Nathalie Collard
Dominique Payette a présenté ce matin les conclusions des travaux du Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information au Québec (par souci de transparence, je vous précise que j’ai été interviewée, comme plusieurs de mes collègues, dans le cadre des travaux de ce groupe).
Pour lire le rapport, c’est ici.
Disons qu’il y a matière à réflexion dans ce document.
On a beaucoup parlé, et c’est normal, de la proposition d’adopter une loi qui assurerait un statut de journaliste professionnel. Les auteurs du rapport y voient en quelque sorte une garantie de qualité. Pourquoi? Parce qu’un journaliste professionnel reconnu aurait adhéré à un code de déontologie (élaboré conjointement par le Conseil de presse du Québec et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec). En plus d’assurer un certain niveau de qualité, le titre (ou statut) contribuerait à rehausser l’image et la réputation des journalistes dans la population. «Je verrais très bien une émission d’affaires publiques ou un média faire sa publicité en disant que tous ses journalistes sont des journalistes professionnels». Un genre d’étiquette ISO 9002 pour entreprises de presse, en quelque sorte.
Y a-t-il danger de créer deux classes de journalistes? Dominique Payette estime que non, que ces deux classes existent déjà, en fait. Il y a les journalistes qui pratiquent leur métier dans de bonnes conditions, et il y a les autres, à la merci des exigences des donneurs de contrats.
Le statut accorderait aussi des avantages aux journalistes: leurs demandes d’accès à l’information seraient traitées en priorité et ils auraient droit à la protection de leurs sources.
Je vous précise que la FPJQ, le Conseil de presse et l’AJIQ (Association des journalistes indépendants du Québec) se réjouissent du contenu du rapport Payette.
Vision idéalisée de la situation? Est-ce qu’un crédit d’impôt de 40 % pèsera suffisamment lourd dans la balance pour que les entreprises de presse embauchent des journalistes professionnels? Sur quels critères se baser pour définir ledit statut (va-t-on encore se taper un débat à propos du statut de Jean-René Dufort?)?
Le rapport Payette, qui contient 51 recommandations, ne se limite pas à cette question.
Il se penche aussi sur la pauvreté de l’information en région, sur l’absence d’information inter-régionale (comment se fait-il, souligne-t-on, que les Gaspésiens ne savent pas ce qui se passe au Lac St-Jean?). On propose donc que le site internet de Télé-Québec devienne un carrefour de l’information régionale en mettant à contribution ses ressources actuelles à travers le Québec (ça me rappelle l’émission quotidienne animée par Isabelle Maréchal au milieu des années 1990. Pas un grand succès). On propose par le fait même que le budget de Télé-Québec revienne à ce qu’il était avant 1982.
Enfin, le rapport insiste sur l’importance d’éduquer les jeunes aux médias, un sujet qui me tient particulièrement à coeur. Les jeunes -enfants, adolescentes et jeunes adultes- baignent dans un univers médiatique depuis leur tendre enfance mais n’ont pas toujours en main tous les outils pour décoder et comprendre l’information qu’on leur présente. L’école est l’endroit rêvé pour bien les former à reconnaître ce qui constitue une information de qualité. Il faut entre autres leur montrer la différence entre un vrai journaliste et un acteur qui s’amuse à poser des questions dans la cadre d’une émission de télé-réalité. L’éducation aux médias n’est plus une compétence transversale depuis quelques années déjà.
Bref, on pourrait décortiquer longtemps le contenu de ce rapport.
Au cours des prochains jours, il y aura sans doute des réactions.
La ministre St-Pierre, pour sa part, n’a pas encore réagi.
Quant à la FPJQ, elle se donne jusqu’à l’été pour consulter ses membres et voir s’ils peuvent arriver à élaborer les critères qui définiraient ce qu’est un journaliste. Si la Fédération échoue, le rapport Payette ira dormir sur une tablette.
À la lecture de ces pages empreintes de la meilleure volonté du monde, une question persiste: l’information de qualité est-elle une valeur primordiale pour les Québécois? J’ai posé la question à Mme Payette. Elle m’a répondu ceci: «C’est certain que ce serait réjouissant de voir 60 000 personnes marcher devant l’Assemblée nationale pour défendre l’information de qualité comme ils l’ont fait pour avoir un amphithéâtre. Je crois que la qualité de notre citoyenneté est liée à celle de l’information qu’on nous propose. D’où l’importance d’en rehausser le niveau.»