Alain Brunet

Vendredi 25 juillet 2014 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (2)

Bruno Mars sans Pharrell

De 1984 à 2000, j’ai donné. C’était une part importante de mon travail, ça ne l’est plus.

Depuis lors, je ne couvre de la musique pop qu’en de rares occasions. Lorsqu’il s’agit de Lana Del Rey, de Lady Gaga, Adele ou des mecs prévus au Centre Bell cette semaine, je peux faire exception. Ce qu’on désigne comme de la pop est un vaste spectre qui peut parfois divertir sans abrutir. Bien sûr il y a une immense zone entre les deux extrémités, et c’est plutôt là que les perceptions convergent et divergent. Le divertissement de qualité est comparable à tout comfort food. Les ingrédients sont connus de la majorité absolue, les recettes sont éprouvées, impossible de ne pas piger.

Cela étant, le jeu des références, la qualité de l’interprétation, l’angle d’attaque et la qualité de la réalisation mènent au meilleur et au pire. Souvent au pire. Pour un truc pop vraiment réussi, il y en a cent de mauvais goût et 300 autres quelque entre les deux. La tarte tatin est un dessert populaire, le chausson McDo l’est aussi. Entre les deux… J’ajouterais être aussi agacé par le dogmatisme anti-pop, qui conclut à l’impossibilité d’accomplir quoi que ce soit d’intéressant sur ce front vastement majoritaire. Pour avoir couvert beaucoup de pop en y avoir appris beaucoup de choses, je ne partage aucunement cette position.

Cette semaine, cependant, il n’y a pas lieu de s’indigner.

On m’avait dit beaucoup de bien de Bruno Mars sur scène. Je devrais couvrir le spectacle pour La Presse, on nous a dit que son organisation refusait d’accorder des places aux journalistes – on estimait qu’il s’agissait du même spectacle (à peu de choses près) présenté il y a un an. J’ai quand même acheté une paire de billets pour m’y présenter avec ma petite dernière (12 ans) , très fan de Bruno Mars. Au départ, il faut dire, je m’étais porté volontaire pour couvrir ce show… surtout à cause de Pharrell Williams dont les tubes me plaisent bien. Avant de devenir la supervedette qu’il est, le mec était un doué réalisateur hip hop et de la soul/R&B, on peut dire que son mégatube Happy résiste fort bien à la surdiffusion. Dommage car l’offre de ce presque programme double était alléchante.

La semaine dernière, on annonçait que Pharrell annulait pour «conflit personnel». Hum, difficile à gober. Lorsque cette tournée fut mise sur pied il y a plusieurs mois, l’interprète de Get Lucky et Happy était la première partie idéale pour Bruno Mars. Aujourd’hui, l’impact populaire de Pharrell a carrément changé la donne. Y a-t-il eu renégociation avortée des cachets et des temps de glace ? Poser la question… et peut-être ne jamais y répondre. Il faut maintenant s’attendre à une tournée à grand déploiement côté Pharrell.

Quant à Bruno Mars, son spectacle est en soi un festival d’effets spéciaux, de références intégrées par quiconque s’intéresse en tant soit peu à la musique populaire: soul pop, R&B, pop-rock, reggae, un soupçon de hip hop, le tout interprété par un orchestre afro-américain de très bon niveau – claviers, vents, guitares, batterie. On l’a souvent souligné, ses ballades soul pop rappellent le style de Michael Jackson, et on le sait homme-orchestre (bon batteur, bon guitariste, bon chanteur), de surcroît bon danseur et bon showman. J’aurai donc vu Bruno Mars une fois. Certes divertissant, mais beaucoup trop cher pour ce que c’est because la demande et les effets spéciaux – éclairages, scénographie hi-tech, etc. Ainsi va le marché de la pop culture. Ses consommateurs les plus perméables succombent et contribuent à gonfler les prix.

En tout cas, il faudra tout un album pop de Bruno Mars pour que je m’y repointe. Et je doute que ça se produise…

Quant à Justin Timberlake, ce vendredi, je présume que ce sera une coche au-dessus. On vous en parle samedi.

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Mardi 15 juillet 2014 | Mise en ligne à 13h41 | Commenter Commentaires (90)

Polaris: la liste courte dévoilée

Polaris_Music_Prize_logo

«Plus de 150 membres de l’industrie de la musique et des médias étaient réunis aujourd’hui dans la salle ronde du Carlu à Toronto pour le dévoilement de la courte liste du Prix de musique Polaris 2014. L’événement était diffusé en direct sur le web via l’émission BRBR sur la chaîne TFO. Les dix albums nommés ont été sélectionnés parmi les 41 titres figurant sur la longue liste, qui avait été annoncée le mois dernier au Centre National de Musique à Calgary.»

LA COURTE LISTE DU PRIX DE MUSIQUE POLARIS 2014 (en ordre alphabétique):

Arcade Fire – Reflektor

Basia Bulat – Tall Tall Shadow

Mac DeMarco – Salad Days

Drake – Nothing Was The Same

Jessy Lanza – Pull My Hair Back

Owen Pallett – In Conflict

Shad – Flying Colours

Tanya Tagaq – Animism

Timber Timbre – Hot Dreams

YAMANTAKA // SONIC TITAN – UZU

Et alors ?

J’avoue personnellement avoir évité de voter pour Arcade Fire au deuxième tour parce que le supergroupe a déjà gagné. Basia Bulat ? Très sympa, mais pas au point de se hisser aussi haut. Mac DeMarco est à mon sens totalement surévalué. Drake fait du bon travail, bel alliage de créativité et de références populaires mais… pas dans ma courte liste. J’ai voté pour Jessy Lanza au premier tour, j’aurais pu le faire au deuxième mais j’ai mis un peu de keb franco dans mon vote final… pas très stratégique. Owen Pallett, j’aime beaucoup mais il a déjà gagné le Polaris et son nouvel opus n’est pas exceptionnel quoique très bon. Pour Shad, je crois que cette sélection est justifiée. Idem pour Tanya Tagaq, certes la plus singulière des artistes venues du Grand Nord. Timber Timbre ? Assurément voté pour Hot Dreams aux deux tours. Pour Yamantaka Sonic Titans, voilà aussi un groupe aux concepts forts mais au musicianship trop erratique…

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Lundi 14 juillet 2014 | Mise en ligne à 18h12 | Commenter Commentaires (3)

Kode9 aux Week-ends du monde

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Les statistiques officielles la Société du parc Jean-Drapeau nous indiquent que plus de 173 500 visiteurs pour les Week-ends du Monde 2014, consacrés à la musique (Karim Ouellet, notamment), la danse et la découverte culinaire. S’il n’avait pas plu des cordes dimanche pour la finale de la coupe du monde de soccer, ç’aurait été encore beaucoup plus. Samedi soir, en tout cas c’était vraiment achalandé lorsque je me suis présenté à la Place de l’Homme, soit au pied du Calder où se produisait Steve Goodman alias Kode9. Normalement, on circule très facilement en vélo dans cette zone. Beau problème !

Le musicien écossais (aussi philosophe et chercheur comme on le souligne dans mon interview parue samedi) nous a donné un set généreux, varié, très recherché malgré une foule qui ne le connaissait probablement pas en majorité. Hormis ses intérêts marqués pour l’après dubstep, l’après-dub ou l’après-jungle, nous a concocté une deuxième heure chargée des styles footwork et ghettotech, actuellement en vogue sur la scène de Chicago.

On ne s’étonnait pas d’entendre des extraits de feu DJ Rashad, figure dominante du footwork (danse de rue dont les protagonistes carburent à un mélange de ghetto house, techno, soul , drum & bass et hip hop) et mort tragiquement le 26 avril dernier. Overdose, semble-t-il… Rappelons que DJ Rashad était une signature Hyperdub, le label que possède Kode9 et qui réunit entre autre la brillante Laurel Halo, l’allumée Ikonika, le fameux Burial. Des enregistrements inédits de ce dernier nous ont d’ailleurs été balancés en fin de parcours. Exclusif!

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