Alain Brunet

Archive, novembre 2016

Mardi 29 novembre 2016 | Mise en ligne à 19h02 | Commenter Commentaires (4)

Hip hop local, afro-pop locale: Emrical / Momentum

Emrical Momentum

Autre profil dans la foulée du hip hop local ou de l’afro-pop locale, voici la proposition d’Emrical.

Ricardo Lamour m’a joint directement il y a environ deux ans, dans le cadre du mois de l’Histoire des Noirs. Il faisait alors la promotion de plusieurs jeunes artistes afro-montréalais, créoles antillais, africains, soul, R&B ou hip hop. C’est d’ailleurs grâce à cette initiative que j’avais pu découvrir Veeby, excellente chanteuse afro-soul d’origine camerounaise dont on a fait l’éloge depuis.

Opiniâtre, défonceur de portes, Ricardo a sorti plusieurs pistes de musique, son travail le plus substantiel se trouve dans le récent album Momentum, sorti il y a quelques semaines et réalisé par le claviériste Jean-Sébastien Fournier (frangin de Marie-Pierre Arthur).

En voici l’impression sommaire:

L’engagement de ce travailleur social (de formation) est plus que tangible. Les thèmes sont directement abordés, les rimes abordent moult facettes de l’oppression vécue au sein de la société québécoise: accès bloqué dans l’échelle sociale, parenté précoce, violence policière, famille dysfonctionnelle, précarité économique, racisme anti-noir, répression des autochtones, islamophobie, répartition inéquitable de la richesse, on en passe.

Ricardo chante, rappe, sermonne, invective, s’époumone, transmet assurément sa passion.

Parfois trop proches du sens direct, ses métaphores peuvent être jugées plus pamphlétaires que poétiques, s’avèrent tout de même habilement tournées. Raps et chansons sont construits dans les règles de l’art, des fragments d’extraits médiatiques ajoutent un côté docufiction à sa proposition. Musicalement, les emprunts stylistiques (hip hop, musiques afro-antillaises, afro-soul, synthpop, dancehall, etc.) confèrent à Emrical une dégaine qui n’a pas d’équivalent local. Et c’est précisément là que ça devient intéressant, bien que la démarche soit encore verte.

Rappeleons en outre Ricardo Lamour a fait parler de lui en s’opposant à la relance d’une production théâtrale à la mémoire de Fredy Villanueva – Fredy, d’Annabel Soutar auquel Lamour avait précédemment participé malgré ses réserves.

“Sa lettre dénonce «la marchandisation pure et simple» de la tragédie, et qualifie la démarche de l’auteure d’appropriation culturelle «qui vide de sa substance l’indignation légitime d’une mère». Il ajoute que «cette pièce qui dissèque vulgairement les plaies toujours non guéries émanant du décès de Fredy est en voie d’être diffusée à plus grande échelle»” a noté mon collègue Luc Boulanger.

Inutile d’ajouter que ça fait désormais partie du passé, que Ricardo Lamour se penche davantage sur le présent et l’avenir.

LIENS UTILES

Emrical, écoute intégrale de l’album Momentum sur Bandcamp

Page Facebook de Ricardo Lamour avec vidéos

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Lundi 28 novembre 2016 | Mise en ligne à 18h45 | Commenter Commentaires (30)

Hip hop québécois, la suite… et la lenteur d’en haut

La semaine dernière, j’ai fait un petit survol de la pop culture française pour accompagner une interview de Julien Doré, j’ai constaté que le top 20 de France était largement dominé par le hip hop local et ses dérivés.

Pourquoi n’est-ce pas le cas en Amérique francophone ?

La plate réalité keb, c’est qu’ici on a du mal à admettre l’immense impact de notre hip hop local auprès des jeunes générations. Que cette forme occupe tout un pan de notre notre culture musicale populaire. Que cette forme N’EST PLUS marginale ou spécialisée. Si l’industrie de la musique et les diffuseurs généralistes au Québec le reconnaissaient une fois pour toutes, des plateaux de rappers et beatmakers québécois pourraient vite devenir les têtes d’affiche de nos plus grands événements de masse et occuper régulièrement nos plus vastes amphithéâtres.

Inutile de rappeler les succès remarquables remportés par Alaclair Ensemble, Dead Obies, Loud Lary Ajust (récemment séparés), Koriass, Kaytranada et autres Eman & Vlooper, pour ne nommer que les plus célèbres de la période récente. Le hip hop québécois, franco ou franglo, C’EST notre plus puissant mouvement pop de la période actuelle.

N’en déplaise aux autres tendances americana, indie folk, indie rock, on en passe et des meilleures, le hop hop locale génère le plus grand intérêt auprès des jeunes francophones, il faut se rendre à l’évidence.

Or les choses bougent beaucoup trop lentement de ce côté francophone de l’Atlantique. Le public est prêt, une vaste portion des ados et des jeunes adultes kebs ont intégré le hip hop comme leurs aînés avaient intégré le prog, le hard rock, le punk ou le grunge. Tout est prêt… sauf en haut de la pyramide.

En tant que culture légitimement populaire, la reconnaissance du hip hop sur le territoire de la pop québécoise est à l’image du reste: frilosité chronique, crispée, péquenaude, cul-terreuse. Le Québec urbain n’est plus ce qu’il était, sa culture populaire résulte du cosmopolitisme passé au tamis de la loi 101. Musicalement, ce brassage culturel est incarné en grande partie par le hip hop local. Pourquoi ne pas en convenir plutôt que de considérer le hip hop comme une niche musicale parmi tant d’autres ? Pourquoi l’album de l’année n’est pas un album hip hop ? Pourquoi les émissions généralistes en culture y font une si petite place ? Pourquoi la FM commerciale n’est-elle pas le reflet de cette tendance majeure, vraiment populaire ?

Toujours est-il que… après avoir fait le tour du palmarès français, j’ai lu samedi le coup de gueule de Koriass, recueilli par mon collègue Marc Cassivi.

Inutile de souligner que le texte évoque la marginalisation erronée du hip hop québécois, vu son réel succès en salle.

” Si j’ai été invité à Tout le monde en parle, ou que Dead Obies a été invité à Tout le monde en parle, c’est clairement pas juste pour notre musique, mais parce qu’on incarne autre chose. Moi, c’était pour mes prises de position féministes. Dead Obies, pour leur controverse sur la langue. Est-ce qu’on va inviter un artiste rap dans une émission de télé grand public juste pour sa musique un jour? Je l’espère. Il y a de plus en plus d’ouverture, mais il y a toujours une incompréhension de ce qu’est le rap. Ça fait partie du problème” a dit Koriass à Cassivi.

” Il y a quand même une certaine ouverture à Énergie, a-t-il indiqué en outre. Une de mes chansons, Petit love, joue parfois en fin de soirée. Une autre (Plus haut) joue à heure de grande écoute, mais je l’ai composée pour des enfants de 5 à 12 ans dans les écoles (pour les Journées de la culture). On comprend un peu le ton recherché. Il faut que ce soit consensuel, gentil et lumineux. Et le rap que je fais et qui se fait en général, ce n’est pas ça. C’est plutôt le contraire. On a essayé de faire entrer ma chanson Blacklights à Énergie. Oublie ça! Ça parle de la mort. Ils ne veulent pas ça.”

Encore récemment, m’a-t-on rapporté que le Métropolis était plein pour le plateau réunissant Rymz et les hilarants Anticipateurs, dans le cadre de M pour Montréal. Je puis personnellement témoigner que c’était aussi plein au Club Soda dans le même contexte de M pour Montréal, le public a pris la pleine mesure de cette belle chimie père-fils de l’excellent trio Brown que complète le DJ-beatmaker Toast Dawg. Kaytranada a gagné le Polaris en septembre, les albums se suivent et ne se ressemblent pas.

Mais qu’est-ce que ça prend de plus ???

Pour l’instant, d’autres recensions ne nuiront pas, à commencer par celle-c-i:

knlo-long jeu

Sorti en octobre l’album de Knlo, qu”on connaît sous le pseudo Kenlo Cracqnuques au sein d’Alaclair Ensemble, cet album allie boombap, soul, trap, jazz, funk, R&B, dancehall, rimes franglaises, variations intelligentes sur le quotidien de créatures hip hop locales. Les satellites s’y prennent pour des anges, tout plane et papillonne avec une belle désivolture… Très sympa du début à la fin de ces 14 titres, ce qui n’est pas rien. Le beatmaking s’y avère foisonnant et ludique, le flow un peu nasillard de Knlo s’y déploie comme la suite orchestrée de clins d’oeil goguenards. On peut écouter intégralement ce Long Jeu de Knlo sur la page Bandcamp d’Alaclair Ensemble.

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Samedi 26 novembre 2016 | Mise en ligne à 11h40 | Commenter Un commentaire

Bach automnal, Bach hivernal, Festival Bach

FestBach_LogoVitre

Lorsque reviennent novembre et décembre, revient Jean-Sébastien Bach à Montréal. Ce compositeur immense est le fondement de l’édifice occidental en matière de grande musique, son génie est souligné depuis trois siècles (ou presque), on ne cesse de se pâmer sur son oeuvre colossale. À Montréal, le Festival Bach construit de magnifiques programmations autour de Bach, ce festival est en marche depuis deux semaines et se poursuit jusqu’à la semaine prochaine.

Rares sont les oeuvres musicales qui produisent simultanément les sentiments de plaisir, de réconfort, d’apaisement,de recueillement et de grande stimulation intellectuelle. Comfort food par excellence ? Pour ma part, absolument !

Ayant assisté aux concerts de Niyaz et de La Yegros vendredi de la semaine dernière, j’ai raté (avec regret) l’exécution des Variations Goldberg par le pianiste arménien Sergei Babayan. Je me suis repris le dimanche après-midi à l’Oratoire Saint-Joseph pour l’exécution de la même oeuvre, cette fois à l’orgue, par le Montréalais Luc Beauséjour. Très différent dans la perception de l’articulation, néanmoins très riche en textures et sonorités. La réverbération que génère la basilique de l’Oratoire mène assurément Bach ailleurs.

Les Violons du Roy

Les Violons du Roy, photo fournie par le Festival Bach

Nous avons tellement intégré certaines de ses fabuleuses mélodies, comme cette Badinerie jouée à la flûte traversière qui conclut sa Suite pour pour orchestre no 2 en si mineur BWV 1067. Hier, la soliste invitée des Violons du Roy à la Salle Bourgie était la jeune Ariane Brisson, excellente recrue de notre communauté classique. Sous la direction de Mathieu Lussier, cette fort belle exécution a été précédée par un contraste intéressant: le claveciniste Mahan Esfahani a joué successivement le Concerto de Bach pour clavecin et cordes no1 en ré mineur, BWV 1052 et le Concerto de Henryk Gorecki pour clavecin et cordes, op.40, composé 250 ans plus tard. N’ayant pas une fine connaissance du Bach pour clavecin, je ne me permets pas de commentaires techniques sur l’exécution, sauf peut-être un doute sur ses emportements en fim de première partie. Enfin…

Comme plusieurs, je préfère le piano à ses ancêtres mais mon plaisir de l’écoute a vraisemblemenent crû avec l’usage. Le seul hic demeure son amplifiaction. Avec des instruments anciens, l’équilibre des volumes est plus facile à réaliser qu’avec des instruments classiques post-baroques, on l’a encore observé vendredi.

Enfin, ce programme a débuté par l’exécution d’un arrangement pour cordes de Pulau Dewata, une pièce de feu Claude Vivier inspirée d’un voyage à Bali dans les années 70. Ce qu’en a fait Michael Osterle est tout simplement remarquable, cette version pour orchestre à cordes magnifie l’oeuvre de Vivier et contribue à sa pérennité.

Voici au demeurant trois suggestions appuyées par Alexandra Scheibler, directrice artistique et fondatrice du Festival Bach qui en est à sa dixième année d’existence.

Messe en si mineur de Bach, The Choir of Trinity Wall Street – Le 28 novembre, à l’église Saint-Jean-Baptiste

«Compositeur et aussi spécialiste du chant choral, l’Américain Julian Wachner a vécu une partie de sa carrière à Montréal. Il enseignait alors à l’Université McGill. Il a d’ailleurs été le premier directeur artistique du Festival Bach il y a 10 ans, après quoi il est rentré aux États-Unis. Je garde l’impression d’un musicien dynamique et enthousiaste. Nous travaillions aussi avec l’organiste et chef de choeur montréalais Christopher Jackson (du Studio de musique ancienne), mort tragiquement d’un cancer l’an dernier, et qui avait dirigé la Messe en si mineur au festival. Pour souligner le 10e anniversaire du Festival Bach et aussi pour honorer la mémoire de notre regretté collaborateur, Julian Wachner refera l’oeuvre avec The Choir of Trinity Wall Street, un ensemble excellent.»

Passion selon saint Matthieu, BW244, de Bach, concert de clôture, OSM – Le 30 novembre et les 1er et 4 décembre à la Maison symphonique

«Le Festival Bach entretient une excellente relation avec le maestro Nagano, l’OSM a une grande place au Festival Bach. Et s’il me fallait ne choisir qu’une seule pièce pour vivre dans une île déserte, je choisirais la Passion selon saint Matthieu. Bach n’avait pas composé d’opéra, mais cette oeuvre est à mon sens celle qui s’en approche le plus. Chaque fois que ce chef-d’oeuvre est joué, il se crée une grande proximité avec l’auditoire, à cause des solos magnifiques des chanteurs, du choeur divisé en deux groupes indépendants des deux orchestres. C’est pour moi très spécial et je ne crois pas qu’il faille s’en tenir au calendrier religieux pour présenter cet oratorio. Fait à noter, le ténor Julian Prégardien, qui incarne l’évangéliste, est le fils de Christoph Prégardien. Ce dernier avait campé ce rôle lorsque la Passion selon saint Matthieu avait été présentée au festival en 2009. C’est aussi une pièce très importante pour Kent Nagano, une production grandiose, difficile et chère à monter.»

Suites pour violoncelle seul de Bach, Yo-Yo Ma – Le 2 décembre, à la Maison symphonique

«Cette année, la grande star du Festival Bach est le violoncelliste Yo-Yo Ma. Pour nous, c’est un gros coup, car il ne fonctionne pas comme les autres grands solistes, c’est-à-dire qu’il ne prévoit pas ses engagements aussi longtemps d’avance. Vraiment pas facile de l’avoir! Il est un des rares musiciens classiques connus du grand public. Il a été partie prenante d’une série américaine, il a travaillé avec des artistes d’horizons différents comme Bobby McFerrin. Il est très célèbre pour les suites de Bach, qu’il a enregistrées. La dernière fois qu’il est venu à Montréal, c’était en mars 2014, mais il n’y a jamais joué les suites de Bach pour violoncelle seul.»

Partitas pour clavier de Bach, première et deuxième parties, Konstantin Lifschitz – Le 3 décembre, à la salle Bourgie

«Konstantin Lifschitz est un excellent pianiste d’origine russe. Il a enregistré récemment les Variations Goldberg. Il est un grand maître du répertoire de Bach et je voulais plutôt qu’il joue les six partitas de Bach pour clavier, ce qui est en soi une entreprise gigantesque. Depuis plus d’une décennie, sa réputation a grandi considérablement auprès des mélomanes, il enseigne aussi à la Haute École de Lucerne, en Suisse. Et, puisqu’il peut enchaîner les six partitas de Bach, nous l’avons programmé dans deux concerts consécutifs. Bien sûr, les mélomanes pourront assister aux deux concerts s’il le désirent, et nous leur faisons un prix spécial pour la paire. Si, toutefois, cela fait trop pour certains, ils peuvent n’assister qu’à un seul concert.»

Je conclus ce billet en vous suggérant de lire mon texte sur Café Zimmermann, ensemble baroque d’Aix-en-Provence qui se produit ce samedi et ce dimanche à l’église St.Andrews & St.Paul.

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