Alain Brunet

Samedi 21 mai 2016 | Mise en ligne à 16h13 | Commenter Commentaires (7)

Victo, pour écouter: de Tagaq à Fet.Nat

Pour tout vous dire, les deux premières journées passées au Festival international de musique actuelle de Victoriaville n’ont été ni décevantes ni mémorables. On vous invite à en lire le résumé et visionner les extraits audio-visuels repiqués sur le web.

QuatuorBozzini&KimMyhr-2
Toutes les photos sont de Martin Morissette pour le FIMAV

Jeudi, le concert d’ouverture a donné lieu à un minimalisme sensuel et horizontal. Pour le plat de résistance, le guitariste norvégien Kim Myhr a maintenu un rythme constant sur un seul accord, les extrapolations harmoniques du quatuor étaient en phase avec ce qui émanait de la guitare 12 cordes… pendant qu’Erika Angell récitait ou chantonnait des mots de la poétesse Caroline Bergvall et que la proposition rythmique était complétée par le percussionniste Ingar Zach. Micro-variations au programme, différents réglages en cours de route… Paisible, méditatif, sensuel.

Un peu plus tard, la prestation de la chanteuse Julie Tippetts, du saxophoniste et claviériste Martin Archer et de leurs acolytes n’a pas été aussi vivifiante que le laissaient prévoir les enregistrements du tandem britannique. La dimension électronique en actualisait la démarche alors que sur scène, les claviers que touche Archer et Laura Cole constituaient un accompagnement plus convenu qu souhaité. Le saxophone soprano d’Archer était parfois un irritant plutôt qu’un contrepoint pertinent aux très belles propositions vocales de Julie Tippetts. Résultat: des longueurs et une impression de jazz-prog anglais des années 70… Daté.

Niggli&Schaerer-1

Quant au Suisse Lucas Niggli, on a effectivement constaté sa technique et sa créativité un batteur imaginatif et doué, et forme une équipe d’impro parfaitement rodée avec son interlocuteur Andreas Schaerer. Le lexique du chanteur est vaste: beatboxing, onomatopées, mélodies consonantes, dissonances, raclements, beuglements, bruitisme, imitation de cuivres et plus encore… il faudrait s’y mettre sérieusement pour décrire tout ce qui sort de cette bouche ! Parfois, cependant, c’est étalé trop épais sur la tartine mais on ne pouvait nier la recherche vocale de cet improvisatur et sa capacité d’entrer en symbiose avec la percussion.

Microtub-3

Tubiste or not tubiste ? Vendredi après-midi, c’était Microtub au programme, trio anglo-norvégien de tubas : Robin Hayward, tuba microtonal en fa; Peder Simonsen, tuba microtonal en do, Martin Taxt tuba microtonal en do. Les micro-variations de ces continuums horizontaux nous ont conduits à réfléchir sur la notion de maîtrise du souffle et sur le bien-fondé des fréquences émanant d’une seule note jouée en apparence. Plus on plonge dans cette écoute, plus on en découvre les variables beaucoup plus nombreuses qu’il n’y paraît.

Le guitariste français Olivier Benoît est actuellement à la tête de l’Orchestre national de jazz (ONJ) et s’intéresse de toute évidence à la direction de grands ensembles improvisés. Vendredi, Benoît s’est retrouvé devant la fusion de deux orchestres : l’ensemble Supermusique et le GGRIL, dont il a extirpé les sonorités typiques de ces jeux d’improvisations…

Tagaq&ElementChoir-5

Le spectacle le plus attendu de vendredi était sans conteste celui de Tanya Tagaq, son ensemble (Jesse Zubot, violon, électronique, Jean Martin, batterie, Bernard Falaise, guitare) et The Element Choir dirigé par Christine Duncan. Cette dernière a développé un langage choral improvisé, à géométrie variable. Qui plus est, elle peut recruter des chanteurs et chanteuses là où elle se produit. Malheureusement, l’équilibre du volume entre l’ensemble de Tanya Tagaq et celui du choeur était loin d’être idéal. Sauf les interventions les plus brutales et les plus stridentes de l’ensemble vocal, l’intelligibilité de la sonorisation ne permettait pas de bien saisir l’interaction. Toutefois, celles et ceux qui en étaient à leur premier concert de la performer inuite en ont assez pris dans la gueule pour passer outre ces considérations. Tanya Tagaq est toute une bête de scène, souvent aux limites de la transe, superbement secondée par ses musiciens.

FET_NAT-2

Jusqu’à maintenant, la surprise du 32e FIMAV provient de l’Outaouais. Fet.Nat est une meute d’animaux sauvages qu’il fait bon voir évoluer dans leur habitat naturel: la scène. On connaît le batteur Olivier Fairfield pour ses participations à Timber Timbre et Last Ex, mais c’est au sein de ce commando de choc qu’on peut le voir déployer tout son arsenal. Véritable dynamo, il propulse son frontman JFNO, poète punk, crieur viscéral, chanteur de haute volée, redoutable bebitte dont les interventions hilarantes avec pancartes assorties (”jazz”, “ginette”, “place toé” …) sont entrelardées des lignes émanant d’un saxophone enragé dans lequel souffle Linsey Wellman. Déclenchées en temps réel par les musiciens, les basses et les harmonies sont synthétiques et complètent bien la proposition. Aussi furieux soient-ils, ces musiciens proposent un avant-rock d’excellente tenue, que seuls des techniciens aguerris peuvent exécuter avec une telle désinvolture.

Attention à Fet.Nat, voilà un band francophone sur lequel il faut désormais compter.

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Vendredi 20 mai 2016 | Mise en ligne à 17h34 | Commenter Commentaires (9)

Julianna Barwick, Will

Julianna Barwick cover.jpeg

Céleste, aquatique, stratosphérique, marin… Qu’on s’y imagine dans les profondeurs abyssales des océans, dans les plus hautes altitudes de l’atmosphère terrestre ou encore dans l’espace, la musique de Julianna Barwick évoque la suspension, le vol plané, le flottement, la plongée tranquille, l’errance spatiale. Ces mouvements lents explorent des zones sans obstacles apparents, sans relief, sans matière solide. Plus précisément, les courbes sinusoïdales de ces propositions mélodico-harmoniques dévoilent de magnifiques contrepoints à plusieurs voix. Ces superpositions vocales y sont les prolongements d’harmonies simples, minimalistes, consonantes, croisements entre dream pop, minimalisme américain, chant sacré des époques médiévale ou baroque. Piano, violoncelle, synthétiseurs modulaires ou même percussion contribuent à étoffer ces sédiments vocaux épandus sur l’horizon, en toute élégance. Avec ce Will, troisième opus studio sous étiquette Dead Oceans, la compositrice américaine consolide assurément sa position parmi les visionnaires du style ambient.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de l’album Will sur Deezer

Julianna Barwick, site officiel

Julianna Barwick, profil wiki

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À celles et ceux qui s’attendent à lire des textes sur les artistes promis il y a quelques jours: soyez rassurés, je vais le faire mais… pas tout de suite. J’ai passé les journées de mercredi et jeudi à préparer une pléthore de courts textes sur le Piknic Électronik et me voici à peine débarqué au Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Une poutine avec ça ? Hum… vais-je succomber une fois de plus et imposer de nouveaux sévices à mon pauvre foie ? La question n’est pas de savoir si mais quand ! ;))

Passons à une autre table d’hôte, celle de jeudi au FIMAV. Puisque plusieurs d’entre vous ne viennent jamais à cette assemblée annuelle des druides, eh bien je vous débusque tout de go de l’écoute en continu avec quelques commentaires appropriés:

Julie Tippetts Martin Archer

La chanteuse Julie Tippetts, 68 ans,(jadis connue sous le nom de Julie Driscoll) et le saxophoniste Martin Archer, 58 ans, se produisent ce jeudi, 22h, au Colisée des Bois-Francs. Contre-culturels des années 60 et 70, issus du free jazz, du prog/space rock et autres musiques expérimentales, ils ont chacun un vrai parcours de création. Les plus âgés se souviendront des enregistrements de Julie Driscoll et Brian Auger à la fin des années 60, après quoi la chanteuse a collaboré avec le pianiste Keith Tippett qu’elle a marié.

Pour sa part, Martin Archer est associé aux musiques actuelles anglaises, particulièrement dans la région de Sheffield d’où il est issu. Aujourd’hui, son terrain de jeu a gagné en superficie: jazz actuel, électroacoustique, chant choral contemporain.

Au début des années 2000, rappelle-t-on dans le programme officiel du FIMAV, Julie Tippetts amorçait une collaboration avec Martin Archer, d’abord pour un enregistrement créé de concert avec la poétesse Geraldine Monk. Quelques années plus tard, le saxophoniste créait des musiques pour porter des textes inédits de Julie Tippetts. Ce premier opus en duo, Ghosts of Gold, fut lancé en 2009. Il a été suivi de trois autres albums. Ainsi, ils n’ont pas arrêté de chercher pendant que les générations subséquentes passaient à autre chose.

Voici un aperçu de ce qu’ils ont trouvé au cours des dernières années, fragments d’albums sur ce lien Soundcloud, sous étiquette Discus (que dirige Martin Archer).

À vue de nez, ces vétérans ne se sont pas reniés mais n’ont pas non plus hésité à actualiser leur proposition. À la demande du FIMAV, Arccher et Tippetts s’entoureront de quelques musiciens ayant participé à leurs enregistrements communs. Encore allumés malgré l’usure du temps, ces Brits se retrouveront ce jeudi avec le contrebassiste Seth Bennett, la claviériste Laura Cole, le batteur Peter Fairclough, le guitariste Anton Hunter.

quatuor-bozzini

Fondé à Montréal en 1999, le quatuor Bozzini est sur tous les fronts depuis le début de 2016, on se souvient notamment d’une série de trois concerts autour de Morton Feldman donnés à la salle Bourgie, en mars dernier. C’était écrit dans le ciel, le quatuor finirait tôt ou tard par débarquer à Victo. Et ça se passe ce soir. Le quatuor à cordes propose ce soir la création d’une œuvre du guitariste norvégien Kim Myhr, déjà venu faire résonner les Bois-Francs en 2010, soit à la tête du Trondheim Jazz Orkester.

Cette fois, Myhr a ramené de Norvège le percussionniste Ingar Zach et la chanteuse suédoise Erika Angell, devenue montréalaise et d’autant plus respectée au sein de sa communauté indie. On la connaît pour son travail excellent au sein de l’ensemble Thus Owls ainsi que son rôle de choriste chez Patrick Watson. Dans le contexte de ce soir, elle se consacrera aux textes de la poétesse scandinave Caroline Bergvall. Par ailleurs, le Quatuor Bozzini jouera avec Myhr et Zach une sélection de Microexercises du compositeur américain Christian Wolff : ces courts morceaux ne comportent pas plus de 100 notes chacun et offrent une grande latitude à leurs interprètes.

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