Alain Brunet

Dimanche 22 mars 2015 | Mise en ligne à 13h50 | Commenter Commentaires (23)

Africa Express: Terry Riley interprété au Mali !

Africa Express Terry Riley In C Mali

Pour le premier trimestre de 2015, voilà certes l’album world le plus étonnant. L’interprétation par un collectif malien de l’oeuvre In C, un classique du compositeur californien Terry Riley. Ce dernier n’a pas été aussi marquant que Steve Reich, duquel l’esthétique est très proche de cette oeuvre fondatrice. Reich a poussé le concept beaucoup plus loin mais quiconque s’intéresse au minimalisme américain finit par connaître In C.

La pièce fut composée en 1964, on célèbre son demi-siècle avec notamment cette vivifiante relecture afro-occidentale, soit l’une des meilleures qu’il m’ait été donné d’entendre.

Adama Koita, Kamel N’goni; Alou Coulibaly, calebasse; Andi Toma, percussions et kalimba; André de Ridde, violon, kalimba et guitare baryton; Badou Mbaye, djembe et percussions; Brian Eno, Bijou, Olugbenga, voix; Cheick Diallo flûtes africaines; Damon Albarn, melodica; Defily Sako et Modibo Diawara, kora; Guindo Sala, imzad; Kalifa Koné et Mémé Koné, balafon; Nick Zinner (Yeah Yeah Yeah) et Jeff Wootton, guitares.

Le succès de cette relecture repose sur la complémentarité des lutheries (occidentale, mandingue, touareg) et des interprètes issus de ces différentes cultures. Évidemment, les réputations de Brian Eno, Damon Albarn et Nick Zinner ne nuisent pas pour attirer les auditeurs mais on ne peut dire qu’ils jouent ici un rôle de premier plan. Ces vedettes de la pop/rock se fondent ici dans le personnel et se mettent au service de la composition qui repose sur les principes suivants, très bien expliqués sur le profil wiki consacré à In C:

«… la partition est uniquement composée de 53 phrases musicales, ou riffs ; les musiciens doivent jouer chacun de ces motifs, et le répéter autant de fois qu’ils le veulent avant de passer au motif suivant. Il n’y a aucune contrainte sur le nombre minimal ou maximal de répétitions. Ainsi, la partition de In C tient sur seulement une page, et les représentations de cette pièce musicale oscillent entre 45 et 90 minutes.

Terry Riley note cependant quelques conseils sur cette partition : les thèmes doivent être joués dans l’ordre, doivent être répétés un nombre suffisant de fois (une minute par thème équivaut à 53 minutes de concert), et les musiciens ne doivent pas hésiter à s’arrêter de jouer de temps à autre afin d’écouter l’ensemble, et doivent tirer au maximum profit de l’alchimie sonore qui s’opère entre les instruments1. Par exemple, en restant sur un thème si une interaction avec un autre instrument s’opère. De plus, il est recommandé aux musiciens de ne pas prendre trop d’avance ou de retard les uns par rapport aux autres.

La pièce peut être jouée par n’importe quel nombre d’instruments, bien qu’un groupe de 35 au moins soit préférable. Cependant, l’enregistrement original de la pièce ne comporte que 11 musiciens…

Tous les instruments peuvent jouer cette pièce ; Riley note que les synthétiseurs sont bienvenus, et que des chanteurs peuvent jouer cette pièce en utilisant les voyelles ou consonnes qu’ils veulent1. Il arrive aussi bien souvent au cours d’une représentation que les musiciens échangent leurs instruments. »

Vous avez donc compris que l’oeuvre la plus célèbre de Terry Riley comporte des règles souples et une instrumentation à géométrie variable. L’interprétation singulière ici proposée par Africa Express en transcende la proposition originelle et en dévoile la dimension africaine. On a entre les oreilles une vraie musique du monde, rencontre souhaitable et égalitaire de ses cultures.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de In C Mali par Africa Express sur Deezer

Africa Express, site officiel

Africa Express, profil Transgressive Records

Metacritic, moyenne de 82% fondée sur 8 textes

In C profil wiki

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RufusReid

Depuis plusieurs années maintenant, la fin de l’hiver montréalais (une vue de l’esprit en 2015, on en convient) coïncide avec le petit festival Jazz en rafale. En voici le plat principal.

De Rufus Reid, contrebassiste émérite qu’on associe à la haute performance jazzistique, on ne s’attendait pas qu’il produirait une œuvre pour big band de cette envergure, œuvre à l’intersection du jazz contemporain et de la musique de chambre conçue au troisième millénaire.

Le septuagénaire new-yorkais et sa charmante épouse accueillent le journaliste à l’hôtel où ils viennent à peine de débarquer. On fait face à un homme grand, costaud, calme, souriant, modèle de courtoisie.

Ce qu’il vient présenter samedi à L’Astral est le plus ambitieux projet du festival Jazz en rafale que mène Alain Bédard, contrebassiste, producteur et copropriétaire du label Effendi. Rufus Reid sera à la barre du Jazzlab, ensemble montréalais à géométrie variable, cette fois transformé en un grand ensemble de 20 musiciens pour ainsi porter les musiques de l’album Quiet Pride / The Elizabeth Catlett Project, sélectionné cette année pour deux trophées Grammy.

« Pour certaines raisons, estime le musicien, ma musique est jouée et aimée : j’imagine qu’on s’y intéresse d’abord pour ma réputation de contrebassiste… et on s’étonne finalement d’écouter des œuvres de cette nature et de ce niveau. On ne m’associe pas spontanément à ce type de musique… ce que je considère comme un compliment à mon endroit ! »

Par «ce type de musique», Rufus Reid entend une approche très actuelle pour grand orchestre.

« Entre les musiques contemporaines écrites et improvisées, la ligne est devenue beaucoup plus fine qu’autrefois. J’avais cette musique en tête depuis longtemps, et je ne savais pas comment les faire émerger. Ce qui s’est finalement produit. Enfin… j’estime que ça a commencé à se produire et je m’estime très chanceux que cela puisse intéresser des mélomanes car des milliers de compositeurs n’ont pas ce privilège. »

Tout avait commencé avec un atelier de composition mené par le pianiste, compositeur et arrangeur Jim McNeely, auquel participait Rufus Reid. Jusque-là, il était considéré comme l’un des meilleurs contrebassistes aux États-Unis pour ne pas dire l’entière planète jazz.

« Je n’avais jamais étudié la composition. Avec Jim, ce fut super! Il m’a vraiment sorti de ma zone de confort. Plus tard, j’ai obtenu une bourse afin de composer pour un grand ensemble. Au début du projet, soit en 2006, j’avais en main un livre d’art sur les œuvres de jeunesse de l’artiste Elizabeth Catlett. Je fus inspiré par ses lignes et ses formes à la fois claires et abstraites, les différentes humeurs qu’inspirent ses œuvres – tendresse maternelle, séduction, conflit, agressivité, colère… Trois ans plus tard, j’ai pu faire sa rencontre et lui faire écouter ce que j’avais composé en m’inspirant de son travail. J’en étais encore au stade préliminaire, mais elle avait eu une bonne idée de ce que cette musique était en train de devenir. J’aurais vraiment aimé qu’elle entende le produit final ! »

Née en 1915 à Washington D.C., Elizabeth Catlett est décédée au Mexique il y a trois ans. De l’avis de notre interviewé, elle fut l’une des plus grandes sculptrices et plasticiennes issue de l’Amérique noire. Son travail oscillait entre l’abstraction moderne et des préoccupations sociales fondées sur la réalité afro-américaine.

« Il y a quelques années, raconte Rufus Reid, on a joué ma musique dans un amphithéâtre de Bâton Rouge, en Louisiane. Dans le même édifice de cette salle de concert, se trouvait une galerie d’art qui présentait 17 de ses œuvres extraordinaires. J’ai alors réalisé pleinement le potentiel d’une connexion entre le monde de la musique et celui des arts visuels.»

Ainsi, Rufus Reid composa six pièces pour big band s’inscrivant dans la mouvance actuelle, on pense notamment à l’orchestre de Maria Schneider de qui le contrebassiste est proche, encore des œuvres de Jim McNeely qu’il dit être son « gourou de la composition ».

Pour les séances de studio qui l’ont mené à la production d’un album sous étiquette Motema Music, lancé l’an dernier, le contrebassiste a travaillé de concert avec la chanteuse Charenee Wade, le batteur Herlin Riley, le pianiste Steve Allee, le guitariste Vic Juris, les trompettistes Tim Hagans, Ingrid Jensen, Freddie Hendrix et Tanya Darby, les saxophonistes et/ou clarinettistes Steve Wilson, Erica von Kleist, Tom Christensen, Carl Maraghi et Scott Robinson, les trombonistes Dave Taylor, Ryan Keberle, Michael Dease et Jason Jackson, les cornistes John Clark et Vincent Chancey.

« Avec sensiblement le même personnel, raconte Rufus Reid, nous avons joué quatre soirs au Jazz Standard (dans Manhattan) il y a quelques semaines. Ce fut fabuleux ! En septembre dernier, nous avions fait de même au David Rubinstein Atrium du Lincoln Center, très bel espace où l’on pouvait projeter les images des œuvres d’Élizabeth Catlett pendant le concert. »

À Montréal, le personnel sera totalement différent, sauf le principal intéressé. Transformé en big band contemporain le Jazzlab sera le véhicule de cette musique et l’occasion pour d’excellents musiciens d’ici de la transcender – sous la direction de Joe Sullivan, l’ensemble regroupera: Rufus Reid (contrebasse), John Roney (piano), Simon Legault (guitare), Kevin Warren (batterie), Carole Therrien (voix), Roberto Murray (sax ténor, flûte, clarinette), Alexandre Côté (sax alto), Erik Hove (sax alto), David Bellemare (sax ténor), Samuel Blais (baryton et clarinette), Jean-Nicholas Trottier (trombone), Richard Gagnon (trombone), Dave Grott (trombone), Bob Ellis (trombone), Aron Doyle (trompette), Dominic Léveillé (trompette), Jacques Kuba-Séguin (trompette), Bill Mahar (trompette), Jocelyn Veilleux (cor français)

On raconte que Rufus Reid a été agréablement surpris du niveau des interprètes.

« Je suis très motivé à faire connaître cette musique à travers différents ensembles comme celui de Montréal. J’ai fait en sorte que les partitions et les consignes soient limpides, afin que le résultat soit probant partout où cette musique sera jouée par des ensembles professionnels ou universitaires.

« Et… non, ce n’est pas le big band de Rufus Reid. C’est le son de big band selon Rufus Reid. »

On peut écouter intégralement l’album Quiet Pride / The Elizabeth Catlett Project (étiquette Motema Records) en cliquant ICI.

CE SOIR ÉGALEMENT: HICHEM KHALFA À L’UPSTAIRS

Jeune trompettiste et compositeur de Montréal, Hichem Khalfa vient de lancer l’album Histoire sans mots, sous étiquette The 270 Sessions. Ce premier opus de jazz fut enregistré aux côtés du pianiste Jérôme Beaulieu, du contrebassiste Alex Bellegarde, du batteur Martin Auguste et du saxophoniste ténor Al McLean. Compositions intéressantes, mélodies habitées par la musique classique occidentale et quelques esprits d’Orient. Le concert de ce nouveau quintette, il faut le préciser, ne s’inscrit pas dans le cadre de Jazz en rafale mais… puisque le jazz renaît à la fin de l’hiver, on vous suggère aussi ce programme à l’Upstairs.

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Jeudi 19 mars 2015 | Mise en ligne à 19h38 | Commenter Commentaires (84)

Sur le déclin des blogues… et sur leur pérennité

D’aucuns annoncent la désuétude, le déclin et la disparition imminente des blogues, forme interactive considérée comme extrêmement prometteuse… il y a 15 ans.

Le blogue non professionnel a effectivement connu son âge d’or au milieu de la précédente décennie. Le blogue alimenté par des professionnels de l’information a connu ses heures de gloire de 2006 à 2010.

Et puis… le vent a tourné lorsque les médias sociaux permettant de très courts échanges sont devenus dominants: Twitter et Instagram,sans compter les centaines de milliers de groupes de discussion sur Facebook. Le public désireux d’exprimer humeurs, informations et courtes opinions y ont trouvé un espace propice à leur expression. Nul besoin d’écrire long, nul besoin de lire long, nul besoin de l’imprimatur des médias traditionnels. Ainsi, plusieurs praticiens du blogue ont migré, des blogues de masse en ont souffert. Cela étant, ceux qu’on alimente rigoureusement, je pense notamment à celui de mon collègue et ami Richard Hétu, se portent bien et attirent toujours beaucoup de lecteurs.

N’empêche… Les arguments des fossoyeurs du blogue, enfin du blogue dans sa forme originelle, doivent être pris en considération. Très sérieusement. Pourquoi ?

* La tâche:

Dans plusieurs médias de référence, moult blogueurs professionnels ont souvent été appelés à travailler ailleurs sur les nouvelles plateformes en chantier de leurs employeurs (surtout les applications pour tablettes), plateformes dont le potentiel économique est jugé plus prometteur. Souvent, des modérateurs extérieurs se chargent du lectorat déviant car les hôtes des blogues n’ont pas (ou n’ont plus) le temps nécessaire à filtrer les interventions de leurs communautés. Progressivement, des journalistes ont dû consacrer leur énergie ailleurs pour différentes raisons, et donc, ont moins alimenté leurs blogues. Certains s’en sont légitimement désintéressés, au point d’abandonner après avoir connu de très bon scores de participation. On peut les comprendre. Un blogue qui fonctionne rondement exige beaucoup d’énergie et de temps.

* La qualité de l’échange:

Plusieurs blogues grand public sont devenus des fourre-tout où les interventions pertinentes se sont raréfiées au profit d’humeurs et de combats de coq irrespectueux. L’interactivité, dans bien des cas, n’élève plus le contenu du billet autour duquel la discussion est censée avoir lieu. Trop souvent, les commentaires s’avèrent gratuits, hargneux, insultants, agressifs, insipides, non fondés, somme toute sans intérêt. Trop souvent, les désaccords s’expriment via l’insulte, le dénigrement, les accusations ad hominem. Trop souvent aussi, les blogues deviennent un cercle fermé d’intervenants dont les propos peuvent devenir redondants.

Chronique d’une mort annoncée ? Non.

Certains blogues se portent bien et ne sont pas près de disparaître. Les blogues se sont aussi diversifiés dans leur forme: certains consistent à multiplier les billets courts et faire réagir le lectorat. D’autres préconisent des contenus plus lourds et exigent plus d’attention. Un blogue spécialisé a pour objet d’intéresser différentes communautés de mélomanes qui ajoutent leur grain de sel au billet qui leur est proposé. Sur le portail www.lapresse.ca, je pense entre autres à ceux se consacrant au cinéma et à la musique. Sur celui-ci, les dernières semaines nous ont permis d’y observer des discussions fort intéressantes.

Ce blogue a traversé plusieurs phases, le noyau de ses intervenants s’y est modifié au fil de sept années d’existence. Notre communauté de lecteurs et d’intervenants a vécu de très beaux moments de discussion, d’autres désagréables ou même douloureux. Des blogueurs brillants s’en sont démobilisés pour différentes raisons qui leur appartiennent, certains en ont été malheureusement exclus pendant que d’autres se sont joints à ses forces vives – on le constate depuis quelques temps, d’ailleurs. L’animateur du blogue a dû lui-même apprendre à gérer tout ce trafic, à gérer les conflits, à réagir aux pointes lui étant destinées. Il y a eu des ratés, certes, mais surtout des résultats probants.

J’ose croire avoir fait les choses différemment, en proposant des contenus longs, en intervenant moi-même au-dessous afin de relancer les discussions en plus de modérer.

Ce blogue a encore des velléités horizontales, il ne peut néanmoins parvenir à tout couvrir – lacunes punk/hardcore, lacunes blues, lacunes métal, lacunes world, lacunes classiques, oui oui je sais… Il me faudrait être cinq personnes à temps complet pour y parvenir.

J’aimerais aussi que d’autres intervenants de qualité se joignent au débat, ce qui s’est produit dernièrement. Vous savez, il est très difficile d’instaurer et de maintenir une dynamique inclusive, faire en sorte qu’une personne désireuse de s’exprimer ne soit pas intimidée par une communauté de mélomanes dont plusieurs s’avèrent de redoutables connaisseurs. Faire aussi en sorte qu’une discussion sur la musique ne soit plus un boys club.

Et… je suis un journaliste à temps partiel sur ce blogue car je dois consacrer plus d’énergie au modèle d’affaires La Presse + qui draîne plus de 50% des revenus publicitaires des trois plateformes de La Presse (web, papier et tablette). Pour l’instant, la progression de ce modèle d’affaires implique forcément les scribes de La Presse, il en va de leur avenir professionnel… et un peu du vôtre en tant que lecteurs.

Dans ce contexte, j’estime néanmoins avoir trouvé un certain équilibre entre mes tâches des deux dernières années et le maintien d’un blogue vivant, ouvert et dynamique.

Je l’ai déjà écrit et je le répète, plusieurs commentaires au-dessous de chacun de mes billets en améliorent le contenu. Dans cette optique, je persiste à affirmer que NOUS continuons d’être un laboratoire de la critique 2.0. Si ce n’était pas le cas, j’arrêterais drette là.

Merci à toutes et tous de continuer à intervenir et, sinon, à nous lire quotidiennement.

Rappel aux lecteurs et intervenants

* Dans la majorité absolue des cas, les albums traités sur ce blogue peuvent être écoutés intégralement, vous n’avez qu’à consulter les LIENS UTILES.

* Si vous avez loupé la discussion, vous pouvez TOUJOURS retracer le billet qui vous intéresse afin de lire et y ajouter votre grain de sel. Deux manières d’y parvenir: vous consultez mes propres archives sur les liens à droite de chaque billet ou encore vous allez sur Google, vous tapez le nom du sujet & blogue Alain Brunet. Ça fonctionne TOUJOURS.

SI VOUS TROUVEZ UN BILLET PERTINENT, DE GRÂCE PARTAGEZ-LE SUR FACEBOOK EN CLIQUANT SUR L’ICÔNE FACEBOOK À DROITE DU BILLET. MALHEUREUSEMENT NOS INTERVENANTS ET NOS LECTEURS ASSIDUS NE LE FONT PAS ASSEZ.

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