
Nathalie Collard
Il y a quelques années, les observateurs des médias (dont j’étais) se demandaient si des émissions humoristiques du genre La fin du monde est à sept heures allaient remplacer les émissions d’information dites sérieuses comme source d’information politique chez les jeunes. Des sondages menés durant une période électorale avaient en effet démontré que les jeunes téléspectateurs s’informaient beaucoup chez Marc Labrèche et compagnie. À leurs yeux, l’humour déjanté de La fin du monde… était une sorte d’antidote au cynisme ambiant des politiciens.
Les temps ont bien changé. La fin du monde… a disparu et les jeunes se sont massivement tournés vers internet. L’émission-culte a toutefois donné naissance à Infoman, avec Jean-René Dufort, qui propose une vision satirique de l’actualité. Dufort couvre beaucoup la politique, il interviewe des politiciens et s’amuse de leurs gaffes mais il n’est pas un être foncièrement politique. En ce sens, il est très différent de Rick Mercer, son équivalent au Canada anglais. Mercer est “très” politique comme en témoigne son rant, un monologue éditorial hebdomadaire percutant ET intelligent filmé dans une ruelle couverte de graffitis.
Mais le maître toutes catégories demeure toutefois l’Américain Jon Stewart. Aux commandes du Daily Show, Stewart s’est, contre toute attente, imposé dans le paysage de l’information télévisée. Aujourd’hui, les Américains le classent dans la même catégorie que les Rather et Brokaw et il a droit au même respect. Dans un très bon texte du New York Times paru il y a quelques semaines, on va même jusqu’à poser la question: Is Jon Stewart the most trusted man in America? Pas mal pour un humoriste qui n’arrivait même pas à obtenir une entrevue à ses débuts. Aujourd’hui, tous les grands noms de la politique et du monde des affaires se bousculent pour se faire interviewer par lui, même si ça fait mal. Quant à son auditoire, qui était surtout composé de jeunes, il s’élargit d’année en année.
L’article du New York Times souligne le fait que, ironiquement, l’émission de Stewart n’a pas peur d’aborder des sujets diffficiles et ardus alors que la plupart des émissions d’information ont ajouté des segments plus légers pour attirer un plus large auditoire. Le monde à l’envers, quoi!
Ajoutons à cela qu’en plus d’être hilarant, Stewart n’est JAMAIS complaisant. Il est passé maître dans l’art de poser la question qui tue. Ses questions sont directes, dures ET désarçonnantes. Cette semaine, il était lui aussi à la convention démocrate, dans le cadre se sa couverture de la campagne présidentielle, intitulée Indecision 2008…
Malheureusement, il faut être fait fort pour pouvoir regarder le Daily Show au Québec car il est diffusé à minuit sur les ondes de CTV.
Dommage. Les émissions de ce genre sont trop rares.