Alain Brunet

Archive de la catégorie ‘Général’

Vendredi 24 février 2017 | Mise en ligne à 17h26 | Commenter Aucun commentaire

Distant Light, I Musici de Montréal… en lumière

DISTANT_LIGHT-1

Dans le contexte de Montréal en lumière, en collaboration avec la Fondation Arte Musica, le maestro et directeur artistique Jean-Marie Zeitouni a fagoté pour I Musici un programme éminemment slave, prévu hier (vendredi), 20h,à la Salle Bourgie.

Des musiques pour cordes seules évoquaient du coup les origines du fondateur de cet ensemble excellent, feu le violoncelliste Yuli Turovsky. On sait que ce dernier était l’un des plus grands violoncellistes d’Union Soviétique avant de s’en dissocier et s’installer à Montréal avec feue son épouse, excellente violoniste avec qui il oeuvra le reste de sa vie au sein de l’ensemble I Musici de Montréal.

Ainsi l’esprit slave était dépeint à travers des œuvres représentatives de trois époques, soit des Russes Tchaïkovski – Élégie en sol majeur pour cordes- et Chostakovitch – Quatuor no 2 réarrangé pour un ensemble à cordes- ainsi que du Letton Pēteris Vasks – Distant Light, pour violon (le virtuose Vadim Gluzman), cordes et… Montréal en lumière il va sans dire!.

Trois siècles distincts, trois époques, même esprit, même âme.

Au lendemain de cette soirée à la Salle Bourgie, je me permets quelques emportements sur l’exécution magistrale de Distant Light par I Musici et le violoniste isralélien Vadim Gluzman, d’origine lettonne comme Vask dont il connaît profondément la démarche compositionnelle. L’oeuvre révèle certes une âme slave et nordique, des émotions sombres et tragiques, des paroxysmes extraordiaires et de brillantes accalmie.

On y observe également une réelle empreinte contemporaine dans sa proposition harmonique, dans les trajectoires mélodiques de ses extraordinaires parties solo. Dans certains passages, compositeur a pris soin de préserver les balises consonantes à la manière d’un Arvo Pärt, d’un Henryk Górecki ou d’un Krzysztof Penderecki, mais il ne s’en tient pas strictement à ces masses orchestrales qui ont conquis tant d’adeptes du post-rock comme on le sait. Certains passages s’avèrent plus complexes, plus exigeants, ce dosage me semble d’ailleurs idéal.

L’auditoire plus profane, habitué aux oeuvres tonales, peut ainsi s’accrocher et décoller avec l’orchestre pour ainsi découvrir des univers plus actuels. Évidemment, l’exécution doit être à la hauteur de l’oeuvre et on doit ici applaudir le maestro Jean-Marie Zeitouni, son ensemble et le soliste invité qui nous a propulsé très haut. Wow.

On n’aura que de bons mots pour les exécutions de Tchaïkovsky et Chostakovitch. Le Quatuor no.2 de ce dernier était ainsi réarrangé pour un ensemble à cordes, rigoureusement et bellement, on en retiendra aussi les solos de Julie Triquet (premier violon de l’ensemble) qui m’ont semblé d’une justesse et d’une beauté remarquables.

À l’évidence, un grand soir de musique.

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Jeudi 23 février 2017 | Mise en ligne à 9h17 | Commenter Commentaires (10)

Au sujet de Vasily Petrenko et de Blake Pouliot

vasily-petrenko

À l’évidence, Vasily Petrenko est l’élu de plusieurs mélomanes et proches du principal orchestre symphonique de Montréal. Un chouchou, en quelque sorte, parce qu’il sait galvaniser les interprètes et faire en sorte que l’émotion de l’oeuvre en accompagne les qualités compositionnelles.
Ses passages précédents depuis 2012 ont été très remarqués, pour ne pas dire portés aux nues. Le maestro de 40 ans n’a pas la gestuelle exubérante
d’un Yannick Nézet-Séguin, on observe néanmoins chez lui une passion évidente dans sa manière de bouger avec l’orchestre, passion contagieuse de surcroît.

Revoilà donc chez nous le chef russe et citoyen du monde – installé à Liverpool où il officie en tant que chef principal de l’Orchestre royal philharmonique de Liverpool, sans compter ses fonctions de chef principal de l’Orchestre philharmonique d’Oslo. Successeur de Kent Nagano dans quelques années ? Ce n’est pas impossible, mais tout indique que le maestro de l’OSM a encore plusieurs années devant lui avant de quitter Montréal.

Johannes Brahms, Symphonie no 1 en do mineur, op. 68

(Au programme de mercredi, jeudi et samedi)

Vasily Petrenko: «Brahms avait mis plusieurs années pour créer sa première symphonie, il voulait proposer une oeuvre d’une grande maîtrise et ainsi se démarquer de Beethoven, qui était alors LA référence. Il avait vécu une existence difficile pendant ce processus créatif, ce qui en confère une profondeur supplémentaire. J’espère avoir acquis assez de bagage pour trouver enfin la satisfaction dans ma direction de cette oeuvre. Brahms demeure néanmoins l’un de mes compositeurs préférés en tant que chef. Je prévois d’ailleurs diriger le cycle complet de ses symphonies à Liverpool, tandis d’autres oeuvres de son cru sont prévues à Oslo.»

Mon impression de l’exécution:

Mercredi soir à la Maison symphonique, j’avais tendance à croire que Vasily Petrenko avait amélioré sa direction de cette première symphonie brahmsienne, dont il confiait en interview sa propre difficulté à en générer une exécution optimale. Dire que cette exécution était simplement correcte me semblerait inexact, on a senti certains éclats et jeux de nuances qui n’avaient rien du pilote automatique, rien de la mollesse et de l’incompréhension de l’esprit suggéré par la partition. Je n’ai pas la prétention d’avoir une connaissance profonde de Brahms, mais j’ai assisté à bien assez de concerts symphoniques pour conclure à une interprétation plus que correcte… tout en respectant le point de vue des connaisseurs brahmsiens qui ont exprimé leur déception quant à cette exécution de la Symphonie no 1. Il faut rester humble en ce sens, et tenter de mieux comprendre ce que devrait être l’exécution optimale d’une oeuvre sans renier sa propre perception. Attendons-nous néanmoins à ce que ça se bonifie jeudi et samedi.

Plages, de Serge Garant

(Au programme de mercredi, jeudi et samedi)

Inscrit dans le cadre du festival Montréal Nouvelles Musiques, l’OSM exécutera Plages, une oeuvre de feu Serge Garant, qui a été un des premiers premiers grands compositeurs québécois, premier porte-parole québécois de la musique contemporaine, premier dirigeant de la SMCQ qui célèbre son cinquantenaire pour sa saison 2016-2017.

Vasily Petrenko: «Chaque orchestre symphonique a le devoir de présenter les compositeurs nationaux de son époque et de faire vivre leur musique. Je le fais régulièrement en Angleterre comme en Norvège, nous avons récemment joué un concerto pour violon de Henning Sommerro et une oeuvre d’Emily Howard, originaire de Liverpool. Quant à la musique de Garant, elle me rappelle l’école de Pierre Boulez dans le ton, dans les références sonores, dans l’usage des différentes sections de l’orchestre.»

Mon impression de l’exécution:

L’oeuvre de Serge Garant est-elle générique, si on se situe dans le contexte de sa composition à l’époque où ces effets orchestraux avaient été passablement mis de l’avant par les compositeurs de l’école contemporaine, à commencer par Boulez ? Je ne crois pas. Je ne suis pas sûr que Garant fut un visionnaire de son époque, il s’inscrivait néanmoins dans la mouvance avant-gardiste des compositeurs et pouvait révéler une vraie personnalité compositionnelle. L’exécution de mercredi fut loin d’être grise ou austère, pour reprendre les clichés propres à cette époque post-Darmstadt. Il me semble que Vasily Petrenko ait tiré le maximum de l’orchestre pour rendre justice au texte.

Blake Pouliot

Erich Wolfgang Korngold, Concerto pour violon en ré majeur, op. 35

(Au programme de mercredi)

Vasily Petrenko: «Korngold est un compositeur sous-estimé du XXe siècle. Il provient de l’école de Vienne et s’est ensuite installé en Amérique, où il a été l’un des premiers à écrire pour le cinéma hollywoodien, à l’instar de Max Steiner. En outre, il était un compositeur très sérieux ! Ses oeuvres révèlent de grandes qualités dans le ton et la mélodie, elles se rapprochent de Rachmaninov, d’une certaine façon. On trouve aussi des références aux harmonies blues et jazz dans son travail. À Montréal, je souhaite bonifier son exécution avec le jeune violoniste Blake Pouliot, dont on m’a dit beaucoup de bien.»

Mon impression de l’exécution:

Rappelons que le virtuose canadien, est le vainqueur du Grand Prix 2016 du Concours OSM-Manuvie. Au début de la vingtaine, cet anglophone ontarien (malgré les origines françaises de son nom de famille) s’avère clairement, absolument, incontestablement virtuose. On ne sent pas chez lui l’effort dans les séquences de haute voltige, on sent plutôt cette facilité déconcertante dans l’articulation des phrases les plus difficiles, on sent aussi un grand plaisir de jouer dans sa dégaine presque rock. On n’a aucun mal à lui prédire une grande carrière internationale. Le seul tout petit hic était peut-être le jeu des volumes entre lui et l’orchestre; j’aurais aimé un peu plus de décibels côté soliste… ou un peu moins côté orchestre… ou peut-être encore un violon de meilleur niveau qui permettrait à Blake Pouliot d’atteindre le volume idéal avec un ensemble de cette taille. Spéculation…

Robert Schumann, Concerto pour piano en la mineur, op. 54

(Au programme jeudi et samedi)

Vasily Petrenko: «Voilà sans contredit l’un des plus grands concertos pour piano et orchestre de tout le répertoire classique, tant pour la qualité de l’interaction fusionnelle entre le soliste et les musiciens, aussi dans le jeu des différences sections, dans la transparence orchestrale. Le lien entre le piano et l’orchestre y est si intime qu’il en reste une impression de musique de chambre. Le soliste invité, Javier Perianes, est très connu et très compétent; méticuleux, attentif aux détails les plus infimes.»

LIENS UTILES

Mon interview avec Vasily Petrenko

OSM, site officiel

Vasily Petrenko, profil Wiki

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Mardi 21 février 2017 | Mise en ligne à 12h18 | Commenter Commentaires (5)

Must hivernal: Loyle Carner, Yesterday’s Gone

loylecarner-yesterdaysgone

Les Britanniques ont mis au point leur propre soul/R&B et aussi leur propre jazz, on l’observe et on le savoure depuis plus d’un demi-siècle, parfois en mode hip hop. En voici la manifestation la plus probante au premier trimestre de 2017 : MC au début de la vingtaine, métis de South London, doué rimeur, calme locuteur, Loyle Carner nous jette sur le derrière afin que nous puissions contempler sa propulsion avec toute l’attention nécessaire.

Départ canon! Le voilà déjà en orbite, à bord d ’une navette jazzy/soul/gospel à l’européenne.

Guitare sans pédales (ou si peu), piano électrique, batterie, basse, percussions, échantillonnages discrets, mélodies vocales habitées en guise de complément, le tout coiffé par un folk que toutes et tous pourront entonner autour d’un feu. On y ressent une délicate retenue à l’anglaise, on imagine fort bien cette approche épurée transcrite sur scène. Sans flafla, sans effets superflus.

Ces propositions musicales s’avèrent sobres et circonspectes pour ainsi soutenir le flow très cool, sensuel, intelligent, étonnamment mature pour artiste aussi jeune. Qui évoque avec grâce son intimité familiale (notamment un lien très solide avec sa maman… et avec une certaine Florence, peut-on conclure à l’écoute d’un texte tendrement rimé), ses pensées urbaines qu’il sait illustrer poétiquement, sa conscience sociale élevée et fort bien dosée, sa vieille âme.

LIENS UTILES

Loyle Carner, site officiel

Loyle Carner, profil wiki

Metacritic, 84% pour 9 recensions

Loyle Carner, écoute intégrale de Yesterday’s Gone sur Spotify

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