Alain Brunet

Jeudi 13 novembre 2014 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (18)

Antoine Corriveau, effet… veau en attendant le boeuf

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Tout ce tam-tam, tous ces roulements de crayons et… ça ne se bouscule pas au portillon du Lion d’Or en ce mardi soir de Coup de coeur. Franchement, je me serais attendu à faire la file, jouer du coude pour avaler ce bout de set. À l’évidence, les chroniqueurs spécialisés ne peuvent à eux seuls faire monter les oeufs en neige pour qu’émerge un artiste doué de la chanson d’auteur, exprimée en français d’ici. Il y avait du monde, remarquez. Belle salle, à peu près pleine tout compte fait, mais qui ne craquait pas de toutes parts comme on aurait pu s’y attendre. Belle salle multigénérationnelle, auditoire poli, éduqué, féru de chanson. Cet auditoire fidèle et spécialisé, qu’on observe aux festivals spécialisés. Enthousiaste, oui, mais on repassera pour l’ambiance des soirées épidermiques.

Et on ne pourra en tenir rigueur à quiconque s’est présenté au très beau concert de Corriveau, précédé d’une prestation bien sentie de notre Sylvie Paquette. Il arrive que les appuis fervents viennent des professionnels avant le vrai buzz du vrai public. Il arrive que nous, scribes, fans de musique et de chanson, nous excitons le pompon avant que l’auditoire tranche.

Alors ? L’accueil de Corriveau au Coup de Coeur francophone ne se compare malheureusement pas à celui que des hipsters ont réservé au folkster Sun Kil Moon, vu et entendu il y a une paire de mois à Pop MTL. La chanson taillée par les fines lames francophones du Québec, faut-il le rappeler, ne jouit pas des mêmes enchères. En tout cas, pas en novembre 2014. Cela pourrait de nouveau se produire, remarquez. Pour ce, quelques nouveaux effets boeufs seraient nécessaires. Visiblement, il est encore trop tôt pour Corriveau, sympathique effet… veau.

Un peu trop tôt pour le triomphe Corriveau mais… si les chroniqueurs patentés ne se sont pas fourvoyés, son nouveau public aura tôt fait d’adhérer. Et pour cause. Très beaux récits de nuit noire. Contes d’errance, contes d’intransigeance. Rimes de rupture, «va-t-en mais va-t-en pas tout de suite». Esprits transis par l’hiver venu. Pensées grises qui se butent aux fenêtres isolées de plastique. Bouffées d’harmonica s’échappant au-dessus des fréquences saturées. Guitares grattées aux pics de granit. Rythmes lents, moyens, pesants. Archet d’un violoncelle dessinant la ligne d’horizon. Voix soliste irritée par toutes les fumées. Tête poilue, embroussaillée, à l’ombre d’un large couvre-chef. Humeurs sombres, humeurs contagieuses. Regards torves, chargés d’ironie. Américanité parfaitement assumée. Du talent, tout plein de talent.

Des musiques d’Antoine Corriveau, se dégage son prometteur, mais un son qui n’est pas unique. Sa parole et sa gueule, elles, le sont déjà. La suite s’annonce passionnante.

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Dimanche 9 novembre 2014 | Mise en ligne à 15h37 | Commenter Commentaires (84)

Désistement du streaming: l’effet Taylor Swift

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Tableau tiré du webzine Vox

Au cours des derniers jours, Taylor Swift a retiré tous ses albums des services de flux continu (streaming), estimant que cette pratique n’était «pas bonne pour les artistes».

La chanteuse la plus populaire de l’heure (comme l’indique le tableau de Vox ci-haut) s’est ainsi prononcée contre l’écoute gratuite, elle croit que la musique est sous-évaluée. Le même point de vue a été exprimé à l’été 2013 par Nigel Godrich et son bon ami Thom Yorke, dont le dernier album est en vente sur BitTorrent Bundle et sur le site de Radiohead.

Il y a fort à parier que d’autres artistes très populaires emboîteront la pas et se retireront de ces services via lesquels convergent plus de 40 millions d’amateurs de musique. Parmi ces derniers, une minorité (moins de 30% des abonnés Spotify) consent à payer les services premiums (de 5 à 10$ par mois) qui lui procure de meilleurs accès, une meilleure qualité d’écoute et leur font subir moins de pub.

« Je ne suis pas disposée à mettre à contribution le travail de ma vie dans une vaste expérimentation qui ne compense pas équitablement les auteurs, producteurs, artistes et compositeurs de cette musique. Et je ne suis pas d’accord pour perpétuer cette perception que la musique n’a pas de valeur et devrait être gratuite » a déclaré Taylor Switf à la plateforme Yahoo, relayée par Rolling Stone.

Scott Borchetta, president de Big Machine Label Group, soutient la décision de sa cliente. Il reconnaît l’efficience du flux continu… sauf les revenus accordés aux artistes. « Ses dirigeants devront changer leurs manières de faire des affaires. Si vous offrez un service gratuit, pourquoi les gens paieraient-ils pour un service premium ? Cela ne pourra être éternellement gratuit. La musique n’a jamais été gratuite et il est temps de se lever pour le rappeler », a-t-il fait valoir à l’émission américaine Sixx Sense, animée par Nikki Sixx de Mötley Crüe.

Étrangement, le service YouTube, de loin le plus puissant de tous les hébergeurs de contenus offerts en flux continu, n’est pas pointé du doigt dans ce contentieux. Quoi qu’il en soit, le phénomène est plus qu’intéressant, car l’opposition vient de la plus importante vendeuse pop de l’heure, soit 1,3 million d’exemplaires de l’opus 1989 en une seule semaine.

Rappelons que 1000 écoutes en continu d’une chanson rapporte un peu plus d’un dollar aux ayants droit de cette chanson aux États-Unis alors qu’il en rapporte 10,2 cents au Canada. Très clairement, ces redevances sont risibles et ne constituent en rien un vrai revenu à moins de générer une circulation astronomique. Imaginez un artiste de rayonnement moyen ou petit !

De l’autre côté de la clôture, on rétorque que la surabondance d’artistes dans les répertoires mis en ligne par les services de streaming ne permet pas de rétribuer davantage les ayants droit. La tarte de fric est considérable, les morceaux sont minuscules. En décembre 2013, Spotify affirmait avoir versé un milliard US$ aux ayants droits, dont 500 millions l’année dernière – voir le tableau ci-dessous, relayé en décembre dernier par Znet. Ces statistiques ne rassurent aucun créateur de contenus, inutile de l’ajouter. Il leur faudrait savoir les revenus réels des entreprise (abonnements + publicité ), sans compter leur capitalisation en bourse qui leur permettrait d’en partager aussi une partie avec les créateurs.

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Tableau tiré du site ZDnet

L’affaire Taylor Swift survient au début de la décroissance de la vente de musique en ligne, soit plus de 13% depuis un an, au profit de la croissance fulgurante du streaming. D’aucuns affirment d’ailleurs que Spotify rapporterait déjà plus aux artistes en Europe que la boutique iTunes qui n’avait cessé de croître depuis 2003. C’est du moins ce que suggèrent les données révélées par l’agrégateur de contenus Kobalt qui récupère les redevances de ses clients, données relayées par le webzine Presse Citron : «Selon Kobalt, pour ses clients (et seulement pour le marché européen), les revenus provenant des écoutes sur Spotify ont dépassé ceux provenant des téléchargements sur iTunes de 13 % durant le premier trimestre 2014. »

Toutefois, rien ne permet de savoir la nature exacte des revenus dont disposent les entreprises de streaming, afin d’évaluer lla pertinence de leurs barêmes de redistribution en redevances aux artistes et leurs équipes. Dans le contexte actuel, rien ne permet de croire qu’on le saura de sitôt. Prenons la décision récente du CRTC au Canada de ne pas imposer à Netfix des conditions de licence similaires à celles des diffuseurs télévisuels classiques. Shelly Glover, ministre conservatrice du ministère fédéral du Patrimoine Canadien, s’est inscrite en faux contre une «taxe Netflix». À partir de là, on imagine mal le CRTC aller à l’encontre de cette vision et imposer des règles contraignantes aux plus puissants hébergeurs de contenus audiovisuels, à commencer par Netflix et YouTube (propriété de Google).

Étrange… Pourquoi permet-on de quantifier publiquement l’impact des ventes de musique et la circulation des produits culturels dans les médas traditionnels (et même les boutiques en ligne) alors que les entreprises de streaminng bénéficient d’une immunité ? Ce refus de dévoiler leurs statistiques de circulation pourra-t-il durer encore longtemps ?

Quoi qu’en pensent Taylor Swift, Thom Yorke, Nigel Godrich et autres éventuels opposants à Spotify, rien ne permet de croire au retour de la vente de musique en ligne, au paiement obligatoire d’abonnements sur les plateformes de flux continu.

LIENS UTILES

Rolling Stone: déclarations de Swidt et Borchetta

Vox: Taylor Swift et Spotify

O1: Taylor Swift ne veut se prêter à une «immense expérimentation»


The Globe & Mail: Taylor Swift réprouve la gratuité de la musique en ligne


Presse Citron: en Europe, Spotify rapporte plus qu’i Tunes


ZDnet: Spotify défend son modèle d’affaires (décembre 2013)

Bloomberg Business Week: Spotify peut-il faire de l’argent ?


Vincent Brousseau-Pouliot de La Presse: Netflix ne sera pas réglementé par le CRTC

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Dimanche 2 novembre 2014 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (27)

Que vaut le Mercury Prize 2014? Parlons des Young Fathers

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Les profils biographiques des Young Fathers, Mercury Prize 2014, nous indiquent que le groupe a été constitué à Édimbourgh en 2008. Un premier mixtape fut lancé fin 2011, carrément intitulé Tape One, et s’est attiré l’attention des médias sociaux et des chroniqueurs allumés au Royaume-Uni. En juin dernier, Young Fathers a remporté le Scottish Award pour le maxi Tape Two.
L’album Dead est sorti au début de cette année, la critique (surtout britannique) s’est excité le pompon. L’onde a frappé le jury du Mercury Prize au point de prendre une décision qui serait loin de faire l’unanimité, rapporte-t-on dans différents médias en ligne.

Hip hop, grime, trip hop, électronique, rock psychédélique, et musiques de rue africaines de l’Ouest, bref une matière composite intégrée par la génération YouTube, porte des textes rappés ou chantés avec des accents anglo-africains ou anglo-écossais. Alloysious Massaquoi est originaire du Liberia. Kayus Bankole vient du Nigeria.’G’ Hastings est issu de la région d’Édimbourgh. Deux Blacks, un Blanc, trois résidants d’Écosse. L’expression viscérale de ces chanteurs-tribuns est propulsée par des musiques surtout créées au moyen de machines. Le mélange des ingrédients blancs/noirs est parfaitement réussi, force est d’observer. La combinaison de toutes ces poudres produit un mélange explosif.

À court terme, du moins. En souhaitant que le ballon ne se dégonfle pas aussi rapidement que celui nommé Alt-J… dont le récent album est franchement décevant. Ce qui nous mène à croire que le meilleur album selon la critique branchée au Royaume-Uni est clairement générationnelle, sauf exceptions – PJ Harvey et Elbow. Vous n’avez qu’à consulter la liste des gagnants depuis 1992 pour le constater. Contrairement au cinéma ou à littérature, la musique n’échappe toujours pas à cette dictature de la jeunesse. C’est ainsi depuis la naissance du rock’n'roll… Pour le meilleur ?

LIENS UTILES

Young Fathers, site officiel


Young Fathers, profil wiki

ÉCOUTE INTÉGRALE DE L’ALBUM DEAD SUR ALBUMSTREAMS

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