Alain Brunet

David Bussières Florence K

Mercredi dernier, David Bussières et Florence K ont présenté la plateforme du RAM au ministre québécois de la Culture et des Communications, Luc Fortin / photo Union des Artistes

Nouveau venu dans le paysage culturel québécois  comme en témoigne mon texte paru en décembre dernier, le Regroupement des artisans de la musique (RAM) vient de dévoiler sa plateforme d’intervention et souhaite ainsi « devenir un pilier  dans le milieu culturel québécois”, pour reprendre la formulation de la chanteuse Florence K.

« Même s’ils sont déjà représentés par différentes associations (Union des Artistes, Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec,  Guilde des musiciens du Québec,  SOCAN, SODRAC, etc.), leur réalité sur le terrain est souvent méconnue », souligne David Bussières du groupe Alfa Rococo, initiateur du RAM.

L’objet essentiel de ce regroupement est de fédérer tous les artisans de la musique québécoise, fragilisés dans l’environnement numérique. Ses protagonistes comptent réévaluer le partage des revenus provenant de la commercialisation de la musique afin d’améliorer leur condition, le RAM compte déjà 160 adhérents, dont Louis-Jean Cormier, Ariane Moffatt, Daniel Lavoie, Domlebo, Salomé Leclerc et Richard Séguin.

Pour mieux saisir l’ensemble des revendications du RAM, La Presse a interrogé David Bussières et Florence K, ses porte-parole. Voici la version intégrale de l’entretien:

Question : Le regroupement veut améliorer la « découvrabilité » et l’accès de la musique québécoise aux plateformes des services de musique en ligne. Qu’est-ce que ça signifie ? 

David : Nous voulons faire en sorte que les plateformes de streaming rendent notre répertoire québécois plus facile d’accès, pour le public local comme pour le public étranger.

Question : Qu’entendez-vous par “redevances légitimes et adéquates versées à tous les ayants droit “?

David : En ce moment, la musique génère beaucoup d’argent sur le web pendant que les créateurs et interprètes n’obtiennent pas leur part équitable de ces revenus. Les redevances aux artistes sont faméliques;  environ un demi cent par « stream » doit être réparti entre le compositeur, l’auteur, l’interprète, le producteur…!! 

Florence : Une part de ces revenus pourrait aussi financer des vitrines d’artistes locaux, les hébergeurs de contenus pourraient les aider à mieux se faire connaître.

Question : Les hébergeurs de contenus, Spotify, Deezer et autres Apple Music ne pourront pas vous payer de sitôt à hauteur de 20 cents  ou plus, de manière à obtenir des revenus comparables aux ventes d’albums physiques. Que comptez-vous faire ?

David :  Au delà des services de musique en ligne, la solution se trouve aussi chez les fournisseurs d’accès internet (FAI) – Bell, Vidéotron, Rogers, etc.  

Florence : Les FAI doivent aussi partager et ainsi devenir des transporteurs responsables de nos contenus. Car la musique est un incitatif très important pour rentabiliser leurs opérations. Ils doivent donc aussi nous payer des redevances.

Question : Le RAM veut que le régime canadien de la copie privée, soit un système de redevances destiné aux artistes soit adapté à la réalité actuelle.  De quelle façon?

Florence : Au-delà des redevances perçues sur les ventes de CD vierges, il faut aussi percevoir sur les ventes de tous types de lecteurs numériques – téléphones portables, tablettes, tous types de lecteurs ou magnétophones. Ça aussi, ça fait partie de la solution.

Question: Pourquoi le RAM espère-t-il« améliorer la transparence dans les relations entre les artistes et les autres acteurs de l’industrie » , soit dans l’utilisation des aides financières fédérales accordées aux entreprises dame e cadres des sous-volet du progamme « Entrepreneurs de la musique »,des programmes de Musicaction, soit dans l’utilisation des aides financières provinciales accordées aux entreprises dans le cadre des programmes de la SODEC, ou soit dans les budgets, revenus et dépenses des producteurs de musique (enregistrements ou spectacles)?

Florence: Nous voulons bien sur travailler avec les producteurs, mais nous voulons un droit de regard sur l’utilisation des aides gourvernementalse nous concernant. Cela doit se passer de part et d’autre. Les artistes doivent dévoiler leur propres budgets dans la transparence, les producteurs doivent faire de même.

Question: Concernant la diffusion traditionnelle de la musique, le RAM souhaite améliorer le système actuel de redevances actuel chez les diffuseurs privés et encourager la Société Radio-Canada à renforcer son mandat de diffusion de la musique québécoise dans toute sa diversité. Pouvez-vous préciser ?

Florence: Actuellement, une exemption prévue dans la Loi dur le droit d’auteur limite à 100$ les redevances des radiodiffuseurs privés aux artisans de la musique avant qu’ils n’aient cumulé des revenus de 1,25 million $. Nous souhaitons que cette exemption disparaisse. par ailleurs, nous souhaitons que la télévision généraliste de la Société Radio-Canada augmente la présence de contenus originaux des artisans de la musique sur les plateaux de télévision. Nous observons malheureusement un déclin marqué de cette présence.

Question : Que signifie ce « guichet unique » préconisé par le RAM  ?

David: C’est la première étape de la création d’une structure permanente. Les artistes pourront s’adresser à nous à travers ce guichet afin d’obtenir différentes informations ou services (protection sociale, etc.), ou encore rediriger nos membres vers les autres associations qui les défendent (SPACQ, UDA, Guilde des musiciens, etc.).

Question: Pour que l’action porte, cette coalition d’artisans est en voie d’être permanente, mais comment peut-elle être crédible auprès des gouvernements ?

David: Nous sommes fiers de constater que nous sommes déjà crédibles auprès des instances gouvernementales. Le ministère du Patrimoine canadien (fédéral) et Ministère de la Culture et Communications du Québec ont déjà pris contact avec le RAM. 

Florence: Pour nous, c’est super de savoir qu’il y a une écoute, que le travail de ce regroupement répond à un besoin urgent. Auparavant, l’éparpillement des voix des artisans de la musique n’était pas à leur avantage! Aujourd’hui, nous avons une meilleure idée de ce qu’il nous faut faut pour durer et obtenir gain de cause. 

Question : Qu’entendez-vous par assujettir les entreprises étrangères de services de musique en ligne aux règles fiscales canadiennes et québécoises afin de financer la culture locale ?

Florence: Il n’est pas normal que les plateformes étrangères de streaming ne paient pas d’impôt au Canada et profitent de nos contenus.

David : Si YouTube ou Spotify payaient des impôts au Canada, une part de ces taxes pourraient être réinjectées dans l’écosystème musical local. Encore une autre partie de la solution.

Question : Êtes-vous conscients que, pour avoir gain de cause, une bataille historique est nécessaire à l’échelle internationale ? Possible ?

Florence : Nous en sommes conscients, et nous devrons mener cette bataille. On a deux choix : soit on fait quelque chose, soit on ne fait rien.

David : Nous devrons combattre avec d’autres organisations étrangères, aussi avec nos alliés,  producteurs, éditeurs, promoteurs…Des regroupements similaires au RAM  nous ont contacté de l’étranger; la Guilde des artisans de la musique en France, Fair Internet for Performers aussi en Europe, ou encore l’International Artist Organisation.

Question : Les hébergeurs de contenus et fournisseurs d’accès internet sont-ils vos ennemis jurés?

Florence : Non. Au contraire, nous voulons travailler avec ces acteurs de la chaîne numérique. Nous sommes plus que favorables aux nouvelles technologies, nous sommes nous-mêmes des utilisateurs. Nous voulons simplement une rémunération équitable.

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Vendredi 17 février 2017 | Mise en ligne à 14h55 | Commenter Commentaires (10)

Must hivernal: Elbow, Little Fictions

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Vingt sept ans de rock et de raffinement arty mènent-ils immanquablement à la… redite ? Généralement, la cruelle réalité nous force à l’admettre. Des exceptions existent, cependant. En voici une from Manchester, UK. Guy Garvey et ses collègues croient avoir encore le feu sacré. Il serait difficile de ne pas faire acte de foi à notre tour.

Depuis le premier album à l’enseigne d’Elbow (Asleep in the Back, 2001), depuis nos premiers ébahissements sur ce blogue (The Seldom Seen Kid, 2008), la voix du chanteur demeure impeccable, inaltérée, habitée par les esprits de la musique. Les couleurs post-prog et art rock ne s’enlisent pas dans quelque passéisme, obsessions anglaises des années 70 ou 80, c’est-à-dire la source de cette inspiration.

Poète de l’amour, de l’intimité, du souci des proches, de la communauté, Guy Garvey est un parolier lyrique qui ne craint pas les envolées épiques, les chorus poignants, hymnes rassembleurs, modernisations harmoniques, références folkloriques, on en passe. S’il ne s’en tenait qu’à cela, on conclurait à l’exercice de style, à une forme de classicisme sans intérêt artistique.

Or, les arrangements et la réalisation de ces nouvelles chansons (gracieuseté du claviériste d’Elbow, Craig Potter) présentent des particularités probantes, compléments électroniques, arrangements de cordes et magnifique séquences chorales (The Hallé Orchestra), ce qui traduit une haute expertise ainsi qu’une créativité renouvelée.

Rares sont les groupes capables de proposer des réformes aussi subtiles et maintenir la flamme chansonnière sans exhaler quoi que ce soit de suranné.

LIENS UTILES

Elbow, profil wiki

Elbow, site internet

Écoute intégrale de l’album Little Fictions sur Spotify

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Mardi 14 février 2017 | Mise en ligne à 13h16 | Commenter Commentaires (50)

Adele et Beyoncé…


Relayé sur Youtube par Hollywood Reporter

Dimanche soir, Adele Adkins n’était certes pas parfaitement à l’aise de supplanter Beyoncé Knowles au 59e gala des Grammy, particulièrement pour la catégorie la plus importante de toutes : album de l’année. Larmes de joie sur la scène du Staples Center ? Rien n’est moins sûr. Non seulement Adele a-t-elle félicité sa collègue afro-américaine et affirmé publiquement que l’album Lemonade, était le meilleur, mais encore a-t-elle carrément déclaré par la suite : « Je sens que que c’était pour elle le temps de la victoire.

Mon point de vue, en quelque sorte : what the f… doit-elle faire pour gagner ? » Frangine de Beyoncé et aussi chanteuse très inspirée, Solange Knowles a gazouillé dimanche un « wuddup » bien senti à Frank Ocean, soit sur la page Tumblr où le chanteur explique son absence volontaire aux Grammy. On sait que l’album de Frank Ocean, Blonde, n’a été sélectionné dans aucune catégorie cette année, et ce malgré les critiques élogieuses dont il a fait l’objet. La défection d’artistes tels Kanye West, Drake et autres Justin Bieber pourrait prendre de l’ampleur l’an prochain si la direction des Grammy ne rectifie pas le tir.

L’incohérence des 59e Grammy risque fort de plonger ce prétendu plus grand party de la musique au monde dans une crise prolongée. Qu’Adele ait gagné le gros lot avec un album honnête alors que Beyoncé a lancé cet année le meilleur album de sa carrière et fédéré les masses avec une proposition nettement plus audacieuse que celle de la chanteuse anglaise, voilà qui laisse croître la perplexité face à cette institution pop. L’an dernier, c’était idem: Taylor Swift, album de l’année contre l’album de la décennie, celui de Kendrick Lamar. Alors pourquoi une académie, pourquoi une communauté de professionnels vote-t-elle ? Un simple logiciel de quantification de l’impact ne suffit-il pas ?

Dans le contexte américain où le racisme endémique est revenu à l’ordre du jour, dans cette étrange conjoncture où l’intolérance raciale et/ou religieuse est presque assumée dans le discours étatique, on ne peut établir de liens directs mais… on peut comprendre que la meilleure chanteuse pop des États-Unis puisse être victime d’injustice flagrante aux 59e Grammy. Autre léger détail qui s’ajoute au climat toxique…

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