Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Dimanche 29 janvier 2017 | Mise en ligne à 15h39 | Commenter Aucun commentaire

    Beyrouth-Montréal-Beyrouth / Liban classique

    Maestro Andre Hajj 3

    Très raffinée et fort différente de l’occidentale pour son usage ornemental de la polyphonie, ses échelles mélodiques jouées massivement par les sections d’un grand orchestre (violons, altos, violoncelles, ouds, etc.) et comportant des quarts de tons et des rythmes spécifiques au Moyen-Orient, la musique classique arabe est soigneusement préservée à Beyrouth.

    À la barre de l’Orchestre national libanais de musique arabe orientale, le maestro et oudiste André Hajj s’en charge, et nous l’avons rencontré entre deux répétitions au Conservatoire National Supérieur de Musique de Beyrouth – par l’entremise de son amie et collaboratrice, soit l’excellente musicienne montréalaise (et d’origine partiellement libanaise) Katia Makdissi-Warren, fondatrice et leader de la formation OktoEcho.

    « L’objectif de cet orchestre est de diffuser et de défendre les musiques tout à fait orientales. Il faut que les orchestrations en maintiennent l’esprit. La musique orientale est fondée sur la mélodie, expression monodique qui exclut dans la polyphonie sauf dans les ornements. Nous utilisons les ornements polyphoniques pour embellir les œuvres, sans abuser.”

    Mais pourquoi, au XXIe siècle, éviter la polyphonie?

    “Nous pouvons l’exploiter lorsque nous interprétons la musique occidentale, mais nous n’en ressentons pas le besoin. Cette musique orientale est tellement riche, ses maqams sont si nombreux et si nourrissants qu’il n’y a pas lieu de les adapter dans un contexte polyphonique. Les meilleurs compositeurs libanais ont une bonne formation occidentale mais se conforment à leurs traditions orientales qu’ils s’appliquent à maintenir et défendre. La musique arabe a subi l’influence des diverses civilisations qui ont traversé l’Histoire, telles les civilisations cananéenne , sumérienne et syriaque , mais est toujours demeurée monodique.”

    En fait, le maestro Andre Hajj laisse entendre que la musique classique arabe progresse vers des orchestrations plus complexes, sans pour autant les dépouiller de leur identité originelle.

    “Même si vous entendez une musique arabe en mode majeur ou mineur, vous en ressentirez toujours l’esprit oriental. Même si les quarts de ton ne sont pas toujours présents, l’esprit oriental l’est. En revanche, cet orchestre peut fort bien interpréter des œuvres occidentales, c’est-à-dire avec les procédés polyphoniques. Ce qui est spécifique à cet orchestre, c’est qu’il peut faire dans les deux esthétiques.”

    Depuis 2011, c’est-à-dire depuis qu’André Hajj est à la direction de cet orchestre, le répertoire a le souci de s’ouvrir au grand public libanais en intégrant des pièces connues et populaires de chanteurs connus et aimés. « Il m’importe de rendre accessible la musique classique arabe en y liant les expressions populaires dans un cadre orchestral plus complexe.  Nous présentons des œuvres de compositeurs plus récents, par exemple le répertoire de l’auteur-compositeur Ahmad Kaabour. »

    Présent aux répétitions, Ahmad Kaabour entendait pour la première fois ses chansons ainsi orchestrées.

    Cette démarche, il va sans dire, s’inscrit dans le respect et la sophistication de sa propre identité:

    ” Tout ce qui peut toucher le cœur à ma manière orientale, c’est mon identité. La musique arabe est comme l’architecture arabe. Les lignes droites sont rares dans l’art arabe. Toutes les musiques d’époque ont une richesse que je dois remarquer.

    « Cela comporte des chansons et des parties instrumentales, dont les arrangements ont été écrits par un collectif de musiciens après quoi le maestro André Hajj raffine le tout. Vous savez, je ne suis pas du genre spectaculaire, mais l’occasion était belle de voir mon travail joué par un grand orchestre. »

    Pour un Occidental, en tout cas, ce fut spectaculaire à souhait! Plusieurs heures passées aux côtés de cet orchestre fut l’une des expériences les plus vibrantes passées au Liban.


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