Alain Brunet

Archive du 1 mars 2017

Mercredi 1 mars 2017 | Mise en ligne à 10h19 | Commenter Commentaires (23)

Must hivernal ? Thundercat / Drunk

Thundecat Drunk

Bassiste virtuose, chanteur, compositeur, Thundercat a l’aura d’un grand réformateur, surtout pour ses collaborations auprès de Flying Lotus et Kendrick Lamar. Vraiment ?

Lorsque cet heureux élu de la branchouille mène ses projets solos, il ne fait que reproduire la musique que ses aînés ont créée dans les années 70. C’est idem pour le saxophoniste Kamasi Washington, dont le jazz modal mâtiné de R&B, soul ou funk ont été mis au point par la génération de ses parents.

La bonne nouvelle, c’est que ces bonnes gens contribuent à ramener le jazz/funk black au centre de l’actualité musicale, particulièrement dans les sphères hip hop ou électro. C’est précisément lorsqu’ils participent à l’amalgame que leur travail s’avère concluant. À ce titre, j’avais bien apprécié les arrangements de voix et de cordes de l’opus ambitieux de Kamasi, son concert de juin 2016 m’avait toutefois laissé sur mon appétit. Passéiste et mal ficelé, n’en déplaise aux nouveaux venus dans la jazzosphère qui lui avaient fait un triomphe au Métropolis.

Quant aux albums solos de Thundercat, je les ai tous trouvés ordinaires, ça ne changera pas avec le récent Drunk qui fait néanmoins l’objet de très bonnes critiques, désolé de ne pas faire partie de ce contigent. Je ne peux nier l’âge que j’ai et cette impression d’avoir entendu ça il y a longtemps. Les structures harmoniques, les mélodies, les solos de basse, les beats enfin presque tout correspond aux vieux albums des années 70, époque des Doobie Brothers (Michael McDonald participe d’ailleurs à la chanson Show You the Way), deLoggins & Messina, (Kenny Loggins a aussi été recruté par Thundercat), de Steely Dan, des artistes jazz/R&B sous le label CTI ou encore des galettes de feu le claviériste George Duke (cousin de Dianne Reeves) qui s’était taillé une réputation auprès de Frank Zappa avant de voler de ses propres ailes.

Suranné ? Seuls quelques ornements synthétiques confèrent à cette musique un lustre de nouveauté, sans compter évidemment une participation du génial Kendrick sur la chanson Walk On By.

Cela dit, répétons que cette redite représente une révélation pour plusieurs, plongeon revivifiant dans des fluides sonores plus substantiels que d’ordinaire. Enfin, n’exagérons rien, nous sommes encore dans la forme chanson dont il est si difficile de s’extirper en cette époque où les formes plus complexes génèrent plus de suspicion que d’intérêt. Peut-être y aura-t-il une valeur ajoutée au concert de Thundercat, prévu ce MARDI 1ER MARS à la SAT, c’est à voir. Encore là, j’ai déjà assisté à des performances du musicien et… je vous laisse deviner ce que j’en ai pensé.

Ma perception:

Mercredi soir, la SAT était bondée de jeunes gens en pleine découverte du jazz funk, pour la plupart éblouis par l’exécution de ce power trio jazz-funk-R&B. C’était la troisième fois que je voyais Thundercat en concert à titre de leader et… ce fut la dernière jusqu’à ce qu’il atteigne le présent.

Impression nette de déjà entendu, avec un batteur excessif (Justin Brown, que je préfère nettement chez Ambrose Akinmusire) qui exhibe sa technique mirobolante à l’instar de son superbassiste d’employeur et d’un claviériste de très bon niveau qui en beurre aussi épais. Retour du balancier ? On l’observe depuis deux ou trois ans, la musique de performance est de retour dans le jazz, une approche pourtant honnie par tant de mélomanes aujourd’hui quadragénaires ayant suivi ma propre génération.

J’imagine que le public au rendez-vous est féru de tous ces Snarky Puppy qui relancent la jazzosphère, qui sont probablement en train de découvrir Return To Forever, Weather Report et autres Mahavishnu Orchestra. Quarante ans plus tard, le contexte de présentation est différent, il est aujourd’hui convenu de s’entasser comme des sardines, essayer tant bien que mal de se positionner entre deux têtes pour voir ce qui se passe devant, ou encore assister au spectacle du déficit d’attention généralisé si on retraite au fond de la salle. Restons donc discrets, évitons de faire les rabat-joie… car, sans cette nouvelle frange de musiciens et de jazzophiles, paradoxalement, le style serait en très mauvaise posture.

LIENS UTILES

Thundercat, achat de Drunk sur Bandcamp

Thundercat, profil de l’album Drunk sur le site du label Brainfeeder

Drunk, profil Metacritic: moyenne de 80% fondée sur 13 recensions

Écoute intégrale de Drunk sur Spotify

Thundercat à la SAT, infos

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