Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Lundi 23 mai 2016 | Mise en ligne à 11h22 | Commenter Commentaires (12)

    Victo pour écouter: George Lewis, Musica Elettronica Viva

    La liberté et l’indétermination sont des vertus cardinales au Festival international de musique actuelle de Victoriaville, qui s’est conclu dimanche pour une 32e fois. On sait que la majorité absolue des mélomanes voient dans ces pratiques un étalement de bruits informes, sans cohérence réelle, sorte de gargarisme dont les prémisses conceptuelles l’emportent sur le résultat.

    Ces préjugés subsistent depuis les années 50 mais… la communauté de musiciens, concepteurs et mélomanes enclins à différentes manifestations de l’impro libre n’a cessé de croître malgré cette réprobation. Pourquoi donc ? Parce que l’impression d’incohérence est un leurre, on finit tôt ou tard par le réaliser. Plus on s’y penche, plus on réalise que l’improvisation libre repose sur un riche vocabulaire, des stratégies de jeu éprouvées, des esthétiques en mouvement – jazz, musique contemporaine, électronique, rock bruitiste, etc.

    Ainsi, cette démarche fondée sur la liberté et l’indétermination mobilise une communauté de mélomanes, le FIMAV en témoigne d’année en année. Et c’est loin d’être le seul festival à le faire.

    MusicaElettronica-4

    Prenez le collectif Musica Elettronica Viva (MEV), qui a fait l’objet d’un certain buzz il y a un demi-siècle: en clôture de festival, trois pépés de l’avant-garde amerloque (autrefois tous basés à Rome) ont proposé un très beau continuum sonore pour piano, voix, synthétiseurs, échantillons traités, corne musicale, sons de la nature et de la civilisation.

    On y ressentait la sagesse, la lucidité, l’expérience, le goût, un raffinement certain. Programmer ces musiciens historiques (Alvin Curran, Richard Teitelbaum, Frederic Rzewski) pouhttp://blogues.lapresse.ca/brunet/wp-includes/images/blank.gifr le dessert est à mon sens une erreur de programmation, vu leur très relatif pouvoir attractif. Leur dérouler le tapis rouge au FIMAV était néanmoins justifié. MEV fait partie de l’histoire de l’improvisation libre, les fans de cette pratique doivent voir cet ensemble à l’oeuvre au moins une fois avant que ses praticiens ne passent à une autre dimension.

    GeorgeLewis-1

    Plus tôt dans la journée, le programme dominical suggérait une autre approche free, cette fois chapeautée par George Lewis, tromboniste, improvisateur, compositeur, féru d’électronique, théoricien de l’interaction et de l’indétermination. Hormis le piano le trombone et une collection d’apeaux avec micros contacts, un immense arsenal de percussions et était mis à la disposition des interprètes – Tyshawn Sorey (percussion, piano, etc.), Thurman Barker (percussion), Eli Fountain (percussion), Aiyun Huang (percussion).

    Pendant une heure, le périple a mené l’auditoire à s’imprégner de variations de différentes intensité, généralement ténues et fort bien exécutées par les musiciens dirigés par un des grands acteurs de l’Association for the Advancement of Creative Musicians (AACM), collectif fondé à Chicago dans les années 60. L’approche est devenue classique, d’aucuns y verront un plafonnement conceptuel… Encore là, il faut considérer que les formes classiques de l’expression musicale ne sont pas toutes condamnées à la mort conceptuelle. Plus discrètement, le vocabulaire continue d’évoluer et certains improvisateurs parviennent à en faire un art vivant, hautement créatif.

    Sous des allures plus nouvelles, la prestation d’eRikm présentait samedi l’acousmaticien français devant son ordinateur et un écran géant sur lequel on pouvait visionner… une carte du monde et y repérer plusieurs lieux d’où proviennent des sons ambiants, captés et mixés en temps réel. Plus précisément, il existe partout sur terre des stations munies de micros et qui témoignent de leurs environnement sonore respectif. Le musicien français a eu la bonne idée d’en faire un collage intégré devant public, assorti de ses propres interventions bruitistes. Malheureusement, la qualité du streaming et la relative pauvreté de la stratégie musicale ont laissé à plusieurs l’impression d’un travail préliminaire, inachevé, pas encore présentable.

    Par ailleurs, revenons brièvement sur les parties plus “rock” du festival… pas particulièrement concluantes chez Laniakea. L’impression d’une interminable introduction et de musiques planantes à un mètre du sol… Fréquences typiques de certains enregistrements des années 80, je pense notamment à This Mortal Coil paru en 1983 chez 4AD Chez Big Brave, guère mieux: impression d’un post-rock daté période début 2000, malgré une belle qualité atteinte dans les fréquences saturées.

    Somme toute ? Ce que la direction artistique du FIMAV sait faire, elle a encore su le faire en 2016. Tant du côté international que du côté local, québécois ou canadien (le Tony Wilson Sextet est un bon exemple), les expressions prisées par Michel Levasseur ont généralement été concluantes. Toutefois…côté découverte, ouverture sur l’avenir et sur plusieurs présents de la musique actuelle, ce fut moins évident – sauf le tandem Lucas Niggli/Andreas Schaerer et, surtout, Fet.Nat.

    On le reconnaît au FIMAV, il faudra un (autre) coup de barre afin d’en revivifier la proposition artistique, d’en assurer la pérennité et d’en contrer la décroissance. On verra bien… l’an prochain.


    • Difficile de juger quand on a pas vu le concert, j’aime bien Laniakea sur disque. Pourquoi Big Brave serait plus daté que Lewis ou Zorn? Peut-être le nom du fetival pourrait changer pour Festival International Moderne-Ancien de Victoriaville.

      Bleau / Messier = relève nulle? J’aurais bien aimé une descript de ce qu’ils font.

    • Je suis tout de même curieux d’entendre Big Brave, ça m’intrigue.

      Il y a une parution québécoise du secteur néo-post-rock que j’écoute beaucoup ces jours-ci : Bateau noir. Les cinq gars de cette troupe produisent un rock instrumental qui semble répétitif, de prime abord. Or, à force d’écoutes, le contrepoids coulisse de lui-même sur la barre de mesure et Bateau noir fait s’équilibrer le « mettre en train » et le « mettre en transe ». Bref, ça donne le goût de faire du trampoline mural tout en méditant. Ça échappe à certains poncifs post-rock comme la « lente progression vers l’agression ». C’est costaud et mélodique, rugueux et nuancé. Un ben beau tapis : le percussif Julien Mineau et son collègue Frédéric Sauvé qui tendent le fil de trame, puis les trois guétares qui croisent le fil de chaîne, et ça suffit les métaphores de métier à tisser.

    • Pendant qu’on est dans la musique de diable interprétée à Victo, je viens d’apprendre que Gorguts vient d’accoucher d’un nouvel album. Moins intense et poignant que le classique Obscura, mais me semble dans la même lignée côté dissonances et surprises… En tout cas, autrement plus intéressant que le technique et froid Colored Sands. Critique sur la forme : 33 minutes de musique sur un album aujourd’hui, ça me semble un peu court.

      https://www.youtube.com/watch?v=8m9-7VPYRII

      http://www.lapresse.ca/la-tribune/actualites/chroniques/dominic-tardif/201605/20/01-4983726-luc-lemay-brutale-musique-de-chambre-.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B2_dominic-tardif_3574653_section_POS1

    • Laniakea est un peu mieux dans un casque d’écoute. Sur scène, les carences du violon, le mauvais mix sur scène, la redondance des idées et ce concept daté fut pour moi un vrai turn off. Pour Big Brave, eh bien si vous aimez le post-rock classique de la fin des années 90, eh bien vous aimerez. Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de refaire ça, sauf pour l’évolution des concepts de saturation; on leur souhaite de se démarquer davantage à ce titre car c’est le seul filon qui me semble intéressant. Enfin, la comaparaison avec des maîtres tels Zorn et MEV ou George Lewis est impossible. On ne compare pas une oeuvre de plusieurs dizaines d’enregistrements sur plusieurs décennies à des groupes qui viennent de démarrer… avec un sérieux retard conceptuel.

    • Big Brave n’est pas du post rock classique des années ‘90. Je ne sais pas en concert, mais sur disque, la guitare texturée, découpée comme un iceberg, n’est pas commune, de même que la forte présence de la voix. Ils évitent également les crescendos faciles. De plus, ils ont un pied bien ancré dans le drone métal (tourne avec Sunn O))) en juin) et leur signature chez Southern Lord montre bien qu’ils ne sont pas simplement un groupe ”rétro” post rock. Je ne vois pas pourquoi Southern Lord s’intéresserait à eux si c’était le cas.

    • Je ne vois pas non plus… Franchement, j’avais l’impression d’avoir entendu ça 50 fois, il y avait aussi des accents drone metal, effectivement. Mais je vais réécouter leur bandcamp. Peut-être est-ce différent comme vous dites, placebo.

    • John Zorn a eu sa chance quand il a commencé. Il faut laisser la chance au nouveau coureur. Ce n’est peut-être pas Laniakea mais il y a un paquet de nouveaux artistes qui à mon avis sont bien plus pertinent que Zorn en 2016.

    • Je crois le dernier disque n’est pas sur Bandcamp. Peut-être que le secret est dans la production et que live, c’est plus générique. Je n,en sais rien.

      Perso, je me suis tanné du post rock à l’aube des années 2000. Peut-être que ça fait tellement longtemps que n’importe quoi dans le genre me semble rafraichissant, mais je trouve qu’ils ont un côté métalloide sans le gras trans, et c’est ce qui les distingue. C’est pas non plus dans la lignée sludge/post/atmosphérique métal à la Neurosis ou Isis ni dans le post rock a tendance métaloide (Pelican, Mono, etc.). On verra la suite.

    • Lui a pas aimé le peu qu’il a vu de Big Brave live (Thee Silver Mt. Zion avaient sorti un très bon album post-rock cette année là):

      http://music.ckut.ca/2014/02/12/silver-mt-zion-big-brave/

      Lui a ADORÉ Big Brave live (ce n’est pas de la musique, c’est de l’art):

      http://www.brumnotes.com/live-review-big-brave-rainbow-021215/

      Lui a oui-pis-non-pis-oui Big Brave live, mais recommande tout de même de découvrir le band ASAP (coudonc, décides-toi):

      http://www.bucketlistmusicreviews.com/sleep-live-at-theatre-telus-januray-24th-2016-montreal-qc/

    • “John Zorn a eu sa chance quand il a commencé. Il faut laisser la chance au nouveau coureur.”

      Je ne veux pas défendre zorn à tout prix, mais il y a ici une oeuvre colossale, peut-être un peu moins imaginative qu’elle ne l’a été déjà… contre un ou deux enregistrements prometteurs. L’oeuvre d’un sexagénaire génial ne peut être considérée au même titre que celle d’un artiste émergent, sinon on est vraiment dans le fantasme de la nouveauté. Il faut comparer des pommes avec des pommes. On ne compare pas un jeune compositeur prometteur à Chostakovitch (mort il y a une mèche), ça n’a rien à voir.

      “Paquet de nouveaux artistes plus pertinents que zorn en 2016″ ? Je veux bien vous croire mais qui sont-ils ? Et que signifie plus pertinent ?

      Par ailleurs, on peut trouver tous les avis sur n’importe quel artiste… ETK, ce que j’ai entendu dimanche, c’était plutôt ordinaire, désolé. Mais comme vous savez, je n’ai un avis définitif sur rien.

    • Pertinent dans le sens de “Actuel”, qui participe aux nouveaux courants musicaux ou du moins s’y intéresse. On pourrait peut-être qualifier Daniel Lopatin commer pertinent, représentant de son époque. Paquet = tout le mouvement vaporwave pour commencer, et quelques autres mouvements semblables, énormément de relève ignorée dans cette culture strictement internet, loin des salles de concert. En jazz, même les GoGo Penguins sont plus pertinent, c’est pas une question de savoir technique.

      Scott Walker est pertinent. Il s’amuse avec les clichés de l’avant-garde, il est probablement outre le Fimav. Un rebelle ultime.

      Raime est pertinent comme musique post-rock 2016 (j’invente, c’est sur qu’ils se considèrent pas post-rock):

      https://www.youtube.com/watch?v=rsySGnkK4Vs

      Moi çà fait des années que j’aurais invité D/P/I à Mutek ou Fimav. son dernier album c’est une installation sonore, tsé çà vient sur une clé USB parce qu’il y a plusieurs choses à faire jouer un par dessus l’autre, c’est environnementiel (dison, comme du Oculust Rift sonore).

      Choirs Of Young Believers est très pop mais avec des aspects digne d’intérêt, très d’aujourd’hui:

      https://www.youtube.com/watch?v=457BeU_M54I

      Mais les artistes pertinents j’en parle constamment, je suis assez à l’affut de la relève. Vous n’aimez peut-être pas parce que vous, vous cherchez le prochain Zorn. Je ne sais pas encore qui est le prochain Zorn. C’est à dire, un nouvel artiste musicien très technique mais également très actuel.

      J’ai tendance à penser que si t’as une clarinette ou un violon dans les mains, ça prends pas long que t’as fait le tour des pirouettes techniques et des sons que tu peux faire avec ces jouets. Donc, l’aspect cartoon de la musique rétro avant-garde improvisée (moderne-ancien) aujourd’hui arrive souvent dans une impasse esthétique parce que les sons joués par ses musiciens rappellent toujours à du déjà vu. Oui, il y a place à l’hybridation, mais.. Where is it? Cela proviendra-t-il de Zorn? Voyons, pas avec ce virage classiciste. Je pense que les jeunes artistes sont davantage compositeurs que musiciens. Ils ont accès très jeune à des ordinateurs, et si je trouve qu’on peut facilement trouver de la musique sophistiquée électronique dans la relève, il y a moins de musique instrumentale qui va outre les poncifs. Quand un orchestre est utilisé, souvent c’est le même régistre cordes, vents, etc.. Wagner était plus original. Donc le Zorn de 2016, je le cherche encore. Mais il ne peut pas sonner comme Zorn, puisque Zorn a fait beaucoup de choses nouvelles par le passé. Peut-être si Zorn enregistrait un nouvel album jazz métal çà pourrait être intéressant, mais il est clair que Zorn ne s’est pas intéressé à la musique post-2000, il s’est restraint dans ce qu’il faisait déjà. Ce qu’il fait aujourd’hui n’est pas plus pertinent qu’un nouvel album de Rolling Stones. Çà tourne en rond.

      Ah oui, et il y a beaucoup de musique électronique impriovisée, mais elle n’a pas l’aspect musicianship de la musique comme Zorn. Même avec de vrais instruments aujourd’hui, la tendance est davantage comme Microtub, axée sur la texture et les sons et non sur l’acrobatie technique. Dans ce sens le Fimav je pense réussi partiellement a reflété ce qui se passe en ce moment, et c’est pour çà qu’il n’y a pas de nouveau Zorn à part un groupe qui sonne un peu comme du Jean Derome.

    • La pièce que j’ai montré de Raime est trop répétitive, mais çà donne une idée de vers où le post-rock peut aller.

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