Le blogue de l'édito

Archive du 10 juillet 2009

Vendredi 10 juillet 2009 | Mise en ligne à 14h50 | Commenter Aucun commentaire

Quand M. Harper doit s’excuser

harper_s.jpg
Photo Presse canadienne

André Pratte

Le sommet du G8 a discuté d’enjeux cruciaux comme la crise économique, les changements climatiques et l’aide à l’Afrique. Mais ce n’est pas ce qui a retenu le plus l’attention des médias canadiens – et, soyons francs, des Canadiens eux-mêmes.

Il y a eu d’abord l’affaire de l’hostie. M. Harper l’a-t-il avalée ou glissée dans sa poche?

Puis, aujourd’hui, le premier ministre a dû s’excuser pour les propos qu’il a tenus au sujet de son rival libéral, Michael Ignatieff, au cours de la conférence de presse finale du sommet, devant les journalistes du monde entier. Voici les faits.

Hier, l’attaché de presse de M. Harper a reçu un courriel l’informant d’une déclaration de M. Ignatieff. Le chef libéral aurait dit que s’il ne prenait pas l’initiative, le Canada serait exclu de l’organisation internationale élargie qui pourrait succéder au G8.

Sautant là-dessus comme une hyène sur un zèbre mort, M. Harper a tiré à boulets bleus sur le chef de l’Opposition, qualifiant ses propos d’«irresponsables»: «M. Ignatieff est supposé être un Canadien. Quand on est un parlementaire important, on ne lance pas des idées comme celle-là, qui va à l’encontre de l’intérêt national.»

Quelques minutes après le point de presse, M. Soudas a informé les journalistes qu’il s’était trompé, que la déclaration prêtée à M. Ignatieff venait en fait d’un universitaire. D’où les excuses de M. Harper.

Le premier ministre est en partie victime de l’erreur de son attaché de presse. Mais il est aussi victime de son propre caractère. Souvenons-nous de son empressement, lors de la dernière campagne électorale, à attaquer Stéphane Dion après que celui-ci eut trébuché durant une entrevue en anglais.

Ici encore, il n’a pas pris le temps de réfléchir une seconde et a lancé une charge d’une violence démesurée. Même si M. Ignatieff avait vraiment fat cette déclaration (l’ancien premier ministre Paul Martin a dit exactement la même chose il y a quelques mois lors d’un discours à Montréal), le premier ministre aurait dû réagir avec beaucoup plus de prudence et de  modération. D’autant que sa manie de tirer avant et de penser ensuite lui a déjà nui dans le passé.

Mais la partisanerie aveugle fait partie des gènes du chef conservateur. Les remords, non. S’il s’est si rapidement excusé, c’est qu’il sait qu’il a commis une grosse bourde.

En fin de semaine, le premier ministre rencontre le pape Benoît XVI. Celui-ci devrait peut-être dire un mot au premier ministre au sujet de la charité chrétienne.

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Vendredi 10 juillet 2009 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Aucun commentaire

Obama en Afrique, la suite

Mario Roy

Chaque vache européenne reçoit chaque jour une “aide au développement” de 2,50 $US sous forme de subventions à l’agriculture versées par l’Union européenne ! C’est beaucoup plus que le malheureux dollar quotidien dont doivent se contenter des millions d’Africains. Sans compter que les sommes gigantesques versées en subventions agricoles dans les pays riches, et dont l’Europe est championne, empêchent l’agriculture africaine de prospérer.

dambisamoyo2.jpgC’est une des choses qu’on lira dans l’essai Dead Aid , de l’économiste d’origine zambienne Dambisa Moyo (site web ici), dont je traite aujourd’hui en colonne éditoriale de La Presse papier. Sa thèse, donc, est que l’aide systémique au développement (à distinguer des aides d’urgence) consentie à l’Afrique n’a jamais marché, ne marche pas et ne marchera jamais. De fait, d’autres qu’elle l’ont déjà constaté. Qui a déjà dit que cette aide “consiste à taxer les pauvres des pays riches pour enrichir les riches des pays pauvres” ?…

Bref, les pays riches peuvent faire autre chose d’infiniment plus efficace.

D’abord, justement, éliminer les subventions à leur agriculture (même si José Bové se met à hurler!) : ce serait radicalement efficace pour les paysans africains. Ensuite, favoriser les mécanismes d’investissement et de transfert de fonds à l’intérieur des cadres des systèmes financiers : émission (et achat) d’obligations émises par les États africains ; investissement direct et conjoint dans l’industrie et les infrastructures (comme la Chine le fait de plus en plus en Afrique); micro-crédit ; construction d’un véritable encadrement des droits de propriété terrienne ; etc.

J’espère que Barack Obama, qui débarque au Ghana aujourd’hui, manifestera un peu d’audace dans les positions qu’il défendra en cette matière.

Néanmoins, rien de tout ça n’est simple. Et il est possible que les propositions de Dambisa Moyo ne marchent pas tout de suite et partout.

Mais, l’Afrique étant le seul continent à s’appauvrir alors même qu’il est de loin le plus “aidé”, il faudra bien un de ces jours, si on a la moindre fibre morale, songer à essayer quelque chose de différent, non ?

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