Le blogue de l'édito

Archive, mai 2009

Dimanche 31 mai 2009 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Aucun commentaire

La nouvelle (et très habile) stratégie du PQ

marois-tremblay_s.jpg

André Pratte

Mon collègue Denis Lessard a appris que, lors de la prochaine campagne électorale, le Parti québécois proposera aux Québécois non pas la souveraineté mais le rapatriement de la totalité des pouvoirs dans divers domaines.

Un gouvernement Marois garderait l’indépendance comme objectif à long terme mais dans l’immédiat réclamerait du fédéral l’exclusivité des compétences dans des secteurs telles l’agriculture et la culture. De plus, un gouvernement péquiste exigerait le rapatriement de tous les impôts, c’est-à-dire que les Québécois ne rempliraient désormais qu’un rapport d’impôt. Québec verserait ensuite au fédéral sa quote-part.

En cas de refus d’Ottawa – un refus prévisible dans la plupart des cas – Mme Marois pourrait tenir des référendums sectoriels pour obtenir l’appui des Québécois à ses revendications.

Les Québécois sont généralement favorables à ce que leur gouvernement provincial dispose de plus de pouvoirs. C’est assez curieux, d’une certaine façon, puisqu’ils sont en même temps insatisfaits de la façon dont il s’acquitte de ses obligations dans les domaines où il a entière compétence, en particulier la santé et l’éducation. Quoi qu’il en soit, un gouvernement du Québec qui réclame quoi que ce soit du fédéral a toutes les chances d’avoir les Québécois de son côté.

La stratégie péquiste est donc habile. Si des ententes sont conclues avec Ottawa, le PQ en obtiendra le crédit et fera «avancer le Québec». Chaque entente de ce genre diminuera un peu plus la présence du fédéral au Québec, donc les liens des citoyens avec ce gouvernement déjà lointain, ce qui favorisera l’option indépendantiste.

Si Ottawa refuse de céder, il  se créera un climat de crise qui… favorisera l’option indépendantiste. Pour le PQ, c’est donc gagnant-gagnant. Reste à savoir ce que la population québécoise gagnera dans toutes ces gué-guerres Ottawa-Québec alors que tant de problèmes concrets restent à régler.

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Samedi 30 mai 2009 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Aucun commentaire

Pire que le déficit zéro

(avec mise à jour)

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Photo André Pichette, La Presse

André Pratte

Les économistes du mouvement Desjardins ont publié jeudi une étude sur l’impact économique du vieillissement de la population québécoise. C’est un sujet dont on n’entend plus parler depuis le début de la crise économique et depuis que la province connaît une croissance (temporaire?) de la natalité. Or, comme le soulignent ces économistes, ce mini baby-boom ne modifie en rien la tendance à long terme: À compter de 2013 – c’est demain! – la population en âge de travailler va commencer à diminuer.

Il y a un lien automatique entre la croissance de la population et la croissance économique. Moins de gens qui travaillent = moins de croissance. Le Québec, dit Desjardins, pourrait subir le sort du Japon, où le choc démographique a rendu l’économie moribonde.

L’impact du vieillissement sera aussi catastrophique pour les finances publiques. Comme durant la récente période de croissance, le gouvernement du Québec n’a pas réduit sa dette, sa marge de manoeuvre est minuscule. Elle le sera encore plus dans les prochaines années, parce qu’une bonne partie de ses fonds provient de l’impôt sur le revenu des particuliers. Moins de gens qui travaillent = moins d’impôts.

Je cite la conclusion de l’étude de Desjardins, très inquiétante: «L’effet du choc démographique sur les finances publiques sera brutal et, surtout, lourd de conséquences pour les acquis sociaux des Québécois. Une vague de réformes encore plus douloureuses que celles de la dernière décennie, notamment le virage du gouvernement Bouchard et celui de Paul Martin, alors ministre des Finances au fédéral, sera donc incontournable.»

Un avenir bien sombre en perspective… que les Québécois refusent obstinément de voir.

Mise à jour- samedi 30 mai, 18h

- Un lecteur me demande si je lis tous les commentaires sur ce blogue. Je les parcours tous, et je lis attentivement ceux qui me semblent les plus pertinents.

- Quelques lecteurs m’accusent de faire preuve de mépris à l’égard des Québécois. Je ne comprends pas: tous ceux qui s’inquiètent de l’avenir du Québec en raison du choc démographique – notamment Lucien Bouchard et Joseph Facal, avec qui j’ai signé il y a trois ans le manifeste «Pour un Québec lucide» – sont-ils méprisants pour les Québécois? S’interroger sur la viabilité du modèle québécois actuel, ce n’est pas nécessairement être néolibéral. Je suis pour un État actif; mais aussi pour un État qui ne dépense pas plus que ce qu’il a.

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Vendredi 29 mai 2009 | Mise en ligne à 15h25 | Commenter Aucun commentaire

16 millions pour réparer le crime de vos enfants!?

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Nathalie Collard

Bien des parents ont dû avaler difficilement leur café ce matin.

Le montant de la poursuite du gouvernement du Québec à l’endroit de deux adolescents ayant mis le feu à l’école Pierre-de-Lestage, à Berthierville, ainsi qu’à l’endroit de leurs parents, est tout simplement spectaculaire. Seize millions de dollars? Qui peut débourser une telle somme?

Non pas que je veuille minimiser la responsabilité des parents dans la vie de leurs enfants mais jusqu’à quel point sommes-nous responsables, surtout lorsque l’enfant en question approche l’âge de la majorité?

Les parents des deux coupables devront démontrer qu’ils ont été de bons parents. Mmmm…Voilà une question qui devrait faire couler beaucoup d’encre. Qu’est-ce qu’un bon parent au juste? Je pense au principe de «good enough mother», bien connu en psychanalyse. Je pense aussi au film d’Anne-Claire Poirier, «Tu as crié let me go», film qui raconte ce moment où le parent n’a plus le choix que de laisser aller son enfant toxicomane, de l’abandonner à son sort.

Je pense surtout au fantastique et terrifiant livre de Lionel Shriver, Il faut qu’on parle de Kevin, qui décrit avec tellement de justesse le désarroi et la culpabilité d’une mère qui n’a aucun contrôle sur son fils. Et qui doit, elle aussi, affronter sa communauté pour répondre du crime de son enfant.

Être parent, c’est inculquer des valeurs, montrer ce qu’on croit être le bon chemin, aider un enfant à devenir «une bonne personne». En acceptant toutefois qu’on ne contrôlera pas tout, que notre influence a des limites, et que l’enfant devant nous a sa personnalité propre.

Disons qu’il y a matière à interprétation dans la notion de «bon parent». Qu’en feront les avocats, j’ai bien hâte de voir.

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