Alain Brunet

Lundi 23 février 2015 | Mise en ligne à 10h13 | Commenter Commentaires (26)

Cinoche symphonique: l’expérience Gladiator

Gladiator symphonique

Faut-il encore un blockbuster du cinéma ou une vedette pop pour intéresser le grand public à la musique symphonique? Bien sûr que oui. Dans la majorité des cas, l’exercice ne mène pas plus loin, c’est-à-dire plonger vraiment dans le répertoire de la musique symphonique ou autres musiques plus complexes. Les fans d’un film ou d’un artiste pop y voient certes une valeur ajoutée… qui ne les incite pas à traverser la frontière séparant la forme chanson et les grands airs orchestraux des oeuvres plus exigeantes.

Quant aux qualités intrinsèques de la musique symphonique destinée aux productions grand public, elles sont variables. Dans quelque cas, cependant, le rendez-vous peut être possible. Prenons l’interprétation en temps réel de la bande originale du film Gladiator, signée Hans Zimmer, à qui l’on doit plus de 125 bandes originales. La création vocale de cette musique était de Lisa Gerrard, que l’on a naguère connue au sein formation Dead Can Dance – en vogue dans les années 90.

Immense orchestre, immense choeur, soliste de talent – Clara Sanabras que je dirais techniquement supérieure à Lisa Gerrard. Les références classiques sont empruntées à la fin de la période romantique et au début de la modernité, références auxquelles se greffent moult ornements contemporains. Percussions, cordes, techniques vocales, certaines parenthèses orchestrales plus contemporaines, sans compter les références turques, arméniennes, nord-africaines, on en passe. Voilà la tradition musicale hollywoodienne dans ce qu’ elle a de plus rigoureux, de plus efficace.

On peut évidement se formaliser du passéisme relatif de cette “symphonie” au service d’un excellent péplum réalisé par Ridley Scott en 2001 et mettant en vedette des acteurs de grande qualité – Russell Crowe, Joaquin Phoenix, Connie Nielsen. Ces concepts symphoniques sont d’une autre époque, maintenus artificiellement en vie à Hollywood plus d’un siècle après leur conception. Pour ses détracteurs, ils ne seraient que des exercices de style. Grosso modo, la musique de film selon Hollywood serait imaginé par des compositeurs de deuxième division, qui n’ont su relever les défis de leur époque. Pour les défenseurs de l’approche, cependant, ce genre en soi serait le prolongement légitime de pratiques compositionnelles abandonnées au profit de pratiques abscons, déconnectées des goûts du public.

Qui a raison? Quelle que soit la réponse, il y a lieu d’apprécier la longue, rigoureuse et vibrante performance de ces musiciens et chanteurs sous la direction de Justin Freer, un chef et directeur artistique qui croit à l’autonomie des musiques de films. Il est loin d’être le seul: tant de mélomanes collectionnent les musiques de films qu’ils considèrent comme un style à part entière.

Ce week-end à la salle Wilfrid-Pelletier (samedi soir et dimanche après-midi), cependant, m’est d’avis que le spectacle d’une telle performance servait toujours le cinéma. Je dois avouer avoir oublié l’orchestre et le choeur pendant un long moment… J’ai apprécié l’expérience, remarquez, mais sans en être sorti ébloui. Et avec quelques questions en tête…

Malgré tout ce déploiement, malgré toute cette sophistication, à quoi porte-t-on vraiment attention même lorsque le film est projeté sous les musiciens et chanteurs ?

Dans un tel contexte, l’orchestre l’emporte-t-il sur la production cinématographique?

Au bout du compte, une musique de film reste-t-elle une musique de film, c’est-à-dire un complément de l’image?

LIENS UTILES

Gladiator, profil wiki

Lire les commentaires (26)  |  Commenter cet article

 

Dimanche 22 février 2015 | Mise en ligne à 12h09 | Commenter Commentaires (7)

Tire le Coyote / Panorama kebericana

Tire le coyote Panorama

«Ton coeur est un si beau pays / Le mien une maison mobile…»

Ainsi démarre La Révolution tranquille, première chanson au programme de ce délicieux Panorama. Sauf un texte de Stéphane Lafleur (Les chemins de serviette), les rimes sont écrites par Benoit Pinette alais Tire le coyote. Mitan, son album studio précédent, nous incitait à migrer dans son univers kebericana (diminutif maison de québécois et americana, au risque de me répéter) , mais en plein développement. Très collé sur Neil Young, avions-nous alors noté, mais tourné avec une vraie personnalité et une connaissance aguerrie des références stylistiques constituant son art chansonnier. La suite est encore plus intéressante. Cette écriture est encore plus précise dans le propos, plus fertile en images bien ficelées comme celles ici suggérées:

«Ton fleuve est grandiose, j’emprunterai tes battures… Je mangerai tes racines, je creuserai tes collines…»

«…Les bouteilles vides deviennent des phares / Me guident un peu jusqu’à la mort / Même si je ne suis qu’homme de glace / Il y aurait l’envie de laisser ma trace…»

«…J’en ai bûché un coup / Coupe à blanc sur le passé / J’mets mon coeur à cap d’acier…»

«… Mon hamster spinne comme une essoreuse à salade… »

«… J’vends mon âme à l’encan / Pendant qu’y est encore temps… »

«… Ton silence de monastère évoque la bombe atomique…»

«… Ton coeur globe-trotter est un voyage à crédit…»

«… le courant passe, reste à choisir le ch’min… on branchera nos radars dans l’220…»

«… Je sais que plusieurs toucheront du bois en espérant sculpter de l’espoir…»

Cela étant cité, ajoutons que les tournures de Pinette ne sont pas toutes impeccables, on en trouve aussi quelques tarabiscotées comme celle-ci:

« Et si jamais nos espérances oublient de fabriquer le futur / Je me ferai ninja en transe et défoncerai barrières et murs…»

«… Laisse-moi mettre de l’espoir dans ta tank à méfiance…»

Musicalement, on note un net progrès… et les conseils d’Éric Goulet: meilleure réalisation, meilleurs arrangements, instrumentation riche et variée, belle intégration keb de références folk, country, blues, bluegrass, invariablement nord-américaines.

Au-delà des petits bémols, ce Panorama vaut vraiment le détour. On peut d’ores et déjà prédire que cet opus sera retenu parmi les meilleurs albums francophones de 2015.

LIENS UTILES

Tire le coyote, site officiel

Écoute intégrale de Panorama sur MusicMe

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article

 

Vendredi 20 février 2015 | Mise en ligne à 14h26 | Commenter Commentaires (8)

Christine is the Queen

Christine  and the Queens

J’avais l’épaule en écharpe lorsque l’album Chaleur humaine est sorti. Beaucoup plus tard, j’ai eu vent du buzz outre-Atlantique… Mais je n’avais absolument pas conscience du buzz incontestable à l’endroit de Christine & the Queens, qui vient à peine de remporter deux Victoires de la musique au Zénith (meilleur clip pour Saint Claude, artiste féminine de l’année). Et qui vient tout juste de faire sauter le plafond du Métropolis. Public assez varié en ce jeudi de blizzard: majorité de kebs francos entre 25 et 35 ans, importante minorité de femmes et hommes gays, contingent de fans français installés à MTL.

En Amérique francophone, force est d’observer que le le phénomène Christine & the Queens n’est pas décalé, il se produit presque simultanément avec l’Europe, fait rarisssime.

Bilingue, bisexuelle assumée, férue de chanson et pop francaises, férue de pop indie anglo, fan d’électro-pop, de nu-soul ou de hip hop, voilà de quelles musiques elle se chauffe. Une pointe d’Étienne Daho, une larme de France Gall, une chouia de Mylène Farmer, un soupçon de Camille, mais aussi des liens directs avec Kanye West, Beyoncé, Janelle Monae ou même la Sugarhill Gang et son Rapper’s Delight de 1979. On contemple ici une France éminemment parisienne, mais dont les références sont pour la plupart intégrées de ce côté-ci de l’océan. Sur scène, l’instrumentation est surtout faite de machines et claviers, sauf une basse électrique. De cette lutherie, cependant, on peut extirper du gros son.

En studio ? L’album Chaleur humaine n’est pas grand album pop. Certes cnstitué de bonnes chansons, réalisées sous l’angle électro-pop ou soul-pop, plus machines qu’instruments électriques. Esthétique franco-mondiale connue, instrumentation bien de son temps. Sympa, bien fait, efficace, sans frime, sans prétention… sans plus. De prime abord, rien pour se rouler par terre. Or, plusieurs chansons de Chaleur humaine s’avèrent d’authentiques vers d’oreille. Ces annélides ont conquis la radio commerciale française pour les bonnes raisons.

Les bonnes raisons sont les suivantes: cette Christine transpire la vérité. Son expression est celle d’une jeune femme intelligente et inspirée, qui a su construire un personnage public en phase avec ses convictions esthétiques, avec cette idée très personnelle qu’elle a de la féminité et de la séduction. Une idée, d’ailleurs, que partagent beaucoup de femmes de sa génération.

Sur scène, les chansons prennent une force insoupçonnée. Cheveux longs devant nous, veston, pantalons, regard vrai et intense, propos chargé de substance malgré la simplicité apparente. Qui plus est, la jeune dame est une très bonne danseuse (impression renforcée par une paire de danseurs chevronnés), dotée d’une voix puissante. Entertainer magnétique, simple, chaleureuse. Malgré les éclairages, les chorégraphies ambitieuses et les projections, cette Héloïse Letissier (son vrai nom) réussit à nous transmettre une forte dose d’humanité – et d’intimité en tutoyant l’auditoire.

Dans ce contexte, on ne lui attribue aucune préfabrication. Ce personnage est le sien, elle ne prétend à rien d’autre que de nous servir de la bonne pop, des émotions vraies et senties, la pensée d’une jeune femme allumée.

Les matériaux composites du personnage Christine & the Queens laissent présager de grands progrès artistiques et un impact encore plus considérable. Quoi qu’il advienne, Christine est d’ores et déjà une queen de la pop. Un autre album de même facture, et elle remplira aisément le Centre Bell.

LIENS UTILES

Christine & the Queens, site officiel

Écoute intégrale de l’album Chaleur humaine sur Deezer


Compte-rendu d’Émilie Côté – spectacle de jeudi au Métropolis

Lire les commentaires (8)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    novembre 2014
    L Ma Me J V S D
    « oct   déc »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Archives

  • publicité