Le courrier du voyageur

Archive, mai 2008

Jeudi 29 mai 2008 | Mise en ligne à 12h33 | Commenter Commentaires (3)

Les escaliers extérieurs de nos villes

Q : On me dit que les escaliers extérieurs qui permettent d’accéder aux étages supérieurs de nos triplex ou quadruplex sont des éléments architecturaux qu’on ne retrouve qu’au Québec. Et, lors de mes voyages, je n’en ai effectivement vu nulle part ailleurs. Connaissez-vous les origines de cette tradition architecturale spécifiquement québécoise?
Adrien Gagné

R : Il s’agirait, en fin de compte, d’une question de climat. Au milieu du XIXe siècle, lorsque les habitants des campagnes ont commencé à immigrer vers les villes, attirés par les nouveaux emplois créés par l’industrialisation, on s’est mis à construire les maisons en rangées de deux ou trois étages qu’on retrouve en si grand nombre sur le Plateau, dans Rosemont, dans Villeray et dans d’autres quartiers «populaires» de Montréal. Elles étaient étroites, toutes en profondeur. Ainsi, seuls la façade et l’arrière étaient exposés aux vents et au froid, ce qui permettait de réaliser des économies en frais de chauffage, mais aussi en dépenses d’entretien. Alarmés par la pression démographique qui remodelait le visage de la ville, les édiles municipaux montréalais ont formulé un règlement qui obligeait les propriétaires à conserver un petit espace vert devant les maisons. Ce qui a donné l’idée de placer les escaliers à l’extérieur. Ainsi, les propriétaires n’avaient pas besoin de chauffer des espaces communs intérieurs. Et, autre avantage important dans une société où les familles nombreuses étaient la norme, on optimisait l’espace habitable! En 1940, un règlement municipal adopté sous la pression d’élites soucieuses d’esthétique (mais ils invoquaient des questions de sécurité!) a interdit la construction d’escaliers extérieurs à Montréal. Le règlement a été révoqué en 1980, mais on ne construit plus beaucoup d’immeubles flanqués d’escaliers extérieurs de nos jours. Si vous voulez creuser la question, procurez-vous le petit livre de Jean O’Neil et Pierre Philippe Brunet paru, l’an dernier, aux éditions Hurtubise HMH : Les escaliers de Montréal.

Lire les commentaires (3)  |  Commenter cet article






Vendredi 23 mai 2008 | Mise en ligne à 9h45 | Commenter Commentaires (8)

L’itinéraire idéal pour visiter le Québec

Q : Nous accueillons, cet été, des amis suisses qui nous ont reçus chez eux et nous ont fait découvrir leur coin de pays. Nous avons prévu les accompagner à la découverte du Québec. Nous comptons les emmener dans Charlevoix, en faisant un crochet au Saguenay (que nous ne connaissons pas), puis traverser le fleuve de Saint-Siméon à Rivière-du-Loup, pour entreprendre ensuite le tour de la Gaspésie (que nous connaissons) et rentrer à Montréal par la rive-sud. Que pensez-vous de ce projet? Avez-vous des suggestions de bonnes adresses, d’attractions ou de sites à ne pas manquer? Nous disposerons de deux à trois semaines pour boucler le parcours.
Suzanne Lacroix St-Lambert

R : Comme vous pouvez disposer de trois semaines, je pense que vous devriez pousser une pointe jusqu’à Havre-Saint-Pierre, pour découvrir le parc national des Îles-de-Mingan qui, à mon sens, mérite une place au même titre que le Saguenay et que certains secteurs de la péninsule gaspésienne sur le plus haut niveau de l’échelle des valeurs touristiques du Québec. Malheureusement, malgré les efforts du Québec Maritime, qui regroupe les Associations touristiques régionales (ATR) de l’estuaire et du Golfe, le gouvernement ne se décide pas à mettre en place un service estival de traversier entre Havre-Saint-Pierre et la Gaspésie, ce qui constitue un sérieux handicap sur le plan touristique, parce que l’estuaire du Saint-Laurent est la principale attraction naturelle du Québec et qu’il serait logique que les visiteurs puissent en faire un tour complet. Actuellement la majorité des touristes traversent le fleuve à Rivière-du-Loup, évitant ainsi la Côte-Nord, qui ne reçoit annuellement que 150 000 visiteurs, contre 850 000 pour la Gaspésie. Résultat : les Îles-de-Mingan et cette singularité unique qu’est l’immense île d’Anticosti (le traversier y faisait escale) où pullulent les chevreuils et où on trouve quelques unes des curiosités naturelles les plus spectaculaires de la province (le canyon Observation et la chute Vauréal, notamment) demeurent méconnues de la grosse majorité des touristes étrangers et québécois. L’absence d’un lien maritime vous obligera à rebrousser chemin sur 380 kilomètres, jusqu’à Godbout, où vous pourrez prendre le traversier jusqu’à Matane (réservez d’avance sur le site www.traversiers.gouv.qc.ca).
Brièvement, voici l’itinéraire que je suggère, y compris quelques arrêts «coup-de-cœur». Départ de Montréal vers Québec, où vous passerez au moins deux nuits), puis poursuite du voyage vers Baie Saint-Paul. Jusqu’à Sainte-Anne-de-Beaupré, empruntez plutôt la route 360 (ou chemin Royal) qui passe au sommet de la falaise, plutôt que l’horrible tronçon de la route 138. Plusieurs belles demeures patrimoniales confèrent un charme particulier au village de Château-Richer. Après Sainte-Anne, avant d’attaquer la côte qui vous amènera vers Baie-St-Paul, faite un crochet vers Saint-Joachim et le Cap Tourmente. Prévoyez une étape dans la région de La Malbaie (à Pointe-au-Pic ou à Cap-à-l’Aigle). Une incursion dans le parc régional des Hautes-Gorges-de-la-Malbaie s’impose. Je vous déconseille la croisière en bateau-mouche (on y est entassé), louez plutôt un canot. Si vous aimez la randonnée, empruntez le sentier qui mène à l’Acropole des draveurs. La dénivellation (près de 800 mètres) est très importante et l’ascension prend au moins trois heures, mais après un peu plus d’une heure de montée, vous atteindrez un belvédère où vous bénéficierez déjà d’un point de vue superbe. En poursuivant votre chemin vers St-Siméon, faites le crochet par Port-au-Persil, qui est le plus beau village côtier de cette région de Charlevoix. À St-Siméon, empruntez la route 170 qui monte vers Chicoutimi – pardon : Saguenay! – et prévoyez trois arrêts pour contempler le Saguenay : au quai de Petit-Saguenay, à l’Anse-St-Jean, puis dans le secteur de Rivière-Éternité du parc marin du Saguenay-St-Laurent. La petite croisière vendue dans le parc vous permettra de frôler les plus hautes falaises du fjord, celles des Caps Trinité et Éternité. Après Chicoutimi (ne manquez pas la Pulperie!), prévoyez une étape à Ste-Rose-du-Nord (un de nos plus beaux villages) et promenez-vous sur les sentiers aménagés à flancs de falaises, le long du fjord. Vous redescendrez ensuite vers Tadoussac, où deux ballades s’imposent : une aux dunes de sables, qui se trouvent à l’est de la baie, et l’autre sur le sentier de la Pointe de l’Islet.
Vous poursuivrez ensuite votre chemin sur la «Route des Baleines» vers Baie Comeau, puis Sept-Îles et Havre-Saint-Pierre. Arrêts suggérés : le Cap-de-Bon-Désir (le centre d’observation des mammifères marins), Papinachoix (la reconstitution d’un village traditionnel par les Innus de Betsiamites), le Centre boréal du St-Laurent, près de Baie-Comeau (la promenade sur la via ferrata au flanc des falaises laminées par les glaciers est un must!), et le phare de la Pointe-des-Monts (logez-y à l’aller ou au retour, la table est succulente et le site extraordinaire!). Le tronçon de route entre Baie-Comeau et Godbout est superbe.
À Sept-Îles, effectuez la croisière (ou mieux : une excursion en kayak) dans l’archipel des Sept Îles. Lorsque vous entrerez en Minganie, après avoir roulé une centaine de kilomètres à travers la forêt, prévoyez un arrêt à Rivière-au-Tonnerre pour une promenade sur les rochers de granit rose battus par la mer, et à Magpie. Si vous n’effectuez que deux sorties en bateau dans les îles de Mingan, sachez qu’il y a deux types d’îles : celles où se dressent les fameux monolithes (les plus intéressantes sont Quarry et Niapiskau et les bateaux partent de Havre-Saint-Pierre) et celles qui permettent d’observer les colonies d’oiseaux et surtout les macareux-moines de l’île aux Perroquets (les bateaux partent de Longue-Pointe-de-Mingan).
En ce qui concerne la Gaspésie, si vous traversez de Godbout à Matane, vous manquerez les jardins de Métis, mais vous pourrez les visiter après avoir bouclé le tour de la péninsule, puisqu’il ne vous faudra que cinq minutes de voiture pour les rejoindre depuis Sainte-Flavie, qui est la porte d’entrée et de sortie de la région. L’itinéraire s’impose de façon naturelle : il n’y a qu’à longer la côte, dont la partie la plus spectaculaire est celle qui va de Sainte-Anne-des-Monts au Cap Forillon. Ce tronçon de 200 kilomètres de route vous ménagera quelques uns des plus beaux points de vue du Québec. Malheureusement (ou heureusement!) les infrastructures touristiques y restent rudimentaires : pas de charmantes auberges, pas de restaurants sophistiqués! Passez au moins deux jours dans le parc national Forillon (et trouvez un gîte à Cap-des-Rosiers). À Percé, ne manquez pas l’excursion à l’île Bonaventure et la randonnée qui vous fera longer les colonies de fous de Bassan. Mais faites aussi un saut à la Vieille Usine de l’Anse-à-Beaufils, à huit kilomètres, où des passionnés tentent de faire revivre le temps des boîtes à chansons. Essayez d’obtenir des billets de spectacles. Les «guides touristiques officiels» publiés par les ATR recensent toutes les attractions que vous trouverez le long de l’itinéraire. En rentrant de Gaspésie, prévoyez un arrêt dans le parc du Bic, à côté de Rimouski. Et entre Rivière-du-Loup et Montmagny, quittez l’autoroute pour emprunter la 132, ce qui vous permettra de traverser ces charmants villages que sont Notre-Dame-du-Portage et Kamouraska. S’il vous reste du temps, allez passer une journée à l’île aux Grues, face à Montmagny.

Lire les commentaires (8)  |  Commenter cet article






Q : J’ai lu avec beaucoup d’intérêt vos recommandations sur la Grèce dans La Presse du 10 mai. Mon mari et moi prévoyons un voyage en Grèce en octobre, mais nous voudrions éviter les îles les plus fréquentées. Pourriez-vous nous en suggérer d’autres que celles mentionnées dans votre réponse du 10 mai? Davantage que les plages, ce sont les gens, les paysages et la randonnée qui nous intéressent. Nous sommes à la retraite, donc ce n’est pas le temps qui manque. Nous préférons loger soit chez l’habitant, soit dans des petits gîtes ou hôtels.  Un studio pour les séjours plus longs…
Christel Mukhopadhyay Montréal

R : Des suggestions, j’en aurais beaucoup. Comme vous appréciez la randonnée, je pourrais vous recommander Amorgos, dans les Cyclades (ces îles disposées en «cercle» autour de l’île sacrée de Délos et dont les plus connues sont Mykonos et Santorin), avec son relief montagneux et ses paysages extraordinaires. Le chef-lieu, Chora (le tiers des chefs-lieux des îles grecques portent le nom de «Chora», qui signifie «hors les murs» ou, par extension, «rural») est un charmant village cycladique. Depuis Katapola (le port situé sous la ville de Chora), un sentier de randonnée permet d’accéder à un des plus beaux monastères du pays : Hosoviotissa. La plus belle localité de l’île est Langada, qui est perchée sur un pic rocheux. Un sentier de randonnée y mène depuis Egiali, principal pôle touristique d’Amorgos. C’est aussi le point de départ de plusieurs belles randonnées, notamment vers le monastère d’Agios Théologos, qui date du VIe siècle. Amorgos a été longtemps épargnée par les grandes migrations touristiques estivales, jusqu’à ce que Luc Besson y tourne le film Le grand bleu (dans la région d’Agia Anna).
La petite île de Folegandros abrite un des plus beaux villages de la mer Égée, Chora. Les plages (notamment celles d’Angali au sud de l’île) sont presque exclusivement accessibles par des sentiers de randonnée.
Mon autre suggestion porterait sur le Dodécanèse, ce groupe de 12 îles (d’où le nom de l’archipel), dont la principale est Rhodes. Après Rhodes, la plus connue est Patmos, qui est restée longtemps une destination d’initiés, jusqu’à ce que les Grecs fortunés la redécouvrent et s’y fassent construire des résidences secondaires. L’apôtre Jean y aurait vécu en exil et on a construit un monastère autour de la «grotte de la Révélation», où l’apôtre aurait dicté l’Apocalypse à un de ses disciples. Ce monastère, situé entre les deux localités principales de l’île, Chora (ou Patmos : un labyrinthe à visiter à la tombée de jour, lorsque les touristes sont partis) et Skala, est moins impressionnant que l’énorme couvent aux allures de forteresse de St-Jean-le-Théologien, qui domine la ville de Chora. Alors que Patmos est située à l’extrémité nord de l’archipel, Karpathos, l’autre île que je vous recommande, s’étend au sud, entre Rhodes et la Crête. C’est une destination qui a longtemps été négligée par les touristes, si bien que les habitants s’y montrent encore très accueillants à l’égard des étrangers (contrairement à la majorité des insulaires de l’Égée qui se sentent envahis). C’est aussi une île très montagneuse : le village le plus spectaculaire, Olimbos, est perché à 1750 mètres d’altitude. Chaque famille y avait son propre moulin à vent et sa chapelle, deux éléments architecturaux omniprésents dans le décor. Olimbos est accessible en taxi, en bus ou… en randonnée. Les plus belles plages sont situées entre le cap Akrotiri et le cap Kastelo, au sud de Pigadia, le chef-lieu de l’île, ou encore sur la côte ouest, dans la région de Lefkos, où vous aurez l’occasion d’apprécier les plus beaux paysages maritimes. Si vous inscrivez Patmos et Karpathos à votre programme, prévoyez un arrêt à Simi (ou Symi), qui se trouve au centre de l’archipel, juste au nord de Rhodes. À l’instar d’autres ports insulaires de l’Égée, la ville de Simi, où accostent les traversiers, est constituée de deux quartiers : le port (Ghialos) et la ville haute, Horiò, qui était fortifiée. Ils sont reliés par un escalier et l’ensemble, construit au XIXe siècle en style néo-classique, est classé par le ministère de la Culture comme arrondissement historique. Le seul moyen de faire le tour de l’île et d’accéder au grandiose monastère de Panormitis est d’acheter une excursion de la journée en caïque au port de Ghialos. Outre la randonnée, il existe deux moyens de se déplacer à l’intérieur des îles : les autobus locaux ou les vélomoteurs de location.
Les départs de traversiers du Pirée vers Amorgos s’effectuent en soirée et vous font arriver vers 1h du matin. Vous trouverez au port des rabatteurs qui vous proposeront des hôtels. Négociez le prix. Si ça ne vous convient pas, vous pourrez toujours changer d’établissement (ou de maison d’hôte) le lendemain. Un service quotidien (une heure de traversée, sauf le mercredi) relie Amorgos à Folegandros, sur l’heure du midi. Pour composer votre itinéraire dans le Dodécanèse, consultez le site des Greek Travel Pages (www.gtp.gr). Mai il serait peut-être bon de prendre l’avion jusqu’à Rhodes (la compagnie grecque à bas prix, Aegean Airline – www.aegeanair.com – propose d’excellents tarifs) qui constitue la base de départ idéale vers Patmos, au nord, et Karpathos, au sud. Le site des Greek Travel Pages vous fournira également une liste officielle des hôtels, maisons d’hôtes et appartements à louer, avec les liens appropriés. Mais vous aurez davantage de choix sur place, puisque la moitié des habitants de l’Égée louent, qui une ou deux chambres, qui leurs maisons, aux touristes pendant la saison.

Un commentaire  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mai 2008
    L Ma Me J V S D
    « avr   juin »
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728293031  
  • Archives