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André Pratte
Au Québec comme dans plusieurs régions du monde développé, on ne retient des propos du pape Benoît XVI que ses interventions étroites (et irresponsables) contre la contraception. Le message de l’Église au sujet de la sexualité est sans doute l’un des facteurs qui ont le plus éloigné les Québécois de cette religion qui était la leur il y a quatre décennies à peine.
L’obsession du Vatican pour la sexualité humaine a fait qu’on n’écoute plus ce que dit l’Église sur d’autres sujets. Pourtant, elle ne dit pas que des bêtises. Sur les questions économiques et sociales, notamment, son message est très proche des valeurs de la plupart des Québécois.
Hier, Rome a publié l’encyclique de Benoît XVI sur l’actuelle crise économique, intitulée Caritas in veritae (L’amour dans la vérité). Comme tous les textes pontificaux, celui-ci est touffu et bourré de références bibliques qui ne sont pas à la portée de tous. On y trouve évidemment de nombreuses références à Dieu et au Christ, ce qui agacera les non-croyants. Néanmoins, Benoît XVI y énonce aussi plusieurs réflexions riches. Quelques exemples:
«La crise nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles et à trouver de nouvelles formes d’engagement, à miser sur les expériences positives et à rejeter celles qui sont négatives. La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets.»
«Le problème de l’insécurité alimentaire doit être affronté dans une perspective à long terme, en éliminant les causes structurelles qui en sont à l’origine et en promouvant le développement agricole des pays les plus pauvres à travers des investissements en infrastructures rurales, en systèmes d’irrigation, de transport, d’organisation des marchés, en formation et en diffusion des techniques agricoles appropriées, c’est-à-dire susceptibles d’utiliser au mieux les ressources humaines, naturelles et socio-économiques les plus accessibles au niveau local, de façon à garantir aussi leur durabilité sur le long terme. »
«Séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres.»
«L’exaspération des droits aboutit à l’oubli des devoirs.»
etc.
Si l’Église communiquait mieux, si surtout elle relativisait son message au sujet de la sexualité (on en trouve encore plusieurs énoncés dans Caritas in veritae), elle aurait davantage d’influence dans le monde occidental. Et elle pourrait jouer un rôle utile en faveur de solutions plus humaines et plus justes aux problèmes de la planète.