Alain Brunet

Mardi 21 mai 2013 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (23)

Vanessa ô Vanessa

Vanessa Paradis Love Songs

Vanessa a fait équipe avec Benjamin. À la clef de cette généreuse offrande, 20 Love Songs, méthode Biolay au programme de Paradis.

Textes de peau, de sueurs, de soupirs. Corps qui glissent et s’entrechoquent en tandem. Esprits qui hésitent, esprits qui valsent. Femme et homme qui s’entretiennent. Arrangements élégants, groovy, mordants, aériens, flottants, raffinés.

On savoure l’éclectisme des références musicales (pop, chanson française, soul, rock, etc.), la profondeur des arrangements, l’acuité de l’interprétation sont à la hauteur de leur réalisateur. L’interprète, elle, n’avait qu’à rester elle-même.

D’autres auteurs et compositeurs ont collaboré à cet album double : Mickaël Furnon, Mathieu Boogaerts, François Villevieille, Carl Barât, Pierre Grillet, Ben Ricour, Adrien Gallo, Johnny Depp, Lily-Rose Depp, Ruth Ellsworth Carter, Roberto Gigli, Domenico Modugno, Jérôme Attal, Marcel Kanché. Biolay, lui en a créé sept, dont deux de concert avec Vanessa. Cette dernière en a fait une toute seule, en anglais.

Il y a peut-être un peu trop de matière pour qu’on s’exclame d’emblée, pour qu’on porte aux nues. Cela étant, nous avons entre les oreilles un des meilleurs opus de Vanessa Paradis. Excellent travail de Biolay, quelques très bonnes ou excellentes chansons. Bon, cet opus n’est pas Variations sur le même t’aime mais… peut-être ne se trouvera-t-il pas si loin derrière lorsqu’on y reviendra. Au fil du temps…

Liens utiles


ÉCOUTE INTÉGRALE DE L’ALBUM LOVE SONGS SUR MUSICME

Vanessa Paradis, site officiel

Vanessa Paradis, profil Universal Music

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Lundi 20 mai 2013 | Mise en ligne à 11h07 | Commenter Commentaires (8)

Victo: la totale Zorn pour coiffer le 29e FIMAV

Selon Jean Saint-Arnaud, président du conseil d’administration du Festival international de musique actuelle de Victoriaville (mis de l’avant par les Productions Plateforme), et Michel Levasseur, son directeur artistique et fondateur, environ 5000 entrées payantes ont été recensées à la 29e présentation de l’événement. Une croissance de 20 % par rapport à 2012 a permis aux promoteurs de boucler un budget équilibré. Ajoutons à ces données réjouissantes plus d’une dizaine de milliers de visiteurs aux installations sonores (gratuites), une opération menée par le commissaire et artiste Éric d’Orion.

Hormis le retour du renommé guitariste et chanteur Thurston Moore, qui s’est produit dans le cadre de deux concerts à Victo, les cinq programmes présentés par John Zorn représentent le facteur-clé de l’affluence observée au FIMAV cette année. Sans Zorn et Moore, qu’en serait-il à Victo ?

Difficile de ramener les festivaliers «dans le sentier», pour reprendre une expression de Michel Levasseur, dont l’événement a déjà joui d’un plus grand pouvoir d’attraction. Depuis quelques années, la programmation du FIMAV doit se mesurer à plusieurs propositions similaires l’année durant, notamment à Montréal. Heureusement pour Victo, certaines pointures restent fidèles à son festival de musique actuelle, à commencer par le musicien le plus célèbre de cette mouvance, omniprésent dimanche.

À ce titre, un retour sur ses cinq programmes s’impose:

ZornTheClassicalConnection-4

The Classical Connection, Cinéma Laurier, 14 h / crédit photos: Martin Morisette pour le FIMAV.

Le projet selon John Zorn, cité dans mon interview réalisée il y a quelques semaines :

« Il s’agit de lier la perfection structurale de la musique classique à l’énergie du jazz et de l’improvisation. Depuis plus de 40 ans, plusieurs de mes compositions s’inspirent de cette idée maîtresse. »

Illuminations (2010)

Personnel:
Stephen Gosling, piano, Trevor Dunn, contrebasse, Kenny Wollesen, batterie.

Zorn :
«Dans Illuminations, le jeu du piano est entièrement écrit, alors que la contrebasse et la batterie improvisent avec la partition. Il est rare qu’un pianiste de concert puisse jammer avec une batterie et une basse ! (rires) »

Commentaire:
Quel interprète, ce Stephen Gosling ! Jouer cette partition est extrêmement difficile, car cette écriture pianistique souscrit à la facture d’un saxophoniste et compositeur à la fois traversé par le free jazz et la musique contemporaine. Voilà qui tient de la haute virtuosité. La relation établie avec Trevor Dunn et Kenny Wollesen (qui, eux, improvisent) est d’ailleurs exemplaire.

The Holy Visions (2012) / pour cinq voix féminines

Personnel:
Lisa Bielawa, Martha Cluver, Mellissa Hughes, Abby Fischer , Kirsten Sollek.

Zorn :
« En latin, j’ai écrit les textes de Holy Visions – j’ai étudié cette langue pendant dix ans à l’école. Ces textes concernent la vie, le travail et la philosophie de Hildegard von Bingen. La compréhension du passé est très importante pour moi, voire la force motrice de mon travail. »

Commentaire:
Voilà une autre avancée dans le travail de Zorn, qui a su ici exploiter le potentiel et l’humanité de la voix féminine, tout en demeurant intègre par rapport à l’esthétique de son oeuvre.

The Alchemist (2011)

Personnel :
Jennifer Choi, violon, Pauline Kim, violon, David Fulmer, alto, Jay Campbell , violoncelle.

Commentaire:
Zorn a haussé le coefficient de difficulté de son écriture pour cordes. Sans prétendre à une grande connaissance de la musique contemporaine, je dirais que l’exercice de style a parfois plané au-dessus de cette oeuvre très complexe. Et dont les interprètes ont été tout simplement éblouissants.

Zorn-TheSongProject-8

The Song Project, Colisée A, 16h

Personnel :
Mike Patton, voix, Jesse Harris, voix, Sofia Rei, voix, Marc Ribot, guitare électrique, John Medeski, piano,Trevor Dunn, contrebasse, Kenny Wollesen, vibraphone, Cyro Baptista, percussion, Joey Baron, batterie.

Zorn :
« J’ai repris des pièces (composées pour Masada, Naked City, The Dreamers, etc.) que j’ai confiées à des paroliers – Mike Patton, Sean Lennon, Jesse Harris, Sophie Rei. Sauf quelques projets, je m’étais tenu à l’écart de la musique chantée durant la majeure partie de mon existence – sauf l’inclusion de cris humains. Lentement, j’ai trouvé des façons d’adjoindre le texte chanté à ma musique, à tel point que la voix représente une part importante de mon nouveau cycle de création. »

Commentaire:
Pour les fans de John Zorn, les textes ajoutés à ces pièces pour la plupart connues constituaient un véritable festin ! On y passait en revue tant de périodes du compositeur, extraits évidemment accessibles de son oeuvre puisqu’il s’agissait de les transformer en chansons. Sauf exception, c’était donc le Zorn musiques de films, le Zorn jazz convivial (Vince Guaraldi / Charlie Brown), le Zorn bolero mexicain, le Zorne presque bossa, le Zorn latin rock (comme il l’a fait si souvemt, Marc Ribot y transcendait senor Carlos Santana), etc. Très agréable, en somme.

Zorn-Moonchild

Moonchild : Templars, Colisée A, 19 h 30

Personnel:

Moonchild: Mike Patton, voix, ,Trevor Dunn, basse électrique, Joey Baron, batterie auxquels se joint John Medeski, orgue.

Zorn :
« Pour le premier album de Moonchild, je voulais écrire pour le chanteur Mike Patton. La première chose à laquelle j’ai songé était voix-piano. Puis lorsque j’ai commencé à écrire la musique je me suis dit qu’il valait mieux la présenter dans un contexte rock (avec basse et batterie) afin d’en maximiser l’impact. Ça a bien fonctionné, puis j’ai composé la matière de l’album Astronome, qui s’est ensuite transformée en projet d’opéra – dirigé par Richard Foreman. Nous en sommes au sixième album de Moonchild. Jusqu’à l’album Templars, l’expression vocale de Moonchild se présentait sous la forme de cris et onomatopées. Cette fois, le texte est important : le thème de l’Ordre des Templiers a été fascinant à traiter, notamment pour ses liens énigmatiques avec le mysticisme, la magie, etc. »

Commentaire:
Quelle déflagration ! Quelle claque ! Et des questions qui demeurent sans réponses… Comment Mike Patton peut-il générer ces cris hallucinants ? Ces superpositions d’harmoniques dans les suraigës ? Comment son organe vocal peut-il rester intact après tant d’années de vavoum ? Qu’on aime ou pas, on parle d’un véritable innovateur de la voix hardcore-métal. Patton impose le respect aux mélomanes, quelles que soient leurs préférences stylistiques. Cette violence vocale est d’autant plus intéressante lorsqu’elle est associée à des musiciens chevronnés qui n’ont que peu à voir avec cette esthétique et qui, tout compte fait, s’en sortent fort bien. Le batteur Joey Baron et le claviériste John Medeski ont rarement joué aussi pesamment ! Quant à Trevor Dunn, excellent bassiste rock et parfaitement adapté à l’éclectisme zornien, il était dans son élément. Et que dire du rappel improvisé, consignes données en temps réel par le maestro Zorn. Pur plaisir ! À condition, bien sûr, d’aimer le hardcore d’avant-garde.

Zorn-Dreamers-ElectricMasada-5

The Dreamers / Electric Masada, Colisée A, 22 h

Personnel:
The Dreamers : Marc Ribot, guitare, Jamie Saft, synthétiseurs, Trevor Dunn, basse électrique, Kenny Wollesen, vibraphone, Joey Baron, batterie, Cyro Baptista, percussion.
Electric Masada : même personnel auquel s’ajoutent Ikue Mori, électroniques, et John Zorn, saxophone alto.

Zorn :
« Puisque tous les festivals voulaient The Dreamers et Electric Masada, je vais en présenter les répertoires déjà connus. »

Commentaire:
The Dreamers se sont montrés plus costauds que d’ordinaire. Chose certaine, ils forment un détachement d’élite. Plus que jamais. Cela dit, cette formation est plus en plus difficile à distinguer d’Electric Masada, qui regroupe le même personnel auquel se joignent Ikue Mori (électronique) et John Zorn (saxophone alto). Quant à la deuxième partie du programme, elle fut moins jazz électrique et plus expérimentale que le concert historique donné par Electric Masada à Victo il y a quelques années. On ne s’en plaindra certainement pas; il vaut mieux risquer que de reproduire un passé glorieux. Or, malgré cette prise de risque, je ne crois pas que ce programme sera retenu parmi les pièces d’anthologie du FIMAV.

The Hermetic Organ, Église Sainte-Victoire, minuit.

Personnel: John Zorn

Commentaire:

Intitulé The Hermetic Organ, un album de Zorn à l’orgue, a été lancé en 2012. Le musicien devait s’inspirer de son contenu pour ainsi boucler la boucle. Sauf l’exotisme d’une messe de minuit à l’orgue (messe d’un autre type, il va sans dire !), on a senti que le maestro a un tantinet manqué de carburant, malgré ses bonnes et généreuses intentions.

Quoi qu’il en soit, cette journée John Zorn restera inscrite dans les annales fimaviennes, et bien imprimé dans les souvenirs des festivaliers.

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The Thing + Thurston Moore / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV

Certaines pratiques musicales doivent être régulièrement rappelées à la mémoire de quiconque les croit disparues, révolues, indigestes… Ou, pire, encore, y voit l’expression d’une malencontreuse dérive de l’histoire de la musique. Le free total figure assurément dans la liste courte des préjugés, même en 2013. Il se trouve encore beaucoup d’amateurs de musique qui croient l’improvisation libre une sorte de n’importe quoi n’ayant pour objet que d’évacuer le trop-plein d’égos incapables de souscrire aux règles établies – harmonie, rythme, justesse tonale ou modale, etc. Encore aujourd’hui, soit près de 60 ans après l’émergence du free, il faut redire aux mélomanes rébarbatifs que cette pratique comporte un vocabulaire très élaboré, peut compter sur des interprètes de haut niveau… et d’un public fervent qui remplit des salles.

Prenons le saxophoniste norvégien Mats Gustavsson (baryton, ténor…), digne successeur de l’Allemand Peter Brötzmann. Son jeu est impéteux, colérique, intransigeant, puissant, exclut toutes échelles mélodiques convenues, explore le registre complet de ses saxes (surtout le baryton). Fumisterie ? Que non. Pour que l’opération soit réussie, cependant, le soliste scandinave doit disposer d’une section rythmique d’enfer, à commencer par le contrebassiste Ingebrigt Haker Flaten et l’immense batteur Paal Nilssen-Love qu’on a vu à quelques reprises déjà – entre autres au sein de l’ensemble Atomic. Pour l’occasion, The Thing s’adjoint les services du guitariste Thurston Moore (déjà sur place, vu le concert de Chelsea Light Moving), question de poursuivre une expérience initiée en 2005. En bref, énergie totale, et tout ces petits détails qui surgissent du torrent. Torrent quelque peu prévisible et pas si dangereux, tout de même…

UpstreamOrchestra

Upstream Orchestra au Colisée des Bois-Francs / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV

Dans ce blogue et sur le site www.lapresse.ca, le big band du new-yorkais Darcy James Argue a fait l’objet de billets, d’une interview, de critiques élogieuses. On vous en a vanté les grandes réformes. Originaire de la Colombie Britannique, Argue est loin d’être le seul à aller de l’avant. Partout dans le monde, des expériences concluantes en big band sont menées et présentées (surtout) dans des festivals comme celui de Victoriaville. Pour ne citer que les ensembles canadiens, s’y sont déjà produits le Hard Rubber Orchestra, le Ratchet Orchestra de Nicolas Caloia ou cet Upstream Ochestra, présenté samedi après-midi au Colisée des Bois-Francs. Pour ces grands orchestres, le jazz et ses accointances contemporaines (avant-rock, électronique, etc.) témoignent des mutations récentes et beaucoup moins des époques antérieures.

Le saxophoniste et compositeur néo-écossais Paul Cram est de ceux qui mènent à bien ces expériences. À la barre de l’Upstream Orchestra, il suggère une palette de musiques contemporaines impliquant l’improvisation, dont un jeu de consignes données en temps réel par le maestro Jeff Reilly- concept développé par l’illustre et regretté Butch Morris. L’instrumentation est celle d’un big band et plus encore: cuivres, anches, percussions, batterie, contrebasses, chant (Tena Palmer), guitare électrique, piano, synthétiseurs. Depuis une quinzaine d’années, l’Upstream Orchestra témoigne d’un vocabulaire, somme toute, assez connu du public jazzophile évoluant à gauche du spectre. Enfin, on peut désormais parler de centre-gauche… Du côté de Paul Cram, nous avons affaire à un work-in-progress rigoureux… où l’impression de suite d’effets peut l’emporter parfois sur celle d’une performance intégrée et cohérente. Mais bon, malgré les bémols, il y a lieu d’encourager ce travail, soir l’un des plus remarquables au Canada côté big band contemporain.

TheBookOfKnots

The Book of Knots au Cinéma Laurier / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV

Se consacrant au studio, The Book of Knots (Le Live des Noeuds…) n’avait donné qu’un concert en dix ans. Les trois albums réalisés au cours de cette décennie pourraient changer la donne. Une deuxième représentation, en tout cas, a été offerte samedi au Cinéma Laurier, et cela comprenait des extraits de chaque enregistrement. Au centre du jeu, la violoniste et chanteuse Carla Kihlstedt – qui s’est fait connaître via plusieurs formations dont celle de Tom Waits. Cette femme a une voix superbe, une vraie présence. Autour d’elle, guitares, basse, claviers, batterie, compléments vocaux. Malgré ses accents doom métal et prog, cet avant-rock de The Book of Knots ne roule pas la pédale dans le tapis. Les déflagrations sporadiques nous ramènent à la mélodie, somme toute à des propositions relativement calmes, plutôt «avant space rock». Manque à gagner côté stimuli ? On imagine fort bien que les informations subséquentes pourraient s’avérer encore plus nourrissantes que la séance de rodage à laquelle on a eu droit.

ZGA

ZGA au Cinéma Laurier / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV

En début d’après-midi de samedi, concert pour zgamonium et voix du quartette russe ZGA, fondé il y a une mèche par Nick Sudnik. D’où l’appellation zgamonium, avez-vous déjà deviné. La lutherie de cette formation est inventée, puise dans les sonorités africaines (balafon), balinaises (gamelan) et industrielles. Au-dessus de cet amalgame intéressant, se déploie un chant et un discours féminins (Vera Shamarina et Anastasia Postnikova). À coup sûr, ces fortes voix slaves insufflent de l’humain dans cette musique simple et singulière. Le Cirque du Soleil pourrait s’y intéresser aux alentours de 2030…

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