Alain Brunet

Archive, octobre 2016

Fred Fortin 2016

Au lendemain du gala apparemment consensuel de la musique et de la chanson québécoise francophone, vaut-il mieux se concentrer sur ce qui fait plaisir dans ce que l’ADISQ illustre comme étant la diversité musicale québécoise francophone ? Oui.

Toujours pas sûr que l’association de producteurs sera la locomotive de l’industrie de la musique pour les décennies à venir mais bon… Tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’alternative majeure du côté des créateurs à l’ère où les intermédiaires tendent à disparaître et favorisent une possible réappropriation directe de ceux qui imaginent et réalisent les contenus musicaux ou chansonniers, c’est encore l’ADISQ qui occupe le gros de l’espace public québécois lorsqu’il est question d’exprimer la condition actuelle des musiciens, interprètes, auteurs, compositeurs, arrangeurs et autres artisans de la musique ou de la forme chanson.

À suivre, donc.

Inutile de radoter sur les considérations de décalage par rapport aux avancées de la pop internationale, du rock dans toutes ses déclinaisons (et les incapacités adisquiennes à identifier les meilleurs artistes rock), de l’électro dans toutes ses déclinaisons, du folk indie tel qu’il est devenu et tel qu’il est resté au Québec. Vaut mieux se réjouir de quelques percées, dont la pop électro de Laurence Nerbonne, le hip hop keb dans son ensemble (Koriass, Alaclair et cie) et de rares auteurs-compositeurs de talent , je pense aujourd’hui à Fred Fortin qui a remporté le Félix dans la catégorie idoine, sans oublier le Félix du choix de la critique remis au second gala de l’ADISQ il y a quelques jours.

J’ai beau n’avoir pas voté en tant que critique, je m’en réjouis car ces statuettes sont pleinement méritées.

Fred Fortin est l’un des rares à faire de notre langue familière un laboratoire propice aux avancées littéraires. Sur des fondements rock, folk et country, le Bleuet de Saint-Prime a accompli des choses que personne ne fait dans l’entière francophonie, tous pays confondus: intégrer le prog et le métal dans une perspective americana, complexifier le rythme, poursuivre l’exploration harmonique, ajouter des machines et exiger un niveau sans précédent de virtuosité dans le monde de la chanson keb. Le tout sans négliger l’accroche, la mélodies poignante, enfin ces balises qui vous ramènent aux “vraies affaires”.

Si vous n’êtes pas convaincus, réécoutez attentivement l’album Ultramarr et pointez-vous au prochain concert de Fred Fortin dans une galaxie près de chez vous.

J’ai assisté à sa rentrée montréalaise il y a quelques semaines (le 6 octobre au Club Soda), je puis témoigner de la meilleure machine de chanson québécoise francophone de l’heure – Jocelyn Tellier et Olivier Langevin aux guitares, Samuel Joly à la batterie, François Lafontaine aux claviers, Fred à la basse et la guitare. Des textes de très bon niveau, une capacité de plonger dans l’abstraction mais aussi dans l’intimité, l’émotion et les viscères. Qui plus est, cette musique top niveau est exécutée par d’excellents interprètes dont la cohésion est tout simplement exemplaire.

Dans la forme chanson keb, Fred Fortin et ses collaborateurs sont au sommet de leur art.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de l’album Ultramarr et dates de tournée sur la page Bandcamp de Fred Fortin

Le compte-rendu d’Émilie Côté ( qui blogue aussi sur l’ADISQ et son hilarante catégorie “album rock”)

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Samedi 29 octobre 2016 | Mise en ligne à 10h59 | Commenter Commentaires (74)

La musique (et tous les contenus) à tout prix

la-musique-a-tout-prix

Diffusé lundi dernier, le film documentaire La musique à tout prix sera diffusé une autre fois dimanche, 20h, à Télé-Québec – ironiquement, pendant le gala de l’ADISQ, mais vous avez le loisir de tout enregistrer et visionner les deux émissions en streaming (le documentaire dès maintenant en cliquant sur ce paragraphe en bleu) lorsque bon vous semble, donc pas de problème à l’horizon.

Ayant moi-même été interviewé dans le cadre de ce documentaire, je peux témoigner de ce joli tour de la question, très bon cours de streaming 101 sous l’angle québécois, s’appliquant à tous les marchés où les contenus ne peuvent être cliqués des millions de fois en presque totalité. Par voie de conséquence, leurs créateurs ne peuvent gagner suffisamment dans le contexte actuel de l’écoute en continu (streaming).

Si Louis-Jean Cormier et Ariane Moffat, les “noms connus” les plus visibles de ce documentaire (et qui gagnent très bien leur vie par les temps qui courent), s’inquiètent de leur sort et craignent des jours sombres, imaginez la majorité écrasante d’artistes kebs derrière eux qui végètent pour de vrai, ici et maintenant.

Ce qu’il faut surtout comprendre dans ce documentaire, c’est que les marchés pop de taille modeste comme celui du Québec francophone ne peuvent alimenter leurs cultures respectives si perdure l’actuel mode de partage des revenus dans l’environnement numérique. On a beau miser sur les produits dérivés et la diffusion dans les centres d’achat et les cabinets de dentistes, ces avenues sont loin d’être envisageables pour une portion congrue des créateurs.

Avec justesse, La musique à tout prix a abordé le phénomène à la manière classique, par le biais quasi-exclusif de la menace de notre culture francophone. Or le problème de la rétribution famélique des plateformes de streaming et puissants hébergeurs de contenus n’est pas qu’une menace aux cultures nationales de petite taille.

Ce qu’il faut aussi comprendre, c’est que PARTOUT sur terre, dans les plus gros marchés comme dans les plus petits, les musiques spécialisées ne peuvent s’émanciper avec ce que propose la rémunération YouToube/Google/Facebook/ Spotify.

Si vos contenus doivent être absolument consommés par des millions et des millions d’utilisateurs afin que vous puissiez récolter des sommes assez substantielles pour vous assurer un revenu décent, vous devez être une star pop archi-consensuelle, un youtuber supervedette… et rien d’autre.

Si vous avez le malheur d’être un musicien ou chanteur francophone d’Amérique, un Basque, un Breton, un Écossais, vous avez actuellement de sérieux problèmes à gagner une part essentielle de votre revenu via l’enregistrement.

Si vous êtes un réalisateur/compositeur/interprète de pointe en musique instrumentale, classique, contemporaine, électronique, chanson d’auteur, pop de création non consensuelle, vous ne pouvez espérer que des broutilles dans le contexte actuel.

J’ai froncé les sourcils lorsque Michael Geist, professeur et théoricien canadien spécialisé dans la propriété intellectuelle qui fut considéré comme un gourou des changements de paradigme, s’est encore opposé à quelque règle contraignante sur le partage des revenus dans le cadre de ce documentaire. En substance, il a dit ceci: si on le fait avec la musique, on devra le faire avec la presse écrite, le cinéma, la télévision, enfon tous les contenus et forcément, le consommateur paiera la note, l’industrie leur la refilera. Épouvantail à moineau ? Bonne vieille cassette servie sur un nid de branchouille technologique ?

Voici ce que d’autres pourraient répliquer à Michael Geist : si elles étaient contraintes de partager avec TOUS les créateurs de contenu un pourcentage suffisant des revenus substantiels de la câblodistribution, de l’hébergement de contenus et de la fabrication des outils numériques, croyez-vous vraiment que ces puissantes industries courraient à leur perte ? Croyez-vous vraiment qu’elles s’appliqueraient alors à détruire leur marché, c’est-à-dire vous et moi ?

Tôt out tard, les créateurs de contenus et leurs consommateurs devront envisager un écosystème viable et équitable et l’industrie de la tuyauterie ne s’en portera pas plus mal au finish. Un “new deal” de l’environnement numérique peut mener ailleurs qu’à la débandade. Et qui donc peut négocier cette entente globale ?

À l’évidence, le marché s’avère totalement inapte à créer cet écosystème… et ça dure depuis l’an 2000. La solution ne sera-t-elle pas politique ?

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Vendredi 28 octobre 2016 | Mise en ligne à 12h54 | Commenter Commentaires (8)

La coolitude du Quatuor Molinari et… Musique Aborigène

Une fois encore, le Quatuor Molinari compte se démarquer pour l’originalité et l’actualité de son répertoire, en témoigne ce concert sous la bannière Musique aborigène, prévu au Conservatoire de Musique de Montréal ce vendredi, 19h30. Ainsi, les trois œuvres présentées à ce programme s’inspirent entre autes de musiques aborigènes australiennes, de jeu de gorge inuit ou de musiques traditionnelles africaines.

Pour mieux saisir ce projet singulier, lisez mon interview avec Olga Ranzenhofer, premier violon et fondatrice du Quatuor Molinari, nous sert de guide avant l’exécution de ces musiques de chambre… un tantinet aborigènes.

En hommage au peintre Guido Molinari, le Quatuor Molinari a été fondé en 1997 par la violoniste Olga Ranzenhofer, et réunit le violoniste Frédéric Bednarz, l’altiste Frédéric Lambert et le violoncelliste Pierre-Alain Bouvrette. À Montréal comme au Québec, au Canada ou à l’étranger, le Quatuor Molinari se distingue des autres petits ensembles québécois et canadiens de par ses programmes très audacieu, essentiellement consacrés au XXe et au XXIe siècles. On se souviendra notamment des trois concerts très ambitieux et très réussis de l’ensemble consacré à tous les quatuors à cordes de Dmitri Chostakovitch, présentés au printemps 2015.

« Nous écoutons toutes sortes de musiques, nous lançons chacun des idées, faisons des rapprochements, tentons de choisir des pièces qui vont bien ensemble, et arrivons alors à trouver des concepts de concerts ou d’enregistrements. »

Qui plus est, le Quatuor Molinari ne cesse de croître en crédibilité internationale. Pour ne citer qu’un exemple récent, l’album Kurtág: Intégrale des quatuors à cordes, paru chez Atma classique en septembre et consacré au compositeur hongrois György Kurtág, vient de récolter un score de quatre étoiles dans le prestigieux quotidien britannique The Guardian.

Le Quatuor Molinari est remarquable l’originalité et l’actualité de son répertoire, pour l’excellence de son jeu mais aussi pour son ouverture aux musiques populaires de qualité (participations à des spectacles de Pierre Lapointe, Philippe B, Avec pas d’casque, etc.), en témoigne une fois de plus le programme Musique aborigène.

LIENS UTILES

Quatuor Molinari, site officiel

Quatuor Molinari, profil Atma classique

Écoute intégrale de Kurtag: intégrale des quatuors à cordes sur Spotify

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