au forum, recourant à des pseudonymes, n’y allaient pas de main morte, la qualifiant de «maireSS», de «paranoïaque profonde à la tête d’un conseil composé de gens mort-nés», de «bitch», et soutenant qu’il se produisait à l’hôtel de ville des «combines», des «magouilles» et des «manipulations». La juge Richer s’est rendue aux arguments de Mme Major et de la Ville de Rawdon et ordonné la fermeture du site internet en question. (Voir à ce sujet l’article de ma collègue Ariane Lacoursière.)
Vrai, la liberté d’expression est un droit fondamental, a rappelé le tribunal. Toutefois, ce droit «n’est pas absolu et il doit s’exercer dans le respect des autres droits fondamentaux, dont celui du droit à la réputation.»
Vrai, «les personnes qui exercent des fonctions publiques doivent être capables d’accepter un degré de tolérance plus élevé face à la critique». Mais le droit du citoyen à la critique a également des limites. Dans le cas présent, «le forum de discussion sur Internet est devenu le moteur de l’excès et de la démesure, l’accélérateur et l’amplificateur de la diffamation.»
Et ce n’est pas parce que c’est sur Internet que c’est moins grave. Au contraire, souligne la juge Richer: «l’utilisation de l’Internet comme moyen de diffusion de la diffamation rend pratiquement impossible la correction de l’impression négative laissée par les propos diffamatoires.» La seule solution possible est donc la fermeture du forum.
Les gens qui écrivent sur Internet, qu’ils soient journalistes ou simples citoyens, ont donc la responsabilité de ne pas diffamer autrui. Le recours à un pseudonyme ne diminuent en rien cette responsabilité. Et ceux qui publient ces propos, Cyberpresse par exemple, ont le devoir de ne pas publier de propos diffamatoires, quelle que soit leur source.
Vous pouvez donc dire: «Pratte est un fédéraste fini!», ça va passer sans problème, c’est commentaire politique. Mais nous ne tolérerons pas: «Pratte est un voleur», parce qu’il s’agit d’une allégation non-fondée relative à un acte criminel.