Alain Brunet

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  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Samedi 22 octobre 2016 | Mise en ligne à 12h53 | Commenter Commentaires (53)

    Leonard Cohen / You Want It Darker

    You Want It Darker sera peut-être le dernier album de Leonard Cohen, dont la précarité de la santé inquiète.

    Au programme, huit chansons testamentaires, synthèse ultime de sa pensée et de son génie chansonnier, aboutissement d’un dernier cycle créateur.

    Paradoxalement, une crise financière (soit l’arnaque de sa gestionnaire) l’avait contraint à sortir de sa réclusion, à refaire des chansons, encore mieux à trouver un son qui lui sied parfaitement. Les deux pieds dans la merde, il avait trouvé un nouveau souffle. C’était plus tangible sur scène que sur disque; j’ai adoré les ensembles avec lesquels il a tourné, on se souviendra toujours d’un récital fabuleux à la salle Wilfrid-Pelletier et aussi de superbes spectacles au Centre Bell. Cohen avait trouvé une direction musicale à sa mesure, mélange circonspect de Méditerranée, d’Europe de l’Est et d’Amérique du Nord.

    Sur disque, les chansons nouvelles n’avaient pas pris le même envol; Sharon Robinson et Patrick Leonard sont ses principaux compositeurs depuis sa résurgence, mais Leonard me semble un réalisateur sans envergure… La minceur des arrangements, le conservatisme de l’instrumentation, enfin l’ensemble de l’approche sonore était fort discutable sur les deux opus précédant celui-ci – Old Ideas (2012), tout de même appréciable musicalement et Popular Problems (2014), carrément décevant.

    Cette fois, on peut se réjouir sur tous les plans.

    L’octogénaire n’a pas choisi de nouveaux chemins poétiques, il a plutôt choisi le concentré ultime de son art, sauf peut-être l’autodérision et l’humour pince-sans-rire… moins présents au crépuscule de son existence.

    La tension entre le désir de croire en un absolu et la déception d’en constater la possible inexistence atteint ici son paroxysme. Cohen a fréquenté de grands mystiques, s’est inspiré des écrits sacrés du judéo-christianisme, cherché à corroborer les postulats divins… et a toujours fini par en douter. La noirceur de la condition humaine, la précarité du désir, le réalisme des rêves brisés s’opposent à tout volontarisme, toute croyance, tout absolu positif.

    “A million candles burning / For the help that never came / You want it darker / We kill the flame…”

    Il a toujours cherché l’amour le plus frais, l’énergie renouvelable du désir, mais en vain. Ses amours se sont flétries, ses relations intimes se sont avérées volatiles.

    “There is a lover in the story / But the story is still the same / There’s a lullabye for suffering / And a paradox to blame”

    Il a cherché à se poser définitivement quelque part, le destin l’a forcé à bouger. À mots couverts (et quels mots !!) , Leonard Cohen illustre poétiquement un parcours somme toute agnostique, parcours de haute lucidité et de grande humilité. You Want It Darker en est le remarquable bilan, exprimé avec la gravité qu’on lui connaît.

    “I turn my back on the devil / I turn my back on the angel too”…

    Fort heureusement, le fiston Adam Cohen a réussi une réalisation qui doit être considérée à mon sens comme le plus grand accomplissement de sa propre vie d’artiste. Jamais il n’avait réussi à proposer des réalisations de cette trempe pour ses propres albums – qui varient entre le moyen bon et le médiocre. L’ajout des choeurs hébraïques sous la gouverne du cantor montréalais Gideon Zelermyer, assortis de grooves hypnotiques et de compléments texturaux, voilà certes la plus grande avancée pour le papa.

    Ainsi, on savoure cette réalisation sur deux chansons (You Want It Darker et It Seemed The Better Way), on en aurait pris davantage car c’est la composante-clé de cet album. Sans ces deux chansons, la perception serait tout autre. Le reste de l’album ressemble au passé Cohen (choeurs féminins et tout et tout), mais le fin mélange des références (juives, gospel, country, folk, soul, etc.) et la qualité de l’instrumentation confèrent à ces chansons un lustre rarement atteint dans ses albums plus ou moins récents. Bravo à Adam Cohen, donc, et souhaitons lui que ce déclic puisse enfin le mener hors de l’ombre paternelle.

    Quant aux réclamations d’un Nobel pour Leonard Cohen… je vous suggère gentiment d’oublier ça. La prochaine fois qu’on attribuera un Nobel de littérature à un auteur de chansons, ce sera dans une, deux, trois ou quatre générations. Le Montréalais sera mort et enterré depuis des décennies.

    Malgré tout, on reste tenté par l’idée de comparer ces deux géants de la chanson anglo-américaine dite d’auteur. Alors ? Vouloir absolument affirmer l’équivalence ou la supériorité de l’un par rapport à l’autre est peut-être un jeu intéressant mais bon… on devra discuter des mois et des mois avant pour en faire quelque démonstration concluante.

    En ce qui me concerne, j’ai longtemps préféré Cohen à Dylan et… j’ai aujourd’hui le sentiment d’avoir pêché par ignorance. Au fil du temps, je me suis vraiment penché sur le corpus littéraire de Robert Zimmerman, je m’incline devant son génie. En ce qui a trait à notre bien-aimé Leonard Cohen, facteur constitutif de l’identité culturelle montréalaise, il m’avait été plus facile d’en circonscrire l’oeuvre magistrale, soit une quinzaine d’albums contrairement à près d’une quarantaine pour Dylan. L’attribution du Nobel à ce dernier, la semaine dernière, a été une occasion supplémentaire de lire, écouter, retourner en arrière… et, avouons-le, comparer.

    Au bout du compte, cela étant avoué, je ne vois pas l’intérêt de démontrer ou comparer quoi que ce soit en ce qui a trait à ces deux corpus qui marqueront assurément l’histoire de la chanson moderne.

    LIENS UTILES

    Leonard Cohen, site officiel

    Leonard Cohen, profil wiki

    Adam Cohen à la rescousse de son père, un texte d’Alain De Repentigny

    You Want It Darker, écoute intégrale de l’album sur Deezer

    Metacritic, moyenne de 92% sur 14 critiques recensées


    • Merci pour cet excellent article. Je suis un fan de ces 2 merveilleux poètes…pourquoi les comparer quand le plaisir est de les écouter…

    • je suis plus Dylan que Cohen comme je suis plus Jameson que Bushmill mais à la fin c’est tout bon. Ici on est vraiment sur la vibe Saved…et c’est cool plus de bon moments pour nous !

    • Le premier qualificatif qui m’est venu après l’écoute de ce cd hier est: poignant.
      Pas besoin de chercher d’autres qualificatifs.
      Est-ce dû au fait que je suis d’une génération très proche de celle de Cohen?
      Je ne sais pas comment les générations plus jeunes vont recevoir ce cd, mais je crois qu’il sera difficile de rester insensible.

    • « La tension entre le désir de croire en un absolu et la déception d’en constater la possible inexistence atteint ici son paroxysme. »

      Très beau texte, encore une fois.

    • Je seconde, très beau texte.

      Des trois disques de la période tardive de Cohen, You Want it Darker est le plus réussi. J’avais pourtant adoré Old Ideas et Popular Problems et ce, malgré la production et les arrangements cheapo (surtout pour PP).

      Vrai que le travail plus sobre de fiston Adam a fait une grosse différence. Les chansons sont également plus fortes. Cohen a toujours jeté sur l’amour, la mort, la spiritualité un regard très cru; il ne s’est jamais conté de belles histoires réconfortantes. Cette fois-ci, c’est plus touchant parce que cet homme qui se questionne sur la mort et ce qu’il y a après ou non est lui-même tout près de la fin de sa propre route. Malgré tout, il n’a rien perdu de son acuité et de sa grande force à mettre ses doutes en mots.

      Et le Nobel? Il était peut-être disqualifié d’avance… Avec Alice Munro qui a gagné il y a quelques années, je crois qu’on va devoir attendre un peu avant de voir un autre Canadien recevoir le prix.

    • J’ai toujours été fan de Dylan, vieille période (circa blonde on blonde) et la collaboration avec Lanois. De Cohen aussi, période Marianne sur les images d’un film mésestimé d’Altman “McCabe & M. Miller”. Ils partagent tous les deux une dérive mystique qui n’est, à mon avis, une période pas très intéressante pour personne. Exemple, les virées de Dylan à Nashville sont beaucoup plus intéressantes que ses crises identitaires zimmermesques. J’ai été, d’abord, agréablement surpris du Nobel de la Littérature proposé (et apparemment refusé) à Dylan : ça nous change des Nobels de la Paix à des génocidaires comme Kissinger ou Obama. Puis, j’ai trouvé ça déplacé : je me force de temps-là à visiter l’univers des grands littérateurs comme Dostoïevski, Cioran, Rimbaud ou Hugo. Et je suis désolé, mais ces gens-là appartiennent « full patch » à la littérature. Ils sont la littérature. Pas Cohen, Springsteen, Gainsbourg ou Dylan; ces derniers sont « full patch » folk.

    • Merci au cherry-picking iTunes: je commence avec 3 pièces.
      Il parle plus qu’il ne chante, n’est-ce pas ?

    • Je préfère musicMe pour les écoutes exploratives des albums. Deezer on limite à 30 secondes par pièce pour les non-abonnés.

      http://www.musicme.com/#/Leonard-Cohen/albums/You-Want-It-Darker-0886446019253.html

      Une pub de temps en temps et vous reprenez l’écoute. Je ne sais pas si les labels et artistes reçoivent moins avec cette plateforme que Spotify ou Deezer.

      À écouter plus tard mais cela sonne très bien en partant, l’album pas le PC portable mais si c’est déjà bon sur n’importe quel format tu tends vers l’universel et une beauté accessible à tous peu importe le sujet dont tu parles.

    • Je suis surpris: peu de commentaire pour un album de ce calibre, dans le genre folk-rock de surcroit, d’un artiste d’ici et en plus dans l’élan de l’affaire Nobel/Dylan…

    • Surpris? Bof… Un peu. Ce manque d’affluence me déçoit tout de même un tantinet.

      Il parle plus qu’il ne chante? Ça me va. On peut en dire autant des meilleurs Gainsbourg (Melody Nelson, L’Homme à Tête de Chou…) et Bashung (L’Imprudence, Chatterton…).

    • C’est un très bon album, en effet. “L’harmonica, c’est pas un violon, c’est pas éternel”, chantait Dédé: les violons éternels, ce sont entre autres ceux de cet album, bien arrangé par un fils pour son père qui regarde le précipice qui nous attend tous de très près.

      Question: existe-il une raison “technique” (membership, règlements…) pour laquelle il n’est jamais en nomination à l’ADISQ?

      Il a eu une très grande carrière, il vient se sortir un bon album, il a 82 ans et il a une santé fragile. Il faut quoi de plus pour qu’il soit l’ “hommagé” dimanche prochain?

      Je suis indépendantiste et pour un renforcement de la loi 101… mais franchement, qu’implicitement on ne reconnaisse pas Cohen (et les Wainwright) comme faisait partie du “nous”, ça me tue. J’imagine très bien Rufus, Pierre Lapointe, Séguin et Rivard faire chacun leur couplet d’Hallelujah pendant la “grand”messe” de l’industrie, mais ça restera fort probablement seulement dans mon imagination.

    • Je savais pas qu’il avait fait une autre chanson qu’Halleiluja.

    • (Je viens de lire sur votre site que l’ADISQ décernera un 2e prix Hommage à René Angélil. Pathétique, minable et grattonesque ADISQ. Je vais retourner écouter “Le gala de l’ADISQ” de Mononc’Serge, tiens.)

    • En écoutant cet album je me dis que j’aimerais ça être cool comme Leonard Cohen a son âge sauf que je ne suis pas cool comme lui à mon âge donc ça ne risque pas d’arriver.

      Non mais sérieusement c’est vraiment fort.

    • @ fruitloops :

      Je ne reprendrai pas tous les arguments distillés à la suite du billet sur Dylan mais me limiterai à répéter qu’à mes yeux, la littérature n’est pas une affaire de format. Plaquette, brique, poème ou texte de chanson, ce qui prime c’est la beauté, la force et la profondeur. Les paroliers doués ont d’autant plus de mérite qu’ils doivent écrire leurs histoires sur des grains de riz. Brèfle, ils savent écrire entre les lignes. Tandis que Hugo prend cent pages pour décrire la Cour des miracles, Dylan en prend une pour parcourir son Allée de la désolation. Quand Cohen insiste sur l’influence de García Lorca et Dylan sur celle de Poe, ils ne font évidemment pas référence à une recette de tarte à la farlouche.

    • Autre argument qui me semble important:

      Comme la musique et toutes les formes d’art, la chanson a longtemps été une expression exclusivement populaire, soit rustre, spontanée, proche d’une langue parlée sans sophistication littéraire. On pourrait suggérer qu’elle est devenue un art majeur assez récemment, soit depuis l’Après-guerre avec l’émergence d’artistes tels Brassens, Brel et Ferré, pour ne citer que la fameuse trinité française à son apogée dans les années 60. Cela explique d’ailleurs l’affirmation erronée de Gainsbourg qui, comme les grands auteurs de chanson qui l’ont précédé, n’avait pas de liens avec les institutions qui soutiennent les arts dits majeurs. Comme le jazz, la chanson d’auteur dite “à texte” a atteint une complexité et un raffinement littéraires digne des arts majeurs pendant la modernité. Or les institutions accusent toujours des décennies de retard avec la réalité. Elles commencent à peine à considérer une part du jazz (la part sérieuse) comme faisant partie du corpus des musiques avancées (classiques, contemporaines, électroacoustiques) et c’est idem pour cette part minoritaire de la chanson dont les plus illustres représentants anglo-américains de leur génération sont Cohen et Dylan.

    • Encore une fois pour ceux qui mesurent l’impact d’un billet au nombre de commentaires: c’est un leurre. Le nombre de partages Facebook n’est pas non plus un barème absolu. Vous seriez très surpris de constater que certains billets peu commentés sont plus populaires que d’autres très commentés.

    • @ gv60 :

      Peut-être parce que La Bolduc, Félix Leclerc, Monique Leyrac, Robert Charlebois, Georges Dor, Raymond Lévesque, Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, Sylvain Lelièvre, Gilles Vigneault, Michel Pagliaro, Plume Latraverse, Diane Tell, Richard Desjardins, Pauline Julien, Claude Léveillée, Serge Fiori et Michel Rivard n’ont pas encore été intronisés au Canadian Music Hall of Fame? ;-) Note aux cyniques à tendance auto-cannibale : oui je sais, j’oublie Paolo Noël, Joël Denis et Shirley Théroux.

      Oui, Cohen est un Montréalais, qui a dit à l’auteur Jacques Bertin, vers 1988, ne pas avoir peur de l’affirmation de la majorité québécoise et souhaiter que les francophones gardent leur culture. Juste pour ça, on devrait lui rendre un méga-hommage au gala de l’Adisq. La maison jouxtant le parc du Portugal appartient désormais à ses enfants Adam et Lorca, depuis je ne sais quand, mais il doit bien y avoir là-dedans une alcôve où peut se reposer le Bonze suprême de la mélancolie talmudique haut de gamme post-Masters & Johnson, quand il passe en ville.

      Et puis, le mandat de l’Adisq n’est pas de promouvoir la culture, mais bien de soutenir l’industrie.

    • @Luc_Marchessault

      1) “Two wrong doesn’t make a right”;

      2) Rendre hommage deux fois à René Angélil, oui, c’est grattonesque. C’est un gérant qui sera le plus “hommagé” de tous nos grands, ça dit tout.

      Bientôt aux Jutras (oups, aux Iris), l’année où Arcand aura sorti son dernier disque et n’en aura plus pour longtemps à vivre, ne manquez pas le prix hommage à Vincent Guzzo pour l’ensemble de son oeuvre!

    • (Son dernier film, évidemment, pas son dernier disque…)

    • Heureusement les temps changent et des progrès sociaux relativement récents suggèrent que le jazz est davantage reconnu à titre de musique savante. On peut citer la place qu’occupe le jazz à la Berklee College of Music de Boston, ou encore le Thelonious Monk Institute of Jazz, ou même le Jazz at Lincoln Center, partie du Lincoln Center for the Performing Arts. Sur la scène locale, l’Université de Montréal offre à la Faculté de Musique des programmes de baccalauréat en interprétation et de maîtrise en interprétation-composition du jazz. Même chose à McGill à la Schulich School of Music et je présume que les exemples sont nombreux dans les universités nord-américaines. Bien sûr, il y a des écoles qui enseignent la musique dite populaire, mais quand l’enseignement du jazz passe par l’enseignement universitaire, je me dis qu’il est vrai plus que jamais que le jazz est la musique classique nord-américaine. Pour le meilleur et pour le pire; maintenant le jazz est reconnu davantage à sa juste valeur, mais n’atteindra possiblement plus jamais la popularité de l’ère du Swing. Hiromi a du boulot sur la planche!

    • @ gv60 :

      Un hommage à René, c’est grattonesque; deux, c’est jeff-fillionesque. Mais comme je l’ai écrit plus haut, l’Adisq promeut l’industrie, pas la culture.

      Et le cinéaste Arcand, ce serait Denys ou Paul?

      Pour ce qui est de « You Want It Darker », je n’ai pas encore réussi à m’en imprégner. En fait, je suis encore en train de décortiquer « Famous Blue Raincoat ». Mais après deux ou trois écoutes, je peux confirmer que c’est de la pop gériatrique de qualité supérieure, c’est sûr.

    • PierreD0001,

      Aucune musique “savante” construite sur des charpentes plus complexes et exigeant un entraînement plus long voire beaucoup plus long pour l’auditeur que celui de la reconnaissance spontanée des référents populaires (mélodie, rythme harmonie, styles), ne peut avoir un impact de masse sauf exception, du moins à court terme. Le swing que vous donnez en exemple, était une réelle avancée sur le terrain des musiques populaires et non des musiques savantes, tous les jeunes des années 1935-45 pouvaient s’y identifier car ça venait du blues et de la musique de bal, de la musique pour danser et faire la fête.

      Qu’on arrête de mêler les cartes et réduire la complexité à un élitisme stérile, coincé et méprisant comme l’étaient les musiques classiques jusqu’à il n’y a pas si longtemps. En soi, aucun langage complexe ne peut joindre la majorité au présent. Avec le temps, cependant, les langages complexes s’installent dans l’imaginaire collectif, et c’est là que se trouve leur fonction populaire. Pour ce, ça peut prendre des générations, des décennies, parfois des siècles.

    • En matière de chansons à très haute densité textuelle provenant d’auteurs canadiens, deux trucs ressortent, ces jours-ci : d’abord « Secret Path », où Gordon Downie raconte l’histoire de Chanie Wenjack, un jeune autochtone mort de froid et de faim en tentant de rentrer chez lui, après s’être échappé d’un pensionnat, il y a 50 ans; ensuite, John K. Samson, à mon sens l’un des meilleurs paroliers canadiens-anglais, dont les récits me foutent le bourdon, même si je n’ai qu’une connaissance imaginaire de Winnipeg.

    • Bogue!

    • L’album de Samson s’appelle Winter Wheat.

    • https://francais.rt.com/opinions/27568-nobel-bob-dylan

      ”C’est à l’évidence une décision atypique, sans précédent. Si inattendue qu’on ne peut pas s’empêcher de se demander si le Comité Nobel n’a pas cherché avant tout à réaliser un coup de pub, à se donner un coup de jeune et un air de modernité à bon compte… Couronner un rockeur, pour une institution académique par définition soupçonnée d’être poussiéreuse, c’est le hold-up médiatique parfait !”

      ”A mes yeux, le principal problème n’est pas là, mais dans la représentativité du jury : je ne pense pas, en règle générale, qu’aucun jury d’aucun prix soit en mesure de déterminer quelle œuvre d’art est supérieure à telle autre, ou mérite d’être plus particulièrement mise en avant. Mais dans le cas du Nobel, la disproportion entre le retentissement de ce prix et la qualité de ceux qui l’attribuent est proprement abyssale.”

      Yep.

    • C’est sûr, sauf la dernière phrase de ce postulat “abyssal”… au sens creux du terme.

      Une oeuvre, n’importe laquelle, n’est pas quantifiable, ne répond à aucun critère méthodologique infaillible, ne s’inscrit dans aucune catégorie coulée dans le béton, ne souscrit pas à la méthode scientifique, bref il n’existe aucun moyen absolument objectif de l’évaluer comme on évalue la densité du métal ou la pression atmosphérique. So what ? Il se trouve que plein de gens affirment le génie de Dylan pour une foule de raisons, que sa contribution à la littérature contemporaine est considérable, historiquement marquante, et nobellisable par voie de conséquence. D’autres ne sont pas d’accord pour les raisons énoncées ad nauseam, que je réfute personnellement en bonne partie.

      Quant à l’impossible représentativité d’un jury du Nobel (idem pour les sciences, n’est-ce pas ?), doit-on s’empêcher de formuler des opinions expertes et évaluations sensibles sur le sujet et plutôt s’en tenir au relativisme des goûts en mettant toute les opinions à égalité? Aussi bien ne plus discuter… Il se trouve une masse représentative d’une forte portion du monde littéraire (quelle proportion exacte ? Il faudrait sonder tous les romanciers, poètes, dramaturges et paroliers pour le savoir vraiment) qui trouve Dylan nobellisable… et assume que cette nobellisation n’a rien d’absolu.

    • ”Encore une fois pour ceux qui mesurent l’impact d’un billet au nombre de commentaires: c’est un leurre.”

      Euh… y a surtout vous et vos patrons qui ”mesurent l’impact” d’un billet, parce que pour le participant à un blogue, c’est l’interaction qui importe… donc le nombre (et la qualité) de commentaires.

    • Euh… l’argument absolu demeure le lectorat. S’il y a interaction en plus, c’est un plus et tout le monde s’en réjouit assurément… quand l’interaction ne devient pas toxique.

    • Apparement Guillermo Mordillo est nobellisable, techniquement.

      Et le FJIM va bientôt recevoir Metallica!!!

      Au diable les balises, bout d’viarge.

    • Re-euh… (rheu-euh?) si l’argument absolu est le lectorat, pourquoi se faire chier avec le format blogue? N’est pas là un frein patent à la nobelisation ?

      hey j’aime ça ”nobellisable”… me semble que ça se pitche bien dans un 5 à 7. ”Ah oui, êtes-vous nobelissable très cher, prenez-donc encore des ces irrésistibles huitres au sirop d’érable.”

      Mais nous disgressons.
      OUI, je veux ça plus darker. Je vais acheter une 4e toune.

    • Entre balises béton et balises souples, il y a un monde apparemment. Les catégories existent certes en art mais ne cessent de se transformer, tout comme nos goûts et notre perception de l’Histoire. Ainsi, la grande chanson d’auteur n’existait pas il y a cent ans alors que le corpus musical comportait déjà sa part “d”art majeur.”
      Cela ne nous empêche pas aujourd’hui comme vous le suggérez, jon8, de trouver étrange voire inacceptable la venue de Metallica au FIJM… évidemment un exemple d’incongruité extrême.

    • jon, c’est sûr que si tu crois toujours que les paroles n’ont aucune espèce d’importance, lorsque vient le temps d’évaluer une chanson, je comprends que ce doit être difficile pour toi de métaboliser le Nobel de Dylan. C’est comme si tu essayais d’ingurgiter une pointe de pizza par le nombril.

    • Bon dieu qu’j'écris mal. Je ne suis pas nobelisable aujourd’hui. Et ce &%& de blogue n’est pas éditable non plus.

      Luc, que penses-tu de tout ça ?

      ”de quoi, jon8 ?”*

      De tout, de la vie! Les commentaires ne comptent plus, batinsse, maintenant il faut faire plaisir au lectorat silencieux!

      *réponse fictive de Luc_Marchessault, qui saura me pardonner parce qu’il a à coeur le lectorat.

    • Ben non ben non… les commentaires comptent sinon on ne ferait pas de blogue. C’t'ivident.

    • Luc, Dylan j’ai de la misère en effet.

      Brassens, déjà pas mal moins. En fait, Brassens c’est le seul humanoïde qui me fait écouter les paroles dans la musique.

      Mais tsé, encore là, Brassens ain’t Baricco, McCarthy ou Camus.

      Faut pas charrier, les copains. Un champion de curling ne fit pas dans une équipe de la NHL, même en 4e trio. C’est pas parce que les deux ont des patins que c’est la même patente. It’s not.

      …Pis le curling, c’est un sport mineur. lalalère.

    • Bonyenne, on ne va pas recommencer le justificatif de la chanson d’auteur et l’importance du texte dans les chansons… On en a écrit une beurrée là-dessus.

    • Alain, dans le but de plaire au lectorat, je me propose comme avocat du diable, version vaguement clownesque. J’offre un peu d’opposition, vous me ruez de coups, j’encaisse en me débattant et les cotes d’écoute grimpent.

      Bien entendu, je veux un partage des revenus. 0.01$ par rire, même les jaunes. On taxe Vidéotron ou le bill envoyé direct à Lapresse, déjà?

    • @bonyenne

      Bien d’accord, mais il faut démarrer la semaine en force, c’est lundi. Mon avion part bientôt, le sujet Cohen s’essoufle, vite vite un sujet stimulant, le lectorat!

    • Ce qu’il y a de signifiant dans ce dernier Nobel n’est pas tant qu’il récompense un chanteur, mais plus précisément qu’il récompense la littérature qui se transmet par l’oralité. Une littérature sans lecteur.

      La théâtre est bien entendu transmis oralement (et des dramaturges ont remporté le Nobel), mais cette transmission arrive via le metteur en scène et les acteurs, après une étape dans laquelle la lecture est essentielle.

      Avec la chanson, aucune lecture n’est nécessaire. Il n’y a que des auditeurs. Bien entendu que l’on peut inclure tout ça dans la grande famille de la littérature, mais ça reste quand même une changement de paradigme pour ce prix qui en dit probablement plus sur notre époque que sur la qualité de l’oeuvre de Dylan.

    • “Changement de paradigme de notre époque” concernant la chanson d’auteur, absolument, et… tout autant la qualité de l’oeuvre dylanesque dans ce contexte de cette mutation historique l’inscrivant dans le corpus littéraire.

    • Je suis encore en train de m’approprier ce dernier Cohen. Jusqu’à présent, il ne déclasse pas l’impact que Old Ideas avait eu sur moi. Ça, ça m’était carrément rentré dedans.

    • « Avec la chanson, aucune lecture n’est nécessaire. Il n’y a que des auditeurs. »

      Intéressant.

      Au XIXe siècle, les œuvres de grands auteurs étaient publiées dans les journaux en épisodes, ce qu’on appelait des feuilletons. Je pense entre autres aux Mystères de Paris d’Eugène Sue, les Mystères de Londres de Paul Féval, etc.

      À la même époque se trouvait des cabinets de lecture où on donnait accès aux journaux. Puisque ce n’était pas tout le monde qui savait lire, on demandait parfois à celui qui savait de lire à voix haute.

      Les auteurs le savaient. Et c’est à se demander si un créateur comme Alexandre Dumas n’a pas écrit pour être lu aussi à voix haute.

    • Perso, j’aime bien lire les textes de chansons tout en les sachant indissociables de la zizique, contrairement à Ti-Cassouline.

    • Manger de la pizza par le nombril … marsupial !

    • Écoute de cet album une fois.
      Je n’ai pas trop le goût de l’écouter une deuxième fois.
      Pourtant j’aime beaucoup Cohen.

    • « Et c’est à se demander si un créateur comme Alexandre Dumas n’a pas écrit pour être lu aussi à voix haute. »

      Atchoum, dans le bouquin que Luchini vient de publier, il dit ceci au sujet de Céline et de Voyage au bout de la nuit : « S’il n’est pas le seul écrivain de son siècle, il le surplombe. Pourquoi? Il a su déjouer les conventions des plumitifs, en restituant l’émotion de la langue parlée dans le langage écrit. Et il y est parvenu : c’est un événement colossal. »

      Un tout petit peu plus loin, Luchini cite Paul Valéry : « Longtemps, longtemps la voix humaine fut base et condition de la littérature. La présence de la voix explique la littérature première, d’où la langue classique prit forme, cet admirable tempérament (…) Un jour vint où l’on sut lire des yeux sans entendre, sans épeler, et la littérature en fut tout altérée. »

    • J’ai lu « Voyage au bout de la nuit » au début de la vingtaine, après avoir lu « On the Road » et « The Dharma Bums »; je ne me souviens pas d’avoir constaté la filiation sur-le-champ, mais j’ai fini par la constater un m’ment d’né! Et plus tard, j’ai constaté la filiation Kerouac – Dylan, ce dernier ayant toujours aimé les « breathless, dynamic bop phrases » de Jack. Paradoxe fascinant, cette filiation Céline – Kerouac – Dylan, soit des écrivains qui redonnent son oralité à la littérature, qui influencent un auteur-compositeur-interprète qui rend la chanson populaire plus… littéraire (quant au fond, s’entend).

      Kerouac qui parle de Céline à Pierre Nadeau, en 1959 :

      https://www.youtube.com/watch?v=q4BPacAbK4c

    • Eh ben, la coïncidence! Céline était dans le panier cette semaine. Ai commencé à lire. Écriture nerveuse.

      J’ai lu Kerouac dans la trentaine. Il m’avait fait très forte impression. C’est à cause de lui que je suis parti à NY sur une go, pas de carte. J’ai suivi l’autoroute, enjambé les ponts et me suis ramassé en ville. Me souviens d’avoir choisi la sortie de la rue Frederick Douglass parce que je l’avais lu quelques temps auparavant. Je pense que je me suis retrouvé dans Harlem. Pas préparé ni rien, j’avais juste des références de club de jazz des années 50 pour sortir aller prendre un pot. Pas moyen de me rappeler où se situait le Théâtre Apollo.

      Bref, veux, veux pas, la réalité a frappé un m’ment donné. Et comme chantait l’autre, j’ai jasé a’ec mon moi-même et j’ai couché dans mon char.

    • atchoum et Luc avez bien raison de souligner celà. Il y a des auteurs qui, bien entendu, s’attendent à être lus à haute voix et/ou écrivent en voulant restituer l’oralité d’une langue. Mais encore là, la lecture demeure une dimension essentielle pour transmettre ou s’approprier le texte. L’acte de lecture n’est pas conditionnelle au niveau de langue ou au publié cible.

    • « Perso, j’aime bien lire les textes de chansons tout en les sachant indissociables de la zizique »

      Et moi de même. Exemple : les paroles d’After the Gold Rush, chanson-tire de l’album choisi par le public pour le rétro-Polaris 1960-1975, me semblaient à prime abord alambiquées – mais Neil Young, même alambiqué, demeure édifiant – lorsque saisies en bribes, les oreilles et l’esprit largement obnubilés par la voix aiguë de Neil, la mélodie, le bugle. Des chevaliers, des vaisseaux spatiaux argentés? Après lecture et réflexion (ce qui m’a pris environ quinze ans), j’ai compris qu’il s’agissait d’une allégorie écologique.

      Mais bon, je ne lis pas tous les textes, évidemment; en fait, je ne les lis pas en écoutant la musique, en général.

    • * “chanson-tire” c’est bon (ce doit être l’imminence de l’Halloween), “chanson-titre” c’est mieux.

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