Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Samedi 11 mars 2017 | Mise en ligne à 17h19 | Commenter Commentaires (16)

    Must hivernal: Nicole Lizée

    Nicole Lizée

    Nicole Lizée, photo Martin Chamberland

    À 43 ans, la Montréalaise Nicole Lizée suscite déjà un intérêt considérable dans le milieu de la musique dite sérieuse. L’Orchestre du Centre national des arts a créé certaines de ses oeuvres récentes, et l’Orchestre symphonique de Toronto en interprétera deux ce samedi, dans le cadre de Canada 150. Black MIDI, la deuxième au programme du TSO, sera créée de concert avec le Kronos Quartet. Très peu de compositeurs montréalais ont pu compter sur une telle collaboration avec le fameux quatuor à cordes américain – José Evangelista, notamment.

    L’intelligence et la sensibilité supérieures de cette musicienne de 43 ans tiennent à sa capacité de transformer le fouillis de la vie en musiques extraordinaires. Son cottage de Lachine est jonché de vinyles, CD, DVD, livres, guitares, platines, piano, claviers analogiques, bidules numériques, ordinateurs, partitions éparses… splendide bric-à-brac ! Ses techniques de composition sont diverses, de la notation de partitions à l’intégration et la transformation d’oeuvres déjà existantes un peu à la manière du remix ou du mashup.

    Les oeuvres visionnaires puisent dans le maelström audiovisuel de notre époque, ses musiques illustrent une tension remarquable entre cultures populaires et savantes, apparemment désassorties : rock métal, easy listening, pop britannique, électro, djisme, musiques classiques et contemporaines, bruitisme, jazz actuel, traitement intégré du cinéma…

    Ma découverte de Nicole Lizée remonte à il y a deux ans, un concert à la Sala Rossa m’avait carrément jeté sur le cul. Dans le champ de mes observations, elle est pour moi LA révélation de la création musicale ces dernières années à Montréal, tous genres confondus. Depuis lors, la musicienne a lancé l’album double (CD/DVD) Bookburners (automne 2016) et a rendu à terme des oeuvres importantes dont Bondarsphere, créée en mai dernier par l’Orchestre du Centre National des Arts à Ottawa.

    Pour en savoir davantage, lisez et visionnez ce qui suit:

    LIENS UTILES

    Mon interview de Nicole Lizée

    Nicole Lizée, site officiel

    Écoute intégrale de la partie audio de l’album Bookburners


    • Je comprends qu’elle puisse faire des trucs intéressants, mais tant qu’à ironiser sur la culture populaire, pourquoi pas faire un truc nommé “musique pour l’institut de recherche en musique canadienne expérimentale du gouvernement”. Puisqu’elle a pris la décision de signer sur Centredisc et tout ce flafla de CMC, etc.. C’est comme, d’un côté tu es cool, de l’autre tu es un peu kétaine.

    • Assez intéressant de lire ces considérations: le cadre de la présentation des oeuvres l’emporte largement sur leur valeur artistique, qui semble un argument très secondaire. En quoi est-ce une faute de faire jouer son oeuvre par le TSO et le Kronos, dans le cadre d’une série de concerts dont le financement vient partiellement du Conseil des arts du Canada dans le contexte de Canada 150 ?? Moi en tout cas, je serais drette là si j’étais à Toronto ce samedi.
      Après vérification, l’excellent compositeur José Evangelista a été joué il y près de 30 ans par le KQ, soit à une époque où l’ensemble n’était connu que dans les sphères archi-spécialisées. J’avais posé la question à des personnes avisées, on m’avait répondu que deux autres compositeurs ou artistes canadiens avaient été joués par le quatuor, JE n’était pas mentionné. C’est modifié, bien évidemment.

    • sultitan : elle présente deux œuvres dans le cadre de « Canada 150 » ce soir; tant mieux pour elle si l’ironie de cette situation ne la gosse pas trop.

      Sinon, j’aime ça. La prochaine fois qu’un de ses trucs sera présenté, avec la SMCQ mettons, je m’organiserai pour y aller.

      « Aucun autre compositeur montréalais a pu compter sur une telle collaboration avec le fameux quatuor à cordes américain. »

      José Evangelista, Valencien d’origine et Montréalais d’adoption, avait composé « Monody Quartet » en 1989, à la demande du Kronos Quartet. Œuvre qu’il qualifie de ratée, d’ailleurs, et qu’il voulait retirer de son catalogue.

      Denis Dion, un compositeur de Québec, aurait aussi écrit un truc pour le KQ, mais je ne l’ai jamais entendue.

    • C’est pas vraiment une faute, l’artiste a droit d’aller là où son travail est financé.

      Mais c’est que depuis les années 50, le “high art” a souvent approprié le milieu populaire (l’art pop) avec une certaine distanciation, critique, dérision, etc.. Ces temps-ci je pense qu’il y a l’effet contraire, tout ce qui est un peu institutionnel ou qui cherche à être “l’officiel de quelque chose” est souvent vu comme suspect par les jeunes artistes, ou imité, exploité à outrance. Comme Lizée semble apprécier l’art conceptuel (ou musique ajoutée d’un rapport conceptuel avec la source qui la produit), bien je me disais qu’elle pourrait aussi déplacer cette lorgnette qu’elle porte vers le cinéma ou le jeu vidéo 8-bit vers son propre système de diffusion, “objectifier” un peu ce phénomène, comme un “concert fait à partir des résonnances d’un centre canadien de la musique”. Peut-être aussi que je pensais à une exposition au Mocca de Toronto (Museum Of Contemporary CANADIAN Art) qui jouait autour d’une définition ou d’un cliché de l’art canadien d’aujourd’hui. Çà me fascine que des gens puissent penser représenter une nation à travers leur art, bien en fait que ce n’est pas le cas la plupart du temps, les artistes veulent juste des subventions, mais quelque part il y a des gens qui ont lancé ces organizations en pensant réellement de manière géographique, un peu comme s’ils étaient la caméra de La Région Centrale de Michael Snow pour la culture canadienne. Il y a des choses qui sonnent tellement “fonctionnariat de la culture” que je trouve correct d’en rire ou du moins en parlé.

      Mais au final c’est vrai que je dépasse le sujet qui était un concert avec Kronos Quartet. Ils ont fait du John Oswald aussi, leur liste de compositeurs canadiens est peut-être plus longue qu’ils pensent mais.. Ooops… Il les ont oublié.

      Je trouve de toute manière que Lizée pourrait évacuer plus souvent les instruments standards dans son écriture. L’Orcheste Métropolitain ne demande que çà, être déstandardisé. Tu leur demande de jouer en couches de bébés avec du matériel de puériculture, ils vont probablement dire: Oui!

    • Pour ma part, c’est le résultat qui compte. La dimension instrumentale, ici, n’est vraiment pas à dédaigner. Pour l’avoir vu en action sur scène, ce groupe offre une performance remarquable, se fondant dans les composantes électroniques et les éléments mashups/remixes des compositions.

      De plus, Nicole Lizée ne procède pas exactement à une intellectualisation de la musique populaire; elle reste vraiment dedans car elle en provient pour de vrai, idem pour ses musiciens réguliers. Elle ne part pas d’une formation académique dudit corpus “savant” pour ensuite se pencher sur de possibles intégrations populaires, c’est plutôt le processus inverse.

      C’est d’ailleurs pourquoi je m’identifie spontanément à son art, car ma démarche de mélomane a suivi une courbe de même type.

    • *je ne l’ai jamais entendu.

      « (…) le cadre de la présentation des œuvres l’emporte largement sur leur valeur artistique, qui semble un argument très secondaire. En quoi est-ce une faute de faire jouer son œuvre par le TSO et le Kronos, dans le cadre d’une série de concerts dont le financement vient partiellement du Conseil des arts du Canada dans le contexte de Canada 150 ?? Moi en tout cas, je serais drette là si j’étais à Toronto ce samedi. »

      Moi aussi j’y serais allé si j’avais pu. Je n’ai pas parlé de « faute », par ailleurs. Je relève l’ironie, cruelle à mon sens, de voir une compositrice d’origine fransaskoise présenter deux de ses œuvres à l’occasion des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, compte tenu de l’histoire du Canada et de la Saskatchewan.

      Bien sûr que, pour certains, la force de l’œuvre peut transcender tout ça. Lizée elle-même a rappelé en entrevue qu’il n’était pas révélateur de tenter de lier sa musique aux Prairies. Ça ne m’empêche toutefois pas de constater l’ironie de la situation. Elle vient toujours bien de Gravelbourg, il y a là une charge symbolique que je ne peux escamoter. Je ne dissocie pas l’art du reste de la vie, notamment de l’histoire. Le cadre n’est pas du tout insignifiant pour moi, donc.

      Pour ce qui est de la musique, j’aime, je l’ai écrit plus haut. Vous dressez un portrait éloquent de la compositrice et de l’œuvre, je n’ai pas grand-chose à ajouter. J’ai écouté Bookburners et Vertigo Beach, ça tombe exactement dans ma talle de goûts. Je réitère mon souhait d’entendre et de voir tout ça sur scène dès que l’occasion se présentera, que ce soit un truc pour quatuor, pour orchestre ou peu importe.

    • Bien reçu, Luc. Mais la connotation politique de ces concerts inscrits dans un cadre de célébration historique me semble assez ténue pour en faire un élément fort de la discussion sur ce sujet; d’ailleurs, il n’y en jamais été question dans l’interview et à eu près pas dans la conversation de quelques heures que j’ai eue avec la compositrice et musicienne. Je comprends que ça puisse heurter certaines sensibilités politiques, mais c’est quand même un tout petit, voire infime détail dans le cas qui nous occupe.

    • Merci pour la découverte!

    • Il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit pas en même temps un témoignage de barbarie. – Walter Benjamin

    • En fait mon commentaire aurait été semblable dans le contexte d’un groupe rock ou pop. Mettons qu’un groupe joue basse, guitare, drum, mais ajoute toujours quelque chose de très spécial, comme un Merlin(TM) comme instrument supplémentraire, ou une table tournante. ou un échantillonage cinéma (manière Christian Marclay). Je me dis un moment donné: faut-il toujours qu’il y ait la guitare ou la basse, ou dans ce cas-ci le violon ou le trombone, pour rappeler à la standardization musicale? Je ne comprends plus trop le “message du medium”.
      D’un côté c’est Cagien, on apporte ce que l’on veut sur le stage et on le musicalise, de l’autre c’est de la contrainte, il faut que çà reste dans une forme que les gens puissent associer justement avec un rapport entre haute musique et musique populaire.

      C’est correct la plupart du temps, tout ce que je dis c’est “pourquoi juste cette formule?”Rendu là, pourquoi ne pas s’éclater davantage avec la richesse de matériaux qui produisent du son? Je ne poserai pas cette question si elle n’était pas à mi-chemin. La plupart des musiciens n’utilisent que des instruments standards. Je pose las question car c’est clair que Lizée est déjè parti pour aller chercher d’autres sons. Et il y a des trucs que je me dis “non, t’es pas obligé de toujours ajouter le violoncelle, surprends-moi davantage”.

      Bon ok je fais professeur sévère je reconnais. Au fond c’est peut-être même pas une question d’instrument, mais de formulation musicale. Je m’ennuie un peu de quand Laurie Anderson jouait du violon de manière que l’instrument était peu reconnaissable.

    • Extrait d’un article de Musicworks sur Lizée, où il est question de la platine comme instrument et du ou de la platiniste comme instrumentiste :

      « DJs approach her and so do classical conductors like Yannick Nézet-Séguin. Her use of the turntable in orchestral work is an example of new technologies used for traditional purposes, re-situating a contemporary icon in an anomalous environment and creating extended techniques to establish the sound and create the effect she wants. She insists on the live element. “The turntable, treated as an instrument, needs a turntablist to control it, as with any traditional instrument. The turntablist follows the conductor—pushing, pulling, and manipulating the record according to his specifications. Dynamics, gesture, timing, feel, etc.—these are all performed by the turntablist in the same way they are performed by a violinist. So to tape the turntablist would be the same as taping a violin soloist. You need the attack and execution.”

      Pour lire l’article au complet :

      https://www.musicworks.ca/featured-article/featured-article/nicole-liz%C3%A9e

    • Et merci pour la mention du Merlin (marque déposée), sultitan. Je n’avais jamais entendu parler de cet instrument qui, bien qu’extrêmement convivial, demeurerait sans doute beaucoup trop compliqué pour mon cerveau, mes doigts et le lien entre celui-là et ceux-ci.

      Par une troublante coïncidence, tu m’as aussi fourni la réponse à une question qui me trottinait dans la tête depuis samedi soir : comment s’appelait ce gars qui habitait à Aylmer et avait lancé, au début des années 90, un super album rap-rock dont le titre était une variation de « A Love Supreme ».

    • On pouvait lire ceci dans le Devoir en fin de semaine : « Cent ans après la parution aux États-Unis du premier disque de jazz, la consommation du genre est au plus bas. Le jazz ne représente plus que 1 % de toute la musique écoutée ou achetée, selon le plus récent bilan annuel de la firme Nielsen sur les tendances du marché américain de la musique. »

      Je présume que la situation doit être semblable de ce côté-ci de la frontière. Encore chanceux de pouvoir lire sur le sujet une fois de temps en temps sur votre blogue. Clairement, le pain, le beurre et l’argent de se trouvent ailleurs.

    • Cher Luc,

      Merlin(TM) était un jouet de Hasbro qui contenait une dimension musicale: on pouvait y jouer une mélodie qui était mémorisée par l’appareil. J’ai moi-même conservé quelques petits enregistrements Merlin(TM), mais aujourd’hui c’est encore plus facile, il existe une version virtuelle (enfin, format prototype):

      http://www.monroeworld.com/vmerlin/

    • OH! En googlant, je suis plutôt tombé là-dessus, une guitare simplifiée mise au point par le luthier Godin :

      http://ici.radio-canada.ca/audio-video/media-7586413/le-merlin-un-instrument-quebecois

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