Alain Brunet

Lundi 25 avril 2016 | Mise en ligne à 16h35 | Commenter Commentaires (9)

Christophe, Les vestiges du Chaos

christophe les vestiges du chaos

Daniel Georges Jacques Bevilacqua alias Christophe, idole pop des années 60 et 70, a ressurgi en 1996 à la suite d’un long silence discographique, avec la bénédiction de ses contemporains à commencer par le collègue Bashung. Depuis lors, ses enregistrements ont été très majoritairement concluants, dont celui-ci.

Un demi-siècle après avoir “crié, crié Aline pour qu’elle revienne”, le septuagénaire nous sort un opus excellent, album de chanson française exécutée sur fond de synthpop aux accents coldwave, krautrock, nouvel-âgeux ou même classiques contemporains.

Les vestiges du Chaos tanguent sur de magnifiques vagues de synthés, ondulent au gré de cordes chambristes tissées avec soin. Ces gravats de séismes venus de l’intérieur sont remués par des beats électroniques, salves de guitares électriques. Les mots soyeux y sont portés par une voix habitée dans ses hauteurs.

Christophe a su relancer Jean-Michel Jarre, recruter le doué Boris Bergman (Ange sale), inviter Daniel Bélanger (Tangerine, Drone) à s’investir dans un projet d’envergure, illuminer le talent de Laurie Darmon (Océan d’amour, Stella box, Tu te moques) ou de Maud Natal (Définitivement), mettre en valeur la voix préenregistreé d’Alan Vega (Suicide) et aussi celle d’Anne Mougalis, poursuivre sa collaboration avec Christophe Van Huffel, trouver le meilleur ingénieur du son disponible en Maxime Le Guil, solliciter la coéralisation et les arrangements de Clément Ducol.

Voilà la très belle proposition d’un pépé qui a encore toute sa tête, toutes ses tripes, tout son coeur, tous ses moyens.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de l’album Les vestiges du chaos sur Spotify

Christophe, le site officiel

Christophe, profil wiki

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Samedi 23 avril 2016 | Mise en ligne à 17h47 | Commenter Commentaires (261)

Prince Rogers Nelson: 10 albums essentiels

La mort de Prince Rogers Nelson a été rendue publique jeudi, il fallut absorber le choc, écrire amplement sur le sujet et puis… j’ai réservé à ce blogue une chronologie de 10 albums essentiels parmi les 39 enregistrés en studio par cet artiste génial, de 1978 à 2015.

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1999 (1982)

Lancé en 1982, le cinquième album de Prince Rogers Nelson fut un véritable révélateur, soit le premier à circonscrire aussi clairement son expression musicale et, du coup, son envergure. La présence marquée des claviers en symbiose avec la guitare, le groove à la fois électro-pop, new wave et funk, le caractère métis de cette signature en parfait équilibre entre les cultures noires et blanches de l’Amérique, tous ces mégatubes au programme (1999, Little Red Corvette, Delirious, Automatic, etc), ce personnel de jeunes hommes et de jeunes femmes, le leadership incontestable du chanteur, instrumentiste et compositeur, tout ça a fait de 1999 l’un des incontournables de l’entière discographie de Prince.

Prince  Purple Rain

Purple Rain (1984)

Conçu dans le même élan d’inspiration que 1999, Purple Rain fut à la fois un film culte et le témoin de cette maîtrise acquise de Prince & The Revolution. Film et album imposaient l’esthétique androgyne et vaguement décadente du leader et de sa tribu. Les musiques s’avéraient encore plus affinées, plus cohésives, mieux arrangées, plus attractives que jamais. Un un mot, universelles. Le noyau créatif de l ’album précédent avait pris de l’expansion, on ajoutait des arrangements de cordes, des choeurs plus ambitieux et autres éléments de réalisation aux propositions guitare-claviers-basse-batterie. Ainsi, Purple Rain devint un des principaux standards de la pop anglo-américaine. On en chante encore les classiques aujourd’hui : Let’s Go Crazy, When Doves Cry, Purple Rain.

Prince Parade

Parade (1986)

Musicalement, Parade est l’album le plus poussé de Prince & The Revolution. Malgré la présence du mégatube Kiss, c’est aussi de début du déclin pop. À partir de là, Prince escaladera de moins en moins les palmarès. Au public de masse, celui des fans d’accroches et de la pop FM, se joint désormais un public constitué d’amateurs de musiques plus complexes et d’arrangements sophistiqués. Fans de de jazz rock, funk, post-Broadway et autres tendances proches des musiques dites sérieuses découvrent un compositeur surdoué et exigeant à l’endroit de ses acolytes. Parade conserve le son typique des albums précédents, mais les nouveaux compléments instrumentaux créent d’ores et déjà une distance avec les standards de la radio commerciale et le grand public qui s’y conforme. C’est aussi là que s’achève la fausse rivalité entre Prince et son contemporain Michael Jackson.

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Sign “☮” the Times (1987)

Les fidèles de Prince avaient été de nouveau secoués par Sign o’ the Times, qui jettait un nouvel éclairage sur sa musique et séduisait une nouvelle frange d’amateurs. La chanson titre était ni plus ni moins un chef d’oeuvre électro-funk traversé par le blues, véritable avancée formelle inspirée des influx électroniques dans la mouvance hip hop. Housequake était à la fois une réplique au meilleur rap old school de l’époque et aux groove habités de George Clinton (Parliament/Funkadelic). La soul était très présente dans The Ballad of Dorothy Parker, on en passe. Prince renouait clairement avec ses racines black en réformant ce son qui l’avait rendu célèbre… sans le renier pour autant. Plus sale, plus hargneux, moins lisse et, pourtant, d’une maîtrise incontestable. Du très grand Prince.

Prince Lovesexy

Lovesexy (1988)

Façon Prince, les références hip hop et funk étaient poussées encore plus loin dans l’opus Lovesexy. La proposition rythmique y était particulièrement substantielle, les interventions chorales allumées et novatrices. Ce dixième album studio introduisait saxophone et trompette à l’armada du leader, sans compter le rap de l’irrésistible Cat Glover. Prince s’y affirmait alors comme un maître du groove, tout en ramenant parfois sa pop-claviers proverbiale avec ne maîtrise accrue. Les équilibres bien-mal, blanc-noir, mâle-femelle, électrique-électronique, si chers à l’Artiste, y étaient remarquablement atteints. Fait à noter, le concepteur de Lovesexy voyait lui-même cet album comme l’expression d’une quête gospelisante, quête mystique pour le moins débridée !

Prince Diamonds and Pearls

Diamonds and Pearls (1991)

Dans le même sillon que Lovesexy, néanmoins plus contient au moins deux classiques de Prince : les irrésistibles Cream et Push. est le neuvième album enregistré en studio par Prince et le treizième en comptant les musiques de films. L’opus marque la première apparition officielle du groupe New Power Generation avec Michael Bland (batterie), Sonny Thompson (basse) et Tommy Barbarella (claviers) pour la base rythmique, Rosie Gaines, Damon Dickson & Tony Mosley pour les voix. Le batteur et percussionniste Kirk Johnson s’y impose alors comme acolyte principal de Prince aux arrangements et la réalisation.

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Love Symbol Album (1992)

My name is Prince, and I am funky…. À n’en point douter !!! Le funk était plus tribal que jamais sur ce Love Symbol Album. Paroxystique, jouissif, ravissant, d’autant plus cochon avec la deuxième chanson au programme : Sexy MF était une sorte d’hommage à James Brown et ses JB Horns, Love 2 the 9’s lançait un clin d’oeil à Michael Jackson (que plusieurs voyaient comme des rivaux au tournant des années 80), I Wanna Melt With You rappelait Vogue de Madonna, And God Created Woman évoquait à la fois Marvin Gaye et Burt Bacharach (!). On y observait en outre des greffes réussies de hip hop, de gospel, de pop top niveau. The New Power Generation étaiten pleine possession de ses moyens sur cet album de 18 titres, un autre projet très ambitieux.

Prince Emancipation

Emancipation (1996)

Pour affirmer son indépendance face aux multinationales de la musique, Prince sort deux albums en 2016: Chaos & Disorder, suivi de l’opus triple Emancipation. Cet album très ambitieux est généralement traversé par la soul, le R&B, le hip hop, le jazz et marque le divorce de Prince avec la multinationale Warner Music qui l’avait mis sous contrat à ses débuts. Sous la bannière New Power Generation (NPG), une armée de collaborateurs est mise à contribution, dont les Montréalaises Kathleen Dyson (guitares et voix, autrefois chanteuse de Tchukon) et Rhonda Smith (basse et voix, anciennement sidewoman de Claude Dubois, récemment aux côtés de Jeff Beck) ou même la brillantissime Kate Bush qui vient y faire des choeurs. C’est aussi la matière du fameux party de trois jours à Paisley Park, auquel La Presse avait été invité.

Prince Musicology

Musicology/The Chocolate Invasion/The Slaughterhouse (2004)

Bon gré mal gré, Prince continue à créer comme un malade, un quart de siècle après ses débuts. Pop, funk, rock, dance music, hip hop, psychédélisme, jazz, électro, ponts à la Zappa et autres référents stylistiques germent et poussent dans la serre de Paisley Park. Prince inonde ses fans de musiques tous azimuts sans modifier fondamentalement son approche. Pas de nouveau cycle mais plutôt un continuum de création. Essayer de trouver un album marquant de Prince est devenu un exercice inutile. Dans ces récoltes abondantes, il faut plutôt y débusquer les petites trouvailles de génie, y a apprécier les ornements, le talent des collaborateurs- John Blackwell, batterie, Ronda Smith, basse, Candy Dulfer, saxophone, Maceo Parker, saxophone, Clare Fisher (arrangements de cordes), et plusieurs autres.

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LotusFlow3r (2009)

Le premier groove au programme de cet album est proche de ce que John Zorn fait parfois avec The Dreamers ou Electric Masada, la guitare y est santanesque façon Caravanserai, et cette intro débouche sur des épisodes psychédéliques très relevés. Après cette claire évocation de Carlos, on se trouve à fond chez Jimi, voilà un de ces mille clins d’oeil dont deul Prince est capable, puis on se dirige vers un tempo dodelinant aux accents jazzy-lounge. Encore une fois, Prince pastiche, recycle et s’approprie les styles et signatures avec la maîtrise et l’élégance qu’on lui connaît. La palette est immense, et ce LotusFlow3r nous mènera vers les deux spectacles fabuleux donnés au Métropolis en 2011. Aussi en 2009

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Mardi 19 avril 2016 | Mise en ligne à 16h11 | Commenter Commentaires (15)

Suuns, Hold/Still

Suuns Hlod Still

Hold/Still, le troisième opus de Suuns, porte les signes apparents d’une approche conceptuelle, cérébrale, presque clinique, aux frontières de l’abstraction. Les tempos y sont moyens ou lents, l’approche tend vers le minimalisme, les ambiances électro-rock y sont lourdes, les textures aussi étranges qu’inhabituelles, les plafonds très bas, les ciels variant du bleu métallique au gris foncé.

Voilà pour la première impression de cet art rock.

La réalisation n’est pas piquée des vers: autrefois l’apprenti de Steve Albini, le Texan John Congleton a réalisé et mixé pas mal de monde, de Swans à St.Vincent en passant par David Byrne. Avec raison, il a enjoint les quatre Montréalais à enregistrer ensemble leurs pistes instrumentales, à conserver intacte une prise de son habitée plutôt qu’en gommer les petits défauts en en reprenant les pistes déficientes.

J’ai écouté cet album quelques fois avant de rencontrer Ben Shemie et Joseph Yarmush, quelques fois en cours de rédaction. Puis je me le suis refait jouer une semaine plus tard. La plante ne cesse de pousser entre les oreilles, de nouvelles branches et de nouvelles racines étendent leurs extrémités, conquièrent de nouveaux espaces. La sensualité et la pensée fine font leur chemin, émergent de ce très solide alliage de guitares, synthés, machines, batterie, voix, phrases consonantes traversées par les écrits sacrés et la sexualité.

Voilà pour les impressions subséquentes.

On finit par se sentir à l’aise dans cette pénombre organique, on se plaît à longer ces couloirs de paradoxes. Les grooves, les textures, les harmonies, les beats, les mots, tout ça s’imprime et donne vachement envie d’en contempler l’extrapolation sur scène. Mercredi à La Tulipe, la plante continue de croître.

Autres impressions à venir ?

Les voilà, au sortir du concert-lancement. Sur scène, Suuns atteint un niveau inégalé dans l’expression. Si l’on compare cette performance à celles relatives aux albums précédents, incluant le projet de l’an dernier avec Jerusalem in my Heart, Suuns a acquis la maîtrise et l’autorité des grands groupes internationaux. La pulsion rock s’avère nettement plus puissante sur scène qu’en studio, mais le quartette en maintient l’esprit. Les interventions des claviers et machines actionnées par Max Henry se fondent parfaitement dans le flux guitaristique particulièrement inspiré de Joseph Yarmush (complété par Ben Shemie) et les beats de Liam O’Neill, assortis de compléments électroniques. Pour sa part, le chanteur et parolier ne se pose pas comme un habituel frontman, mais plutôt comme le contributeur d’un grand tout. Ajoutez à cette prestation un choix brillant de projections audiovisuelles et vous avez devant vous un spectacle art rock de haute volée. Clairement le meilleur de Suuns depuis les débuts de la formation montréalaise.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de l’album HOLD/STILL sur Deezer

Hold/Still, profil de l’étiquette Secret City Records

Mon interview avec Ben Shemie et Joseph Yarmush

Suuns, page bandcamp


Suuns se produit le mercredi 20 avril à La Tulipe

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