Alain Brunet

Vendredi 15 mai 2015 | Mise en ligne à 18h55 | Commenter Commentaires (23)

Le voyage de pêche

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Coucher de soleil sur Victo, soir de festival près du Pavillon Arthabasca

Depuis le début des années 80, j’aurai finalement passé quatre ou cinq mois de ma vie à Victoriaville, dont la prospérité tranquille et la relative fadeur du tissu urbain incitent l’amateur à se concentrer exclusivement sur ladite musique actuelle. Enfin… sur ces musiques qui constituent une des nombreuses tranches du corpus musical autre que celui du divertissement. Jazz contemporain, improvisation libre, avant-rock, aile gauche du prog, rock in opposition, jeux d’improvisation, bruitisme, drone, électro-impro, voilà la tanche du FIMAV.

Et me revoilà avec cette majorité d’hommes et de cette minorité de femmes, intellos, mélomanes, paisibles marginaux, sympathiques monomaniaques venus à ce voyage de pêche aux nouveaux sons. Nouveaux ? Pas toujours. Assez souvent, de vieilles bêtes mordent à nos lignes… impression de flétrissement, de sur-place, de résistance au présent, d’avant-garde aux cheveux gris, zones de confort atteintes. Mais aussi des surprises, séquences assez nourrissantes pour que l’on décide de revenir l’année suivante.

Le FIMAV est resté petit comme tant de niches culturelles. On aurait cru, à une époque, que le public de ce festival pourrait croître devenir le plus puissant phare québécois de la nouvelle musique, sa capacité d’accueil le limite à rester une sorte de congrès convivial plutôt qu’un grand festival. Bon an mal an, il fait plus ou moins les 5000 entrées payantes et mobilise un noyau dur de quelques centaines d’amateurs qui reviennent chaque année à sa pourvoirie. Des fans issus du Québec mais aussi de l’Ontario et de la Nouvelle-Angleterre y retrouvent un sentiment de communauté qu’ils n’ont probablement pas dans leur patelin… puisqu’ils sont probablement les seuls à carburer à ces sons.

Force est de constater que l’ouverture aux nouvelles musiques de concert autres que le jazz ou la musique classique ne conduit certes pas à un survol complet. Cet univers est tellement vaste que les amateurs s’accrochent généralement à un micro-réseau pour différentes raisons: le temps et l’argent à consacrer mais aussi l’incapacité de tout absorber. Aujourd’hui, l’offre est tellement considérable que peu de mélomanes (il y en a tout de même) se sentent à l’aise de piger les meilleurs ingrédients de chaque buffet. Ils ne savent tout simplement pas comment s’y prendre.

Ceux qui remplissent ce même week-end (hélas) les salles du festival Elektra évoluent aussi dans une autre configuration qui n’est pas exactement celle de MUTEK, celle des Pop Montréal, Suoni Per Il Popolo, Montréal Nouvelles Musiques, Akousma, Piknic Elektronic et autres Meg Montréal. Personnellement, j’aime me promener partout et il m’arrive régulièrement de me désoler que ces microcosmes de créativité soient, somme toute, mal connectés les uns aux autres. En revanche, ces multiples identités rendent le paysage sonore si riche, si diversifié.

Paradoxe assumé, somme toute.


LIENS UTILES


Ma critique de Suuns + Jerusalem in my Heart


Ma critique de Résistances

Pour en savoir plus long sur ce qui se passe ce week-end àu FIMAV et à ELEKTRA


On clique ici pour le FIMAV

On clique ici pour ELEKTRA

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Mardi 12 mai 2015 | Mise en ligne à 10h10 | Commenter Commentaires (40)

Patrick (Watson) et les robots

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Pour Patrick Watson et ses collègues (Joe Grass, guitare, Robbie Kuster, batterie, Mishka Stein, basse), le nouveau cycle de création qu’inaugure le nouvel album Love Songs for Robots s’annonce peut-être plus laborieux que le précédent.

On ne peut nier la qualité des constructions chansonnières, ni le choix des évocations dans ce nouvel opus : tendresse, amour, désir, charme, prostitution, mémoire déficiente, hyperactivité du cerveau, science-fiction organique et autres thèmes mis en musique à une époque où l’humanoïde se confond de plus en plus avec l’androïde.

Depuis son émergence, soit avec les albums Close to Paradise, Wooden Arms et Adventures in You Own Backyard, le groupe de Patrick Watson nous a gâtés dans un véritable crescendo de créativité et de raffinement. La qualité du «songwriting», de ses arrangements et de leur exécution offrait ce que l’entière planète indie avait de meilleur. Ce cycle de trois albums s’était conclu dans une superbe opération pop symphonique à l’église Saint-Jean-Baptiste. Après quoi, il fallait passer à autre chose.

Pour amorcer ce nouveau cycle de création, l’abandon des cordes pour les synthétiseurs (joués par François Lafontaine) était une excellente idée… qui n’a peut-être pas été menée à terme. Du moins pas encore, même si les séances d’enregistrement ont été menées aux mythiques Capitol Studios de Los Angeles. L’éventail textural s’avère trop étroit si on se met dans le contexte des avancées plus ou moins récentes en musique électronique. Ces nappes de claviers créent au contraire un effet vaguement prog / space rock un tantinet passéiste… et aussi une impression d’appauvrissement orchestral, heureusement compensé par les choeurs qui ajoutent au parfum soul de certains passages. Quant aux structures musicales (harmonies, mélodies, voix de fausset), elles demeurent stables pour ne pas dire redondantes. On attend la suite…

Fin avril, j’ai fait le compte-rendu du premier concert surprise de Patrick Watson et son groupe renforcé par le claviériste Mathieu Charbonneau (Timber Timbre), Marie-Pierre Arthur, Erika Angell (Thus Owls) et Lisa Iwanycki Moore. Dans le contexte d’une rédaction en direct avec ordinateur au fond de la salle, je m’étais contenté d’être descriptif. Soirée sympa, certes, mais j’avais constaté la ténuité du galbe synthétique de ces nouvelles chansons. Les claviers étant trop discrets, on avait forcément l’impression d’une proposition d’ensemble plus mince qu’auparavant. Les réparties du choeur féminin étaient toutefois solides et habitées, en belle relation avec le soliste, mais…

Cette reprise de contact avec Patrick Watson laissait néanmoins une vague impression de travail inachevé, de quête inassouvie. Facile de déduire que l’exécution de ce nouveau répertoire sera supérieure dans un avenir proche… et reste à souhaiter une proposition plus substantielle côté claviers et sons de synthèse. Car il en faudra davantage pour atteindre un niveau comparable à ce cycle antérieur qui nous a profondément séduits.

À suivre…

LIENS UTILES

Écoute intégrale de l’album Love Songs for Robots sur Deezer

Patrick Watson, site officiel

Patrick Watson, profil Secret City Records

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Lundi 11 mai 2015 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Aucun commentaire

Chanteuses et musiciennes de MTL: Randa

Randa Subtle Thrills

La Montréalaise Randa Ghossoub n’est pas excactement une nouvelle chanteuse comme pourrait le laisser déduire cette mini-série de billets amorcée la semaine dernière, puisque son premier album fut lancé en 2002 et qu’elle exerçait la profession de chanteuse des années auparavant.

Son profil biographique nous apprend qu’elle s’est produite sur plusieurs scènes du monde. Or, pour la majorité absolue des amateurs de jazz d’ici, cependant, elle l’est. On l’a vue et entendue à l’oeuvre notamment au Festival du monde arabe de Montréal, vu ses origines libanaises et l’ouverture du FMA au jazz moderne. Elle s’exprime avec aisance en arabe, en anglais comme en français.

Cela étant dit, le nouvel album que propose ici Randa Ghossub n’a rien de proche-oriental; non sans rappeler Helen Merrill, sa voix douce et légèrement ensablée porte deux reprises jazzifiées de Sting dont la française Belle dame sans regrets, une bossa nova (Insensatez), et plusieurs standards (Softly as in a Morning Sunrise, All the Things You Are, Get Out of Town, Blue Moon, etc.).

Subtle Thrills a été enregistré de concert avec des musiciens américains de réputation internationale: le pianiste et claviériste Cyrus Chestnut, le contrebassiste Dezron Douglas, le batteur Lewis Nash, le saxophoniste Antonio Hart, le trompettiste/bugliste Freddie Hendrix et le percussionniste Roger Squitero. Chestnut, qui signe les arrangements de cet opus, avait aussi collaboré à l’opus Moon Breeze, enregistré en 2011 avec les Montréalais Michel Donato (contrebasse) et Jim Hillman (batterie).

LIENS UTILES


Randa Ghossoub, site officiel


Randa Ghossoub, profil wiki


Écoute de l’album Subtle Thrills sur Spotify

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