Alain Brunet

Archive de la catégorie ‘Général’

Mardi 24 mai 2016 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (23)

Sturgill Simpson, A Sailor’s Guide to Earth

Sturgill Simpson  A Sailor's Guide to Earth

On le claironne depuis un moment, soit depuis la parution des albums Metamodern Sounds in Country Music (2014) et Hightop Mountain (2013), voici la nouvelle sensation de l’americana, l’un de ses plus vibrants réformateurs.

Avec cet excellent A Sailor’s Guide to Earth, Sturgill Simpson asseoit sa réputation. Ce sudiste de 37 ans a tous les talents, il faut dire : voix puissante et juste, textes sentis et très bien écrits pour la plupart, arrangements inspirés, instrumentation des plus ambitieuses, superbe et judicieux mélange des genres: country, folk, blues, rock, mais aussi R&B des États du Sud. L’instrumentation témoigne de ces hybridations effectuées sous le parasol americana: pedal steel guitar, guitares électriques, basse, batterie, claviers, cuivres et anches, cordes classiques ou même cornemuse celtique.

Nashville et Memphis sont virtuellement jumelées et plus encore : on a même droit à une reprise de Nirvana, In Bloom! Le Deep South américain n’est pas aussi statique et polarisé noir-blanc qu’il ne le fut, en voilà l’illustration probante. D’un point de vue de visage pçale, Sturgill Simpson témoigne d’un brassage culturel en marche dans le Deep South depuis la guerre de Sécession, voilà qu’il propose une approche country qui se veut beaucoup plus réformatrice et fédératrice que révolutionnaire. Nous ne sommes quand même pas dans l’électro atonale ! Nous sommes ici dans le monde d’un doué songwriter, compositeur et arrangeur ouvert sur son environnement et les contributions historiques des communautés artistiques qui l’habitent.

Pour les intéressés, Sturgill Simpson se produira au Théâtre Corona, le 4 août prochain.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de A Sailor’s Guide to Earth sur Deezer

Sturgill Simpson, site officiel

Sturgill Simpson, profil wiki

Site officiel du Théâtre Corona – Sturgill Simpson s’y produit le 4 août prochain.

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La liberté et l’indétermination sont des vertus cardinales au Festival international de musique actuelle de Victoriaville, qui s’est conclu dimanche pour une 32e fois. On sait que la majorité absolue des mélomanes voient dans ces pratiques un étalement de bruits informes, sans cohérence réelle, sorte de gargarisme dont les prémisses conceptuelles l’emportent sur le résultat.

Ces préjugés subsistent depuis les années 50 mais… la communauté de musiciens, concepteurs et mélomanes enclins à différentes manifestations de l’impro libre n’a cessé de croître malgré cette réprobation. Pourquoi donc ? Parce que l’impression d’incohérence est un leurre, on finit tôt ou tard par le réaliser. Plus on s’y penche, plus on réalise que l’improvisation libre repose sur un riche vocabulaire, des stratégies de jeu éprouvées, des esthétiques en mouvement – jazz, musique contemporaine, électronique, rock bruitiste, etc.

Ainsi, cette démarche fondée sur la liberté et l’indétermination mobilise une communauté de mélomanes, le FIMAV en témoigne d’année en année. Et c’est loin d’être le seul festival à le faire.

MusicaElettronica-4

Prenez le collectif Musica Elettronica Viva (MEV), qui a fait l’objet d’un certain buzz il y a un demi-siècle: en clôture de festival, trois pépés de l’avant-garde amerloque (autrefois tous basés à Rome) ont proposé un très beau continuum sonore pour piano, voix, synthétiseurs, échantillons traités, corne musicale, sons de la nature et de la civilisation.

On y ressentait la sagesse, la lucidité, l’expérience, le goût, un raffinement certain. Programmer ces musiciens historiques (Alvin Curran, Richard Teitelbaum, Frederic Rzewski) pouhttp://blogues.lapresse.ca/brunet/wp-includes/images/blank.gifr le dessert est à mon sens une erreur de programmation, vu leur très relatif pouvoir attractif. Leur dérouler le tapis rouge au FIMAV était néanmoins justifié. MEV fait partie de l’histoire de l’improvisation libre, les fans de cette pratique doivent voir cet ensemble à l’oeuvre au moins une fois avant que ses praticiens ne passent à une autre dimension.

GeorgeLewis-1

Plus tôt dans la journée, le programme dominical suggérait une autre approche free, cette fois chapeautée par George Lewis, tromboniste, improvisateur, compositeur, féru d’électronique, théoricien de l’interaction et de l’indétermination. Hormis le piano le trombone et une collection d’apeaux avec micros contacts, un immense arsenal de percussions et était mis à la disposition des interprètes – Tyshawn Sorey (percussion, piano, etc.), Thurman Barker (percussion), Eli Fountain (percussion), Aiyun Huang (percussion).

Pendant une heure, le périple a mené l’auditoire à s’imprégner de variations de différentes intensité, généralement ténues et fort bien exécutées par les musiciens dirigés par un des grands acteurs de l’Association for the Advancement of Creative Musicians (AACM), collectif fondé à Chicago dans les années 60. L’approche est devenue classique, d’aucuns y verront un plafonnement conceptuel… Encore là, il faut considérer que les formes classiques de l’expression musicale ne sont pas toutes condamnées à la mort conceptuelle. Plus discrètement, le vocabulaire continue d’évoluer et certains improvisateurs parviennent à en faire un art vivant, hautement créatif.

Sous des allures plus nouvelles, la prestation d’eRikm présentait samedi l’acousmaticien français devant son ordinateur et un écran géant sur lequel on pouvait visionner… une carte du monde et y repérer plusieurs lieux d’où proviennent des sons ambiants, captés et mixés en temps réel. Plus précisément, il existe partout sur terre des stations munies de micros et qui témoignent de leurs environnement sonore respectif. Le musicien français a eu la bonne idée d’en faire un collage intégré devant public, assorti de ses propres interventions bruitistes. Malheureusement, la qualité du streaming et la relative pauvreté de la stratégie musicale ont laissé à plusieurs l’impression d’un travail préliminaire, inachevé, pas encore présentable.

Par ailleurs, revenons brièvement sur les parties plus “rock” du festival… pas particulièrement concluantes chez Laniakea. L’impression d’une interminable introduction et de musiques planantes à un mètre du sol… Fréquences typiques de certains enregistrements des années 80, je pense notamment à This Mortal Coil paru en 1983 chez 4AD Chez Big Brave, guère mieux: impression d’un post-rock daté période début 2000, malgré une belle qualité atteinte dans les fréquences saturées.

Somme toute ? Ce que la direction artistique du FIMAV sait faire, elle a encore su le faire en 2016. Tant du côté international que du côté local, québécois ou canadien (le Tony Wilson Sextet est un bon exemple), les expressions prisées par Michel Levasseur ont généralement été concluantes. Toutefois…côté découverte, ouverture sur l’avenir et sur plusieurs présents de la musique actuelle, ce fut moins évident – sauf le tandem Lucas Niggli/Andreas Schaerer et, surtout, Fet.Nat.

On le reconnaît au FIMAV, il faudra un (autre) coup de barre afin d’en revivifier la proposition artistique, d’en assurer la pérennité et d’en contrer la décroissance. On verra bien… l’an prochain.

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Dimanche 22 mai 2016 | Mise en ligne à 18h36 | Commenter Commentaires (5)

Victo pour écouter: Zorn, Zorn, Zorn… Bagatelles

Depuis les années 80, il vient régulièrement à Victo afin d’y dévoiler une partie congrue de sa création. Samedi soir, neuf configurations récentes présentaient une série de nouvelles pièces s’inscrivant dans son oeuvre colossale.

À 62 ans, que peut encore nous dire John Zorn ? En tout cas, quelques centaines de nouvelles pièces ont été composées en 2015, corpus à l’intérieur duquel il a pigé pour les trois programmes présentés au FIMAV sous la bannière Bagatelles.

Après tant d’années, il y a peu de bouleversements apparents dans les différents aspects de son expression, on peut néanmoins débusquer une foule de nouvelles variables dans les détails de formes connues et apprivoisées par les mélomanes. À ce stade de sa carrière, la créativité de Zorn se fonde sur les petits aménagements d’avenues déjà pavées. Les grands compositeurs qui ne cessent de travailler leur vie durant produisent très souvent une impression de redondance sur le long terme, du moins le constate-t-on dans les évaluations de créateurs « horizontaux » tels Bob Dylan, Prince, Neil Young, Jean-Louis Murat, Frank Zappa, Duke Ellington, Steve Coleman, Joni Mitchell et autres John Zorn.

Il s’en trouve aussi pour suggérer que ce type d’oeuvre ne peut être circonscrite à une période précise, à des concerts ou enregistrements précis. C’est plutôt dans la macro-observation qu’on arrive à dégager les qualités de ce travail. Quoi qu’on en pense, voici un court résumé des trois programmes présentés samedi. En tout, quatre heures et demie de zizique !

Bagatelles1-1
Crédit: toutes les photos sont de Martin Morissette pour le FIMAV

* La pianiste Sylvie Courvoisier et le violoniste Mark Feldman ont exprimé la dimension contemporaine et atonale du compositeur, écriture spasmodique, abrupte, percussive, très exigeante techniquement, le tout ponctué par des épisodes mélodiques néo-classiques ou inspirés du patrimoine sémite auquel John Zorn est toujours attaché.

* Formé de Will Greene, guitare, Simon Hanes, basse , Aaron Edgcomb, batterie, le trio Trigger suggère un éclairage rajeuni au volet hardcore de l’univers zornien, que l’on connaît depuis les années 90. Il recrutait alors chez The Melvins et Mr. Bungle pour exprimer la part la plus furieuse de son art.

Depuis lors, ça se poursuit et ces nouveaux interprètes qui se prêtent à l’interprétation de nouvelles pièces dans une esthétique rock-jazz-métal-punk-cartoon. Encore là, les coefficients de difficulté sont très élevés, on n’a vraiment plus le rock et le jazz-rock qu’on avait, mais cette avenue ne suscite plus d’étonnement, en ce sens que cette esthétique est désormais intégrée, digérée, et des interprètes d’enfer se l’approprient. La qualité du jeu et les petits détails que révèlent ces musiciens s’adressent aux vrais amateurs de hardcore intello. Quoi qu’on pense de ce nouveau chapitre hardcore zornien, on reparlera certainement de Trigger au cours des années à venir.

Bagatelles1-Kris Davis Quartet

* Le quartette de la pianiste canadienne Kris Davis (Drew Gress, contrebasse, Mary Halvorson, guitare, Tyshawn Sorey, batterie) a aussi transcendé les nouvelles pièces du répertoire zornien, elle réussit au piano à rendre l’articulation très dense et les soubresauts rythmiques que commandent la musique de zorn. En relation avec la guitariste Halvorson et une section rythmique hors du commun, Kris Davis donne un autre éclairage à cette oeuvre colossale. Depuis quelques années, la pianiste transplantée de Vancouver à New York est en train de faire sa marque dans la Grosse Pomme, nous allons désormais nous y intéresser de manière soutenue car elle a déjà une solide discographie que vous pouvez découvrir sur son site officiel.

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* Quant à la prestation solo de Craig Taborn, on peut vraiment parler d’une rencontre entre son esthétique, sa façon de phraser, d’improviser, de faire sonner le clavier, son articulation, son attaque, et les pièces de Zorn dont il avait la tâche d’interpréter. Vraiment très bien, à la hauteur de ce grand musicien qu’on aime retrouver. De toutes les prestations au trois programmes de Bagatelles, c’est probablement celle où les deux personnalités en jeu se sont le plus confondues.

Bagatelles2-Lage-Riley-2

* Consacré aux guitares acoustiques, cordes de nylon chez Gyan Riley et cordes de métal chez Julian Lage, l’épisode suivant ouvrait la porte à des espaces moins connus de John Zorn. On en reconnaissait la patte, et le compositeur avait adapté ses équations à la nature des instruments en jeu, ce qui produisait un spectre sonore unique. Bon, peut-être quelques enchevêtrements au programme, il faudra écouter ces pièces à quelques reprises pour en déterminer avec exactitude les intentions de leur compositeur. Et aussi la qualité, dans le contexte des oeuvres contemporaines pour guitare. D’entrée de jeu, en tout cas, ce fut plus qu’acceptable.

Bagatelles2-Medeski trio-1

* Pour ce qui est du trio de John Medeski, on était davantage en terrain connu: membre régulier des formations zorniennes, il adaptait fort bien le trio classique pour Hammond B3, guitare et batterie. Croyez-moi, on n’était pas chez Jimmy Smith ! Ce que David Fiuczynski et Calvin Weston avaient à jouer aux côtés de John Medeski était généralement musclé, viril, paroxystique, hyperactif. Et pas très loin de plusieurs expériences sonores auxquelles John Zorn nous a conviés par le passé.

bagatelles 3 -Mary Halvorson Quartet-1

* La guitariste Mary Halvorson était de retour avec son propre quartette constitué de Miles Okazaki , guitare, Tomas Fukiwara, batterie, Drew Gress, contrebasse. Les avis sont partagés à ce titre : ou bien on croit que les deux discours guitaristiques produisaient ce que le compositeur désirait exprimer, ou bien on estimait que le contrepoint des guitares manquait de clarté. Pour ma part, j’ai plutôt apprécié les jeux complémentaires et la progression technique évidente de la leader. Quelques réserves, cependant, dans son usage des pédales d’effet … qu’elle ne maîtrise peut-être pas encore tout à fait.

JohnZornBagatelles3-Caine-Medeski-1(1)

* Pour ce qui est du tandem que formaient Uri Caine, piano, et John Medeski, Hammond B3, et bien nous étions dans la continuité zornienne pour deux claviers bien connus du compositeur  : suite infernale de miniatures presque cartoonesque, avec citations rigolotes (Peter Gunn et Stravinsky) et mélange des genres – blues, jazz, free, latin, boogaloo, etc.

JohnZornBagatelles3-asmodeus-2

* Pour terminer le tout, c’était le trio Asmodeus impliquant le célébrissime guitariste Marc Ribot, le bassiste Trevor Dunn et le batteur Tyshawn Sorey. Deuxième power trio de ce triple programme, et des propositions somme toutes assez proches dans la structure et différentes dans l’interprétation, surtout côté Ribot… qui avait Zorn sur le dos tout au long de l’exécution – pourquoi, au fait, n’avoir dirigé qu’une de ses neuf Bagatelles ? Mystère… Voilà le travail d’une autre génération, depuis longtemps membres de la famille élargie. Très important, d’ailleurs, de pouvoir compter sur une telle tribu de grands interprètes et improvisateurs si on veut durer aussi longtemps dans la pertinence.

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