Le courrier du voyageur

Archive, avril 2012

Lundi 30 avril 2012 | Mise en ligne à 15h18 | Commenter Un commentaire

Terre-Neuve, de St. John au parc du Gros Morne

Q : Nous aimerions voir les icebergs à Terre-Neuve et aussi visiter la ville de St. John et quelques autres sites intéressants. Nous prendrons l’avion de Montréal et louerons
une voiture sur place. Nous disposerons d’une semaine. Pourriez-vous nous suggérer un itinéraire et nous indiquer la meilleure période
Marie-Claire Laberge

R : C’est en juin qu’on a la chance de voir passer, au large des côtes de Terre-Neuve, les plus gros icebergs qui se détachent de l’inlandsis du Groenland. Et, même si on peut en apercevoir au large de St. John, les meilleurs postes d’observation sont les villages de la côte nord de l’île et, en particulier, Bonavista, dans la péninsule éponyme, et Twillingate. Ces deux petites villes (et le littoral voisin) constituent également d’excellents points d’observation pour voir passer des baleines. Outre, St. John, la péninsule de Bonavista et Twillingate, l’autre grand pôle d’attraction de l’île est la côte ouest et, plus particulièrement le parc national du Gros-Morne, non loin de Corner Brook.

Comme l’île est grande et les distances à l’avenant, je suggérerais que vous vous rendiez disponible trois jours de plus. En 10 jours, vous auriez la possibilité de découvrir les sites mentionnés, à condition de prendre l’avion pour St. John, à l’Est, et de revenir de Deer Lake, l’aéroport qui dessert l’Ouest de l’île. Les principaux loueurs ne vont factureront pas de supplément pour prendre livraison d’un véhicule à un de ces deux endroits et le restituer à l’autre.

La ville de St. John mérite à elle seule deux jours, non pas pour ses bâtiments qui n’ont rien de remarquable, mais pour son site exceptionnel (avec Vancouver, c’est le plus beau site naturel urbain du Canada, surtout vu depuis la colline de Signal Hill) et pour ses alentours, notamment le Cape Spear (le point d’Amérique du Nord le plus proche des côtes européennes) et le village de Quidi Vidi, qui est en fait une banlieue. La côte au sud de la ville, avec les charmants villages que sont Admiral Cove ou Ferryland, mériterait également une incursion, d’au moins une demi-journée.

De St. John, il faudrait vous diriger vers la péninsule de Bonavista, en prévoyant des arrêts à Trinity (un des plus beaux villages de l’île), à Bonavista et, naturellement, au cap Bonavista (à 300 km de Saint-Jean par des routes sinueuses), où John Cabot accosta en 1497, soit une bonne trentaine d’années avant l’arrivée de Jacques Cartier dans les parages.

Vous vous dirigerez ensuite vers Twillingate, via le parc national Terre-Nova et Gander, avant de poursuivre vers Deer Lake, porte d’entrée du parc national du Gros Morne. Il s’agit d’un trajet d’environ 550 kilomètres sur la Transcanadienne qui se fraie un chemin entre deux rideaux d’épinettes. Dans le parc du Gros-Morne, le meilleur point de chute serait le village de Woody Point ou encore celui de Rocky Harbour, d’où partent les bateaux d’excursions qui permettent de découvrir les deux bras du fjord de Bonne Bay.

Mais les compagnies qui exploitent ces bateaux n’assurent des services réguliers qu’à partir du 24 juin, ce qui devrait vous inciter à choisir la dernière semaine de ce mois. Avant cette date, les excursions sont souvent annulées, faute de touristes en nombre suffisant. Dans le parc, il faudra également aller voir l’étang Western Brook, qui est en fait un fjord que des bouleversements sismiques ont coupé de la mer et, si vous êtes des randonneurs, entreprendre une ballade dans les Tablelands.

Le Newfoundland&Labrador Tourism Information (www.newfoundlandlabrador.com et 1-800-563-6353) publie un «Guide Touristique» (en français) qui décortique la province en cinq sections (dont une pour le Labrador). Il vous sera très utile, notamment pour choisir des établissements d’hébergement.

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Mercredi 25 avril 2012 | Mise en ligne à 5h17 | Commenter Commentaires (2)

Un dimanche de printemps à Suzhou

Pingjiang lu, un des canaux de la vieille ville

Pingjiang lu, un des canaux de la vieille ville

En ce dimanche d’avril réchauffé par une brise printanière, les élèves de la classe de Madame Chu sont tranquillement installés au bord du Pingjiang, un des faisceaux de la trame de canaux qui quadrillent la vieille ville de Suzhou. Ils s’appliquent à reproduire le décor dressé sous leurs yeux : le pont de pierres arqué, les façades blanchies à la chaux, les toits de tuiles noires aux extrémités retroussées, les reflets scintillants du soleil matinal sur les eaux moirées du canal… Naturellement, ils sont encore trop jeunes pour parvenir à restituer le sentiment de quiétude et d’harmonie qui se dégage des lieux.

Ils ont cinq ou six ans. Derrière eux, les parents papotent ou encouragent leur marmaille, pendant que Madame Chu passe les troupes en revue, examinant les dessins qui prennent forme, dispensant quelques conseils au passage. Chu Xiao Lou enseigne le dessin et la calligraphie dans une école primaire de la périphérie de Suzhou, Tous les samedis et tous les dimanches matin, elle donne des cours de perfectionnement en dessin ou en peinture, sans doute pour arrondir ses fins de mois. Elle ne manque pas d’élèves, puisque les parents chinois, qui cultivent de grandes ambitions pour leurs enfants, les inscrivent à une multitude de cours extra-scolaires : mathématiques, anglais, peinture, ballet, gymnastique, musique…

Normalement, Madame Chu dispense ses leçons dans un local de sa banlieue sans âme. «Mais dès qu’il fait beau, je les emmène ici», m’explique-t-elle dans un anglais aux inflexions chantantes. «Bien sûr ils sont trop petits pour peindre vraiment ce qu’ils voient, mais je leur apprends à regarder et à comprendre ce qu’ils ne voient pas souvent dans la banlieue où nous vivons : la beauté. Quand le temps le permet, nous venons ici, sur Piangjing lu. Parfois, nous allons dans un des grands jardins de la ville.»

La ville, où j’ai brièvement séjourné en compagnie d’un groupe de l’agence montréalaise Sinorama, est réputée par ses jardins aménagés par de riches mandarins qui s’y retiraient après avoir mené une fructueuse carrière politique ou après être tombés en disgrâce à la cour impériale de Pékin. Au XIXe siècle, elle en comptait près de 300. Il n’en subsiste que 69, dont certains sont considérés comme des exemples achevés de l’art chinois du jardin. Un art qui consiste à «composer» une nature idéale en combinant harmonieusement des végétaux naturels – arbustes, fleurs, plantes – et des éléments arrangés artificiellement pour le plaisir des yeux comme des amoncellement de rocailles, des murs percés d’ouvertures aux formes diverses ou encore des arbres aux troncs tordus et des bonsaïs!

Quelques-uns de ces havres de verdure greffés sur le cœur de Suzhou portent des noms évocateurs : le pavillon des Vagues azurées, le jardin de la Villa de la montagne étreinte de beauté, le jardin de la Politique des humbles, ou encore le jardin du Maître des filets, avec sa «bibliothèque des Cinq cimes», son «pavillon du Bosquet d’osmanthus et son «kiosque de la Brise et de la lune».

Lorsqu’on arrive de Shanghai par l’autoroute, Suzhou, qui compte 10 millions d’habitants, exhibe le masque ingrat de toutes les banlieues des mégapoles tentaculaires de la chine moderne : celui d’une morne forêt de tours de béton enrobée d’un voile grisâtre de pollution. Mais dès qu’on pénètre au cœur de la vieille ville, on s’immerge instantanément dans la Chine traditionnelle qui hante notre imaginaire. Marco Polo l’avait présentée comme «la Venise de l’Orient». Mais cet entrelacs de ruelles et de canaux enjambés par des ponts de pierre évoque plutôt Bruges, ses brumes, sa langueur et son temps figé.

La ville est traversée par le Grand Canal, creusé au VIe siècle pour relier Hangzhou, au Sud, à Tianjin, le grand port voisin de Pékin, sur un parcours de 1800 kilomètres. Il est encore emprunté par les barges et les péniches qui acheminent les matériaux de construction et le charbon depuis Hangzhou vers Nankin ou Yangzhou, au Nord. Mais c’est un peu à l’Ouest du pont de Xiangmen que se déploient les canaux et les ruelles de la vieille ville.

Des hommes jouent au majong aux tables disposées en terrasse au bord du canal par un salon de thé. Là, des riverains suspendent leur linge à sécher. Des vieillards assis sur des bancs se réchauffent les os au soleil printanier, remontant en pensées le cours du temps, jusqu’à l’époque de la révolution culturelle ou celle du Grand bond en avant. Des hommes et de femmes enchaînent les mouvements gracieux du taïchi. Des jeunes gens – et des moins jeunes – se fraient un chemin en vélo ou en scooter au milieu des promeneurs du dimanche. Et des professeurs de dessin font la classe du dimanche à des ribambelles d’enfants.

Au XIXe siècle, plusieurs milliers de ces élégantes arches de pierre enjambaient les canaux de la ville. Aujourd’hui, il n’en reste que 150. Comme dans toutes les grandes cités chinoises, on a fait table rase des vieux quartiers pour construire en hauteur afin de loger la population qui affluait des campagnes. Même si elle n’est située qu’à moins d’une heure de route de la métropole économique de la Chine, Shanghai, Suzhou a attiré une bonne partie de ces migrants. La ville compte aujourd’hui 10 millions d’habitants et elle est ceinturée par un formidable réseau d’autoroutes et une myriade de tours d’habitation de 30ou 40 étages.

Mais les autorités ont compris qu’il fallait juguler l’hémorragie et protéger ce qu’il restait de vestiges du passé. La vieille ville figure aujourd’hui sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. À juste titre, puisqu’elle mérite la dénomination qu’on lui attribue, parfois, de «ville la plus romantique de Chine»!

Elle charrie d’asilleurs une longue histoire parsemée de légendes. Ainsi, au Ve siècle avant notre ère, elle était la capitale du royaume de Wu, un des États qui occupaient le territoire de la Chine actuelle. Les circonstances qui l’amenèrent à perdre son statut exhalent des effluves romanesques qui s’accordent bien avec l’esprit des lieux. Le monarque du royaume voisin convoitait le territoire de Fucha, souverain de Wu. Plutôt que de chercher immédiatement l’affrontement, il envoya une certaine Xi Shi, mieux connue sous le nom de «la Belle de l’Ouest», séduire celui dont il souhaitait s’approprier le royaume. Comme prévu, ce dernier se laissa envouter par les charmes capiteux de la dame, au point d’en négliger les affaires de l’état de Wu que le perfide souverain du pays voisin parvint à annexer sans rencontrer trop de résistance.

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Dimanche 22 avril 2012 | Mise en ligne à 6h05 | Commenter Un commentaire

Chez Monsieur Hou, dans les hutong de Beijing

Monsieur Hou et sa belle-mère, Feng Ke Zheng

Monsieur Hou et sa belle-mère, Feng Ke Zheng

Hou Mao Sheng est artiste peintre. Il est propriétaire d’une siheyuan, une «maison à cour carrée», dans le hutong Yangfang, un de ces vieux quartiers de Beijing qui déploient leurs entrelacs de ruelles au nord de la Cité interdite. Par une belle après-midi de printemps, Monsieur Hou m’a accueilli dans sa maison en compagnie du petit groupe de l’agence montréalaise Sinorama, auquel je m’étais joint. «Notre famille habite ici depuis cinq générations», nous a-t-il expliqué. «La maison nous a été confisquée pour loger quatre autres familles, au début de la révolution culturelle, mais nous l’avons récupérée après la mort de Mao, en 1976.»

Comme tous les siheyuan, le domaine de la famille Hou est composé de quatre bâtiments disposés autour d’une cour centrale. La maison principale, qui fait face au Sud comme l’exigent les règles de la géomancie chinoise, abrite le séjour, une salle-à-manger, et trois chambres. La cuisine et la salle de bain se trouvent dans le petit bâtiment qui occupe le côté Est du quadrilatère. Le pavillon qui lui fait face est traditionnellement réservé au fils aîné de la famille qui l’occupera après son mariage, mais Monsieur Hou y a plutôt aménagé son atelier et une salle de lecture. Son fils, adolescent, habite dans la maison principale avec le reste de la famille qui ne compte que quatre personnes, en incluant Feng Ke Zheng, la mère de Madame Hou.

Le maître de maison, nous fait visiter les lieux. La propreté règne. La cuisine est bien équipée : grand réfrigérateur à deux portes et four encastré dernier cri. Mais pour le reste, le confort est rudimentaire. Les meubles sans charme ont beaucoup servi et les seuls éléments de décoration sont les photos de famille qui tapissent les murs du salon. Curieux pour une artiste dont les œuvres, comme nous le constaterons un peu plus tard en visitant l’atelier, témoignent d’un raffinement ancré dans la tradition chinoise toute en nuances et en délicatesse!

Normalement réservé aux domestiques, le bâtiment qui occupait le côté Sud a été rasé. Monsieur Hou, qui est colombophile y a aménagé un grand pigeonnier. Il élève 70 pigeons voyageurs et, pendant la belle saison, ses oiseaux les plus performants participent à des compétitions. Lâchés à 100 ou 200 kilomètres de la ville, voire davantage, ils reviennent rapidement au pigeonnier. Hou Mao Sheng est manifestement fier de ses pigeons qui gagnent régulièrement des compétitions.

Sur le perron de sa maison, deux petites cages de bambous sont suspendues aux branches d’un arbuste taillé en bonsaï. À l’intérieur, deux énormes grillons se frottent aux barreaux. Monsieur Hou nous explique qu’il s’agit d’une tradition héritée de l’aristocratie mandchoue. Les nobles élevaient des grillons et organisaient des combats, sur l’issue desquels ils pariaient de grosses sommes. Les motivations de Hou Mao Sheng sont bien différentes. «En hiver, nous rentrons les cages dans la maison et comme il fait trop froid pour prendre l’air dans la cour, le chant des grillons nous rappelle les douceurs des soirs d’été», explique-t-il. L’espérance de vie d’un grillon n’excède guère une centaine de jours. Ceux-ci font preuve d’une longévité remarquable, puisque, nés en novembre, ils semblent encore bien vigoureux, alors que nous sommes à la mi-avril.

Monsieur Hou est fier de son petit domaine. À juste titre, puisque, grâce à sa situation en plein cœur de cette mégapole qu’est Beijing, il vaut une fortune : environ 20 millions de yuans, soit un peu plus de 3 millions $, selon ses estimations. «Mais aucun acheteur ne s’est encore manifesté», remarque-t-il. Néanmoins, on sent bien qu’il est persuadé que cela ne saurait tarder. En attendant, il rentabilise les lieux en les faisant visiter aux touristes curieux que lui envoient quelques agences de voyages.

Comme tous les siheyuan, la maison des Hou est située dans un «hutong», c’est-à-dire dans une de ces ruelles étroites bordées par ces maisons traditionnelles à un étage, qui constituaient l’habitat traditionnel des Pékinois avant que le Chine ne plonge à pieds joints dans la modernité. Les hutong ont longtemps composé la plus grande partie du tissu urbain de la capitale chinoise, mais les autorités les progressivement ont fait raser, sous prétexte de salubrité : les maisons n’étaient pas dotées de sanitaires. La véritable raison est qu’il fallait faire de la place à de nouveaux immeubles construits en hauteur pour loger une population qui augmente à un rythme exponentiel.

Depuis 2008, les hutong épargnés par les bulldozers sont protégés par les autorités qui ont compris qu’il fallait bien préserver quelques spécimens de l’habitat traditionnel. Mieux : certains bourgeois enrichis y rachètent les maisons et les retapent en les dotant des accessoires indispensable au confort moderne, comme les toilettes et l’eau courante.
Par extension, le terme «hutong» est maintenant utilisé pour désigner les vieux quartiers, où on circule dans un entrelacs de venelles parfois trop étroites pour ménager un passage aux voitures.

En bon touriste ordinaire, j’ai commencé par faire la tournée du hutong Yangfang en cyclopousse. Les siheyuan qui bordent les ruelles sont dissimulées aux regards par des murs de briques grises. Ce sont les «murs des Esprits», qui forment rempart contre les mauvais esprits, tout en protégeant les habitants de la curiosité des passants. La seule ouverture est la porte. À chaque coin de ruelle, les remugles émanant des toilettes publiques nous rappelaient que toutes les demeures du quartier ne disposent pas encore des sanitaires.

Le hutong Yangfang est bordé par lac Houhai, un des maillons du chapelet de lacs égrené au nord de la Cité interdite. La promenade aménagée le long des rives du plan d’eau et de celles du lac Qianhai, qui le prolonge vers le Sud a été colonisée par des restaurants, des bistros, des bars à vin et quelques boutiques de luxe. Le soir, les terrasses sont prises d’assaut par les touristes et par les membres de la bohème pékinoise. Bref, le quartier est manifestement en voie d’embourgeoisement et le temps où Monsieur Hou obtiendra 20 millions de yuans pour sa demeure ancestrale n’est probablement plus très éloigné.

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