Alain Brunet

Vendredi 17 mai 2013 | Mise en ligne à 11h35 | Commenter Commentaires (51)

Daft Punk… Daft Disco… Daft Pop… Daft quoi ?

Daft Punk Random Access Memories

Depuis la sortie de l’album Human After All en 2005 le tandem français a fait dans l’audiovisuel (b.o. pour Tron : L’Héritage , entre autres) et le spectacle à grand déploiement au grand plaisir des masses festivalières. Revenus à l’audio avec ce Random Access Memories, Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter se collent plus que jamais sur l’euro-dance et la pop.

Malgré sa faible productivité côté audio (cinq albums depuis 1997), Daft Punk demeure une marque de prestige, jouit d’une crédibilité plus que certaine. Réputation, en tout cas bien assez considérable pour se laisser désirer par le grand public sensible à la pop électronique et ses extrapolations instrumentales. Et que dire de la faune médiatique. C’est déjà le feu d’artifices ! Random Access Memories est encensé par plusieurs médias de référence, une petite minorité fait défection. J’ai bien peur d’en faire partie…

Quelques écoutes successives ne m’ont pas du tout rapproché de Daft Punk. J’ai plutôt l’impression d’être téléporté dans une disco chic d’Ibiza, un de ces lieux où convergent golden boys and girls, heureux élus de l’économie sans partage et autres héritiers de fortunes familiales. Dans un registre plus modeste, l’impression de m’égarer dans la crédulité voire la grande perméabilité aux campagnes publicitaires d’envergure. Je vous assure ne pas bouder mon plaisir.

Cette euro-dance que complètent des musiques instrumentales et chansons pop d’une mièvrerie me semblent digne des meilleures pubs d’interurbains – ça s’améliore cependant vers la fin de l’opus. La participation de personnalité prestigieuses telles Nile Rodgers (Chic), Paul Williams (Swan, dans The Phantom of Paradise), Giorgio Moroder (pape de l’euro-dance des années 80, il résume sa trajectoire dans un extrait), Pharrell Williams, Todd Edwards, DJ Falcon, Chilly Gonzales, Panda Bear (???) ou Julian Casablancas (The Strokes), ne change pas grand-chose à cette perception de vide conceptuel, de fausses prétentions de substance, d’un empaquetage ingénieux de clichés. Mélodies susurrées à l’autotune, violons disco-hollywoodiens, sprages technologiques apparemment songés… ouf.

Que la croisière s’amuse… D’autres restent au port.

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Jeudi 16 mai 2013 | Mise en ligne à 19h55 | Commenter Un commentaire

Kobo Town: Trinidad & Canado

Kobo-Town Jumbie in the Jukebox

Le groupe de ce Canadien d’adoption porte le nom d’un quartier de Port-of-Spain, lieu fondateur du style calypso: l’émergence de Kobo Town n’est pas discrète, elle a déjà fait le tour du Commonwealth ! On la compare à celles de formations mythiques hybridant l’héritage des West Indies avec la modernité anglaise. The Specials font partie de la nomenclature, ce qui est assez évocateur merci.

Torontois depuis l’âge de 13 ans, Drew Gonsalves a grandi à Trinidad. À l’évidence, il s’est forgé une identité hybride dans le melting pot où il a atteint l’âge adulte. Les West Indies l’emportent néanmoins sur le Canada dans l’art de ce chanteur, guitariste, multi-instrumentistes, auteur-compositeur. Ses histoires savoureuses sont celles d’insulaires appauvris, délicieux mésadaptés, victimes, battants, révoltés, paranos, immigrés nostalgiques, personnages qui ne manquent pas de relief.

Plus précisément, la musique trinidadienne (calypso, soca, jump up) rejaillit partout dans son excellent Jumbie in the Jukebox qui vient de paraître sous étiquette Cumbancha. Album aussi traversé par le roots reggae, le dancehall, la habanera ou même quelques éléments de konpa-zouk-meringue.

La musique des West Indies se vit autrement pour les expatriés, en résulte ce mélange contagieux, d’attitude rock, qui ne manque pas de crudité malgré ses atouts tropicaux. Trombone, trompette, guitares (acoustique et électrique) claviers et percussions restent effectivement assez sales dans le jeu, le son d’ensemble, le mix.

Une nouvelle république vient de naître, Drew Gonsalvez en est le président: Trinidad & Canado.

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Kobo Town, site officiel

Drew Gonsalvez, profil Canadian Music Wiki

ÉCOUTE EN FLUX CONTINU SUR SONIC BIDS


Profil Kobo Town sur Cumbancha

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Mercredi 15 mai 2013 | Mise en ligne à 18h49 | Commenter Commentaires (25)

Ghostpoet: Some Say I So I Say Light

Ghostpoet  Some Say I So I Say Light

On avait repéré le poète-rapper afro-britannique parmi les finalistes du Mercury Prize 2011, soit pour l’album Peanut Butter Blues and Melancholy Jam. On s’incline à l’écoute de ce superbe Some Say I So I Say Light, sous étiquette Play It Again Sam (PIAS) et signé Ghostpoet.

Réalisé de concert avec Richard Formby, cet album d’Obaro Ejimiwe (le vrai nom de Ghostpoet, dont les origines sont nigérianes et antillaises) se démarque d’emblée de toutes les hybridations électro-poétiques en circulation sur toutes les autoroutes de la culture. Comme certains le font remarquer, le flow du mec peut rappeler Roots Manuva, la facture générale n’en demeure pas moins inclassable. Il ne s’agit pas exactement de hip hop, ni exactement de trip hop, ni de spoken words, ni de soul, ni d’électro post dubstep.

À l’évidence, nous avons ici une vraie signature entre les oreillles. Usages uniques de la lutherie numérique, amalgames uniques des sons, arrangements d’exception. Avec un certain détachement dans le ton, ces onze titres nous causent de fuites, blessures, brisures, cassures, résignation, deuil amoureux. Poésies sombres, musiques éclatantes. La participation des chanteuses Lucy Rose et Woodpecker Wooliams y est aussi remarquable.

Voilà une de mes meilleures prises en 2013.

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