Le blogue de l'édito

Archive du 3 juillet 2009

Vendredi 3 juillet 2009 | Mise en ligne à 14h07 | Commenter Aucun commentaire

La question la plus stupide

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Photo France 2

André Pratte

Rien n’est plus difficile pour un journaliste que faire une interview avec la victime d’une tragédie, ou encore avec ses proches. Sauf les plus fonceurs d’entre nous, le reporter se sentira gêné d’approcher cette personne qui souffre. Alors il s’y prendra respectueusement, doucement. Et si la personne se rebiffe, il n’insistera pas.

Étrangement, c’est souvent le contraire qui se passe. La victime a besoin de témoigner, d’exprimer sa douleur ou sa colère, de raconter.

Pourquoi les médias font-ils cela? Parce que le témoignage des victimes est une part essentielle de l’événement. Si on n’a pas leur version, on n’a pas une image complète des faits. La douleur fait bien sûr mal à voir; mais on doit la montrer. Il faut simplement faire les choses correctement.

Ainsi, ma collègue Catherine Handfield a parlé hier au frère de trois des quatre victimes de cette tragédie inexpliquée survenue à Kingston Mills. Cela nous a permis d’en savoir un peu plus sur les circonstances de l’accident.

Des reporters français ont posé hier quelques questions à la jeune Bahia Bakari, seule survivante du vol 626 de la compagnie Yemenia, qui s’est abîmé au large des Comores. L’adolescente était alitée, sous supervision médicale, dans un appareil  du gouvernement la ramenant en France

Diffusée hier midi, l’interview a provoqué un flot de critiques. Sur le site web de France 2, on peut en lire plusieurs. Par exemple, celle-ci, d’«un journaliste en colère de ne plus pouvoir défendre cette profession»:

Pouvez vous m’expliquer qu’elle est la plus value de l’interview réalisée par votre équipe ? De l’info ? Non, du voyeurisme, de l’impudeur, de l’irrespect.  Qu’avons-nous donc appris à travers les quelques mots balbutiés par une jeune adolescente traumatisée ? Je vous laisse réfléchir à la réponse.

Pour ma part, ce n’est pas le fait de l’interview qui m’a choqué. D’autant plus que France 2 a expliqué qu’elle avait demandé l’autorisation aux médecins et au père de l’enfant. Non, ce qui m’a scandalisé, c’est la stupidité de la seconde question posée par la reporter: «Comment ça s’est passé, le voyage?» On comprend que la journaliste voulait parler du voyage de retour vers la France. Quand même, quelle question idiote à poser à une personne qui vient de vivre un écrasement d’avion dans lequel elle a perdu sa mère et qui a survécu pendant des heures en plein océan!

J’imagine facilement ce qui s’est passé. La journaliste a dû faire des pieds et des mains pour arracher cette entrevue. Mais elle ne s’est pas demandée une  seconde quelles questions elle poserait si elle l’obtenait. L’important, c’était le scoop. Quand elle l’a eu, elle n’avait rien d’intelligent à dire à l’enfant… qui elle-même n’avait pas la force de dire quoi que ce soit. Sauf qu’elle se sentait «bien». Vraiment? Pour savoir la vérité, nul besoin de l’interroger. On n’avait qu’à voir ses yeux.

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Vendredi 3 juillet 2009 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Aucun commentaire

Silence, Lepage crée !

Mario Roy

Grosse journée au moulin, aujourd’hui… Il est bien entendu question du 52254.jpgMoulin à images , de Robert Lepage, qui recommence ce soir à tourner pour une deuxième saison, dans une version modifiée, au port de Québec. Mais je veux surtout vous parler du documentaire Dans le ventre du Moulin , de Marie Belzil et Mariano Franco. Il prend l’affiche aujourd’hui également, au Cartier de Québec et à l’Ex-Centris de Montréal (la bande-annonce se trouve ici).

Ça porte sur le processus de création davantage que sur l’aspect technique du Moulin à images … ce qui est pourtant une entreprise logistique de première grandeur !

Mais voir Lepage travailler, réfléchir et échanger  avec son équipe, douter et s’inquiéter, même perdre un peu les nerfs à l’occasion, ça vaut son pesant d’or ! On comprend qu’il a fallu inventer de toute pièce un “genre” tout à fait inusité. On voit Lepage dire : “Ce n’est pas un documentaire, ce n’est pas un film, ni une pièce de théâtre… J’ai encore du mal à le définir… Ça tient du feu d’artifice et du livre d’art !”

Il est vrai que Robert Lepage a toujours construit des trucs inusités (ceux qui ont eu la chance d’assister à , à Las Vegas, en ont été témoins !) …

J’ai vu le Moulin l’an passé. J’y retournerai cet été. À mon sens, ça vaut le coup. Vous l’avez vu ? Vous le verrez ?

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