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    Nathalie Collard explore le monde des médias dans les pages de La Presse, sur son blogue et sur twitter.
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    Lundi 25 juin 2012 | Mise en ligne à 16h55 | Commenter Commentaires (4)

    The Newsroom: macho et quelques années en retard

    Afin d’assurer un débat respectueux, seuls les commentaires signés seront publiés.

    J’avais très hâte de voir The Newsroom, la nouvelle série de HBO écrite par Aaron Sorkin, celui qui nous a donné l’inoubliable West Wing ainsi que plusieurs films dont Social Network (Sorkin travaille présentement à l’écriture du scénario d’un film sur Steve Jobs).

    Il faut être abonné à HBO pour visionner cette série sur les coulisses d’une chaîne de nouvelles câblée mais on peut voir le premier épisode (diffusé ce week-end aux États-Unis) gratuitement sur le site (ici).

    Si vous avez déjà fréquenté l’oeuvre de Sorkin, vous savez que c’est un idéaliste (son président américain, Josiah Bartlet, était plus que parfait dans The West Wing).

    Dans The Newsroom, son idéal masculin est incarné par un lecteur de nouvelles extra-lucide et désabusé (Will McAvoy, incarné par Jeff Daniels) qui décide de dire «les vraies affaires». La scène d’ouverture se déroule dans l’auditorium d’un département de journalisme. Le lecteur de nouvelles, à l’air affable et sympathique, laisse tomber la langue de bois et se lance dans une diatribe sur l’état de la société américaine (si vous avez déjà vu l’excellent film Network, vous reconnaîtrez avec moi que Sorkin n’a rien inventé).

    Le ton est donné. Dans ce premier épisode, il y aura un branle-bas de combat au sein de l’équipe de McAvoy, équipe qui sera remplacée par un groupe de jeunes idéalistes-pas-encore-cyniques dont l’idéal est, à eux aussi, de réinventer la façon dont on parle de l’actualité à la télévision.

    Pourquoi ai-je intitulé ce blogue «macho et quelques années en retard»?

    Parce qu’en visionnant le premier épisode de The Newsroom, j’ai eu l’impression de regarder une série écrite et tournée dans les années 1990, à l’époque de Scoop. Un peu plus et un des personnages criait «On tue la une»!

    Non seulement le scénario de The Newsroom est on ne peut plus classique (histoire d’amour sur fonds de crise professionnelle) mais il est construit de façon hyper-prévisible (avec la finale qui tient davantage du soap que de la série dramatique). Mais surtout, The Newsroom décrit une salle de nouvelles qui n’a pas grand chose à voir avec les salles de nouvelles d’aujourd’hui. Comme si le point de vue de l’auteur était celui de Walter Cronkite (non, j’exagère, disons Bernard Derome) plutôt que celui de Anderson Cooper. À l’exception d’une allusion, les réseaux sociaux ne semblent pas exister. On parle d’un blogue comme s’il s’agissait d’une nouveauté. Côté manque de réalisme, on improvise le bulletin de nouvelles quelques secondes avant d’aller en ondes et les sources anonymes se bousculent au téléphone pour donner leur version des faits. Ce n’est plus de la fiction, c’est de la science-fiction. Il faut dire que rares sont les émissions qui arrivent à bien dépeindre le travail des journalistes, sans doute parce qu’au quotidien, d’heure en heure, il n’y a rien de bien excitant à montrer.

    Mais ce qui m’a le plus irrité dans ce premier épisode c’est la misogynie même pas dissimulée. Il n’y a que deux personnages de femmes (à l’exception d’une serveuse dans un restaurant) dans toute cette première heure: une assistante blonde et empotée, nounoune sur les bords (qui se révélera sans doute incroyable au cours des prochains épisodes mais je ne suis pas certaine que je serai encore là pour le voir) et la nouvelle productrice du bulletin de nouvelles qui semble un peu tête folle, qui a des remarques aussi profondes que «allons faire du shopping!» alors qu’elle est supposée être une ex-correspondante de guerre. Bien sûr, elle est aussi l’ancienne flamme du lecteur de nouvelles et il y a trois couches de sous-entendus et de chicanes non-réglées entre les deux. Soupir…

    Vous aurez compris que je ne suis pas emballée. Je ne suis pas la seule. Voici quelques critique publiées au cours des dernières heures:

    Sur le site de NPR (ici)

    The New York Observer (ici)

    The Guardian (ici)

    Vous en trouverez d’autres ici. Il parait que Dan Rather aime ça. Pourquoi ne suis-je pas surprise?

    Et pour terminer, une entrevue que Aaron Sorkin a accordé à une journaliste du Globe and Mail (ici). En lisant ce texte, on comprend pourquoi The Newsroom est si macho.


    • Je n’ai pas vu encore et je suis étonné, car dans Studio 60 on the Sunset Strip (de Sorkin) Amanda Peet jouait le rôle d’une femme forte, vraiment pas stéréotypée loin the Margaret Thatcher ; forte mais vulnérable. D’ailleurs Studio 60 était plein de teinte de gris, des personnages complexes, avec un petit penchant vers la gauche, peut être, mais inaceptable en temps de guerre : la série ne dura qu’une saison. Tristesse.
      c giroux

    • Je viens de lire l’entrevue de la journaliste du Globe and Mail. Sorkin est bien chanceux que la journaliste ne lui ait pas renversé la poubelle sur la tête. Ce dude devrait travailler pour Ecclestone («Les femmes devraient s’habiller de blanc, comme tous les autres appareils ménagers»). http://en.wikiquote.org/wiki/Bernie_Ecclestone

      A. Binette

    • Désolé pour l’absence de signature du dernier commentaire. Je viens de regarder l’émission et je vous trouve bien sévère avec elle, oui c’est cheesy mais c’est de la TV, pas un documentaire. West Wing était captivant mais probablement à 1000 lieux de la réalité ! Je veux pas voir la réalité quand je regarde la TV, je veux voir un show et celui-ci m’a intéressé! Vous faites partie de la profession, vous ne pourrez mettre la switch du cynisme à off. Cette émission n’est pas pour vous.
      B. Dumont

    • Désolé mais cette émission là est bien moins pire que les pubs et les téléromans québécois où l’homme est systématiquement ridiculisé, infantilisé et démonisé.

      La femme par contre dans la télévision québécoise c’est elle qui est montrée comme étant en contrôle, intelligente, responsable et courageuse et elle ne manque pas une occasion pour faire la morale à son idiot de service de conjoint pour les motifs les plus futiles et sous les applaudissements de ses conseurs.

      Faut faire le ménage dans sa cour avant de juger la cour des autres.

      Jean-Charles Tremblay

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