Alain Brunet

Archive de la catégorie ‘Général’

Jeudi 2 juillet 2015 | Mise en ligne à 17h23 | Commenter Commentaires (2)

ONJM, Vijay Iyer Trio, Carbou/Binney/Wood

Depuis deux ans, l’Orchestre national de jazz de Montréal consacre ses ressources humaines et créatives à la diffusion du répertoire pour grand ensemble. Mercredi soir, place des Festivals, la formation était au service de la jazzwoman Marianne Trudel et de son oeuvre la plus considérable jusqu’à ce jour: Dans la forêt de ma mémoire.

Au printemps 2014, L’Astral accueillait la création et l’enregistrement de cette suite en sept mouvements, que d’aucuns qualifient d’offrande majeure dans le contexte de notre communauté jazzistique. Depuis quelques années, la pianiste avait entrepris un travail d’écriture pour big band, ce qui l’a menée ensuite à la composition de cette oeuvre pérenne, brillante et d’autant plus inspirée. À n’en point douter, Marianne Trudel pourra la présenter sa vie durant sur l’entière planète jazz.

Et puisque l’album Dans la forêt de ma mémoire été lancé récemment sous étiquette Atma, l’occasion était belle pour que l’ONJM en rejoue la matière sur la plus grande scène du festival montréalais.

Anne Schaefer, qui chante magnifiquement dans l’enregistrement, était remplacée mercredi par notre Karen Young qui s’est fort bien acquittée de sa tâche. Comme dans le concept originel, la plus qu’excellente trompettiste Ingrid Jensen était la principale soliste, en alternance avec d’autres pointures locales, on pense notamment aux saxophonistes Jean-Pierre Zanella et André Leroux.

Malgré une température anormalement frisquette, le ciel était enfin dégagé entre 23h et minuit… et il y avait quand même une foule pour assister à l’exécution quasi impeccable de cette suite, dont l’esthétique jazz s’inscrit dans les hybridations classiques et contemporaines pour big band, on pense aux travaux initiés par feu Gil Evans, Maria Schneider et leurs successeurs telle notre Christine Jensen, excellente compositrice qui assurait hier la direction de l’ONJM.

IMG_20150701_201550

Deux heures chez Vijay Iyer

Un peu plus tôt au Monument National, le pianiste américain Vijay Iyer a mis l’accent sur la matière de son récent album sous étiquette ECM, Break Stuff, un des meilleurs albums de jazz parus en 2015. Pièces très majoritairement originales et quelques relectures à ce programme pour le moins substantiel, dont Work de Thelonious Monk, Little Pocket Size Demons de Henry Threadgill ou encore Human Nature de Michael Jackson servie au rappel.

On l’a déjà souligné, on ne passe pas deux heures devant Vijay Iyer pour y voir un supravirtuose à l’oeuvre. On s’y présente pour se laisser aspirer dans un monde musical dont la technique est au service de l’inspiration et des idées qui en constituent l’édifice. On y contemple alors tout un pan du piano jazz d’aujourd’hui et de demain, puisque Vijay Iyer en est un des plus grands concepteurs. Les composants harmoniques, mélodiques, rythmiques et timbraux qui y sont déployés témoignent à la fois d’une pensée visionnaire et d’un ancrage dans la tradition. Ainsi, il se trouve assez de références connues dans ce corpus pour ensuite en admettre la part plus avant-gardiste, forcément plus difficile à métaboliser.

Mercredi, le trio du pianiste de Vijay Iyer n’a souffert que d’une chose: la sonorisation. Comment, au fait, ne pas être en mesure de calibrer convenablement trois instruments acoustiques? Ainsi, le fabuleux batteur Tyshawn Soray enterrait trop souvent le jeu de ses collègues, surtout la contrebasse. Confusion à la table de mixage? Il y avait assez d’intelligibilité pour saisir l’excellence de cette musique jouée mais… inutile d’ajouter qu’un meilleur équilibre des forces sonores en présence l’aurait propulsée encore plus haut.

Carbou, Binney, Wood

En début de soirée, le guitariste montréalais (d’origine française) Thomas Carbou a carrément amélioré sur scène la matière de son nouvel album, Other Colors of Hekaté (étiquette Ad Litteram), enregistré avec le saxophoniste (alto) David Binney et le batteur Jim Black. Hier, ce dernier était remplacé par le très compétent Nate Wood qu’on a déjà entendu chez Kneebody et Tigran Hamasyan. Moins convenu que sur disque, ce répertoire world-jazz et aussi folk-jazz acquiert de nouvelles qualités devant public, surtout en énergie et en démonstration de virtuosité. On a même eu droit à la jazzification d’une chanson de Noir Désir, À ton étoile… un titre tout à fait indiqué pour un concert à L’Astral!

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article






ONJM Marianne Trudel
Voici la pièce maîtresse de Marianne Trudel, certes sa plus importante contribution jusqu’à ce jour.

Ce que la pianiste avait préalablement échafaudé pour septuor (Espoir et autres pouvoirs) culmine dans cette oeuvre en sept mouvements, écrite pour grand orchestre (18 musiciens) et créée en mai 2014 par l’Orchestre national de jazz de Montréal sous la direction de Christine Jensen.

Certains des meilleurs solistes québécois ou canadiens ont été conviés à étoffer cette pièce à la hauteur des ambitions de sa conceptrice : Anne Schaefer, voix ; André Leroux, Jean-Pierre Zanella, Alexandre Côté et Samuel Blais, saxophones ; Ingrid Jensen et Bill Mahar, trompettes ; Rémi-Jean LeBlanc, contrebasse ; Robbie Kuster, batterie – sans compter Marianne Trudel, qui y apporte une solide performance individuelle. Nous avons entre les oreilles une oeuvre riche et diversifiée, puisant dans plus d’un siècle de référents musicaux (romantique, impressionniste, contemporain, free, etc.), travail d’intégration comparable aux meilleures propositions pour grand orchestre de jazz écrites au cours des dernières décennies.

Sur la scène TD le 1er juillet, 21 h et 23 h, dans le cadre du FIJM

ÉCOUTE INTÉGRALE SUR ICI MUSIQUE

wayne-shorter-maison-symphonique-mardi

Photo La Presse / Olivier Jean

Sauf l’immense respect que l’on doit à Wayne Shorter, géant depuis son émergence chez les Jazz Messengers à la fin des années 50, interprète virtuose, improvisateur brillant, compositeur de génie, initiateur de styles jazzistiques, il faut dire les choses comme elles sont… du moins telles qu’elles furent mardi à la Maison symphonique : l’âge commence à rattraper le grand maître.

La qualité de son jeu s’en ressent malgré la pertinence encore tangible de sa musique en quartette. À 81 ans, que peut-il se permettre en tant qu’interprète ? Un des traits distincts de son approche au saxophone était l’atteinte de paroxysmes au terme de montées dramatiques. Malheureusement, le soprano n’atteint pas toujours la fréquence visée, le ténor peut manquer de tonus lorsque le contexte l’exige. On a souvent loué la verdeur du vétéran, encore alerte et précis jusqu’à récemment mais…

Wayne Shorter a beau ménager ses effets, certaines de ses interventions semblent hésitantes ou même erratiques. D’autres, fort heureusement, contribuent de belle façon à l’effort collectif de son quartette et donc à cette création en direct d’environ une heure et demie.

Une fois de plus, ce fameux ensemble nous conviait à la lecture d’un récit longuement improvisé et complété par l’interprétation de quelques thèmes composés. Récit parfois disparate, force était d’observer. Le pianiste Danilo Perez, le contrebassiste John Patitucci et le batteur Brian Blade ont beau constituer un des plus beaux alignements du jazz contemporain, ils ne peuvent accomplir de miracles chez les mortels. Tant bien que mal, ils doivent gérer l’état de leur leader, tant et aussi longtemps que la sagesse sera au rendez-vous.

À l’occasion d’une soirée spéciale pour célébrer son 80e anniversaire, il y a deux ans, Wayne Shorter montrait des signes de fatigue sur scène, mais pas assez pour qu’on s’en formalise. En comparaison aux fabuleux concerts donnés par son quartette depuis l’an 2000, la qualité de cette construction improvisée était légèrement en-deçà de ce à quoi on avait eu droit par les années passées : parmi les plus grands rendez-vous de l’histoire du FIJM, rien de moins. Or, mardi soir, la fatigue physique et l’essoufflement conceptuel étaient plus évidents. Ainsi va la vie, personne n’y échappe…

Dave Douglas High Risk

Les «risques élevés» de Dave Douglas

À L’Astral, le trompettiste américain Dave Douglas tentait l’expérience électro-jazz aux côtés du bassiste Jonathan Maron, du batteur Mark Guiliana et du DJ/réalisateur Shigeto : High Risk, tel est le nom de ce nouvel ensemble. Encore faut-il rappeler que, sur la planète jazz, peu de musiciens suggèrent de telles musiques hybrides qui n’ont pas l’air datées. On a généralement droit à une solide section rythmique funk/hip-hop et des solistes qui s’esbaudissent sur des clichés électroniques. Et on reste sur son appétit…

Dave Douglas est probablement conscient de ce cliché car il a choisi un bidouilleur électro qui lui fournit une matière d’aujourd’hui et non d’il y a cinq ou dix ans. Qui plus est, le trompettiste est un vrai compositeur, ses structures vont au-delà du groove, excellent au demeurant – Mark Guiliana y est pour quelque chose ! Si on ne peut conclure à une oeuvre achevée, on peut d’ores et déjà applaudir la démarche et s’attendre à une évolution probante du concept.

ÉCOUTE INTÉGRALE DE HIGH RISK SUR DEEZER

Snarky Puppy Métropolis 2015

Photo Victor Diaz Lamich pour le FIJM

Snarky Puppy parti pour la gloire

Pour conclure la soirée, il fallait témoigner du très gros buzz à l’endroit de la formation américaine Snarky Puppy. Enfin, un groupe de musique instrumentale de fort niveau attire un public dans la jeune vingtaine, quoi qu’on pense de son approche. Mardi soir, le Métropolis était rempli à craquer de fans finis, excités au maximum par ce néo-fusion assorti de multiples influences du moment – groove, R&B, hip hop, indie pop, etc. Nul ne peut prédire l’avenir, mais il est permis d’affirmer que Snarky Puppy a réalisé un tour de force en imposant cette facture pour ainsi lancer une nouvelle génération sur la piste de la «mélomanie».

ÉCOUTE INTÉGRALE DE L’ALBUM WE LIKE IT HERE SUR DEEZER

Lire les commentaires (20)  |  Commenter cet article






Mardi 30 juin 2015 | Mise en ligne à 15h46 | Commenter Commentaires (11)

Mélanie De Biasio, Jaga Jazzist

Melanie de Basio-5

Il était 18h, le soleil n’était pas prêt de se coucher et… il faisait nuit au Club Soda. Silence total dans la salle, toutes et tous suspendus aux lèvres de Mélanie De Biasio. L’envoûtement était amorcé depuis quelques douzaines de mois, il faut dire; No Deal, deuxième album de la chanteuse et flûtiste italo-belge, est un satellite en orbite autour de la planète jazz. L’objet céleste hypnotise à distance… imaginez l’effet produit par sa conceptrice en chair et en os.

Avec peu de fréquences émises par les instruments qui l’accompagnent (contrebasse, piano, électronique), pouvant compter sur une tessiture relativement limitée et une technique de flûte traversière qui ne pète rien de particulier, cette artiste peut intervenir dans vos rêves, en modifier la symbolique et le scénario.

Le ton est calme, lourd, grave, très sensuel. Impossible de ne pas être chevauché par ces mélodies superbement dessinées, ces harmonies souvent puisées dans le jazz, un jazz souvent coltranien – la référence est d’autant plus claire lorsqu’elle nous sert Afro Blue en en ralentissent le tempo originel.

Autre élément-clé de ce succès confirmé lundi : l’équilibre entre voix, instruments acoustiques et fréquences électroniques. Dans le cas qui nous occupe, la grande précision de la sonorisation est cruciale, opération très délicate dans le contexte.

On ne sait quelle sera la pérennité de cet art puissant constitué de si peu d’éléments. On ne sait comment Mélanie De Biasio pourra générer d’autres ambiances aussi épidermiques avec ce dont elle dispose. On peut le présumer, cependant : si elle y est parvenue sur deux albums déjà, pourquoi manquerait-elle d’inspiration pour la suite des choses ?

Jaga Jazzist  au Club Soda

Après que son Altesse Érykah eut fait rimer Badu avec vaudou et mis en transe tous ses sujets à la salle Wilfrid-Pelletier, c’était le moment d’assister au triomphe imminent de Jaga Jazzist. Plus de deux heures sur scène, le Club Soda en feu. Show extrêmement généreux de la part de ces Norvégiens dont on a maintes fois vanté le pouvoir volcanique : il était passé minuit et le groupe est revenu sur scène pour un ultime rappel. Très sympa.

Une tonne d’énergie au programme, certes, mais pas une tonne d’intelligibilité. Plus présents dans le mix qu’ils ne l’étaient par le passé, les synthés de Jaga Jazzist semaient hier une étrange confusion. Force est d’observer sur scène comme sur le récent opus Starfire, les composantes électroniques préconisées par Lars Horntveth (le principal compositeur) s’inspirent du prog, du krautrock et de la synth pop d’une autre époque.

Combinés aux instruments acoustiques (bois, cuivres, anches, cordes, percussions) et électriques (guitares, claviers) des orchestrations, la facture générale de ce nouveau spectacle laissait une impression de sur-place… ou encore de réformes discutables, contrairement aux avancées auxquelles nous avions été habitués auparavant. Ajoutez à cela une sonorisation qui laissait à désirer, et vous aviez une frange de fans déçus au sortir du Club Soda. Frange minoritaire, faut-il le préciser…

Et voici la critique de l’album

Basic CMYK

En marche depuis le milieu des années 90, le fameux octuor norvégien Jaga Jazzist a lancé sept albums, dont un enregistrement public. Sur disque comme sur scène, cette imposante formation a ébloui les amateurs de musiques instrumentales avec ce mélange bouillonnant de jazz, prog, électro. musique contemporaine, musique orientale, etc. Cinq ans séparent la sortie du dernier album solo et celui-ci… qui en laissera certains sur leur appétit. Non pas que l’exécution soit en deçà des standards auxquels Jaga Jazzist nous a habitués, mais plutôt parce que le langage compositionnel ne présente que très peu de surprises. Après une période aussi longue, on se serait attendu à davantage de nouveaux influx dans l’inspiration du multi-instrumentiste Lars Horntveth, compositeur-clé de la formation. La facture Jaga Jazzist n’en demeure pas moins unique au monde, même si un tantinet assagie sur le plan conceptuel.


ÉCOUTE INTÉGRALE DE STARFIRE SUR DEEZER

Lire les commentaires (11)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    avril 2013
    L Ma Me J V S D
    « mar   mai »
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    2930  
  • Archives

  • publicité