Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Vendredi 27 janvier 2017 | Mise en ligne à 14h52 | Commenter Aucun commentaire

    Beyrouth-Montréal-Beyrouth / Liban électro

    ZiadNawfal_540x300

    Ziad Nawfal est DJ, animateur radio, producteur de disques et promoteur de concerts a Beyrouth. Diffusées depuis le début des années 90 sur la radio gouvernementale Radio Liban 96.2FM, ses émissions Ruptures et Décalages donnent la part belle aux productions musicales libanaises, que ce soit dans les domaines de l’électronique, du rock alternatif ou de la musique expérimentale. La mise en ligne de cette série spéciale sur les diverses communautés musicales de Beyrouth a mené notre interviewé à suggérer un complément d’orchestre qu’il juge essentiel à la compréhension sommaire de la scène électro libanaise. Le voici:

    1. Depuis quand existe-t-il une communauté de producers/DJ électro à Beyrouth ?

    Depuis le début des années 2000. Le collectif musical Art.Core a commencé à organiser des soirées qui mélangeaient projections de vidéos, DJ sets, musique live (généralement un batteur qui accompagnait les DJ’s), qui avaient lieu dans des lieux insolites, le plus souvent des hangars, des usines ou des théâtres désaffectés. Vers la moitie des années 2000, les collectifs musicaux Kaotik et Acousmatik prennent la relève, avec des soirées comprenant des DJ’s internationaux. C’est vers le milieu des années 2000 que le DJ et musicien Jad Souaid débute le club The Basement, un endroit extrêmement marquant dans la ‘club-life’ libanaise, qui en plus des DJ’s conviait des groupes underground libanais à se produire en concert. Quant au DJ et producteur César Kahwagi, il a fondé la radio VL (Vibe Lebanon) en 1998 et le label VL Records en 2006.

    2. Quelles en sont les tendances principales ?

    Dans le cas de Art.Core, Kaotik et Acousmatik, les tendances musicales étaient la techno, la Detroit house, et l’Acid House. Le club The Basement favorisait surtout la house et la deep house, a travers des DJ’s français, et par la suite la techno minimale allemande, a travers des DJ’s allemands. Ces événements étaient souvent organisés en collaboration avec la Mission Culturelle Française ou le Goethe Institut à Beyrouth, deux institutions qui de tout temps ont joué un rôle concret dans les manifestations culturelles libanaises.

    3. Comment ces créateurs réussissent-ils à poursuivre ? Dans quelles conditions ?

    Ces créateurs éprouvent des difficultés à poursuivre une carrière consistante dans le milieu musical libanais. La musique électronique n’a pas vraiment réussi à décoller au même titre que le hip-hop ou le rock alternatif. Les concerts de musique électronique attirent des audiences en nombre limité, malheureusement.

    4. Quels sont d’après vous les artistes les plus intéressants ?

    Parmi les artistes de musique électronique que je trouve les plus intéressants, depuis la moitie des années 2000 a ce jour : Tarek Atoui (qui a quitté le Liban depuis) ; Munma ; RadioKVM ; Mocques ; Liliane Chlela ; Rabih Beaini ; et plus récemment Jad Atoui, Elyse Tabet et Jad Taleb.

    5. En quoi consiste votre propre travail en musique ?

    Avec mon label Ruptured, je produis des CD’s et des vinyles d’artistes indépendants libanais depuis 2009. Le label a aussi produit des compilations d’enregistrements réalisés durant mes émissions à la radio, principalement avec des artistes d’électronique ou de musique expérimentale.

    6. Est-il pertinent de rechercher un angle moyen-oriental dans les musiques électros de Beyrouth ou du Liban ?
    Il est assez rare de trouver un angle moyen-oriental dans les musiques de producteurs d’électronique libanais. Leurs musiques se rapprochent plutôt des styles d’électronique britannique et berlinoise.

    7. Quel est le rayonnement de l’électro libanaise?

    Les producteurs d’électronique libanais se produisent surtout au Liban même, particulièrement durant le Festival de Musique Expérimentale Irtijal, qui a lieu chaque année au mois d’Avril, ainsi que dans des clubs tels que Yukunkun (dans le quartier de Gemmayzeh) ou Radio Beirut (quartier de Mar Mikhail). Il arrive parfois que le nouveau club de Jad Souaid, appelé ‘Grand Factory’, organise des concerts de musique électronique, mais ceci reste assez rare, ce lieu se concentrant surtout sur les DJ’s.
    Certains producteurs d’électronique libanais (Munma, RadioKVM) se sont produits dans le monde arabe (en Egypte, surtout) et en Europe (en France, surtout).

    8. Pourriez-vous svp nous suggérer des hyperliens bandcamp, soundcloud, sites internet ou YouTube ?

    En voici quelques-uns :

    https://rupturedonline.com

    https://irtijal.org

    http://www.morphinerecords.com/

    https://soundcloud.com/vlrecords

    https://soundcloud.com/ruptured

    https://soundcloud.com/annihaya-records

    https://soundcloud.com/morphinerecords

    Jade 2

    La vie nocturne de Beyrouth se déploie dans plusieurs quartiers dont Mar Mikhaël dans le district d’Achrafieh, Hamra ou Bourj Hammoud. Les jeunes Libanais aiment y faire la fête jusqu’aux petites heures, nombre d’entre eux sont enclins à la culture électro. Et c’est lè qu’entre en scène Jade, DJ et réalisateur électro, aussi l’un des promoteurs-clés du night life libanais… qui en a eu la piqûre à Montréal.

    ” Je suis originaire de Beyrouth, j’y ai fait mes études. Dans les années 90, je suis venu à Montréal pour le travail (en tant qu’ingénieur électrique et en informatique)… et aussi pour assouvir ma passion de la musique. Chez vous, je suis tombé dans la musique électronique. J’avais alors découvert Tiga et je m’étais plongé dans cet univers. J’aimais alors la house avec des influences rock et électroclash.

    “C’est aussi à Montréal que j’ai découvert les grandes soirées 514 et j’allais régulièrement au Sona sur la rue Bleury. Parallèlement à mon travail d’ingénieur, j’avais aussi mon groupe, je faisais du rock. Du coup, j’ai commencé à mixer par je voulais être dans la musique et j’ai finalement quitté mon boulot.”

    Jade avait alors fondé le groupe rock Blend, mis sous contrat par une major (EMI) qui désirait développer le marché libanais. C’est pourquoi Jade rentra à Beyrouth afin d’enregistrer un album. Le groupe Blend n’a probablement pas connu le succès escompté, processus pendant lequel Jade avait commencé à mixer pour gagner sa vie. Il ne revint pas à Montréal et devint un authentique pionnier de la scène électro à Beyrouth. En 2005, il ouvrait son premier club, The Basement.

    « Je n’avais aucune idée comment gérer un espace, je ne voulais qu’y mixer et y jouer ma musique. Je suis devenu homme d’affaires par la force des choses. Puis j’ai fermé cette boîte en 2011 parce que je voulais me concentrer sur ma musique. J’ai beaucoup tourné et je me suis remis à l’organisation de soirées vers 2012, notamment l’événement hebdomadaire See U Next Sat qui avait très bien marché.”

    Le côté promoteur de Jade est alors revenu en force, il a ouvert un club énorme au deuxième étage d’une usine de meubles dans le quartier Bourj Hammoud : Grand Factory. «  J’ai loué ce local mais j’y ai tout aménagé, avec beaucoup d’amour. Grâce à Dieu, ça cartonne. »

    Qui plus est, le Grand Factory accueille régulièrement des pointures internationales, comme l’Allemand Stephan Bodzin qui y a offert une magnifique prestation lorsque ce reportage fut réalisé.

    Malgré ce succès, Jade évite de surévaluer la scène électro de Beyrouth.

    « On n’y trouve pas une foule de producteurs mais la scène locale progresse sûrement, à travers plein d’événements, concerts et séminaires de productions organisés de concert avec des institutions comme le Goethe Institute et le Centre culturel français. Mon entreprise fait aussi du branding stratégique, elle compte un studio de design et même une maison de production à Berlin. Depuis quelques mois, je suis aspiré par la croissance de mes entreprises! »


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