Alain Brunet

Archive de la catégorie ‘Général’

Jeudi 11 février 2016 | Mise en ligne à 11h27 | Commenter Commentaires (7)

Post-rock, hardcore, électro, jazz, Japon: Mouse on the Keys

Mouse on the Keys

Mouse on the Keys fut constitué il y a dix ans par le batteur, claviériste et compositeur Akira Kawasaki, ainsi que par le claviériste Atsushi Kiyota. Ces musiciens furent précédemment les membres fondateurs d’une formation indie rock nommée Nine Days Wonder.

En 2016, on imagine sans problème l’hyper-fragmentation des genres au pays du Soleil-Levant; comme dans toutes les société avancées, le Japon a son lot de bands indies (un exemple: visionnez le clip de la formation Toe à la toute fin de ce blogue), noise, électro, post-rock (il n’y a pas que Mono!)… bien au-delà de la J-pop, du jazz, de la musique classique, des tambours kodo ou de la flûte gagaku shakuhachi.

Au départ, l’idée de Mouse on the Keys était de fusionner l’énergie punk/hardcore à des propositions musicales complexes, inspirées du jazz et de la musique contemporaine d’Occident ou d’Asie. Dès sa fondation, le groupe fut associé à de multiples installations et événements multimédia, notamment au vidéaste et éclairagiste Keisuke Ikeda. Le visionnement des clips officiels de MOTK laisse deviner que ses membres sont aussi passionnés d’art contemporain. Sur Allmusic.com, on raconte même qu’ils s’intéressent aussi aux penseurs modernes, dont Jacques Derrida.

Pendant un moment, Mouse on the Keys fut un tandem qui s’adjoignait parfois les services du guitariste/saxophoniste Jun Nemeto. Le claviériste Daisuke Niitome s’est joint plus tard à cette formation qui a lancé trois albums : An Anxious Object (2009), Machinic Phylum (2012) et The Flowers of Romance (2015). Connu en Asie, le trio s’est produit en Europe, en Amérique latine, au Canada, surtout en Asie.

Après quelques écoutes du troisième opus, le constat est clair: cette musique est riche, cohésive, percutante, résolument contemporaine. Elle peut séduire les amateurs de math metal, jazz rock, prog, minimalisme américain, musique contemporaine occidentale, bandes originales de films japonais d’animation, mais aussi de techno et de hardcore, car elle en absorbe plusierus caractéristiques.

Mouse on the Keys se produit ce jeudi au Cercle à Québec, ce vendredi au Café Côté-Cour de Jonquière, le jeudi 18 février à L’Astral de Montréal, le vendredi 19 à La Mitaine de Joliette. Voilà la meilleure façon de faire durer le plaisir au cours des années à venir, voilà une excellente initiative de Bonsound.

LIENS UTILES

Une interview de Mouse on the Keys sera bientôt publiée dans LaPresse +

Mouse on the Keys, site officiel

Mouse on the Keys, bio du site Allmusic.com

Toutes les pièces de l’album The Flowers of Romance sur YouTube:

Exemple de rock indie / post-rock japonais: le groupe Toe

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Mardi 9 février 2016 | Mise en ligne à 21h13 | Commenter Commentaires (2)

Tindersticks, The Waiting Room

Tindersticks_-_The_Waiting_Room

Après deux décennies de pratique, cette formation anglaise demeure un cas à part : Tindersticks réussit encore à maintenir la grande qualité de sa pop indie, soit cet équilibre exemplaire entre une musique de chambre multigenres et une forme chanson de haute volée.

La finesse des arrangements et la substance compositionnelle étoffent ainsi la périphérie de chansons introspectives, hypnotiques, immersives. Cuivres, anches, bois, claviers, cordes, sons électroniques, guitares et percussions diverses explorent des avenues jazz, funk, classiques ou folk pour la plupart marquées par les avancées contemporaines des dernières décennies, sans négliger pour autant les repères mélodiques essentiels à toutes les bonnes chansons.

La sensualité de la voix et la substance poétique de Stuart A Staples ne peuvent être mieux servies! On savait l’amitié entre la regrettée Lhasa de Sela et l’auteur-composieur-interprète, en témoigne une chanson posthume intitulée Hey Lucinda, superbement orchestrée et d’autant plus touchante.

Comment ne pas y trouver son compte ?

LIENS UTILES

ÉCOUTE INTÉGTRALE DE THE WAITING ROOM SUR SPOTIFY

Tindersticks, site officiel


Tindersticks, profil wiki

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Samedi 6 février 2016 | Mise en ligne à 17h03 | Commenter Commentaires (27)

La misère des niches

Boulez

Sur ce blogue, nous tentons régulièrement de désamorcer cette opposition sempiternelle entre populisme et élitisme. Dans le même esprit, je nous invite à débattre sur ces notions exacerbées de grand public et de public spécialisé. Ces notions nous interpellent quotidiennement, où qu’on se situe sur le spectre des expressions. Dans toutes les pratiques artistiques, ces notions ne cessent de ressurgir dans un environnement numérique dont les mutations ont des impacts profonds sur notre appréciation de la culture.

Puisque les collègues du cinéma/télé ont chaudement débattu de cette question dans le contexte des mises en nominations des Jutra, pourquoi ne pas étendre la discussion à la zizique ? À nous de jouer.

Au tournant des années 2000, l’Américain Chris Anderson (alors rédateur en chef de l’excellent magazine Wired) avait ébloui le monde des nouveaux médias avec son concept de «long tail». Le concept était le suivant : dans un environnement numérique, la culture est une immense bête en mutation, dont le tronc ne cesse de rétrécir et dont la queue prend une ampleur insoupçonnée.

La métaphore de la longue queue (ou longue traîne, pour reprendre la traduction choisie du fameux essai) était la suivante : le tronc représente les productions de masse à grand déploiement, la traîne est constituée d’une grappe de productions de niche dont la somme des publics est supérieure à celle des produits destinés à un « grand public » de moins en moins considérable.

Qu’en est-il en 2016 ? Prenons le cas de la musique.

Le tronc de la bête: plus petit et… beaucoup plus riche

Le tronc de la bête est constitué des Rihanna, Taylor Swift, Adele, Beyoncé, Ariana Grande, One Direction, Nicki Minaj, Ed Sheeran, Drake, Kanye West, Jay Z, Lady Gaga, The Weeknd et autres Katy Perry, sans compter les artistes de la téléréalité (The Voice / La voix, X Factor, etc.) et artistes populaires de chaque marché national telle la Québécoise Marie-Mai.

La queue de l’immense bête ne peut être résumée par une brève nomenclature d’artistes car on pourrait noircir des pages et des pages et dresser un résumé très sommaire de l’activité réelle. Suggérons plutôt un aperçu des styles, eux-mêmes fragmentés en de nombreuses sous-tendances : musiques classiques occidentale, indienne, arabe, persane, turque, musique contemporaine instrumentale, musique électroacoustique, musiques électroniques (large spectre de l’EDM à l’IDM), hip hop (gangsta, abstract, trap, etc.), R&B soul, musiques rock (corporate, hard, métal, punk, prog, classic, etc.), blues, folk, americana, chanson à texte selon la langue, mouvance indie, on en passe évidemment.

Si l’on s’en tient au concept originel de la «longue traîne», l’addition de ces marchés de niche est d’ores et déjà beaucoup plus considérable que le corpus lié aux marchés grand public. En termes d’activités créatrices et d’impact réel sur des publics spécialisés, on doit encore souscrire au concept: la queue est effectivement plus lourde que le tronc.

Vous avez du mal à le croire ?

Les artistes qui joignent le plus de monde ne joignent pas la majorité de la population. Si plusieurs centaines de milliers de personnes sont fans finis de Céline Dion ou de Marie-Mai, et donc constituent des publics de masse, des millions d’autres personnes s’en préoccupent moins, peu… ou pas du tout. Et ces mégastars ne sont pas légion, leur nombre tend d’ailleurs à décliner. Lorsque, par exemple, je chroniquais la pop-rock dans les années 80 et 90, les événements de masse étaient beaucoup plus nombreux. Le Stade olympique se remplissait quelques fois par an, le Centre Bell (précédé du Forum) et l’Auditorium de Verdun accueillaient beaucoup plus d’artistes capables de réunir des milliers de fans, bien au-delà des événements présentés aujourd’hui au Métropolis, à la Salle Wilfrid-Pelletier, à la Maison symphonique, au Théâtre Saint-Denis sans compter toutes ces salles capables d’accueillir quelques centaines de spectateurs. Qui plus est, les plus forts impacts de la pop culture

On peut se permettre de lancer l’hypothèse suivante : les musiques dites très populaires le sont moins qu’elles ne l’étaient dans les années 60, 70, 80 et 90. En proportion, les fans de pop culture sont moins importants que tous ceux répartis dans ces centaines de niches. Ainsi, il existe une vaste confusion sur l’idée qu’on se fait aujourd’hui des productions destinées au « grand public », au « vrai monde », ces productions qui « intéressent vraiment les gens ». En vérité, elles ne cessent de décliner en proportion mais… la puissance de leur diffusion médiatique (sur les plateformes généralistes, télé, quotidiens, radio FM) et de leur structure industrielle tend à démontrer le contraire. Confusion…

La traîne de la bête: plus longue, plus considérable… plus pauvre

Sur les plans de la rentabilité, des moyens de production, des investissements massifs et de la couverture médiatique, le tronc de la bête décrite par Chris Anderson est beaucoup plus puissant que ne l’est sa queue, aussi longue soit-elle. Sauf exceptions, les marchés de niche souffrent de sous-financement, ils sont loin de récolter les bénéfices pourtant légitimes de leur impact réel. En d’autres termes, les artistes hyperpop empochent encore le magot. Leurs fans assistent à leurs concerts et achètent leurs produits dérivés à des prix tellement élevés que leur accès à une diversité de propositions artistiques s’en trouve considérablement amoindri. Ainsi, l’écart entre une infime minorité d’artistes immensément riches et le reste de la communauté des créateurs n’a jamais été aussi prononcé.

Quant aux innombrables sous-genres issus des musiques populaires, ils ont leurs hauts et leurs bas et joignent des communautés souvent étanches. Devant une offre aussi considérable, les amateurs de musique ont le vertige. Ils préfèrent choisir un camp et tendent à s’en satisfaire plutôt que d’aborder la musique à l’horizontale, c’est-à-dire comme un univers entier à découvrir. Ce communautarisme s’impose de plus en plus depuis les débuts de l’internet, et rien n’indique que la tendance sera renversée. Or, The Long Tail prévoyait que la rentabilité suivrait la tendance. Vu l’extrême difficulté de monétiser les contenus via l’internet, les revenus manquent à l’appel. À ce titre, Chris Anderson s’est royalement gouré… comme tant d’autres qui fondaient leurs espoirs sur l’économie des contenus, aujourd’hui archi-concentrée et sans considération pour les créateurs qui alimentent la longue traîne… à moins qu’ils récoltent des millions de clics.

Au travail, on nous apprenait récemment que les fournisseurs de contenu du monde entier se disputaient un portion encore petite de la tarte publicitaire… contrôlée majoritairement par Google, Facebook, YouTube et quelques rarissimes acteurs de cette taille immense. Jusqu’à quand ? Si les entreprises médiatiques dites de référence doivent batailler ferme pour atteindre un seul de rentabilité via le marché publicitaire de l’internet, marché extrêmement difficile à investir comme on le sait, imaginez le sort de ces centaines de milliers de fournisseurs de contenus !!!

Les plus grands perdants seraient-ils ceux considérés comme les plus « intellos » ? On pense à la musique contemporaine instrumentale, au jazz contemporain, à une forte portion de la musique classique, aux musiques électroniques de pointe, enfin à toute cette portion laboratoire de la création sonore dont s’abreuvent tôt ou tard les musiques plus populaires. Les considérations de l’impact quantitatif à court terme, vu la précision acquise par les outils permettant de quantifier cet impact, finissent par l’emporter largement sur les fondement qualitatifs de la création et son potentiel à long terme ou son rayonnement sur les productions plus populaires. Évaluées à la force de leur impact immédiat, les musiques de pointe étant ne cessent de perdre des plumes côté financement public, souvent considérées au même titre que d’autre marchés spécialisés sans véritable importance.

Par voie de conséquence, le fossé entre consommateurs de pop culture et consommateurs spécialisés se creuse davantage plutôt que ne se comble. La culture générale des consommateurs de musique s’en trouve appauvrie, les valeurs anti-intellectuelles sont confortées, les sociétés dites avancées… reculent.

Même du côté des pratiques musicales situées dans cette zone immense située entre la recherche fondamentale et la pop de masse, la piètre condition économique d’une majorité écrasante de ses créateurs et interprètes témoigne de cette misère des… niches.

PS. Je dédie cette réflexion à mon collègue et ami Bertrand Roux, décédé samedi d’un cancer, car il fut à mon sens l’animateur le plus fédérateur d’un média qui fut une niche importante dans le paysage radiophonique montréalais: CIBL, qui niche encore aujourd’hui au 101,5 FM et qui éprouve de sérieuses difficultés financières, dans le contexte d’un univers numérique très ingrat pour les créateurs de contenus.

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