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    Nathalie Collard explore le monde des médias dans les pages de La Presse, sur son blogue et sur twitter.
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    Lundi 10 janvier 2011 | Mise en ligne à 9h19 | Commenter Commentaires (10)

    Réflexions sur Wikileaks

    Nathalie Collard

    Parmi les nombreuses réflexions à propos de Wikileaks et de ses conséquences sur la pratique du journalisme, j’ai apprécié celle-ci, publiée dans le Financial Times (à lire ici) samedi.

    L’auteur, John Lloyd du Reuter Institute, rappelle quels sont les principes qui ont motivé les journalistes au cours des dernières décennies. Et insiste sur le fait que toute vérité n’est peut-être pas bonne à dire si elle n’est pas accompagnée d’une solide mise en contexte.

    À vouloir tout publier comme il le fait, sans faire un tri, sans peser le pour et le contre, Julian Assange pourrait faire plus de mal que de bien aux journalistes qui auront peut-être de plus en plus de difficulté à trouver des sources qui leur feront encore confiance.

    L’équilibre entre la liberté d’expression et les pouvoirs publics est-il menacé? L’arrivée de Wikileaks est-elle synonyme d’une radicalisation du quatrième pouvoir? J’aimerais vous lire à ce propos?


    • Le club très privé de «ceux qui savent» est assiégé. Jusqu’à présent, il était à peu près admis qu’on ne peut pas «tout dire» en public, pour préserver à la fois les susceptibilités et aussi ménager des marges de manoeuvre. Cela valait tant pour la simple relation de couple ou d’amitié que pour les relations dites «diplomatiques». La désillusion, la méfiance voire le cynisme et même le mépris à l’endroit des politiciens sont venus changer la donne.

      En démocratie, non seulement le «peuple» à le droit de savoir mais il exige de savoir. Des acteurs périphériques qui seraient demeurés marginaux avant l’émergence des instruments dits «sociaux», propulsés par la technologie, deviennent des incontournables.Julian Assange en fait désormais partie.

      Le problème avec des instruments comme WikiLeaks est qu’ils ne font pas dans la nuance. Des milliers de pages, sans classement, sans ordre d’importance, sans explications, ça n’est pas de la vraie information. C’est une application quasi littérale d’un vieil aphorisme né avec l’informatique il y a déjà quatre décennies et qui dit: «Data is not information». En québécois, cela pourrait se traduire par: «Trop, c’est comme pas assez».

      Le «peuple» n’est pas équipé ou n’a pas le temps de lire tout cela et de trier le bon grain de l’ivraie. Il s’en remet encore une fois à d’autres, généralement des journalistes professionnels ou amateurs comme les blogueurs, féceboukeurs, touïtteurs, pour le faire à sa place. Ce faisant, il se place à la merci des biais, préjugés, priorités ou missions de ces analystes qui vont ne lui sortir que ce qu’eux trouvent essentiel.

      Le scepticisme populaire se trouve aussi exacerbé par les assauts menés par ceux qui «savent» contre tous les Julian Assange de ce monde même si ces assauts relèvent d’allégations de mauvaise conduite en privé avec adultes consentant(e)s.
      Le «peuple« se dit: s’«ils» veulent tant le faire taire, c’est qu’«ils» ont quelque chose à cacher.

      Et la roue continue de tourner. Une histoire à suivre, donc.

    • On a tous des exemples en tête de «vérités pas bonnes à dire». Vous trouvez que votre belle-soeur est une hystérique alcoolique? Lui diriez-vous devant toute votre parenté au party de Noël? Je ne crois pas. Ça s’appelle de la diplomatie. Et ça s’applique encore plus lorsqu’on est en présence de liens économiques ou autres entre nations.

    • John Lloyd du Reuter Institute : insiste sur le fait que toute vérité n’est peut-être pas bonne à dire si elle n’est pas accompagnée d’une « solide mise en contexte ».

      De cette citation, je remets en question la « solide mise en contexte » (d’où probablement le « peut-être » dans la même phrase…).

      La façon de Wikileaks est brute et laisse aux journalistes de les faire ces mises en contexte. À titre d’exemple, prenons la récente révélation au fait qu’Israël étouffait économiquement la bande de Gaza … Et maintenant imaginez que vous demandez à un diplomate Israélien, à un représentant du Hamas, à un journaliste de CNN et, pourquoi pas, à un journaliste de LaPresse de faire la « sérieuse mise en contexte »…

      Ne pensez vous pas qu’elle serait passablement différente d’une personne à l’autre?

      Alors, imaginez comment un Assange (ou ses collaborateurs) pourrait mettre en contexte des centaines de milliers de câbles! Impossible d’une part, et jamais satisfaisant.

      Alors, qu’on soit d’accord avec la raison d’être de Wikileaks ou non, la question de la « sérieuse mise en garde » me parait bien irréaliste, voir utopique.

    • “Julian Assange pourrait faire plus de mal que de bien aux journalistes qui auront peut-être de plus en plus de difficulté à trouver des sources qui leur feront encore confiance.”

      pourquoi une source ferait moins confiance à un journaliste ? à cause de Wikileaks ? yeah right !

      mais si une source donne de l’info à un journaliste et que ce dernier la traffique ou la publie à moitié pour protéger d’autres intérets que la vérité… la source pourra toujours se tourner vers wikileaks… et c’est ce qui effraie “le pouvoir en place”

    • Wikileaks a pris un tournure que je n’attendais pas. Quand ils ont “coulé” des vidéos de bavures de l’armée, je trouvais qu’on était en face d’informations qui méritaient d’être connues de tous et qui venaient contredire le discours officiel.

      J’ai commencé à avoir un malaise quand on s’en est pris au secret diplomatique, bien que je trouvais ça plus drôle qu’utile. Je me suis dit: “Tiens, le journaliste dissident donne dans le potin maintenant…”.

      Par contre, quand wikileaks a publié une liste de sites sensibles à protéger pour les américains, j’ai décroché. Je ne voyais ni l’intérêt pour le citoyen, ni la cause que ça pouvait faire avancer. C’est malheureux mais il y a parfois des raisons pour lesquelles certaines informations ne sont pas publiées pour tous et ce n’est pas toujours pour le simple intérêt des dirigeants et contre le bon peuple… Après une action comme celle-là, on se demande si, la prochaine fois, wikileaks n’irait pas jusqu’à publier le numéro d’assurance sociale accompagnée du nom et de la date de naissance de chaque canadien. Après tout, cette information est secrète. On en vient à se dire que si wikileaks mettait la main sur ce genre d’information, elle n’hésiterait pas à la mettre en ligne puisque c’est une information secrète et que c’est dont ben l’fun de publier des informations secrète…

      Donc, en gros, wikileaks pour l’idée originale: oui. Wikileaks pour ce qu’on en a fait dans la réalité: non merci.

    • @pierre1965

      La différence entre la belle-soeur et les états est que la belle-soeur est une personne humaine avec ses sentiments et ses susceptibilités. En tant que personne, la belle-soeur a droit au respect et, dans la mesure du raisonnable, du ménagement de ses susceptibilités. Les états (ou les compagnies) ne sont pas des personnes, elle n’ont pas le “droit” au respect (dans le sens du respect qu’on accorde à une personne) et n’ont pas de susceptibilités à ménager.

      Il est vrai que certains secrets d’État doivent demeurer secret (eg: codes d’activations de systèmes d’armes), mais le problème actuel est que les gouvernements tendent à tout déclarer “secret” par défaut. Dans les sociétés occidentales modernes, c’est le contraire qu’on devrait voir: toute information devrait être publique par défaut et nécessiter une raison claire et valable pour être déclarée secrète. En plus, il devrait être possible d’exiger, via le Parlement, que TOUTE information puisse devenir publique (ce sera alors aux élus de déterminer si une information doit être publiée ou non). À l’heure actuelle, la seule façon d’obtenir la publication d’information est de forcer les états et les compagnies à protéger leurs secrets eux-même couplé à des groupes comme WikiLeaks.

      L’Histoire nous apprend qu’on ne peut malheureusement pas faire confiance aux éxécutifs des gouvernements et qu’ils doivent TOUJOURS être sous la “tutelle” du législatif. Les fuites de Wikileaks nous démontrent, encore, que les états abusent du secret et le secret est ce qui permet aux états et aux entreprises de mal agir.

    • Le “contexte” des révélations de Wikileaks n’a rien à voir avec leurs contenu et ne rendra pas les crimes de guerre, l’impérialisme, l’espionnage, l’infiltration ou la corruption davantage justifiables. Dites-moi quel contexte peux justifier de cacher 66000 morts d’innocents? Quel contexte justifie l’infiltration de Shell dans le gouvernement Nigérien? L’espionnage américain aux Nations-Unis? Les menaces pour implanter les OGM en Europe?

      Wikileaks choque uniquement ceux qui avait leur tête dans le sable durant la dernière décennie. L’information était déjà en partie disponible, mais Wikileaks l’a révélé au grand public en contournant la censure des médias. C’est un bien inestimable. Finalement! Après les médias qui mentent pour nous vendre une guerre, après l’abus des banques et corporations; l’information fait surface et vient mordre Goliath en plein visage.

    • le probleme c’est que les medias traditionels ne donnet plus , ou si peut , de journalisme d’enquete fouille avec un minimum de profondeur , les faits sont rapportes mais les causes et consequences laissent la place a la pub de vendeurs de bebelles , la presse ne fait pas exeption et son orientation centre droite ne fait aucun doute (pas que je m’en plaigne) , pour qu’une source d’informatin soit fiable elle se doit d’etre impartial , et wikileak ne fait aucun jugement il ne fait que rapporter les faits , par contre la profession journalistique devrais justement prendre cette information et lui ajouter de la profondeur , mais ca c’est pas rentable

    • Oui les médias sont radicalisés, mais ils le sont contre Wikileaks. Si les sources ont plus confiance en Wikileaks qu’aux médias c’est qu’il savent ces derniers contrôlés et possédés en grande partie par un groupe d’individus partageant le même agenda (et un peu plus). Pour le sport, la petite politique gauche-droite, les faits divers et les petits scandales les médias sont généralement fiables. Wikileaks est une bouffée d’air frais. Certains croient que ce n’est qu’une opération où le but est de provoquer un backlash qui finira par restraindre la liberté d’expression. Possible. Pour l’instant je refuse d’y croire.

    • @dumais_s Les Etats/compagnies se sont pas des personnes, n’empêche que si leur «susceptibilité» comme vous dites est froissée, qu’on soit en diplomatie ou en commerce international, celà peut ultimement entraîner des graves répercussions pour les citoyens/employés de les dits Etats/compagnies. Cette notion semble cependant vous échapper.

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