Le courrier du voyageur

Jeudi 4 octobre 2012 | Mise en ligne à 11h16 | Commenter Commentaires (6)

Histoire d’ours polaires au Nunavut

DSC_0969CorrigeAkpatok est une grande île inhabitée de la baie d’Ungava, qui a des allures de forteresse. Lorsqu’on l’aborde, on fait face à une muraille de falaises de près de 200 mètres de haut, qui soutiennent un plateau de toundra arctique. Cette énorme masse de roc coiffée de lichen est festonnée par une lisière de pierrailles. L’été, ces plages de caillous sont colonisées par des morses et des ours polaires. C’est sur une de ces bordures de pierres, qu’à la faveur d’une croisière dans l’Arctique à bord du Boréal un petit paquebot de la Compagnie du Ponant, j’ai assisté à une scène aussi violente que brève.

Nous étions à la mi-septembre et le commandant du navire, Patrick Marchesseau, m’avait assuré qu’il y avait toujours des ours polaire sur Akpatok, à cette période de l’année. Ils y passent l’été, en attendant avant que l’hiver ne vienne reconstituer la banquise dans la baie d’Ungava. Effectivement, lorsque le navire s’est mis au mouillage face à une des plages de l’île, nous avons pu apercevoir à l’œil nu quelques silhouettes cotonneuses qui se mouvaient dans le paysage.

Vers 10 heures, j’ai embarqué dans un des zodiacs d’expédition, qui s’est dirigé vers la plage. Le naturaliste qui tenait la barre a immobilisé le zodiac à une dizaine de mètres du bord, moteur au ralenti. Les ours polaires sont de formidables nageurs et il fallait être prêt à filer en vitesse, au cas où l’un de ces grands prédateurs se serait avisé que nous étions des proies potentielles. Et là, tout s’est passé très vite. Nous avons aperçu un ours adulte se précipiter sur un ourson. C’était un mâle, – mais comment reconnaître, à cette distance, une trentaine de mètre, et si rapidement, un mâle ou d’une femelle?

La mère – ça, nous l’avons vite compris! – s’est précipitée à la rescousse de l’ourson. Elle a mordu le mâle qui s’est enfoui sans demander son reste. Il saignait. Sa patte antérieure gauche était maculée de rouge. L’ourson, lui, semblait plus mal en point. «Il lui a arraché une patte!», s’est exclamé un des passagers du zodiac muni de puissantes jumelles qu’il m’a tendues pour que je constate – et confirme – les dégâts. Effectivement, le petit semblait avoir eu une patte arrière arrachée. Il se mouvait péniblement, en marchant sur les trois autres. Des traînées rouges zébraient le moignon inutile.

Le zodiac a longé la plage pour nous permettre de garder l’œil sur le mâle qui semblait vouloir rejoindre un autre trio formé d’une femelle et de ses deux oursons. Celle-ci le fuyait, manifestement, comme si elle avait voulu éviter que le gros méchant fasse subir le même sort à un de ses petits. Mais elle a réussi à le contourner avec sa progéniture et le mâle s’est éloigné seul, en claudicant. Ce n’est que l’après-midi, après que les naturalistes aient pu analyser les photos et les films pris à l’aide de puissants téléobjectifs par la photographe et le vidéaste du bord qui avaient capté la scène depuis un autre zodiac, que nous avons eu le fin mot de l’histoire.

Une histoire qu’a reconstituée José Sarica, un des naturalistes du bord spécialisé dans les mammifères marins et… dans les ours polaires. «Ce sont des mammifères marins, puisqu’ils passent le plus clair de leur temps, non pas sur terre, mais sur la banquise qui dérive sur l’océan Arctique», a-t-il expliqué d’emblée, en entamant une conférence sur le sujet. En fait, ils y passent sept mois, parce que c’est sur ces îles de glace qu’ils trouvent l’élément principal de leur régime alimentaire : le phoque. Et plus particulièrement deux des six variétés connues de phocidés, le phoque annelé – le plus petit de tous – et le phoque du Groenland.

Ceux-ci se creusent des cavités sous la banquise et c’est dans ces chambres qu’ils mettent bas leurs petits et les nourrissent jusqu’à la fonte des glaces, en juin, ne les quittant que pour pêcher leur nourriture, morue, capelan, crustacés… Or, les ours blancs bénéficient d’un odorat tellement puissant qu’ils sont en mesure de repérer ces phoques à 50 kilomètres de distance et, ce, alors même qu’ils sont protégés par une couche de deux mètres de glace. Arrivé au-dessus du terrier, l’ours n’a plus qu’à creuser la glace – une affaire de quelques secondes pour un colosse équipé de telles paires de griffes! – et à se servir. Il ne consomme à peu près que la graisse, histoire de reconstituer sa propre masse de gras qui lui servira de réserve pendant l’hiver. L’ours est généralement suivi à la trace par un renard arctique qui, lui, se régalera de la viande que le grand prédateur a dédaignée.

En passant le film tourné par le vidéaste du bord au ralenti, José Sarica et ses collègues naturalistes se sont aperçus que la patte de l’ourson agressé était déjà atrophiée avant l’attaque du grand mâle. Pourquoi celui-ci s’était-il précipité sur lui? «Peut-être parce qu’il avait faim et, s‘étant aperçu qu’il ferait une proie facile puisqu’il était déjà handicapé», a risqué José, en guise d’explication. Nous étions à la fin de l’été, Depuis trois mois, l’ours avait du se contenter de manger des œufs d’oiseaux (une colonie de guillemots de Brünnich nichait dans les anfractuosités des falaises d’Akpatok), des oisillons tomber du nid et des baies arctiques incrustées dans les tapis de toundra. Rien d’assez consistant pour reconstituer ses réserves! «Mais le plus probable, c’est qu’il voulait tuer l’ourson parce qu’il avait envie de copuler. Or, tant que les mères n’ont pas sevré leurs oursons, elles ne sont pas réceptives aux avances des mâles.»

Sur le film qu’on nous a passé au ralenti dans le théâtre du bateau, nous avons pu constater que le grand mâle qui avait jeté l’ourson à terre, avait tenté de le tuer en le mordant au cou. En se débattant, le jeune avait réussi à éviter la morsure fatale et à griffer profondément le flanc de son agresseur. C’est probablement l’effet de surprise ainsi créé qui lui avait sauvé la vie. Au même moment, sa mère avait attaqué l’ours par derrière et l’avait mis en fuite. Même s’il était près de deux fois plus imposant – un ours polaire de sexe mâle pèse plus de 600 kilos, quand la femelle en fait moins de 300 – l’agresseur n’avait pas demandé son reste.

L’ourson allait-il survivre? Nous l’avions vu prostré sur le pierrier de la plage, alors que sa mère s’éloignait en compagnie de son autre ourson (les femelles ont presque toujours une portée de deux petits). «Je ne sais pas s’il survivra à long terme, puisqu’il est handicapé, mais il survivra cette fois-ci», a conclu José Sarica. «Il était prostré parce qu’il a subi un choc psychologique et la mère a d’abord feint de s’éloigner, mais elle est revenue le chercher, quand elle a réalisé qu’il ne suivait pas. Il saignait un peu, c’est vrai, mais c’était une blessure superficielle. Manifestement, son moignon de patte, lui, était cicatrisé depuis longtemps. Ce devait être le résultat d’une attaque ancienne.»

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Dimanche 30 septembre 2012 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (2)

La Polynésie française au-delà de Bora Bora et Moorea

Q : Nous planifions un voyage en Polynésie française pour célébrer nos 30 ans de mariage. Nous voulons voir Moorea et Bora Bora, mais nous aimerions également visiter d’autres îles et en apprendre davantage sur la culture polynésienne. Bref, nous voulons à la fois combiner, plage, visites et culture. Nous comptons partir deux semaines, peut-être trois. Quelle est la meilleure période de l’année et quel budget devrions-nous prévoir ? Quelles sont les agences montréalaises spécialisées dans ces destinations ?
Jeanine et Jean-François Gagné

R : Plusieurs grossistes québécois (qui font revendre leurs produits par toutes les agences) ont développé une spécialité sur cette partie du Pacifique Sud. Je mentionnerai, notamment Tours Chanteclerc, Boomerang Tours, Tous Hai, Voyages Cassis et Vacances Air Canada. Du côté des agences, Uniktour et Passion Nomade (une division de Club Voyages Repentigny) programment également plusieurs forfaits pour la Polynésie française.

Quant à la meilleure période de l’année, ce sont les six mois de mai à octobre. Pendant l’été austral (qui correspond à notre hiver), les précipitations sont plus abondantes et il peut pleuvoir plusieurs jours d’affilée.

Maintenant, il faut s’entendre sur le terme de «Polynésie française». Cette région du Pacifique Sud regroupe plus d’une demi-douzaine d’archipels éparpillés sur une superficie aussi grande que l’Europe. Les trois plus connus sont les îles de la Société (avec notamment Tahiti, Moorea et Bora Bora), les Marquises et les Tuamotu.

Les forfaits les plus populaires se cantonnent aux îles de la Société et incluent généralement un court séjour à Tahiti, suivi de deux séjours plus longs à Moorea et Bora Bora. Dans l’île de Tahiti, on visite la bruyante capitale de la Polynésie française, Papeete, qui ne correspond pas aux images idylliques qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on évoque les îles paradisiaques du Pacifique Sud. Néanmoins, la ville vaut qu’on lui consacre au moins une journée pour la jolie promenade du front de mer (où il faut prendre un verre à la terrasse des 3 Brasseurs), le marché, la cathédrale et une incursion au temple protestant Paofai pendant un des offices très animés et très colorés.

Par contre, il faut consacrer deux jours à visiter l’île et la presqu’île de Tairapu qui la prolonge. La route en corniche qui fait le tour de l’île ménage des fenêtres sur de beaux paysages et passe par quelques endroits intéressants comme le musée Paul Gauguin et, surtout, le musée de Tahiti et des îles, incontournable pour tout qui s’intéresse à l’histoire et la culture de la Polynésie.

Quant à la presqu’île, jusqu’ici épargnée par le développement touristique, on ne peut pas en faire le tour, car les deux tronçons de route qui longent le littoral débouchent sur des culs-de-sacs. Mais ils traversent des hameaux où les habitants vivent encore «à la tahitienne» et longent des plages quasi-désertes. Tant du côté nord que du côté sud, des sentiers de randonnées prolongent la route en longeant la côte. Un troisième tronçon de route conduit à un belvédère situé au pied du mont Teatara, un des deux sommets du centre de la presqu’île.

Les séjours à Moorea et Bora Bora, qui sont présentés comme des incontournables d’un voyage en Polynésie, dispensent des «expériences touristiques» très similaires. L’image qui nous vient à l’esprit, lorsqu’on pense à ces îles est celle d’un séjour dans un bungalow sur pilotis, dans un lagon, avec pour toile de fond un paysage de montagnes et d’eaux turquoises. Mais il ne faut réaliser que rien ne ressemble davantage à un séjour dans un bungalow sur pilotis… qu’un autre séjour dans un bungalow sur pilotis… Sans comptez que cette forme d’hébergement coûte très cher. Ce sont les hôtels de luxe qui la proposent à Bora Bora et Moorea et cela à des coûts variant de 500$ à plus de 1000$ la nuit, repas non compris.

Puisque vous semblez animés par un désir de découverte, je suggère un tel séjour dans une des deux îles et, à cet égard, je recommande Bora Bora où, si vous en avez les moyens, il faut loger sur un des motu, ces îlots coralliens qui encerclent le lagon. La découverte du lagon, dans le cadre d’une excursion en pirogue, et le tour de l’île en voiture (ou en excursion dans un 4X4) sont les deux seules activités pouvant ponctuer le séjour. À moins que vous ne soyez des plongeurs, puisqu’à cet égard, tous les lagons de Polynésie sont intéressants et que les centres de plongées sont omniprésents sur les îles.

Cela ne devrait pas vous empêcher de prévoir quelques jours à Moorea, pour découvrir le lagon (une autre excursion en pirogue ou encore en kayak) et faire le tour en voiture ou en scooter, ce qui prend une journée, en prévoyant les détours dans les vallées de Paopao et d’Opunohu (pour les sites archéologiques). Là, vous pourriez peut-être varier en logeant dans un «fare» (les bungalows traditionnels) d’un des petits hôtels de la pointe Hauru. On y loue des kayaks, ce qui vous permettrait d’explorer une partie du lagon en vous baladant autour des motu Tiahura et Fareone.

Pour compléter un programme de deux semaines, je suggère une incursion à Huahine, île située à mi-chemin entre Moorea et Bora Bora et moins touchée par le développement touristique que ses deux voisines. En faisant le tour de l’île, vous découvrirez des villages où, comme dans la presqu’île de Tahiti, les habitants ont conservé un mode de vie qui ressemble davantage à celui de leurs ancêtres, de très beaux paysages et quelques sites archéologiques (le marae Anini et Maeva) intéressants. Ici aussi, le tour du lagon en bateau constitue un incontournable.

Si vous disposez de trois semaines, vous pourrez visiter d’autres îles de l’archipel présentent, notamment Raiatea (où le marae Taputapuatea est le plus grand site archéologique de l’archipel et le plus «sacré») ou sa voisine Tahaa (et là, loger dans un des hôtels de charme installés sur un motu). Mais vous risqueriez de trouver l’expérience redondante, après avoir vu Tahiti, Moorea, Bora Bora et Huahine.

Je suggère plutôt une incursion dans l’archipel des Tuamotu, situé à un peu plus de 300 kms au nord de Tahiti. La, contrairement aux îles de la Société, dont le centre est montagneux, les atolls présentent un relief plat, mais les lagons recèlent autant, sinon plus de raisons d’émerveillement. Vous pourriez combiner un séjour à Rangiroa, l’atoll principal (pour l’excursion au Lagon bleu, la traversée guidée de la passe de Tiputa en snorkeling, et l’exploration du lagon), et un autre à Tikehau (pour séjourner sur un motu et explorer le lagon).

Toutes ces îles sont bien desservies par avion, par Air Tahiti (www.airtahiti.pf) qui propose un éventail de passes permettant de circuler entre plusieurs îles. À titre d’exemple, la «Passe Bora Bora», qui permet de circuler entre Tahiti et les cinq principales îles de la Société coûte 392 euros en haute saison (notre été). Un autre passe permet une extension aux Tuamotu pour 529 euros. Sinon, des cargos embarquant des passagers assurent la navette d’île en île. Cette formule est plus économique, mais elle occasionne des pertes de temps.

En ce qui concerne le budget, les voyagistes et agences québécois proposent des combinés «trois îles» à des tarifs variant de 4000$ à 5200$ par personne pour 10 jours sur place, vol avec Air Tahiti Nui inclus depuis Los Angeles. À cela, il faut ajouter le coût du vol vers Los Angeles (entre 400$ et 800$, selon qu’on trouve ou nom des propositions à tarifs d’aubaine) et, naturellement, les journées de séjour supplémentaires.

Il y a moyen de s’en tirer à moindre coût en séjournant dans des petits hôtels ou des pensions de famille (voir le site www.tahiti-pensions.com, qui répertorie et documente toutes les pensions des six archipels polynésiens). Mais la Polynésie est une des destinations les plus onéreuses de la planète, parce que les coûts d’acheminement des vivres et matériaux sont élevés et que les taxes imposées par le gouvernement sont parfois exorbitantes. N’espérez donc pas vous en tirer à moins de 5000$ pour deux semaines et 6500$ pour trois semaines et, cela, en renonçant aux prestations de luxe.

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Vendredi 28 septembre 2012 | Mise en ligne à 9h09 | Commenter Commentaires (7)

Le voyage en Grèce : dangereux pour la ligne!

Nombre de consommateurs s’inquiètent des répercutions que la crise économique sévissant en Grèce pourrait avoir sur le tourisme. Pourtant les grèves et les manifestations éventuelles ne sont pas les principaux écueils qui guettent les voyageurs circulant dans ce pays. En fait, le principal danger qui les attend est… la prise de poids. C’est ce qui ressort d’une étude menée par Thomas Cook auprès des clients de ses marques grossistes au Royaume-Uni.

Les résultats indiquent que les touristes britanniques effectuant un séjour de 10 jours dans une des destinations les plus populaires du groupe grossissent en moyenne de trois livres. Les causes probables de ce gain pondéral sont l’abondance de nourriture servie dans les tout inclus (les buffets «all you can eat»), l’alcool qui coule à flot et les faibles dépenses d’énergie de vacanciers qui passent l’essentiel de leur journée à se faire bronzer en position horizontale.

Les hommes prennent beaucoup plus de poids (5,5 livres en moyenne) que les femmes (1,1 livre, en moyenne). De là à en déduire que ce sont des goinfres qui boivent comme des trous, il y a une marge… que bien des femmes s’empresseront de franchir!

C’est en Grèce qu’on court le risque d’enrober plus rapidement son tour de taille (ou de camoufler ses muscles fessiers) : 3,3 livres, en moyenne. Les deux autres destinations les plus dangereuses à cet égard sont la Turquie (3 livres) et le Portugal (2,9 livres). Étonnamment, les États-Unis, pays des portions gargantuesques par excellence, n’arrivent qu’en quatrième position et la France, où la qualité de la nourriture est réputée ouvrir l’appétit, en septième.

Que faire pour éviter d’endommager ainsi sa ligne : «Voyagez en Irlande, en Allemagne ou… au Canada», conseillent les auteurs de l’étude, suggérant ainsi implicitement qu’on mange mal «from coast to coast». Une opinion qui ne tenait certainement pas compte de l’exception québécoise!

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