Alain Brunet

Mercredi 17 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h26 | Commenter Commentaires (62)

Bien au-delà du «Montreal sound»

Pop MTL 2014 logo

Pop Montréal démarre aujourd’hui, voici la version longue de on texte sur le «Montreal sound».

Il n’y a pas si longtemps, l’expression anglaise «Montreal sound» pouvait incarner notre rayonnement indie sur la scène internationale : Arcade Fire, The Dears, Unicorns, STARS, Wolf Parade, Handsome Furs, GYBE, The Besnard Lakes, on en passe. En 2014, cette expression est obsolète : l’abondance et la diversité de la production montréalaise ne peuvent se résumer par un quelconque «sound». En témoignent les plus de 200 groupes d’ici invités au prochain Pop Montréal, prévu du 17 au 21 septembre.

Inutile de souligner qu’Arcade Fire est désormais considéré parmi les rares supergroupes de la planète rock. Plusieurs formations et artistes montréalais ont tourné, tournent et tourneront à l’étranger. Des dizaines débordent et déborderont le cadre de la scène locale. Contrairement à Seattle, qui connut sa ruée vers le grunge dans les années 90, Montréal génère un flux hétérogène, puissant, continu. Impossible d’en cataloguer globalement les musiciens, chanteurs, DJ, réalisateurs.


Voyez cette sélection alphabétique, puisée dans le programme officiel de Pop Montréal : Dans les A, on retient Alden Penner, Automelodi. Dans les B : Black Atlass, Boogat. Dans les C : Catherine Leduc. Les D: Das Mörtal, Dear Denizen, Dishwasher, DJ Brace, Dreamboy. Les E : Eman X Vlooper, Esmerine. Les F : Fakes, Fwonte, Foxtrott. Les G : Gazoline, Great Sabatini. Les H : Henri-Pierre Noël, Holy Data, Hua-Li. Les I : Iron Galaxy, Iris Giraldo. Les J : James Irwin, Jesuslesfilles, Jimmy Hunt. Les K : Kalmunity Jazz Project, Katie Moore. Les L : L.A. Foster, L’indice, Les Deuxluxes, Les Passagers. Les M : Maica Mia, Maison Brume, Mathématique, Mossman, Mozart’s Sister. Les N : No Joy, Nymphets. Les O : Organ Mood, Ought. Les P : Pat Jordache, Paul Cargnello, Philémon Cimon, Pierre Kwenders, Pigeon Phat, Poirier, Police des Moeurs. Les R : RAMZi, Richard Reed Parry. Les S : Sarah Neufeld, Secret Sun, Seoul, Solids, STARS. Les T : The World Provider, Tommy Kruise, Tops. Les U : Unicorns. Les V : Votive. Les W : Wizaard. Les Y : You, Yourself and I. Les Z : Zébulon.

Montréal est une métropole de musique où l’émulation anglo-franco est généralement heureuse.

Montréal compte une foule de groupes ou artistes issus de toutes ses communautés culturelles, s’exprimant dans leur langue d’origine ou dans plusieurs langues incluant l’anglais et le français; musiques latino-américaines, africaines, maghrébines, arabes, antillaises, balkaniques, indiennes, chinoises et plus encore.

Ainsi, le caractère bilingue et le cosmopolitisme montréalais garantissent l’hétérogénéité des styles: y fleurissent toutes les variantes de rock, musiques électroniques, hip hop, chanson d’auteur, americana, sans compter les musiques dites sérieuses.

L’anglais domine chez les indies, avez-vous noté? Qu’on le veuille ou non, les artistes ou groupes d’expression anglaise disposent d’un marché beaucoup plus vaste que celui de la francophonie… Si les artistes anglos sont clairement majoritaires à Pop Montréal, faut-il ajouter, on doit attribuer ce trait de programmation aux origines anglophones de ses organisateurs, tout de même respectueux du fait français à Montréal.

Ainsi, la mouture 2014 de Pop Montréal regorge de contenu local : plus de 200 proviennent de Montréal! Pour vous en enquérir, vous n’avez qu’à consulter le programme ou le site officiel de l’événement.

SUGGESTIONS LOCALES:

Ought , jeudi18 septembre, 22h30, Piccolo Rialto

Inspirés par le Printemps Érable il y a deux ans, ces jeunes Anglo-Montréalais ont logé à l’Hotel2Tango, avec les bons soins du label Constellation, ce qui en dit long sur leur potentiel. L’album More Than Any Other Day fut enregistré par Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart) et récolté les commentaires approbateurs pour la plupart. Malgré une instrumentation rock relativement prévisible, (basse, guitare, batterie, violon, claviers), ces garçons usent d’un jeu subtil de références (punk, post-rock, new wave, avant-rock), d’arrangements très créatifs, et d’une figure de proue (Tim Beeler) encline à la fébrilité, au trouble, à la révolte, à la lourdeur du sens.

Timber Timbre, vendredi 19 septembre, 21h15, Métropolis

Avoir assisté au nouveau spectacle de Timber Timbre (Williamsburg, avril dernier) mène à la plus chaude recommandation. La transcription sur scène du superbe Hot Dreams et de chansons plus âgées s’avère parfaitement réussie. Sur l’autoroute des songes et des mythes, Taylor Kirk traverse l’Amérique avec la sensibilité et la fantaisie des poètes les plus inspirés. À la fois vaporeux, planant, étrange et incarné, ce style rétro-nuovo transcende les références continentales (americanas) que nous laisse plus d’un demi-siècle de musique populaire. Ses protagonistes atteignent les plus hauts standards, on pense notamment aux œuvres d’Angelo Badalamenti ou de Joey Burns (Calexico). Must absolu!

L.A. Foster, mercredi 17 septembre, 22h30, Balattou, jeudi 18 septembre, 19h30 et 23h au Nouveau Palais, samedi 20 septembre, 18h, Divan Orange.

Lesley Ann Foster a vécu à Montréal, Buenos Aires, Mexico. Ses premières apparitions sur la scène locale remontent à 2012; elle faisait alors ses débuts chez Karneef. Elle devint ensuite la moitié de Mozart’s Sister pour ensuite quitter le groupe afin de démarrer son projet solo ainsi que le groupe Athenz aux côtés du multi-instrumentiste Marc St-Louis. Les organisateurs de Pop Montréal lui prêtent un talent hors du commun. L’écoute de ses pistes sur Soundcloud (Freedom et coulda been 2) mènent à ce constat : cette jeune femme a une voix superbe, marquée par la soul et emballée par des machines à sons fort bien manipulées.


Écoutez LA Foster sur Soundcloud


Seoul , vendredi 19 sept, 14h, parc de la Petite-Italie et samedi 20 septembre, minuit, O Patro Vys

Seoul jouit de l’un des plus gros buzz à l’endroit des groupes émergents de Montréal. Le peu qu’on connaisse de ce jeune band s’inscrit dans le sillon des meilleurs crus dream pop / ambient pop. Viennent en tête de vagues comparaisons avec Beach House, Atlas Sound, Blonde Redhead… Les claviers, cordes, machines et logiciels sont joués avec un goût certain, les tempos ne sont jamais effrénés, les fréquences jamais corrosives, les mélodies parfaitement ciselées, les voix androgynes sont idéalement susurrées. Il n’y a pas lieu de s’étonner que le groupe fut hautement attractif au dernier South By Southwest. Prise de taille!

Foxtrott, samedi 20 septembre, Le Belmont.

Foxtrott est le véhicule synth-pop que pilote brillamment Marie-Hélène Delorme. Les grooves sont solides, les beats costauds, les sons de synthèse disposés en d'épaisses couches à travers lesquels surgissent les lignes mélodiques de sa voix puissante. Foxtrott s'est fait connnaître avec Shields, maxi très bien ficelé par cette jeune artiste montréalaise ayant bénéficié depuis l'enfance d'une formation d'interprète amateur– piano, violon, etc. Shields a été mixé par Damian Taylor (Bjork, The Killers, Austra), carte de visite pour le moins convaincante avant qu'on puisse écouter le premier album complet de Foxtrott.

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Samedi 13 septembre 2014 | Mise en ligne à 16h02 | Commenter Commentaires (97)

Robert Plant, dinosaure d’exception

Robert Plant.Lullaby And The Ceaseless Roar.2014

Au terme d’un cycle americana hautement créatif vécu aux côtés d’Alison Krauss (Raising Sand), Buddy Miller et Patty Griffin (Band of Joy), Robert Plant s’est retrouvé au Royaume (encore) Uni avec les Sensational Space Shifters. Cette nouvelle formation regroupe certains musiciens ayant déjà travaillé auprès de Massive Attack, Jah Wobble et Sinéad O’Connor, sans compter le Gambien Juldeh Camara, tributaire des grandes traditions de l’Afrique occidentale.

Musiques, maghrébines sahariennes, orientales, médiévales, sont tissées dans des étoffes de blues, bluegrass, country folk, rock, électro. Voilà autant d’ingrédients constitutifs pour cet album excellent, prolongement naturel de ce qu’il a accompli au fil du temps: Lullaby and… The Ceaseless Roar, qui vient de paraître chez Nonesuch/Warner. Car toutes ces couleurs éclataient déjà dans la constellation Robert Plant; l’intérêt du chanteur pour les musiques non occidentales remonte à Led Zep, et l’on se souviendra des superbes angles arabisants de ses collaboration avec Jimmy Page dans les années 90 – rappelez-vous cette superbe tournée avec formation mi-orientale mi occidentale.

Cohérent avec son œuvre, le vétéran poursuit cette quête si fructueuse, arrive encore à soulever l’intérêt des mélomanes les plus exigeants. Après tant d’années de travail, il arrive encore à trouver cet équilibre délicat entre risque artistique et cohérence de l’oeuvre. Qui plus est, il résiste encore aux tentatives de refonte de Led Zep, tant souhaitée par Jimmy Page… qui ne fait preuve ni de la même imagination ni de la même créativité. Cela explique, d’ailleurs, l’acharnement de ce dernier à s’ancrer dans un passé que Robert Plant estime révolu. Dinosaure, certes, mais dinosaure d’exception.

LIENS UTILES

Interview de Robert Plant réalisée par Alain De Repentigny

Robert Plant, site officiel


Écoute d’extraits sur le site de Nonesuch /Warner

Écoute intégrale de plusieurs chansons sur Grooveshark

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Vivay Iyer Trio 3 Wiring

Sous étiquette Intakt Records, le pianiste et compositeur Vijay Iyer se produit aux côtés de musiciens issus de la génération qui précède la sienne: le saxophoniste alto Oliver Lake, le contrebassiste Reggie Workman, le batteur Andrew Cyrille forment Trio 3 depuis un moment. Ces sexagénaires n’ont visiblement pas perdu la forme et, somme toute, mènent le bal sur cet album. Le pianiste indo-américain y fait figure d’invité car l’esthétique post-free y est prééminente. On se replonge ici dans les années 70, 80 et 90 du jazz contemporain, pendant lesquelles les musiciens liés au genre ont progressivement trouvé le liant entre jazz moderne et free, entre musique écrite, improvisation dirigée et improvisation libre. Le vocabulaire free des instruments acoustiques s’est alors précisé, pendant que la composition jazz s’est lentement approchée de la musique contemporaine occidentale sans pour autant se couper de ses racines. Le cadre de l’album Wiring est ici présenté, les musiciens le débordent, car ils ont chacun de nouvelles propositions à nous soumettre côté impro. Côté composition, cependant, nous sommes en terrain connu; peu de changements au programme.

Écouter les extraits de l’album sur le site officiel de Intakt Records


Écoute d’extraits sur Amazon

Le volet automnal de la série Jazz à l’année du FIJM démarre ce vendredi à l’Astral avec le premier concert de l’Orchestre National de Jazz de Montréal. Le musicien central de la soirée est Jean-Nicolas Trottier. Tromboniste, arrangeur, compositeur et chef d’orchestre, on lui doit entre autres les arrangements du dernier album de Champion qu’avait interprété I Musici de Montréal l’an dernier. Jean-Nicolas est d’abord et avant tout jazzman, sa musique est du plus haut intérêt pour les supporters de la scène locale et plus encore.

Mardi prochain, Jean-Nicolas Trottier se trouvera au Café Résonance, son trio se composera du bassiste Rémi-Jean LeBlanc et du batteur Rich Irwin.


Écoutez Jean-Nicolas Trottier sur le site du label Effendi

Baptiste Trotignon Hit

«Hit, parce que la frappe en tant que percussion, élément moteur et primitif du son, élément fondamental de tant de musiques, élément organique source de vie, a toujours été au centre de la plupart des musiques afro-américaines et de toutes celles qui en ont découlé», dixit le pianiste Baptiste Trotignon, appelé à justifier le titre de son nouvel album paru récemment sous étiquette Naïve – et dont on peut écouter les extraits sur Qobuz. Le jazzman français est de la même mouture pianistique que Brad Mehldau: formation classique, potentiel d’un pianiste de concert, converti à l’improvisation et au jazz pendant l’adolescence, devenu l’un des plus beaux virtuoses jazzistiques de la scène française. La technique de Trotignon est d’un niveau comparable à celle de Brad. La fluidité des phrases, l’articulation exemplaire, la suavité mélodique, la main gauche toujours alerte, la délicatesse de l’approche faisant bon ménage avec la promptitude de l’attaque au clavier. On l’a vu à maintes reprises sur les scènes montréalaises, on se souvient de concerts superbes avec les saxophonistes Mark Turner et Rémi Bolduc. Trotignon se présente ici aux côtés du contrebassiste Thomas Bramerie et du batteur Jeff Ballard, membre éminent du Brad Mehldau Trio. Tiens tiens…

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