C’était en 1995. Patrick Pierra, un des patrons d’Infopresse, un visionnaire, lançait Branchez-Vous!, le premier portail web québécois.
Je n’ai jamais été une fidèle lectrice de ce site où on retrouvait un peu de tout (manchettes de la journée, nouvelles culturelles et artistiques, sports, etc. ) mais il faut reconnaître qu’il a été le premier du genre et qu’il a ouvert la voie aux autres qui ont suivi (y compris cyberpresse).
Sa fermeture (annoncée aujourd’hui dans un courriel aux employés, nous dit-on) se traduit dans une vingtaine d’emplois perdus. Les sites web rattachés à Branchez-Vous! (Matin, Info Techno et Showbizz.net) disparaissent aussi. Pour le milieu des médias, précaire par les temps qui courent, ce n’est pas une bonne nouvelle.
Cela dit, cette fermeture n’a rien de surprenant.
Acquis par Rogers en 2010 pour la rondelette somme de 25 millions de dollars, qu’avait à offrir Branchez-Vous! que ses compétiteurs n’avaient pas? Rien. Pas de nouvelles exclusives (Matinternet était réputé pour repiquer sans le mentionner les textes des grands médias, ce que j’ai déploré sur Twitter plus tôt aujourd’hui), une majorité de dépêches de la Presse canadienne et aucun contenu pointu pour lequel l’internaute aurait fait un détour (on dira que Huffington Post propose la même formule mais ils ont tout de même quelques blogueurs-vedettes).
La seule chose qui distinguait Branchez-vous! d’un site complètement anonyme étaient ses blogueurs. Le problème c’est qu’il n’y avait pas de gros nom pour attirer les lecteurs, qu’ils n’avaient pratiquement aucune visibilité (saviez-vous que Gérald Larose avait un blogue sur Branchez-vous?) et qu’ils n’étaient jamais cités dans les médias électroniques (même dans les médias sociaux, je voyais rarement leurs propos être repris ou cités. Problème).
D’un point de vue d’affaires, que représentait Branchez-Vous! pour Rogers? Peu de choses, semble-t-il. En cette époque où tout le monde souhaite «décliner des contenus sur plusieurs plateformes», il n’y avait pas grand profit à tirer de ces sites web qui n’avaient aucune valeur à exploiter.
Depuis plusieurs mois (et même années), les spécialistes répètent que les médias qui tireront leur épingle du jeu sont ceux qui auront un contenu exclusif à offrir ou des informations privilégiées pour lesquels les internautes sont prêts à payer. Branchez-Vous! n’offrait rien de tout cela. Dans un tel contexte, pas étonnant que Rogers ait tiré la plogue.