Alain Brunet

Archive de la catégorie ‘Général’

Mardi 23 septembre 2014 | Mise en ligne à 18h19 | Commenter Commentaires (4)

Tanya Tagaq, prix Polaris 2014

Tanya animism

Tanya Tagaq mérite-t-elle le Polaris 2014 pour son album Animism ?

Repassons-nous d’abord la liste courte par ordre alphabétique:

Arcade Fire-Reflektor ? Très bon, mais le groupe n’a vraiment plus besoin du Polarisé
Basia Bulat-Tall Tall Shadow ? Nette amélioration mais on ne peut parler d’un album marquant.
Drake-Nothing was The Same ? Égal à lui-même, mais pas un opus d’exception.
Jessy Lanza - Pull My Hair ? Soul électronique très intéressante, mais on attend la suite avant de lui attribuer un tel prix.
Mac DeMarco-Salad Days ? Franchement, ce mec est surévalué.
Owen Pallett-In Conflict ? Très bel album mais… il faudrait un coup de génie pour qu’il gagne le Polaris une deuxième fois.
Shad-Flying Colours ? Très bon hip hop et il faut souhaiter que le hip hop triomphe un jour.
Timber Timbre-Hot Dreams ? Accomplissement d’égale valeur à celui de Tanya Tagaq, cela devient un choix esthétique.
Yamantaka Sonic Titan-UZU ? Très original, mais encore des croûtes à manger côté musicianship.

Réécoutons l’album Animism, sorti en mai sous Sixshooter Records. Franchement, les arrangements et la réalisation de Jesse Zubot, en l’occurrence le musicien central de sa formation, sont exceptionnels. Franchement, le chemin parcouru par la chanteuse et performer au fil des dernières années témoigne d’une progression formelle hors du commun. Sinaa (2005), Auk/Blood (ᐊᐅᒃ) (2008), Anuraaqtuq (2011) et le récent Animism révèlent le talent d’un artiste d’instinct et de grand raffinement.

Les origines inuk de Tanya Tagaq sont les matériaux constitutifs d’une œuvre profondément contemporaine. Les éléments s’y déchaînent et s’y apaisent, les animaux y hurlent, les végétaux y bruissent, les jeux de gorge ponctuent le rythme pendant que la voix trace les sentiers mélodioques ou expriment les instincts les plus vitaux, les esprits chevauchent les corps. Ces ancrages dans la nature et la tradition servent un discours sonore très audacieux voire unique. Cordes, percussions, cuivres, sons de synthèse, effets de bourdon, consonance, dissonance, candeur, violence, bruitisme, rock, musique contemporaie.

Personnellement je ne connais aucun artiste inuk aussi marquant que Tanya Tagaq.

Ce Polaris est pleinement mérité.

LIENS UTILES


Tanya Tagaq, profil Wiki


Tanya Tagaq, site officiel

Écoute de plusieurs pièces de Tanya Tagaq sur le site de CBC

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Lundi 22 septembre 2014 | Mise en ligne à 11h54 | Commenter Commentaires (30)

The Unicorns et la nostalgie des hipsters

Pop Montréal s’est conclu dimanche soir par un concert des Unicorns, reconstitués depuis quelques mois à l’initiative de Win Butler. Rappelons que leur vieux pote d’Arcade Fire leur a suggéré d’assurer quelques premières parties aux États-Unis, soit à New York et Los Angeles. D’où cette suite (et fin ?) au Métropolis.

Pour plusieurs fans de pop/rock associée à cette mouvance indépendante des années, The Unicorns étaient parmi les formations emblématiques de Montréal. Après leur séparation en 2004, Who Will Cut Our Hair When We’re Gone est devenu un album culte, soit un incontournable dans toute discothèque hipster.

Ainsi, le Métropolis était à peu près plein pour accueillir le trio chéri. Question de boucler la boucle du marathon Pop Montréal, je m’y suis pointé.

Dix ans plus tard, force est observer que cette musique est mince, limitée, rudimentaire, ce qui n’enlève (probablement) rien à son importance historique. Propositions lo-fi sur fond de tragicomédie, bouquet de chansons représentatives d’un état d’esprit… qui a pris un petit coup de vieux. La composition et l’exécution sont sommaires, les textes conservent toutefois leur charge de subtilité et d’ironie. De là à en faire un plat et souhaiter la renaissance du trio, euh… non. Ce que j’ai vu et entendu dimanche soir procédait essentiellement de la nostalgie. Ben oui, les hipsters vieillissent eux aussi, ils sont en proie à cette incontournable nostalgie générationnelle, ancrée profondément dans nos moeurs musicales. Ajoutons à cette propension le sceau approbateur d’Arcade Fire, ce qui a certes contribué à remplir le Métropolis.

Si toutefois on préfère le présent, il y a lieu de préférer ce qu’offre actuellement Alden Penner avec le concert de son album Exegis. Ce qu’il a aussi offert avec Clues (le groupe d’un seul album) me semble plus intéressant, pour ne pas dire beaucoup plus intéressant que les Licornes. J’ai d’ailleurs assisté à une bonne partie de son concert avec groupe et quatuor à cordes, présenté jeudi soir à la Sala Rossa. De la substance, il y en avait. Quant aux nombreuses tentatives de Nicolas Thorburn côté Islands, elles me semblent généralement moyennes, correctes, parfois bonnes. On lui souhaite bonne chance à L.A .et bonne route avec son band. Quant au troisième membre des Unicorns, le percussionniste Jamie Thompson fait maintenant partie d’Esmerine, dont on a maintes fois loué le travail sur ce blogue.

En fait, cette conclusion de Pop Montréal 2014 m’a semblé un tantinet représentative de l’ensemble de cette culture indie…qui prend de l’âge et qui s’inscrit désormais dans la normalité, sauf exceptions.

Au cours des deux dernières années, j’ai observé que l’écart s’est rétréci entre ce festival qu’on trouve encore si sympa et Osheaga, qui ratisse plus large qu’avant. Disposant de moyens financiers beaucoup plus considérables because Evenko, Osheaga est désormais en mesure d’attirer une foule d’artistes et groupes émergents issus du monde anglo-américain. Une forte portion de ces groupes se retrouvait à Pop Montréal il n’y a pas si longtemps, ce qui devrait éventuellement mener (ou forcer) Dan Seligman et son équipe à renouveler sa proposition.

Et c’est ce qu’on saura en septembre 2015.

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Vendredi 19 septembre 2014 | Mise en ligne à 18h40 | Commenter Commentaires (9)

Ought: autorité supérieure

Tim Beeler Ought Pop Montréal

Tim Beeler, jeudi soir à Pop Montréal / crédit photo: Cindy Lopez pour Pop Montréal

More Than Any Other Day, premier album complet du quartette Ought paru ce printemps, nous avait révélé des qualités probantes: usage circonspect des instruments classiques du rock (voix, guitare, basse, batterie, claviers), esthétique puisant dans le punk, la new wave, l’avant-rock et le bruitisme ornemental.

À lire cette description sommaire, d’aucuns ont déduit que ces couleurs se mélangent sur toutes les palettes. Que ce rock anglo de Montréal tournerait en rond comme les autres. Que ce petit groupe émergent tracerait quelques cercles supplémentaires avant de s’évaporer comme la vaste majorité des petits groupes émergents.

Qu’ils se détrompent. Plusieurs écoutes de ce premier opus paru chez Constellation infirment ce diagnostic sommaire. Et remettons-en une couche avec cette claque prise jeudi soir au Piccolo Rialto. Très très bon show !

De ces jeunes mecs au physique délicat, gringalets que l’on imagine fuir les gymnases, se dégage une force hors du commun. Qui plus est, un goût certain, de la profondeur conceptuelle, une très forte personnalité voire une autorité supérieure à la majorité absolue des formations émergentes.

Le frontman Tim Beeler sait chanter. Bouger. Gratter fébrilement, rester pertinent avec le peu qu’il connaît de sa guitare. Dégainer notes, râles, cris, onomatopées et rimes signifiantes aux moments opportuns. Il a le sens de la conquête, se montre capable d’imposer cette transe collective des grandes soirées rock. C’est idem pour ses collègues: le claviériste Matt May, le bassiste Ben Stidworthy et le batteur Tim Keen forment un noyau pouvant libérer une immense énergie lorsque son chanteur procède à sa fission.Coulées de magma, beauté, substance, emportement, invitation heureuse de la collègue Charlotte Cornfield pour un groove on ne peut plus contagieux.

En tournée depuis plusieurs mois, Ought était fin prêt à asséner le grand coup à ses fans montréalais de la première ligne. La confidentialité de l’underground pourrait être de très courte durée.

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