Le blogue de l'édito

Archive, juillet 2009

Vendredi 31 juillet 2009 | Mise en ligne à 10h14 | Commenter Aucun commentaire

Les dangers du nationalisme

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Photo François Roy, La Presse

André Pratte

«L’identité nationale est un vestige tribal dont l’être humain semble incapable de se départir.» Ainsi commence un brûlot publié jeudi dans Le Devoir, rédigé par Jimmy Lee Gordon, un Québécois francophone né d’un père américain. Le titre – dont j’ignore s’il est de l’auteur ou du pupitre du journal – est déjà provocateur: «Les dangers du nationalisme.»

Comme tous les pamphlets, ce texte à la fois bien écrit et excessif. Et comme beaucoup de pamphlets, il dit quelques vérités mais les dit de façon tellement carrée que la forme nuit probablement davantage au fond qu’elle ne l’aide.

Je suis fédéraliste. Je suis aussi nationaliste. J’aime le Québec. Le territoire, les paysages, les chants, la langue, l’histoire sont dans mes tripes. J’estime que les fédéralistes qui pourfendent le nationalisme québécois font fausse route. Le nationalisme d’ici a été, pour l’essentiel, une force positive.

Toutefois, je ne suis pas naïf. Je sais que la nationalisme peut facilement tomber dans les abus, dans la bêtise, l’intolérance, et même la violence. Aucun nationalisme (le québécois comme le canadien) n’est à l’abri de tels dérapages. Tout dépend des circonstances. Les nationalistes doivent donc être lucides et vigilants.

Quand Jimmy Lee Gordon écrit: «Il serait peut-être temps que les Québécois de langue française saisissent tout le danger et toute la stupidité du chauvinisme», il égale tout nationalisme au chauvinisme, et en cela il se trompe. Le chauvinisme, c’est un nationalisme excessif. Le Québec n’en est pas exempt, loin de là. Mais le nationalisme québécois n’est pas que chauvinisme.

Gordon poursuit: «Mes idées ont traversé tous les courants, du fédéralisme opportuniste au souverainisme extrémiste. Aujourd’hui, en tant qu’adulte instruit en pleine possession de son jugement, je stagne confortablement dans un bourbier de cynisme et d’indifférence.» Ce passage est important, à mes yeux, parce qu’il décrit bien l’opinion de beaucoup de jeunes Québécois sur le débat national.

Cet autre passage du texte de Gordon, qui est étudiant à la maîtrise en lettres à l’Université McGill, vaut aussi la peine d’être retenu: «J’ose affirmer que les lois ne forment pas l’identité nationale, que les lois ne motivent pas les gens à bien parler le français (…) C’est par l’amour sincère de sa langue que l’on bâtit une collectivité forte et unie; c’est par un amour quotidiennement fortifié du plaisir de parler, de chanter et de pleurer en français que l’individu contribue à la conservation de son patrimoine collectif.» Autrement dit, si l’on veut que le français se porte  mieux au Québec, ce n’est pas d’une nouvelle loi 101 ou d’une constitution québécoise que nous avons besoin. Il faut que nous, les Québécois, nous efforcions de promouvoir l’usage du français, d’abord en le parlant et l’écrivant correctement.

«J’affirme que le peuple francophone de ce continent n’est plus politiquement menacé; j’affirme que ce peuple est fort de ses institutions, de son histoire et de sa production culturelle; j’affirme que l’on vit bien au Québec.» J’en suis. C’est pourquoi, à mon avis, nous n’avons rien à gagner à se lancer dans l’aventure de la séparation, pardon de l’indépendance, pardon de la souveraineté, pardon du pays.

«Il est temps que le Québec sorte de sa névrose identitaire», conclut Jimmy Lee Gordon.  C’est une particularité de notre nationalisme: en même temps que nous sommes fiers de ce que nous sommes, nous sommes obsédés par notre prétendue fragilité alors que nous n’avons jamais été aussi solides.

Le texte de Jimmy Lee Gordon devrait être lu par tous ceux qui s’intéressent à la question nationale québécoise. Bien des gens ne seront pas d’accord avec l’ensemble ou avec tel passage. Il reste que cet appel à la prise en main des Québécois, à la responsabilisation, à la véritable autonomie, est des plus pertinents.

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Jeudi 30 juillet 2009 | Mise en ligne à 15h19 | Commenter Aucun commentaire

Bing : êtes-vous séduit?

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Ariane Krol

Je ne suis pas une inconditionnelle de Google. Je m’en sers plusieurs fois par jour, c’est même le seul de moteur que j’utilise pour mes recherches sur internet. Mais je n’éprouve aucun attachement pour cette entreprise. J’apprécie le dépouillement de sa page d’accueil, mais je suis consternée par la mocheté de sa signature. Et surtout, je déteste cette manie insidieuse qu’a le système de m’imposer périodiquement sa version locale (www.google.ca) lorsque je tape www.google.com dans la barre d’adresse. D’accord, il suffit de cliquer sur «Go to Google.com in English» pour arriver à bon port, mais n’empêche : de quoi je me mêle!*

Malgré ses imperfections, Google répond à mes besoins – dont mon besoin de technologie prête à l’emploi. Je n’avais donc jamais essayé bing, le moteur de Microsoft. Je viens de le faire puisque je prépare un édito sur l’entente Yahoo!-Microsoft.

J’ai détesté mon expérience. Et le mot est faible. Par défaut, www.bing.com m’a dirigé vers la version canadienne-française. Une version beta, et ça paraît. J’ai tapé «barack obama professeur» dans Actualités – sujet d’actualité s’il en est un. Résultat: 44 articles, sans possibilité de les classer par ordre chronologique. La version américaine est un peu meilleure : plus d’articles, avec option de classement selon la date ou la pertinence. Mais encore cette désagréable impression de passer à côté de données importantes.

Bing se vante d’offrir de meilleurs résultats. Peut-être est-ce efficace quand on cherche une information très précise. Mais pour le reste, je trouve que Microsoft passe à côté du problème. On ne veut pas moins de résultats. On veut juste les plus pertinents en premier. Il est là, le vrai défi.

Et vous? Vous êtes-vous laissé séduire par les jolies pages d’accueil de bing ? Ou préférez-vous utiliser d’autres moteurs de recherche?

* Je sais, il y a des raisons pour ça, d’ordre publicitaire notamment. Mais ce n’est pas mon problème.

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Photo Presse canadienne

André Pratte

Sans doute vous rappelez-vous du débat entre Stephen Harper et Gilles Duceppe, au cours de la dernière campagne électorale, au sujet des sentences qu’il faudrait imposer aux jeunes reconnus coupables de crimes violents. M. Harper souhaitait que ces jeunes soient automatiquement soumis à des peines pour adultes. M. Duceppe avait accusé le chef conservateur de vouloir envoyer «de la jeune chair» dans des prisons pour adultes. Deux points de vue démagogiques qui ne rendaient pas justice à la complexité des situations vécues.

Voici l’un de ces horribles situations. Ça s’est passé à Toronto, l’an dernier. Melissa Todorovic, âgée de 15 ans à l’époque, a harcelé pendant des mois son copain pour qu’il assassine Stefanie Rengel, 14 ans, qu’elle n’avait jamais rencontrée mais dont elle était jalouse. Melissa inondait son copain de courriels et faisait du meurtre une condition pour que le couple ait des relations sexuelles.

Lorsque finalement, l’adolescent s’est rendu chez la victime et l’a poignardée, Melissa a tout de suite appelé le cellulaire de Stefanie pour s’assurer qu’elle était bien morte. Puis, elle a demandé à son copain de lui montrer comment la chose s’était passée, pour ensuite consentir à faire l’amour avec lui.

Depuis le drame, Melissa n’a jamais exprimé de remords pour son rôle dans cette affaire. À ses yeux, c’est son copain qui porte la seule responsabilité de ce qui s’est passé. Le juge Ian Nordheimer, de la Cour supérieure de l’Ontario, a au contraire conclu que «la marionnettiste est plus coupable que la marionnette parce que c’est elle qui enclenche l’engrenage.»

Les psychiatres qui l’ont examinée n’ont pu expliquer son comportement. Melissa Todorovic vient d’une famille stable, est plutôt bonne à l’école, n’est en manque ni d’amis ni d’amoureux. Les psychiatres n’ont pu non plus donner l’assurance à la cour que la jeune femme ne présenterait pas de danger pour son entourage dans l’avenir.

Pour une accusation de meurtre au premier degré, la Loi sur les jeunes contrevenants prévoit une sentence maximale de six ans de garde, deux dans un centre de détention pour jeunes, quatre dans la communauté. Le Code criminel prévoit plutôt une sentence d’emprisonnement à vie, sans possibilité de libération avant 25 ans. Mais lorsqu’un jeune se voit imposer une sentence adulte (à la discrétion du juge), il peut bénéficier d’une libération conditionnelle après 7 ans. Il est ensuite sujet à supervision par un agent de probation jusqu’à la fin de ses jours.

C’est cette dernière option qu’a choisie le juge dans le cas de Melissa, expliquant que «laisser une jeune personne sans supervision alors que son problème n’a été ni diagnostiqué ni traité irait à l’encontre de la nécessité de protéger la population.»

Cela me semble être une sage décision. Pour votre part, dans un tel cas, quelle sentence auriez-vous imposée?

(L’ex-copain de Melissa, D.B., a plaidé coupable à une accusation de meurtre au premier degré. Il connaîtra sa sentence en septembre. )

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