Alain Brunet

Archive, février 2017

Lundi 27 février 2017 | Mise en ligne à 19h15 | Commenter Commentaires (6)

Must printan… hivernal: Beyries

Beyries Landing

On sait maintenant que cette trentenaire a fréquenté le ciel, l’enfer, le purgatoire. Le soleil a resplendi, la pénombre s’est abattue, la peur s’est installée, l’espoir et la lumière ont repris leurs droits. Après l’atterrissage, la revoilà juchée au-dessus des nuages, elle marche sur une crête qu’on lui souhaite longue et panoramique.

L’histoire réelle d’Amélie Beyries peut-elle être isolée de son parcours imaginaire? Pas maintenant. Sans cette vraie vie, il n’y aurait pas eu ces chansons criantes de vérité. Cette émotion n’existerait pas, ce répertoire n’existerait pas.

Musicalement, formellement, elle apprend. Elle sait le pouvoir des mots consonants (surtout anglos, un tantinet francos), connaît peu l’harmonie, sait ce qu’est un air poignant, s’inscrit dans la typique mouvance indie folk, avec pointes ambient ou même country.

Elle peut compter sur une voix naturellement juste et singulière, sur un puissant vecteur mélodique. Quelques arrangements sortent du lot comme celui de Same Light, on en exigera davantage au prochain chapitre.

D’ici là, il y a fort à parier que BEYRIES entrera dans des milliers et des milliers de coeurs.

Beyries n’est pas la première à tisser un lien solide avec un public neuf, bien au-delà de la qualité intrinsèque de sa création. Dans le cas qui nous occupe, l’existence de l’auteure-compositrice-interprète est inextricablement liée à son art, comme c’est le cas de Safia Nolin, pour citer un exemple évident.

On est touché par la personne réelle, pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle a vécu. Personne réelle sans laquelle les chansons auraient fort possiblement moins d’impact, aussi valables soient ses chansons. Ici, l’impression est vraisemblablement magnifiée par le récit qu’on se fait de l’existence de sa créatrice.

Alors tant mieux pour Beyries, qui peut profiter de ce bel élan pour se surpasser et ainsi prouver sa durabilité. Si, bien sûr, elle arrive à hausser ses propositions d’un cran… au prochain chapitre de sa création.

LIENS UTILES

Beyries, écoute intégrale ou achat de l’album Landing sur Bandcamp

Beyries, profil Bonsound

Beyries, profil dressé par La Presse (Josée Lapointe et Charles-Éric Blais Poulin)

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Dimanche 26 février 2017 | Mise en ligne à 11h42 | Commenter Aucun commentaire

Symphonie du millénaire, Prise II

SymphonieDuMillénaire_MNM2017_JeromeBertrand-3

La Symphonie du millénaire à la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal / crédit photo: Jérôme Bertrand pour la SMCQ

Dimanche, à 3h33 PM ou 15h33 si vous préférez, était exécutée à la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal la version réduite de la Symphonie du millénaire, près de 17 ans après sa création au pied de l’oratoire Saint-Joseph, devant des dizaines de milliers de personnes à l’époque – au moins 40 000 selon les estimations les plus conservatrices à l’époque.

J’a d’ailleurs témoigné de la probité de cette symphonie collective, sorte d’immense collage intégré et diffusé en “toutpartoutphonie” sur un vaste espace extérieur, soit au pied de l’Oratoire. Voilà un happening mémorable qui nous rappelait que la musique contemporaine et la contre-culture pouvaient converger et fédérer la curiosité des gens.

Ils étaient alors 19 compositeurs québécois mobilisés autour de ce projet grandiose, dont Walter Boudreau, directeur artistique de la SMCQ, comme on le sait: Serge Arcuri, Denys Bouliane, Vincent Collard, Yves Daoust, Alain Dauphinais, André Duchesne, Louis Dufort, Sean Ferguson, Michel Gonneville, André Hamel, Alain Lalonde, Estelle Lemire, Jean Lesage, Luc Marcel, Marie Pelletier, John Rea, Anthony Rozankovic et Gilles Tremblay.

«Nous nous étions lancé ce défi après avoir vécu des expériences concluantes à cinq ou six compositeurs. Et ce fut un exercice formidable de créer chacune des fractions interconnectées ou superposées de cette Symphonie en échangeant les consignes de composition», raconte Walter Boudreau, interviewé dans le texte à cliquer ici.

«Collectivement, nous avions fait plus que ce que nous aurions accompli seuls. C’était l’idée de se dépasser.»

L’objectif sous-jacent de ce vaste programme, rappelle en outre le directeur artistique, était de déborder largement le public de la musique contemporaine. «En créant ce happening, nous voulions démontrer qu’écouter la musique contemporaine, ce n’est pas une visite chez le dentiste! Chacun peut y apprécier des oeuvres stimulantes et dynamiques. Il nous fallait donc poser ce geste d’éclat afin que le public puisse s’accrocher à des balises et ensuite être mené ailleurs. Mon voeu avait été exaucé.»

Après la tenue de ce concert historique pour la SMCQ, son leader aurait bien aimé que la Symphonie du millénaire voyage et soit diffusée, mais… nada depuis lors. L’immensité de l’oeuvre en rendait impossibles la vente de l’enregistrement et les nouvelles exécutions.

«Aujourd’hui, souligne notre interviewé, une telle production coûterait environ 5 millions. Pensez donc, 333 musiciens! Même en 2000, la commande dépassait le million et la commercialisation de la bande revenait à environ 1000 $ par musicien. Évidemment, personne n’avait les fonds. J’ai tenté en vain d’implanter le projet en Europe, en Chine, aux États-Unis… ça dort depuis l’an 2000.»

Avec le temps, Walter Boudreau accepté l’idée qu’il était possible d’en faire autre chose. Il a alors entrepris de réduire la Symphonie du millénaire.

«Ravel l’avait fait à l’époque, Stravinski avait aussi aménagé une suite orchestrale de L’oiseau de feu, c’est-à-dire en émondant cette oeuvre qui soutenait un ballet à l’origine. Ainsi, j’ai passé une partie de l’été dernier à analyser cette partition monstrueuse pour ainsi l’adapter à un orchestre symphonique, un grand orgue et un choeur mixte de 16 voix, sans compter des éléments échantillonnés électroniquement. Au lieu de 96 minutes à l’origine, l’oeuvre en fait maintenant 72. Il devient donc possible de la faire circuler partout.»

Ce dimanche après-midi à la basilique de l’oratoire Saint-Joseph, donc, la Symphonie du millénaire sera exécutée par l’Orchestre philharmonique des musiciens de Montréal sous la direction de Philippe Ménard. Philip Crozier officiera à l’orgue, Walter Boudreau déclenchera les échantillons électroniques, une partie congrue des 2000 carillonneurs bénévoles de l’époque pourra même reprendre du service, et Alain Thibault assurera la coordination de toutes les composantes de l’oeuvre.

Ma perception :

Une oeuvre collective peut souvent produire l’impression d’une simple addition, d’une intégration ratée, d’un projet intello et désincarné, vue de l’esprit sans résultat à la clef. Cette addition, il y a 17 ans, avait été plus perceptible, d’aileurs. Aujourd’hui ? Appel, Enfer, Purgatoire, Contemplations/Aurores boréales, Paradis, Ascension et Apothéose/Épilogue sont les parties distinctes d’une oeuvre désormais émondée, retravaillée, plus succincte et encore plus efficace qu’à l’époque où l’événement extérieur et les multiples tenaient davantage de l’exploit cybernétique et du happening fédérateur que de la symphonie pérenne.

Or le concept d’un happening multipolaire ÉTAIT PRÉCISÉMENT le projet originel de la Symphonie du millénaire, que ses détracteurs avaient alors trouvé informe, bruyante, bordélique, conséquemment inutile. Les mauvaises langues avaient évidemment conclu à un gaspillage de fonds publics (1,2 million à l’époque). Comme tant de spectateurs venus au concert de juin 2000, jamais je n’ai été d’accord avec cette vision… que je me garde bien de qualifier publiquement.

Bien sûr, il faudrait encore approfondir l’écoute de cette symphonie réduite à un orchestre symphonique, un grand orgue, un choeur, une section de cloches et des échantillons numérisés avant de se prononcer sur sa durabilité. Il faudrait aussi que l’oeuvre soit de nouveau exécutée dans des conditions acoustiques où les passages les plus “massifs” soit d’une plus grande intelligibilité, donc dans une salle moins propice à la réverbération que la basilique de l’Oratoire.

Cela étant, j’ai sincèrement apprécié cette nouvelle version de la Symphonie du millénaire malgré les quelques bémols du moment. Les mélanges de genres et d’époques, les liens solidement tissés entre le choeur et l’orchestre, les compléments numérisés et l’intervention de l’orgue n’avaient rien d’un collage mal intégré, bien au contraire. Quant à la durabilité et la profondeur réelle de cette Symphonie du millénaire, l’histoire fera son travail. Bien au-delà des avis immédiats, aussi experts soient-ils.

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Vendredi 24 février 2017 | Mise en ligne à 17h26 | Commenter Aucun commentaire

Distant Light, I Musici de Montréal… en lumière

DISTANT_LIGHT-1

Dans le contexte de Montréal en lumière, en collaboration avec la Fondation Arte Musica, le maestro et directeur artistique Jean-Marie Zeitouni a fagoté pour I Musici un programme éminemment slave, prévu hier (vendredi), 20h,à la Salle Bourgie.

Des musiques pour cordes seules évoquaient du coup les origines du fondateur de cet ensemble excellent, feu le violoncelliste Yuli Turovsky. On sait que ce dernier était l’un des plus grands violoncellistes d’Union Soviétique avant de s’en dissocier et s’installer à Montréal avec feue son épouse, excellente violoniste avec qui il oeuvra le reste de sa vie au sein de l’ensemble I Musici de Montréal.

Ainsi l’esprit slave était dépeint à travers des œuvres représentatives de trois époques, soit des Russes Tchaïkovski – Élégie en sol majeur pour cordes- et Chostakovitch – Quatuor no 2 réarrangé pour un ensemble à cordes- ainsi que du Letton Pēteris Vasks – Distant Light, pour violon (le virtuose Vadim Gluzman), cordes et… Montréal en lumière il va sans dire!.

Trois siècles distincts, trois époques, même esprit, même âme.

Au lendemain de cette soirée à la Salle Bourgie, je me permets quelques emportements sur l’exécution magistrale de Distant Light par I Musici et le violoniste isralélien Vadim Gluzman, d’origine lettonne comme Vask dont il connaît profondément la démarche compositionnelle. L’oeuvre révèle certes une âme slave et nordique, des émotions sombres et tragiques, des paroxysmes extraordiaires et de brillantes accalmie.

On y observe également une réelle empreinte contemporaine dans sa proposition harmonique, dans les trajectoires mélodiques de ses extraordinaires parties solo. Dans certains passages, compositeur a pris soin de préserver les balises consonantes à la manière d’un Arvo Pärt, d’un Henryk Górecki ou d’un Krzysztof Penderecki, mais il ne s’en tient pas strictement à ces masses orchestrales qui ont conquis tant d’adeptes du post-rock comme on le sait. Certains passages s’avèrent plus complexes, plus exigeants, ce dosage me semble d’ailleurs idéal.

L’auditoire plus profane, habitué aux oeuvres tonales, peut ainsi s’accrocher et décoller avec l’orchestre pour ainsi découvrir des univers plus actuels. Évidemment, l’exécution doit être à la hauteur de l’oeuvre et on doit ici applaudir le maestro Jean-Marie Zeitouni, son ensemble et le soliste invité qui nous a propulsé très haut. Wow.

On n’aura que de bons mots pour les exécutions de Tchaïkovsky et Chostakovitch. Le Quatuor no.2 de ce dernier était ainsi réarrangé pour un ensemble à cordes, rigoureusement et bellement, on en retiendra aussi les solos de Julie Triquet (premier violon de l’ensemble) qui m’ont semblé d’une justesse et d’une beauté remarquables.

À l’évidence, un grand soir de musique.

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