André Pratte
Il faut admettre qu’on ne fait pas la vie facile à nos politiciens. J’en ai pour preuve cette mini-controverse au sujet de la communion à laquelle a participé le premier ministre, Stephen Harper, à l’occasion des funérailles de l’ancien gouverneur général Roméo Leblanc.
Comme l’explique le chef du bureau de La Presse à Ottawa, Joël-Denis Bellavance, la controverse a éclaté à la suite d’une plainte d’une catholique du Nouveau-Brunswick. Ayant regardé la cérémonie à la télévision, elle a vu le premier ministre accepter l’hostie, puis retourner à son banc sans la mettre dans sa bouche. Certains ont soutenu qu’il l’avait glissée dans sa poche.
Alerté, l’évêque de Saint-Jean a exigé que le bureau du premier ministre le rassure à cet égard. Ce qui fut fait. Le porte-parole de M. Harper assure que le premier ministre a bel et bien «mangé» l’hostie. Le président du Sénat, Noël Kinsella, un catholique, s’est même senti obligé de publier un communiqué dans lequel il affirme: «Je tiens à déclarer que j’ai personnellement été témoin de la scène, étant assis à quelques sièges de lui. Le Premier ministre a pris l’hostie qui lui était offerte par l’archevêque André Richard et l’a consommée.»
Le vidéo de l’incident, diffusé sur YouTube, ne permet pas de trancher la question. Tenant pour acquis que M. Harper n’avait pas avalé l’hostie, un porte-parole de l’archidiocèse de Toronto s’est montré scandalisé: «C’est comme si vous aviez Jésus dans votre main et que vous le mettiez dans votre poche!» Un commentaire assez curieux quand on songe qu’il y a quelques années, il était interdit aux laïcs de toucher l’hostie. En cette matière, par conséquent, tout n’est pas absolu.
Pour certains catholiques, le premier ministre n’aurait de toute façon pas du accepter la communion, puisqu’il est protestant. L’archevêque qui a offert à M. Harper de communier, André Richard, n’y voit pour sa part aucun problème, puisque le chef de conservateur a agi de bonne foi.
Je ne peux m’empêcher de penser que Stephen Harper devait être bien embêté quand le prêtre lui a offert l’hostie. Qu’allaient dire les médias si:
1) il refusait de communier;
2) il acceptait et avalait l’hostie, lui, un protestant;
3) il acceptait mais se débarrassait discrètement du précieux pain.
Quoi qu’il fasse, il y aurait controverse. Et controverse il y a bien eu, une affaire qu’a dû gérer hier le premier ministre et son personnel, au beau milieu du sommet du G8.
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