Alain Brunet

Lundi 20 juillet 2015 | Mise en ligne à 15h14 | Commenter Commentaires (192)

Pourquoi toutes ces listes ?

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Pourquoi publions-nous des listes de fin d’année? D’été ? De mi-décennie ? De fin de décennie ?
Parce que les lecteurs en raffolent, tout simplement. Surtout parce qu’ils ont besoin de références: la surabondance d’enregistrements dans l’univers numérique en laisse plus d’un… perdu. Lorsque des pros de l’écoute se prononcent, les lecteurs prennent des notes et se risquent parfois à découvrir ce que la radio FM de grande écoute ou la télé généraliste ne leur servent pas ou si peu.

Bien sûr, il leur faut prendre en considération les goûts et la pratique journalistique de leurs «guides» pour se faire une tête. Et relativiser tout ça… Depuis cinq ans, des dizaines de milliers d’albums ont été lancés sur cette petite planète. Même les plus appliqués des mélomanes n’en ont écouté qu’une petite fraction et en ont préféré une portion infinitésimale.

Alors ? Les listes ont quand même leur utilité. Ne croyant pas à l’égalité des goûts et des modes d’appréciation de l’art, il importe pour le fan de musique de se positionner par rapport aux connaisseurs, aussi relatives soient les préférences de ces derniers.

Préférences relatives, j’insiste. Franchement, je peux dresser une liste de plusieurs dizaines d’enregistrements que j’ai grandement appréciés depuis le début de l’année 2010, à hauteur plus ou moins égale. Voyons voir:

D’abord la liste publiée:

1) Kendrick Lamar – To Pimp A Butterfly (2015)

Il s’agit non seulement de la plus grande avancée formelle en musique de masse, mais encore du plus visionnaire des pools d’artistes mobilisés par un MC engagé, poétique, surdoué.

2) Vijay Iyer – Break Stuff (2015)

Pour les concepts pianistiques, pour l’envergure du compositeur, pour l’inventivité du soutien rythmique, voilà LE trio acoustique de la mi-décennie sur la planète jazz.

3) Sufjan Stevens – The Age of Adz (2010)

Le pinacle musical de Sufjan Stevens se trouve dans The Age Of Adz, quintessence de son écriture chansonnière et de ses orchestrations top niveau.

4) Flying Lotus – You’re Dead! (2014)

Steven Ellison a créé le plus solide des alliages entre électro, jazz, hip-hop et soul/R&B, entre musique instrumentale et musique de synthèse. You’re Dead! est un sommet en ce sens.

5) Nick Cave & The Bad Seeds – Push the Sky Away (2013)

L’équilibre parfait entre littérature poétique, culture rock, mythe contemporain, puissance d’évocation. Nick Cave fait encore une fois la preuve de son immense maîtrise!

6) Grizzly Bear – Shields (2012)

Le rock indie a atteint sa forme classique avec quelques rares albums dont celui-ci: fusion parfaite entre chanson, culture rock et orchestration contemporaine.

7) Shackleton – Music For The Quiet Hour/The Drawbar Organ (2012)

Ce maître de la culture technoïde explore la voix et le chant choral, fouille dans les cultures indienne, africaine ou arabe, exploite moult concepts rythmiques. Qui dit mieux?

8) Kanye West – My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010)

Les cuivres et les anches, le chant choral, les propositions technoïdes, les choix rythmiques, les refrains accrocheurs, les mélodies, les collaborateurs, le flow. En bref, un classique.

9) Gaëtan Roussel – Ginger (2010)

Le meilleur album franco d’Europe, pour la qualité équivalente des mots et des sons, pour la réalisation en phase avec la période de sa conception, pour ses affinités dance-punk.

10) Philippe B – Variations fantômes (2011)

Le plus bel opus du Québec français, pour la qualité des textes, la suavité des mélodies et cette excellente idée d’assembler ces mashups d’esprit folk avec la musique classique.

Et… dans le désordre le plus total, tous les albums qui suivent auraient pu se retrouver parmi les 10 premiers, car ils sont de qualité comparable.

Arcade Fire, Reflektor

Swans, The Seer

Swans, To Be Kind

Karkwa, Les Chemins de verre

Wayne Shorter Quartet, Without a Net

Bon Iver, Bon Iver

PJ Harvey, Let England Shake

Run the Jewels, Run the Jewels 2

Andy Stott, Luxury Problems

Andy Stott, Faith in Strangers

Chelsea Wolfe, Pain Is Beauty

Bassekou Kouyaté & N’Goni Ba, Jama Ko

Vijay Iyer, Accelerando

Rudresh Mahanthappa, Gamak

Phosphorescent, Muchacho

The Knife, Shaking the Habitual

Laurel Halo, Chance of Rain

Rokia Traoré, Beautiful Africa

Jimmy Hunt, Jimmy Hunt

Ben Frost, Aurora

Jérôme Minière, Une île

Julia Holter, Ekstasis

Grouper, Violet Replacement

Neil Young, Psychedelic Pill

Robert Plant, Lullaby and… The Ceaseless Roar

D’Angelo, Black Messiah

Douze hommes rapaillés chantent Gaston Miron volumes 1 & 2

Richard Desjardins, L’existoire

Janelle Monae, The Archandroid

Timber Timbre, Hot Dreams

John Hopkins, Immunity

Kurt Vile, Smoke Ring for my Halo

The Bad Plus Joshua Redman

Godspeed You! Black Emperor, Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend !

Patrick Watson, Adventures in Your Own Backyard

Jean-Louis Murat, Grand lièvre

Laura Marling, Once I Was an Eagle

St.Vincent, Strange Mercy

St.Vincent / David Byrne, Love this Giant

Atlas Sound, Parallax

Converge, All We Love We Leave Behind

Gretchen Parlato, The Lost and Found

Scott Walker & Sunn 0))) , Soused

The War on Drugs, Lost in the Dream

James Blake, Overgrown

Nicolas Jaar, Space Is th Only Noise

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Jeudi 16 juillet 2015 | Mise en ligne à 11h41 | Commenter Commentaires (40)

POLARIS: la liste courte

La liste courte du Prix Polaris vient d’être rendue publique, la voici par ordre alphabétique. Fait à noter, aucun francophone ne figure dans cette courte liste, et la représentation anglo-montréalaise y est très mince- Braids… et c’est tout.

Pour écouter tous les albums de la liste longue et de la liste courte, on clique ICI.

Alvvays – Alvvays

alvvays

BADBADNOTGOOD & Ghostface Killah – Sour Soul

BadBadNotGood & Ghostface Killah Sour Soul

Braids – Deep In The Iris

braids deep in the iris

Caribou – Our Love

Caribou Our-Love

Jennifer Castle – Pink City

Jennifer Castle

Drake – If You’re Reading This It’s Too Late

Drake

Tobias Jesso Jr. – Goon

Tobias Jesso Jr

The New Pornographers – Brill Bruisers

The New Pornographers

Buffy Sainte-Marie – Power In The Blood

Buffy Ste Marie

Viet Cong – Viet Cong

Viet Cong

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Mercredi 15 juillet 2015 | Mise en ligne à 19h00 | Commenter Aucun commentaire

Afro-bulles…

Les musiques présentées aux Nuits d’Afrique ne font pas exception au phénomène de la parcellarisation des pratiques culturelles. Les amateurs de musiques du monde sont eux-mêmes fragmentés en de nombreuses… afro-bulles relativement étanches. Qu’il s’agisse de l’intérêt stylistique, culturel, communautaire ou générationnel, ladite musique du monde est aussi une addition de genres et publics spécialisés. On le constate chaque soir depuis les débuts des 29e Nuits d’Afrique.

Prenons les exemples des derniers jours, à commencer par VOX SAMBOU.

FestivalInternationalNuitsD'Afrique2015

On connaît Nomadic Massive, on connaît peut-être moins Vox Sambou, un de ses membres fondateurs. Cela ne saurait tarder! Ce qu’on a vu et entendu mardi soir au Théâtre Fairmount le positionne parmi les plus allumés de la world 2.0 à provenir de Montréal.
Hormis sa contribution au sein de Nomadic Massive, le mec a deux albums solo derrière la cravate (Lakay en 2008, Dyasporafriken en 2013), un troisième sera rendu public l’automne prochain.

Haïtien, Montréalais, Afro-Québécois, citoyen du monde, ce grand efflanqué est d’un chic irrésistible dans son complet bleu. Danseur souple, rapper éloquent, bon chanteur s’exprimant en créole et en français.

Redoutable frontman!

Convenons que Vox Sambou n’est peut-être pas un grand technicien de l’organe vocal, mais il peut aisément compenser par sa vaste culture musicale et par la singularité de sa direction artistique. Cet artiste inspiré propose un judicieux mélange de styles intégrés et actualisés : rythmes rara et vaudou, hip hop, reggae, afrobeat nigerian, musiques mandingues, R&B, soul, funk, jazz.

Appuyé par l’excellente chanteuse antillaise Malika Tirolien, Vox Sambou a constitué un band très solide avec David Ryshpan, claviers, Cauê Vieira, saxophone, Hichem Khalfa, trompette, Christopher Cargnello, guitare, Diegal Léger, basse, Jean-Daniel Thibault-Desbiens, batterie, sans compter les danseurs/percussionnistes invités Hai et Dario Abdala du groupe Sombit de Mexico.

Vox Sambou joint ainsi l’élite locale de la world 2.0, au même titre que Wesli, Pierre Kwenders, Samito et Malika Tirolien qui est aussi son acolyte. Cette cohorte de musiciens peut espérer une carrière internationale, encore leur faut-il des agents qui ont de la vision et sont capables de les vendre sur le circuit international. Vox Sambou, en tout cas, représente fort bien cette génération de trentenaires éduqués et raffinés, capables de transcender leur propre patrimoine et le rendre universel en l’hybridant avec d’autres cultures et musiques de grande qualité.

Afro-bulle world 2.0…

La famille klezmer

Dimanche et lundi au Balattou, deux tranches de concerts ont permis de découvrir le groupe Oktopus, gagnant des Syli d’Or 2014 - ce concours est organisé annuellement par les Nuits d’Afrique.

Paul Kunigis était l’invité de dimanche, Henri Oppenheim lundi. Compositeur, accordéonniste, chanteur, guitariste, ce dernier est aussi conférencier et détenteur d’un doctorat en mathématiques. Il a étudié la composition et l’orchestration à l’Université McGill, dirigé pendant 10 ans l’ensemble Kleztory, s’est produit en spectacle plus de 200 fois au Canada et dans le monde entier. Plusieurs orchestres symphoniques et orchestres de chambre ont joué sa musique.

À l’évidence, Henri Oppenheim est un modèle pour les musiciens d’Oktopus, de surcroît un très bon véhicule pour ses propres musiques. Flûte, violon, trompette, trombone, tuba, piano, percussion et clarinette en constituent l’instrumentation. Belle exécution au programme, cohésion d’ensemble, ferveur, connaissance profonde des musiques juives ashkénazes, tziganes ou balkaniques avec ce vernis classique et cette attitude presque jazz dans le jeu.

Balkano-bulle…

FestivalInternationalNuitsD'Afrique2015

Le Sénégal au Brésil

Plus tôt dans la soirée de lundi, soit au Théâtre Fairmount, brésilianophiles et africanophiles étaient venus à la rencontre de Famalé, métissage entre la grande tradition mandingue et la musica popular brasileira… qui a aussi des racines en Afrique de l’Ouest comme en ont tous les descendants de l’esclavage dans les trois Amériques.

Les acteurs étaient le griot sénégalais (et Montréalais d’adoption) Zal Sissokho et ses collègues brésiliens, le violoniste et compositeur Marcus Viana et le multi-instrumentiste Sergio Pererê.

Les climats y sont variés, les langues exprimées sont multiples (portugais, français, mandingue sénégalais, etc.), les traditions respectées à travers un projet ambitieux qui s’apparente souvent à une musique de film ou une vaste entreprise multimédia. Arrangements, orchestration, direction artistique, dégaine, la facture générale de Famalé est impeccable… et peut-être un peu datée.

Encore là, des amateurs de sono-mondiale plus sensibles aux métissages des années 80 et 90 y trouveront leur compte.

Afro-bulle pour quadras, quinquas…

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