Alain Brunet

Voici les liens de mes virées au 37e Festival international de jazz de Montréal, jour après jour. Vous n’avez qu’à cliquer sur la date de la soire et vous êtes relayés illico à ma virée lui correspondant. Voici également l’occasion de formuler VOS CRITIQUES des concerts auxquels vous avez assisté !

Gregory Porter

MERCREDI 29 JUIN: Gregory Porter, Théâtre Maisonneuve; Jean-Michel Pilc, François Moutin, Ari Hoenig, Joel Frahm et Jacques Schwartz-Bart, Upstairs

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JEUDI 30 JUIN: Christian Scott, Gesù, Wynton Marsalis & Jazz at the Lincoln Center, Maison symphonique, Moon Hooch, L’Astral

Chick Corea

VENDREDI 1ER JUILLET, Chick Corea, Maison symphonique, Blue Note 75 (Robert Glasper, Kendrick Scott, Ambrose Akinmusire, etc), Théâtre Maisonneuve, Terrace Martin, Club Soda

Cyrille Aimée

SAMEDI 2 JUILLET, Cyrille Aimée, L’Astral, Avishai Cohen, Monument-National, Lizz Wright & Christian Scott, Gesù

Cory Henry

DIMANCHE 3 JUILLET, Cory Henry, Gesù, Tord Gustavsen, Monument-National, Kenny Barron & Lionel Loueke, Gesù


LUNDI 4 JUILLET, The Comet is Coming, Gesù, Taylor McFerrin, L’Astral, Renaud Garcia-Fons et David Dorantes, Monument-National, Kenny Barron Trio & Elena Pinderhughes, Gesù

Steve Coleman and Five Elements

MARDI 5 JUILLET: Steve Coleman & Five Elements, Monument-National, Tal Wilkenfeld, Club Soda, Fred Hersch, Gesù

Emilie Claire Barlow symphonique

MERCREDI 6 JUILLET: Emilie-Claire Barlow symphonique, Maison symphonique, Roy Hargrove Quintet, Upstairs, Alexandra Stréliski, Le Balcon

Oliver Jones Maison symphonique 2016

JEUDI 7 JUILLET: Oliver Jones, Maison symphonique, Gonzalo Rubalcaba, Théâtre Maisonneuve, Vijay Iyer & Wadada Leo Smith, Gesù, Ron Di Lauro, Gesù

Prince by the Brooks

VENDREDI 8 JUILLET: Prince by The Brooks, Métropolis, José James & Takuya Kuroda, Gesù

Bellflower

SAMEDI 9 JUILLET: Bellflower, Savoy du Métropolis, West Trainz, place des Festivals, Aaron Parks, Gesù, Emie R Roussel, L’Astral

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Vendredi 8 juillet 2016 | Mise en ligne à 17h11 | Commenter Commentaires (9)

The Comet Is Coming, l’interview intégrale et plus encore


Parmi les découvertes de ce 37e FIJM, je reviens sur le passage remarqué et remarquable de la formation londonienne The Comet is Coming en début de semaine:

D’abord, un rappel de la critique:

Cette comète court-elle après sa queue? Pas exactement. Ce trio londonien suggère le lâcher-prise, l’archidéfoulement, mais il y a une direction à tout ça. The Comet Is Coming ne présente strictement rien de virtuose, rien de très complexe, mais ses références électro-jazzy-psychédéliques ont infusé dans la marmite. On boit la potion et… on part!

Ce qu’on propose, en fait, est un crescendo d’énergie relativement comparable à celui de la formation américaine Moon Hooch, applaudie la semaine dernière à L’Astral. Cela dit, l’esthétique électronique, incarnée par les machines et claviers (Danalogue), s’y avère plus dominante malgré la présence essentielle de la batterie (Beta Max), malgré le rôle crucial du saxophone ténor (King Shabaka). Le batteur maintient le groove dans le tapis pendant que les ajouts texturaux des claviers, machines et anches varient les climats excluant toute prise de tête.

Il ne faut surtout pas chercher à identifier des structures compositionnelles comme on les conçoit dans le jazz, la chanson ou la musique instrumentale. Dans le cas qui nous occupe au Gesù, en cette fin de lundi, la façon de faire se rapproche beaucoup plus de la culture électronique, c’est-à-dire que la musique part d’un point A et se rend au point B en traversant divers paysages, différents amalgames entre les claviers, le saxo et la percussion. Chaque tableau se déploie sur de longues minutes, on s’y laisse prendre par le groove technoïde, on s’éclate.

Voilà un show à la fois déjanté et futé, devant lequel il aurait fallu être debout et danser comme des malades du début à la fin.

Puisque la conversation a été fort intéressante, voici cette interview réalisée avec “King Shabaka” Hutchings , saxophoniste du groupe The Comet Is Coming, dont seule une partie a été publiée. En voici la version intégrale.

Pourquoi les auditoires de jazz ont-ils vieilli depuis deux décennies ?

“Parce que tout ce qui naît grandit, vieillit et meurt. La question soulève un enjeu intéressant. Les formes musicales attirent-elles surtout la génération qui les a vu naître ? Je vais risquer un non. Alors pourquoi un jazz conçu et défini par les aînés pourrait-il attirer les jeunes ? À condition que les tenants de cette musique ne la prennent pas pour acquise. Ce qui ne veut pas dire que les musiques créées par le passées ne devraient pas être soutenues et maintenues, car elles illustrent le climat artistique d’une période de l’histoire. Naturellement , il se creuse un fossé entre les besoins des jeunes auditoires et ceux des générations précédentes. Aucune musique ne peut s’extraire de l’histoire. Nous avons besoins de nouvelles formes, nouvelles énergies et même des définitions pour ce qui est désormais écouté, rien ne peut fonctionner hors du regard de l’histoire. Alors l’appel de la nouveauté musicale pourrait être vu plus justement par l’édiction de manières plus fraîches de conceptualiser notre place dans la trajectoire du jazz. Notre rôle de jeunes musiciens est de bien aménager notre position dans la trajectoire historique du jazz, tout en tenant compte des besoins culturels des auditoires devant lesquels nous jouons. Dans cette optique de renouveau, nous pouvons mieux connecter les gens au passé musical que nous, musiciens, avons étudié.”

Plus précisément, comment votre musique attire-t-elle les jeunes auditoires ?

“On ne peut que présumer… Le choix des lieux et des contextes (types de festivals) joue certainement dans les perceptions. Nous avons commencé par nous produire dans des fêtes d’entrepôts du East London, des lieux où émergent différents types de nouvelle musique. La majorité des gens qui assistent à ces concerts aiment y danser, il y a donc une exigence d’énergie, ce qui ne discrédite pas une approche où le jazz peut être partie prenante. Mais les musiques qui survivent en ces lieux doivent être assez souples pour s’inscrire le moindrement dans les moeurs des foules qui s’y présentent. Lorsque je sors dans les clubs, j’aime y danser et je veux être remué par l’énergie des performers qui se donnent en spectacle. Je souhaite que les artistes transcendent la dynamique émetteur-récepteur à laquelle on s’attend. Évidemment, je souhaite que mon groupe y parvienne. Lorsque c’est le cas, ça devient un facteur déterminant de notre pouvoir attractif auprès des jeunes. Bien sûr, les rythmes lourds et les mélodies parfaitement discernables de notre répertoire ne nuisent pas à la séduction.”

Certaines tendances ont-elles plus de facilité à percer ?

“Il n’y a pas de formule magique, et lorsque la pâte lève les jeunes fans trouvent toujours le moyen de se frayer un chemin. Il faut qu’une musique trouve une résonance , et ça se produit lorsque ses interprètes imaginent la jouer à leurs proches, à des gens qui leur ressemblent. Il ne faut jamais essayer de deviner les goûts des auditoires que l’on ne connaît pas. Ça devient alors une stratégie et les gens ressentent immédiatement ce côté racoleur. Il ne faut pas se mentir à soi-même et faire la musique qui correspond vraiment à son éducation, ses goûts musicaux, sa position socio-culturelle. Il faut défendre la valeur intrinsèque de la musique qu’on aime, sans penser dans des considérations de marché.”

Votre musique est-elle générationnelle ?

“En fait, toute musique est générationnelle, cela ne signifie pas que les générations subséquentes n’y comprendront rien. Chaque tendance musicale émerge immanquablement avec sa génération et positionne cette dernière dans l’histoire de la musique. Cela fait en sorte que les auditoires des générations subséquentes ne peuvent la ressentir de la même manière. Ainsi, nos fans de la première ligne finiront par vieillir eux aussi. J’ai 32 ans, le public de mon groupe se situe dans le groupe des 25-35, et je ne me vois pas dans cinq ans créer une musique s’adressant prioritairement aux 18-25 ans! Cela devient une pente glissante car je ne serai pas authentiquement de cette génération. L’inverse est aussi vrai: si tu est un jeune musicien dont le travail n’est aimé que par les plus âgés, tu dois te poser de sérieuses questions.”

LIENS UTILES

Écoute intégrale de l’album Channel the Spirits sur Spotify

The Comet is Coming, site officiel

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Mercredi 6 juillet 2016 | Mise en ligne à 11h34 | Commenter Commentaires (90)

Steve Coleman ? Pas tout à fait élémentaire, mon cher Watson.

Le Monument-National était relativement bien garni au parterre mais loin d’être plein pour accueillir ce grand musicien… négligé à Montréal. Quelques rares passages échelonnés sur une trentaine d’années et puis… encore aujourd’hui on perçoit ces échos : trop complexe, trop étrange, trop intello. Trop nourrissant, tant qu’à y être ? Trop riche en protéines?

Bien sûr, nous sommes à l’époque du grand art réduit à la notion de marché de niche, du déficit d’attention généralisé au bout de 90 secondes, du mépris anti-intellectuel… Enfin… pas tout à fait : dans certaines capitales européennes, Steve Coleman a aujourd’hui le statut d’un John Zorn, à tout le moins d’un Dave Douglas ou d’un Vijay Iyer. Œuvre jugée colossale, énormément de relief dans le travail compositionnel, sidemen plus qu’excellents – Anthony Tidd, basse, Sean Rickman, batterie, Miles Okazaki, guitare, Jonathan Finlayson, trompette.

Qui plus est, cette musique ne ressemble à rien d’autre que celle de Steve Coleman, 59 ans, toujours fringué comme un ado.

Ce qu’il tisse au sax alto était déjà applaudi dans les années 80, tant au sein de ses propres ensembles que dans ceux de « gros noms » de l’époque, tel le contrebassiste Dave Holland. Trois décennies et une trentaine d’albums plus tard, des centaines de mélomanes montréalais et musiciens éduqués dans les facultés de jazz ont assurément pris leur pied hier, quelques autres ont été conquis pour de bon.

Steve Coleman demeure unique dans ses surimpressions de pattern rythmiques extrêmement complexes et d’autant plus difficiles à exécuter (Functional Arrhythmias pour reprendre le titre du dernier opus sous la bannière Five Elements), au-dessus desquels chaque instrument mélodique ou harmonique développe un discours à la fois autonome et complémentaire, qu’il soit composé ou improvisé.

Trop complexe pour l’oreille, somme toute? Aucunement, à condition bien sûr de se soumettre à un certain entraînement. Comme les grands vins, la grande littérature, la grande musique ne s’apprécie pas en claquant des doigts. Pour ma part, celle de Steve Coleman a même gagné en sensualité et en souplesse, certaines propositions mélodiques en allègent la polyphonie et la polyrythmie sans en évacuer l’extrême densité. Les évocations africaines, manouches, latines, indiennes ou classiques européennes en renforcent l’universalité.

En somme, près de deux heures où la fascination pour les Five Elements de ce compositeur d’exception n’a cessé de croître, du début à la fin.

Aride? J’insiste, pas une ride au programme.

Pour les fans finis, voici l’interview intégrale:

D’aucuns affirment que sa contribution à l’avancement des formes jazzistiques est colossale, soit l’une des plus importantes depuis les années 80. Pour la majorité des jazzophiles, cependant, ses propositions demeurent absconses, de trop grande complexité, de très lente digestion. Toujours associé à une avant-garde conceptuelle, Steve Coleman demeure une très forte personnalité de la musique contemporaine impliquant l’improvisation et le patrimoine afro-américain.

Incompris? Non. S’adressant à un cercle restreint de mélomanes connaisseurs et de musiciens admiratifs, ça oui, mais bien assez influent pour gagner sa vie honorablement … et remplir un Monument National à l’occasion d’une de ses trop rares escales montréalaises.

Pour mener à bon port ses nombreux projets, le saxophoniste, compositeur et improvisateur peut aujourd’hui compter sur une flotte de trois navires : le quintette Five Elements existe depuis 1981, le grand ensemble The Council of Balance depuis 1997, le sextuor Natal Eclipse depuis peu.

À Montréal, le musicien de 59 ans revient sous la bannière Five Elements – le guitariste Miles Okasaki en est membre depuis 2008, le trompettiste Jonathan Finlayson depuis 2000, le batteur Sean Rickman et le bassiste Anthony Tidd depuis les années 90. Belle stabilité, donc. Joint dans la région de New York où il vit, Steve Coleman en convient :

« J’ai eu cette chance de garder longtemps mes musiciens, ce qui est rarement le cas dans le jazz. Rappelez-vous que Dizzy Gillespie et Charlie Parker, ces fondateurs du jazz moderne, n’ont joué ensemble que pendant deux ans. Prenez le fameux quartette de John Coltrane dans les années 60, soit avec McCoy Tyner, Elvin Jones et Jimmy Garrison; ça n’a duré que 5 ans! »

Cela étant dit, l’esprit créatif de Steve Coleman ne serait pas aussi stable que ses orchestres avec lesquels il a enregistré une trentaine d’albums.

« La croissance d’un artiste, fait-il observer, n’est pas constante; il peut vivre des périodes d’accélération et traverser des plateaux où les changements sont moindres. Ainsi, j’ai connu un premier cycle de grands bouleversements, soit de 1985 à 1992. »

On se souvient de cette époque M-Base, un style polyrythmique et contrapuntique très singulier dont il était le concepteur et dont il développe les fondements encore maintenant. Des musiciens associés à ce mouvement avaient fait leur marque par la suite, on pense d’abord à la chanteuse Cassandra Wilson et à la pianiste Geri Allen… qui n’ont plus grand-chose à voir avec cette tendance.

Puis le musicien dit avoir vécu une autre période de turbulence, soit de 1997 à 2002. Lorsque, par exemple, il a composé la musique pour grand ensemble The Sonic Language of Myth, samorçait un nouveau cycle créatif, une nouvelle façon de ressentir et de percevoir le monde.

« J’étais alors au début de la quarantaine, je vivais une métamorphose intérieure que certains réduisent à cette idée de crise de la quarantaine. Ma pensée et ma musique en furent transformées, J’avais toujours été intéressé par la nature, les sciences et les mathématiques, je me suis soudain penché sur l’astrologie, la théologie et les philosophies anciennes, notamment l’indienne. »

Steve Coleman a fait des rencontres cruciales en ce sens : « Des penseurs m’ont beaucoup influencé, surtout Thomas Goodwin et Umayalpuram K. Sivaraman. Puis j’ai aussi été marqué par des artistes, sout le batteur Milford Graves, que je fréquente régulièrement, et le compositeur danois Per Nørgård, que j’ai découvert en cherchant des praticiens de la composition spontanée. »

Le cycle le plus récent de Steve Coleman, d’ailleurs, peut se résumer par l’assomption d’un processus créatif fondé sur l’idée de composition spontanée:

« Depuis environ cinq ans, explique-t-il, j’enregistre directement mes idées pour ensuite les transcrire. Je ne change à peu près rien par la suite. Je préfère une idée « pure » qui me vient à l’esprit, sans interférence, c’est-à-dire sans dialogue avec d’autres interlocuteurs ou autres considérations subséquentes. Toutes les musiques de mes deux derniers albums, Functional Arrhythmias et Synovial Joints , ont été créées dans cette optique de composition spontanée. »

Cette optique n’est pas neuve, souligne-t-il en outre. Jeune musicien, il en avait été le témoin éberlué, en regardant travailler Thad Jones, Sam Rivers ou Cecil Taylor.

« Le grand batteur Max Roach m’avait aussi raconté avoir demandé à Charlie Parker une pièce pour son prochain enregistrement. Bird prit une serviette de papier et écrivit illico la pièce souhaitée par Max Roach : c’était Donna Lee, un des plus grands standards du bebop ! »

LIENS UTILES

Steve Coleman, site officiel

Steve Coleman, profil wiki

Steve Coleman, profil Allmusic.com

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