Alain Brunet

Vendredi 10 mars 2017 | Mise en ligne à 15h50 | Commenter Commentaires (25)

Carpenter Brrrr…ut!

Carpenter Brut

Mieux connu sous le pseudo Carpenter Brut, le Français Franck Hueso se produit ce vendredi à guichets fermés au Théâtre Berri – précédé de la formation locale Le Matos. Ne songez surtout pas à vous y rendre si vous n’avez pas vos places mais… voilà l’occasion de remplir un autre nid de poule de votre culture hivernale.

Le mec a creusé un immense souterrain qui sillonne la planète, son succès est attribuable à l’atteinte d’un point de jonction entre la synthwave, le dark électro et le hard-rock/métal. Ce mariage est annoncé depuis des lustres, on en convient, les unions de ce type pourraient néanmoins se multiplier et même relancer l’esprit rock via une lutherie actualisée à l’environnement numérique.

Rendus publics depuis 2012, ses trois maxis ont fait boum auprès d’un vaste public, bien au-delà de la France; 18 titres de ces trois galettes se trouvent aussi dans l’album Trilogy, paru en 2015 et qui figurait dans les top électros de certains de nos blogueurs avisés en la matière.

Les équations rythmiques de Carpenter Brut ne tiennent pas de la haute mathématique, mais cette lourdeur binaire (synthétique ou humaine, batteur à l’appui) et cette remarquable corrosion émanant de claviers et guitares archi-saturés, le tout assorti de voix “auto-tunées”, produisent un embrasement peu commun. En somme, Carpenter Brut s’annonce nettement plus maléfique que ne le fut Justice avant que le célèbre tandem ramollisse et s’approche du son Daft Punk – en mode plus ou moins funky disco, Giorgio Moroder, Pharrell Williams, etc.

Ma perception:

Puisque j’aime bien le synthwave agressif – sans en écouter des masses, non non non je n’ai pas cette prétention ! ;) – , je me suis pointé vendredi au Théâtre Berri, plein à ras-bord. Au terme du concert, d’ailleurs les agoraphobes refoulés au pied de l’escalier en ont bavé lorsque le service d’ordre a fait sortir les gens au compte-gouttes, question de laisser les gens se rendre au vestiaire. J’ai alors vu un mec perdre carrément les pédales et se faire neutraliser (un euphémisme) par un colosse de la sécurité. Étrange concept de gestion des foules ? Il existait pourtant une autre sortie de secours qui aurait très bien pu être utilisée pour les spectateurs n’ayant pas à passer au vestiaire, mais bon…

Cet irritant n’a aucunement teinté ma perception du concert. Il faut dire d’abord que cette musique est diablement efficace: Carpenter Brut nous offre un show très viril, avec films violents de série B en toile de fond (horreur, guerres de gangs, soft porn sanguinolente…), non sans rappeler les projections de White Zombie à l’époque. Les variations de cette musique sont peu nombreuses, ce répertoire est plutôt érigé comme une palissade, son puissant et monolithique, dont les harmonies tonales sont pour la plupart prédigérées par tout mélomane. À mon sens, l’intérêt d’un tel concept porte sur la nature de la saturation des claviers et la manière dont ces claviers et rythmes de synthèse sont complétés par la guitare et la batterie.

Au bout d’une heure et des broutilles, c’est-à-dire en souriant à l’écoute de cette version hard de Maniac, chanson-phare du film Flashdance composée par Michael Sembello en 1983, on avait vraiment fait le tour du jardin et… il en faudrait vraiment davantage pour en faire un autre. Joli défouloir, on en convient.

LIENS UTILES

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Carpenter Brut, profil wiki

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Vendredi 10 mars 2017 | Mise en ligne à 9h25 | Commenter Commentaires (3)

Must hivernal: Isis Giraldo / Chiquita Magic

Isis Giraldo Chiquita Magic

D’origine colombienne, la Montréalaise Isis Giraldo nous a déjà fait la preuve qu’elle était l’un des grands espoirs locaux pour la composition jazz et world. Elle suggère ici un projet vocal fort différent de ses travaux précédents, axé sur la voix harmonisée. Ses recherches harmoniques comportent de petites réformes fort intéressantes. Assez de balises pour s’accrocher aux mélodies et choeurs, mais aussi plusieurs altérations personnelles dans les accords, doublées d’un discours rythmique nettement plus exigeant que la moyenne. Les cultures jazz et latines convergent ici vers un langage personnel, somme toute communicatif et assez facile d’accès. Les compléments électroniques et acoustiques sont généralement discrets, toujours au service de la voix. Plus qu’agréable !

En voici le personnel: Robin Dann, Ryan Brouwer, Alex Samaras, Thom Gill, Felicity Williams, voix; Martin Heslop, contrebasse; Philippe Melanson, rythmes; Jean Martin, réalisateur/ingénieur du son/ mixeur ; Isis Giraldo, composition/voix/ synthétiseurs.

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Mardi 7 mars 2017 | Mise en ligne à 19h12 | Commenter Commentaires (6)

Boxe féminine et théâtre musical

Ce mardi et ce mercredi au Studio Jean-Valcourt du Conservatoire de musique de Montréal(4750, avenue Henri-Julien) le Quatuor Bozzini propose de célébrer la Journée internationale des femmes en plongeant dans le théâtre musical de Mauricio Kagel (1931-2008). Peu joués, les quatuors à cordes I et II du fameux compositeur germano-argentin seraient les premières pièces de style théâtre musical et maintenant considérées comme des oeuvres de référence.

Dans cet esprit kagelien, le quatuor montréalais et la mezzo-soprano Laura Bowler proposent une évocation spectaculaire de la boxe féminine avec la pièce Training is the Opposite. D’autres oeuvres de théâtre musical sont prévues au programme; d’abord Hirn & Ei, de Carola Bauckholt, durant laquelle les musiciens du Quatuor Bozzini mettront leurs instruments de côté, le temps de jouer… du manteau! Une seconde pièce de Jennifer Walshe, (Your Name Here), complétera le tableau.

Voyons voir le programme de plus près, et ce avec les commentaires assortis de la violoncelliste Isabelle Bozzini:

Mauricio Kagel : Streichquartett I et II (1965-67), pour quatuor à cordes

“Par une notation et une approche vraiment différentes, Mauricio Kagel a déconstruit la notion de composition et a ainsi proposé une théâtralisation provocatrice de la musique à travers ses oeuvres. Dans le cas qui nous occupe, il déconstruit l’idée qu’on se fait du quatuor à cordes, avec une spatialisation et une gestuelles des plus singulières. Les musiciens déambulent et bougent selon un scénario et une mise en scène prévus par le concepteur de l’oeuvre, on se trouve alors dans différentes positions et mises en situation. Le quatuor no.1 est particulièrement théâtral alors que le deuxième l’est moins, mais il s’agit également de musique expérimentale comportant des techniques de jeu étendues, du bruitage et autres effets.”

Carola Bauckholt: Hirn & Ei (2010), Pour quatuor de manteaux

” C’est une élève de Kagel qui a aussi composé en s’inspirant de cette oeuvre.”

Jennifer Walshe: Training is the Opposite (2014), Pour quatuor à cordes, mezzo-soprano et amplification

“Il s’agit du prolongement d’un quatuor d’abord commandé en 2009 autour des oeuvres de Kagel. En 2014, la compositrice a retravaillé cette oeuvre, ce choix coïncidait avec l’admission des femmes boxeuses aux Jeux du Commonwealth. Afin d’interpréter l’oeuvre, la mezzo-soprano anglaise Laura Bowler a suivi un entraînement rigoureux avec une ex-boxeuse profesionnelle, soit Cathy “The Bitch” Brown. Avec la chanteuse, nous avons déjà joué ce quatuor à Londres il y a deux ans et demi, comme la plupart des oeuvres de ce programme.”

Jennifer Walshe, (Your Name Here) (1998) Pour voix , bande et amplification

LIENS UTILES

Quatuor Bozzini, site officiel

Mauricio Kagel, profil wiki

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