Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Mardi 31 janvier 2017 | Mise en ligne à 10h04 | Commenter Commentaires (2)

    Beyrouth-Montréal-Beyrouth / Festivals… Beiteddine, Baalbeck, etc.

    Affiche d'un concert de Miles Davis au Liban

    Les événements tragiques vécus dimanche à la mosquée de Sainte-Foy coïncident avec la mise en ligne de la version longue d’un reportage réalisé au Liban il y a quelques mois. J’espère de tout coeur que vous y réalisez à quel point une zone du monde comme le Liban est aussi peuplée d’humains raffinés, éduqués, civilisés, qui abhorrent la violence et les discours crispés. Pendant des siècles sinon des millénaires, d’ailleurs, les humains de cette région ont vécu de très longues périodes harmonieuses où le “vivre ensemble” n’était pas une expression progressiste à la mode… périodes entre lesquelles vint la guerre, l’intolérance et la peur de l’autre. Alors ? Même dans les pays les plus calmes et les plus paisibles du monde actuel, personne n’est à l’abri des ravages causés par la haine découlant de l’ignorance et de la frustration. L’inverse est aussi vrai: dans les pays les plus meurtris par les conflits régionaux, guerres civiles et luttes d’intérêts internationaux, une part congrue de la société milite pour la paix, la tolérance, la diversité des vues de l’esprit, l’élévation. Ce modeste reportage en suggère une autre démonstration, enfin j’ose le croire.

    Pendant quelques années, Emily Awad a vécu à Beyrouth et revenait annuellement à Montréal afin d’y passer la fin de l’été et l’automne et travailler à la programmation du Festival du monde arabe, pour ensuite rentrer bosser au Liban dans un de ses plus importants festivals. Elle y était responsable de la production au festival de Beiteddine tenu chaque été dans la région du Chouf – à environ une heure de route de Beyrouth.

    “Beiteddine, explique-t-elle, se situe dans la région du Chouf, région au sud-est de Beyrouth. Le cadre de notre festival est un palais du 18e siècle, planté à flanc de montagne. Ce palais fut d’abord occupé par les Ottomans et fut ensuite repris par des émirs libanais qui y ont vécu pendant une certaine période. Lorsque l’émirat disparut, le palais devint la résidence d’été du président de la république, qui nous le prête lorsqu’il n’y est pas.

    ” C’est un environnement magnifique avec arcades et autres caractéristiques typiques de l’architecture orientale. Sa grande cour peut y accueillir jusqu’à 4000 personnes. Les gens sortent de Beyrouth pour venir, c’est plus frais en été dans les montagnes. Infrastructure avec des kiosques. Nous nous y installons en juin, juillet et août.”

    Le festival de Beiteddine est né dans les années 80, soit en pleine guerre civile.

    ” C’était tout petit, une sorte d’acte de foi en la culture malgré tout. Après la guerre, le festival a connu un véritable essor, y sont venus des stars et de grosses productions – Elton John, Joe Cocker, Kiri Te Kanawa, le Cirque Eloize, Notre-Dame de Paris, George Benson, Mika, Mariah Carey, Fasil Sey, Dee Dee Bridgewater, Diana Krall, Bebel Gilberto, Zakir Hussein, John McLaughlin, Ravi Shankar, Cesaria Evora, orchestres et chanteurs de musique classique arabe ou occidentale etc. En somme, il s’agit d’un festival multi-genres et multi-tendances. »

    Le festival de Beiteddine, précise Emily Awad, ne se fonde pas sur la quête du profit mais bien de la qualité artistique.

    ” Les revenus des artistes commerciaux nous y permettent de présenter à perte des concerts plus pointus, ce qui permet au festival de maintenir une programmation de qualité. ” Byblos est très axé sur le public jeune et pop rock, on y a vu entre autres Keane, Stromae, The Script, Scorpions, Yanni, Sia, The Weeknd, Massive Attack, Coco Rosie, Beirut, Rodrigo et Gabriela, Slash, Florent Pagny, ou des spectacles de pop arabe à l’occasion.”

    Le modèle de Beiteddine s’inspire en partie d’un grand classique des festivals libanais, longtemps tenu dans la vallée de la Bekaa mais repositionné provisoirement jusqu’à ce que les choses se calment à la frontière syrienne.

    “Baalbeck est un peu comme le festival de Beiteddine, c’est-à-dire plus pointu que les autres festivals pop libanais: j’y ai déjà vu Massive Attack avec projections sur les colonnes des fameuses ruines. Dans les années 60-70, Miles Davis et Charles Mingus s’y étaient produits. Le festival existe depuis un demi-siècle, mais a traversé de grandes difficultés; c’est devenu plus difficile de l’y présenter depuis la guerre en Syrie, puisque sur la frontière et que Baalbeck est aussi un fief du Hezbollah. La sécurité dans la région n’est pas toujours assurée, les gens ont peur de s’y rendre, le festival n’est plus ce qu’il fut. Pendant deux ans d’affilée, on l’a relocalisé à Beyrouth, sans obtenir le même impact. En 2006, le festival y fut annulé à la suite des bombardements israéliens.»

    En 2016, Emily Awad était encore responsable de production au festival de Beiteddine, une fonction très différente de ce qu’elle accomplit au Festival du Monde Arabe de Montréal en tant qu’assistante de Joseph Nakhlé à la programmation. Au Liban, elle était sous les ordres de Norah Joumblat, directrice du festival mais aussi l’épouse de Walid Joumblat, leader de la communauté druze au Liban- qui représente 7% de la population au pays.

    Partagée entre le Québec et le Liban, Emily a aussi enseigné dans la région de Boston. À l’instar de son collègue Joseph Nakhlé, sa famille est originaire de la mythique vallée de la Qadisha, d’où provient le grand Khalil Gibran. Aux dernières nouvelles, elle envisageait passer plus de temps à Montréal.

    Emily Awad Festival de Beyteddine

    Emily Awad

    Site officiel du festival de Beiteddine


    • Pas mal intéressante, cette série. J’ai été surpris de lire qu’il restait des bâtiments historiques encore debouts. Quoique dans cette partie du globe, des bâtiments du XVIIIe siècle sont considérés bien jeunes…

    • Il en reste peu… En fait, le centre-ville de Beyrouth est flambant neuf.

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