Alain Brunet

Guillaume Beauregard

Sorti en 2011, l’album débranché des Vulgaires Machins a-t-il incité Guillaume Beauregard à réduire la charge de son canon ? Chose sûre, son premier album solo a été créé dans la sobriété. Références indie pop, psych folk, alt-country, gospel… et des poussières de rock. Très peu de saturation, très peu de saleté émane des amplis. Guitares, claviers et cuivres généralement propres, voix sans éraillements, choeurs finement assemblés, percussions d’appoint, basse minimale. L’allégeance punk du chanteur et musicien est ici une vue de l’esprit, à tout le moins un souvenir.

Le cadre extérieur n’est pas plus jojo que celui décrit généralement par les Vulgaires Machins, les relations humaines l’emportent ici largement sur le contexte dans lequel elles évoluent. Guillaume Beauregard se penche sur l’intimité des êtres. À ce titre, le propos est limpide, les réflexions sont claires, les sentiments explicites. Le parolier n’est peut-être pas un spécialiste de la contre-assonance, de l’homéotéleute, du polyptote ou de la conglobation, ses figures de styles ont néanmoins le mérite d’être efficaces et bien construites.

En voici quelques extraits:

Sévère autocritique au lendemain de la rupture amoureuse: «… J’ai rien su faire de mieux que d’ignorer tes attentes…

Dégringolade accélérée de l’égo meurtri : «… Laisse-moi sombrer, laisse-moi périr, laisse-moi me fuir…»

Regard macroscopique sur la souffrance intérieure: «… toutes les blessures du temps sur la conscience… »

Assomption du bien et du mal en soi : «… je vis avec les démons et les anges, je suis d’étoiles, de pluie et de cendres…»

Éloge de la fuite: «… il faut qu’on marche pour pas qu’on meure… en pesant mes mots ça va être le chaos t’à l’heure… trop attendre ça noircit le coeur ça rend imbécile… »

Petite vie des malchanceux: «… entre les chandelles et la misère en vrac, je longerai les couloirs des magasins à une piasse…»

Le looser présente ses excuses à son cadeau du ciel «… Je sais, chus vraiment con souvent ,j’bois trop pis j’perds mon temps…»

L’amour, cette bouée de sauvetage : «… Mon amour si les issues se referment et les mers nous inondent… si on s’aime on devrait s’en sortir indemnes… »

L’amour, ce bunker : «…ferme la porte à double tour, ferme les rideaux pis l’téléphone… creuse un ravin entre les autres et nous… prend-moi dans tes bras le monde entier me dégoute …»

L’être aimé, sans qui rien n’est possible : «… sans toi je ne sers plus à rien ni à personne…»

Alors ? Pour les fans de Guillaume comme pour tant d’autres, cette ouverture du coeur s’avère criante de sincérité, très touchante.

LIENS UTILES

L’album D’étoiles, de pluie et de cendre en écoute intégrale sur Deezer.

Guillaume Beauregard, site officiel

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Jeudi 11 décembre 2014 | Mise en ligne à 13h38 | Commenter Aucun commentaire

Rattrapage 2014: Clark

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Après nous avoir enchantés avec l’opus Iradelphic (paru au printemps 2012, alors présenté à la SAT dans le cadre de MUTEK), Chris Clark a poursuivi sa quête avec cet album homonyme.

Associé à l’IDM du label WARP depuis ses débuts en 2001, Clark préconise des procédés compositionnels certes électroniques mais qui se rapprochent parfois de la musique instrumentale. Il illustre bien cette tendance qu’on certains compositeurs et réalisateurs électro à vouloir maîtriser d’autres pratiques de création sonore.

Les choix rythmiques et texturaux sont certes typiques de la musique électronique, mais certains éléments évoquent certaines musiques de chambre, modernes ou contemporaines,ou encore des musiques de films puisque la mélodie y trouve une place prépondérante.

Si certaines pièces laissent l’impression que le musicien est assis entre deux chaises, d’autres atteignent leur objectif, c’est-à-dire l’intégration progressive de techniques de composition en musique instrumentale à un cadre qui demeure foncièrement électronique. L’usage de synthétiseurs modulaires analogiques n’est pas étranger à cette quête.

Grosso modo, cet album me semble très intéressant, certaines idées s’y avèrent remarquables, bien qu’on y observe parfois une certaine redondance par rapport à ses enregistrements antérieurs.

LIENS UTILES

Clark, site officiel

Clark, profil Warp

Clark, profil wiki

Clark, écoute intégrale de son nouvel album sur Deezer

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Mercredi 10 décembre 2014 | Mise en ligne à 8h37 | Commenter Commentaires (16)

Rattrapage 2014: Julien Sagot, Valse 333

Julien Sagot Valse 333

Sans Julien Sagot, Karkwa n’aurait peut-être pas été le groupe-phare qu’il fut. Au sein de la confrérie karkwasienne, Sagot fut une tête chercheuse, musicien féru de musiques expérimentales tous azimuts, à mon sens le plus sensible aux avant-gardes. Soulignons que sa participation active au band de Pierre Kwenders est un atout important pour l’Afro-Montréalais.

Considérons que Piano mal, son premier album solo, fut l’exercice préparatoire de Valse 333. Ni plus ni moins l’un des meilleurs albums francophones québécois créés en 2014. Avant-rock, post-rock, rock expérimental. Lutheries acoustique, analogue, numérique. Guitares, basse, xylophone, violon, percussions, synthé modulaire aux guitares hawaïennes en passant par le steel drum trinidadien. Chaos magnifiquement organisé par Sagot et Antoine Binette-Mercier.

Surtout pour la musique qui porte la voix et le texte, j’ose affirmer que c’est la meilleure proposition montréalaise et francophone indépendante de l’année. Elle détonne complètement de ce que nous offre la mouvance indie keb. Bouffée d’air frais, dites-vous ? L’Amérique francophone devrait pouvoir compter sur plusieurs albums qui apportent un tel soin à la recherche sonore. Contentons-nous de Valse 333.

Susurrés, chuchotés, grommelés, échantillonnés, filtrés, à peine chantés, les textes de Sagot sont souvent abscons. On peut y traverser la mer Rouge en pyjama sur un tapis losange-orangé à une vitesse de 490 000 km à l’heure. On peut se trouver à bord d’un transsibérien insensible, où le transparent est mêlé au translucide. On peut y faire la vaisselle, barbouillé de crayon feutre. On peut traverser la ville en passant du noir au rouge.

Un bon conseil : il ne faut pas s’acharner à comprendre ce qui émerge de l’inconscient. Le sens finit toujours par se poser quelque part.

LIENS UTILES

Écoute intégrale (ou achat) de Valse 333 sur bandcamp

Julien Sagot, site officiel

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